DISPARITION D’UNE FIGURE MODESTE, MARC OIREMOIN

Sa disparition ne fera pas partie des annonces nécrologiques des personnages marquants de la Nouvelle Calédonie. Pourtant, il en fut un, mais si réservé, si discret, qu’il n’en a jamais paru.

Les Vieux de Canala savent qui il était. Il était apparu brièvement dans la lumière lors de la démission du Conseil de Gouvernement d’un pilier de l’Union Calédonienne, puis du Mouvement Libéral Calédonien, Evenor de Greslan, qu’il remplaça le 31 juillet 1974.

Quelques années plus tard, au sein du cabinet de Dick Ukeiwe, alors Vice-président du Conseil de Gouvernement, et tout aussi effacé, il prodigua ses avis, ses conseils grâce à sa profonde connaissance des structures Kanak et des personnes qui les occupaient.

Beaucoup de responsables prétendent se présenter, à chaque apparition, « avec humilité ». Trop souvent, avec une prétention qui cache tant de fausseté. Marc Oiremoin, lui, vivait cette humilité. Est-ce à dire qu’il était faible ? Quelle erreur serait de le croire. Il était fort, comme sa famille, comme son clan que les gens, de son terroir, connaissent bien.

Marc Oiremoin, baptisé en 1927 par le Père Luneau, a rejoint le monde des esprits. Mais ceux de Canala le savent bien : d’où il est, il est toujours présent. Au revoir Marc.

LE « DÉGEL » DU CORPS ÉLECTORAL EN CAS DE « NON »

C’est une des grandes questions concernant la suite de la troisième consultation. Que devient le corps électoral calédonien la suite de cette échéance ?

En cas de victoire du « oui », les choses sont assez simples. Les citoyens calédoniens ne participeront plus aux élections nationales françaises, et c’est la nouvelle Constitution de Kanaky-Nouvelle Calédonie qui déterminera les conditions de participation de ses ressortissants aux élections dans le nouvel Etat.

En cas de victoire du « non », deux sujets seront sur la table des négociations entre l’Etat et les formations politiques calédoniennes : le devenir du corps électoral local pour les élections provinciales d’une part, et le corps électoral appelé à se prononcer sur le « référendum de projet », d’autre part.

AU LENDEMAIN DU TROISIÈME RÉFÉRENDUM

En droit, aussi bien au regard de la Constitution, de la Cour Européenne des Droits de l’Homme que de l’Onu, le corps électoral gelé n’est admis que pendant la durée de l’Accord de Nouméa parce que cet accord est considéré comme « une période transitoire ». Or, « l’Accord de Nouméa cessera de produire ses effets au lendemain de la troisième consultation d’autodétermination », précise le document de l’Etat.
Ainsi, parce que « cette situation ne saurai être durable », et parce que le gel, notamment, porte atteinte « aux principes d’égalité et d’universalité essentiels dans le pacte républicain français », il conviendra de modifier le régime électoral calédonien pour les élections provinciales afin de la mettre en conformité avec la Constitution et les Droits de l’Homme.

RÉVISION DE LA CONSTITUTION
Cette modification sera d’abord soumise à une procédure de consultation des partis calédoniens. Ce sera l’un des items majeurs des négociations prévues jusqu’en juin 2023. Le choix qui est possible, excluant tout retour à un corps électoral gelé, sera soit celui d’un corps électoral entièrement ouvert, soit celui d’un corps électoral restreint. Il est d’ailleurs clairement posé dans le document de l’Etat à la page 51, une question à laquelle personne n’a officiellement répondu.
L’issue sera une modification de la Constitution. En clair, sur la base d’un consensus recherché, c’est le président de la République qui déclenchera l’initiative de révision, et ce sont les parlementaires, sénateurs et députés, réunis en congrès, qui prendront la décision.

QUI VA VOTER AU « RÉFÉRENDUM DE PROJET » ?
La seconde question qui se pose est celle des électeurs qui seraient appelés à se prononcer sur le « référendum de projet » qui se situe évidemment hors de l’Accord de Nouméa, et donc de la période transitoire.
Dans la loi organique portant statut de la Nouvelle Calédonie, le corps électoral n’est spécifique que pour les consultations (les référendums) d’autodétermination. Cette restriction ne touche pas les autres consultations des calédoniens.
Or, le référendum de projet n’est pas un des trois référendums d’autodétermination prévus dans l’Accord de Nouméa. Il devrait donc être ouvert aux électeurs admis par la règle commune.
Il convient cependant de souligner qu’il est difficilement envisageable que le régime électoral futur des provinciales soit dissocié des autres matières supposées constituer le prochain statut de la Nouvelle Calédonie. Et comme l’ambition est d’établir ce nouveau statut sur une base consensuelle, il va de soi que le contenu du référendum dit de projet devra requérir … un consensus.

NON PARTICIPATION : À L’ORIGINE IL N’ÉTAIT PAS QUESTION DE DEUIL …

Le deuil est devenu, au fil des semaines, le motif principal de la non participation du FLNKS au scrutin du 12 décembre. Dans le communiqué fondateur de la non participation, il n’en était pourtant pas question.

C’est la courte durée de la campagne électorale qui avait été invoquée : la date choisie « va priver les Calédoniens d’une consultation qui devrait se dérouler avec au préalable, une campagne électorale équitable« , avait écrit le Front dans son communiqué officiel.

Extrait du communiqué du FLNKS daté du 20 octobre dernier

Dans le même temps, le relais du FLNKS à l’Onu mettait, lui, en avant, la situation sanitaire.

Finalement il semble bien que tous les indépendantistes se soient ralliés au deuil. Personne, évidemment, ne peut contester la douleur des familles de quelque origine qu’elles soient. Chacune à ses rites et sa période de deuil. Les Kanak également, dans les traditions qui leur sont propres.

Mais la période de deuil interdit-elle, pour la troisième fois en 3 ans, une campagne du FLNKS pour le « oui » ? Il semble bien, pourtant, aux dires des principaux responsables indépendantistes, qu’elle n’empêchera pas une … campagne d’explication de la non participation.

SCRUTIN DU 12 DÉCEMBRE : LA FIN DE L’ACCORD DE NOUMÉA OU PAS ?

La troisième consultation des Calédoniens sur l’avenir institutionnel du territoire a été fixée au 12 décembre par l’Etat. Les indépendantistes contestent cette date. Les loyalistes approuvent cette confirmation. Le but principal de ce scrutin est de connaître, pour la troisième fois consécutive, l’avis des électeurs Calédoniens. Mais, en cas de majorité pour le « non », derrière ce vote se cachent plusieurs enjeux de taille, parmi lesquels, la fin de l’Accord de Nouméa. Décryptage.

A quelle date s’achève l’Accord de Nouméa ? Cette question a fait l’objet de multiples réponses, en général, interprétatives. Le document produit par l’Etat sur les conséquences du « oui » et du « non », permettent de mieux énoncer la réalité.

« A l’issue de la troisième consultation, l’accord de Nouméa sera parvenu à son terme« , précise le document. Mais le même document introduit une part apparente d’ambigüité en indiquant d’une part : « même si l’accord de Nouméa cessera de produire ses effets aux lendemains de la troisième consultation d’autodétermination » pour enchaîner avec, s’agissant des dispositions constitutionnelles et législatives, « en droit, elles continueront donc à produire des effets après un éventuel troisième « non«  ».

Que cela signifie-t-il ?

Oui, au lendemain du troisième scrutin, l’Accord de Nouméa sera clos. Mais pour autant, point de vide juridique : tant que les dispositions prévues dans la loi organique, notamment les Institutions existantes et leur fonctionnement, n’auront pas été modifiées, elles continueront à s’appliquer.

Il en va de même pour, notamment, le gel du corps électoral. Les dispositions des articles 76 et 77, dédiées à l’organisation de la Nouvelle Calédonie, sont rassemblées dans le titre XIII de la Constitution intitulé « Dispositions transitoires relatives à la Nouvelle Calédonie« .

Le document précise donc : « cette situation ne saurait être durable« . Concernant le corps électoral gelé, parce qu’il porte atteinte « aux principes d’égalité et d’universalité essentiels dans le pacte républicain par la Constitution au seul motif qu’elles étaient précisément provisoires« , il ne saurait « être pérenne dans sa configuration actuelle« .

En clair, le 13 décembre, point de bouleversement institutionnel, mais en revanche, l’Accord de Nouméa ne produit plus ses effets. A priori, par exemple, l’option de l’article 27 est close, mais les Institutions perdurent jusqu’à l’adoption de nouvelles dispositions statutaires.

S’agissant du corps électoral, sa modification ne peut être effective qu’après la modification du Titre XIII de la Constitution. Cependant, la « période transitoire » étant achevée, toute élection locale organisée avec un corps électoral gelé s’effectuerait en contravention des principes intangibles du « pacte républicain français », et serait immédiatement contestable.

Modifications du statut et révision de la Constitution s’imposeront. C’est tout l’enjeu de « la période de convergence, de discussion et de stabilité » proposée par Sébastien Lecornu.

PRIMAIRE LR : LA CALÉDONIE ET L’OMBRE DU GEL DU CORPS ÉLECTORAL

Plusieurs candidats l’ont affirmé, lors du premier débat organisé sur LCI entre les cinq prétendants à l’investiture Les Républicains à la prochaine présidentielle, quand la Nouvelle Calédonie, et le troisième scrutin de consultation d’autodétermination y ont été évoqués : la Nouvelle Calédonie doit demeurer au sein de la République. Des reproches ont même été adressés à ce sujet au Président de la République et au gouvernement, accusés de ne pas suffisamment s’engager dans cette voie. Pourtant, en 2007, c’est l’UMP alors au pouvoir sous le magistère de Jacques Chirac, qui a mené le combat pour l’adoption du gel du corps électoral, régime d’exception en forme de coup de pouce vers l’indépendance. Mémoire.

Bruno Retailleau a finalement renoncé à cette primaire, pourtant lui s’était opposé au gel. Lors d’un débat fameux au Sénat le 16 janvier 2007, il n’avait pas hésité à déclarer :  » Je ferai entendre une voix dissonante, ce qui me semble légitime, car ce texte peu ordinaire priverait définitivement des citoyens français de leur droit de suffrage pour certaines élections sur une partie du territoire national.
Monsieur le Ministre, votre réforme ne se contente pas de tordre le cou à l’universalité du suffrage, elle viole aussi le principe républicain d’égalité en créant une citoyenneté au rabais à côté d’une citoyenneté de plein exercice, pour un motif que l’on dit de « domiciliation », mais qui est, en réalité, un motif qui tient aux origines !
Que dire d’une Constitution qui autorise un Maltais à voter aux élections municipales à Marseille mais qui interdit à un citoyen français de voter sur une partie du territoire français ? (Exclamations sur les bancs socialistes.)
C’est en pensant à la Nouvelle- Calédonie, mais aussi à la France tout entière, où les enclaves territoriales se sont multipliées et où demain, un droit dérogatoire pourrait aussi être revendiqué, que je ne voterai pas ce texte ! »


Le ministre de l’Outre mer d’alors, dont beaucoup, aux LR, souhaitaient la candidature, était François Baroin, défendant le projet de gel du corps électoral. Remettant en cause le « corps électoral glissant », il avait affirmé : « Voilà pourquoi depuis 1999 l’État considère que le corps électoral est gelé. » Autre affirmation saisissante : « Le gel du corps électoral écarte environ 700 électeurs supplémentaires, inscrits en 1999, du droit de vote pour les élections de 2009. » On en a vu, finalement, les vraies conséquences sur le corps électoral calédonien …

Les élus ne font pas ce qu’ils ont dit qu’ils feraient, accusation tenace -et trop souvent confirmée- rappelée ces temps ci par Eric Zemmour. Le gel du corps électoral a constitué un soutien aux tenants de l’indépendance de la Nouvelle Calédonie. En revanche que l’on soit macroniste ou pas, force est de constater que, pour la première fois, un Premier ministre (Jean Castex) a déclaré, -devant le Sénat, justement-, qu’il souhaitait que la Nouvelle Calédonie reste dans la République. Quant à Sébastien Lecornu, personne ne peut lui reprocher sa fermeté et sa constance pour l’intérêt de la France et celui de la majorité des Calédoniens dans notre épineux dossier.

On peut tout affirmer dans une campagne électorale. Mais il n’est pas interdit de se souvenir …

LE DROIT DE S’EXPRIMER PAR UN VOTE A ÉTÉ CHÈREMENT ACQUIS

Voter en toute liberté est un droit civique chèrement acquis dans la République.

La Constitution du 3 septembre 1791 met en place une monarchie constitutionnelle. Dans ce régime, la souveraineté appartient à la Nation mais le droit de vote, dit censitaire, est restreint aux seuls hommes de plus de 25 ans payant un impôt direct (un cens) égal à la valeur de trois journées de travail. Le suffrage est aussi indirect car les citoyens actifs élisent des électeurs du second degré, disposant de revenus plus élevés, qui à leur tour élisent les députés à l’Assemblée nationale législative. Ouf !

La Constitution du 22 frimaire an VIII (13 décembre 1799) établit le régime du Consulat. Elle institue le suffrage universel masculin et donne le droit de vote à tous les hommes de plus de 21 ans ayant demeuré pendant un an sur le territoire. Mais les électeurs désignent au suffrage universel un dixième d’entre eux pour figurer sur les listes de confiance communales, ces derniers choisissent ensuite un dixième d’entre eux pour l’établissement des listes départementales, qui eux-mêmes élisent un dixième d’entre eux pour former une liste nationale.

En 1815, après la défaite de Napoléon Bonaparte, Le suffrage universel masculin est aboli et le suffrage censitaire rétabli. Seuls les hommes de trente ans payant une contribution directe de 300 francs ont le droit de vote. Pour être élu, il faut avoir 40 ans et payer au moins 1 000 francs de contributions directes.

C’est grâce au mouvement révolutionnaire qui éclate en février 1848 et met fin à la Monarchie de Juillet en instituant la République, que le suffrage universel masculin est alors adopté par le décret du 5 mars 1848 : il ne sera plus remis en cause. Sont électeurs tous les Français âgés de 21 ans et jouissant de leurs droits civils et politiques.

Les femmes devront attendre avril 1944 pour que le Général de Gaulle, dans le cadre du gouvernement provisoire d’Alger, leur octroie, par une ordonnance célèbre, le droit de vote.

Depuis, la majorité a été abaissée à 18 ans.

En Nouvelle Calédonie, le droit de vote a été chèrement acquis par les Kanak. Ils en étaient exclus jusqu’à ce que le Général de Gaulle -encore lui- l’accorde, après la seconde guerre mondiale, aux anciens combattants, aux hommes d’Eglise et à des autorités coutumières.

Ce n’est finalement qu’en 1958 que les Kanak accèderont à la pleine citoyenneté et au droit de suffrage « inventé » par la France.

En 1984, les élections furent violemment contestées. Mais le « boycott actif » visait la mise en place des Institutions nouvelles créées à l’initiative de Georges Lemoine, alors ministre de l’Outre mer.

Le scrutin du 12 décembre est d’une autre nature. Il relève d’une série de trois consultations exigées par le FLNKS lors de l’établissement de l’Accord de Nouméa. Le troisième a d’ailleurs été demandé par le seul FLNKS. Difficile, dans ces conditions, de comprendre objectivement le mot d’ordre de refus de vote.

Mais la France garantit aussi cette liberté. Elle considère que chacun est libre de décider en son âme et conscience.

Quelle chance …

POURQUOI LA NON PARTICIPATION N’ALTÈRE PAS LA SINCÉRITÉ D’UN SCRUTIN

C’est la grande question : la décision de « non participation » à la troisième consultation sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle Calédonie risque-t-elle d’altérer la sincérité du scrutin ? Décryptage.

La non participation équivaut à une abstention. Le terme de « non participation » choisi par le FLNKS vise à porter une charge sémantique suggérant qu’en l’absence de vote de certains électeurs, le vote serait insincère. Dans les faits, une non participation équivaut une consigne d’abstention, mot d’ordre parfois utilisé par les partis politiques.
D’ailleurs, même sans consignes particulières, l’abstention a marqué une hausse très sensible lors des dernières élections régionales métropolitaines. En 2020, les élections municipales de Paris ont enregistré un record historique d’abstentions, la participation s’étant élevée à un petit … 36,68%. Cela n’empêche nullement la maire de Paris, Anne Hidalgo, de briguer la fonction de présidente de la République.

L’Etat est « simplement » tenu d’organiser la consultation. La responsabilité de l’Etat est d’organiser la consultation dans le respect des règles électorales et démocratiques, conformément à l’Accord de Nouméa. De ce point de vue, l’Etat français sera irréprochable, comme il l’a été lors des deux premiers scrutins de consultation des Calédoniens sur l’avenir institutionnel du territoire. Il met en place le dispositif, assure la liberté de vote et invite des observateurs de l’Onu.
En revanche, l’Etat n’est pas comptable de la participation à la consultation. Celle-ci relève de la libre décision de chacun.

La consultation tenue, l’Accord de Nouméa sera clos. C’est ce qui ressort des dispositions juridiques acceptées en 1998 par tous les acteurs calédoniens. La tenue de cette ultime consultation n’était d’ailleurs pas imposée. Elle résulte d’une demande du FLNKS.
Au plan international, le seul argument avancé par le représentant permanent de la Papouasie à l’Onu a été la situation sanitaire de la Nouvelle Calédonie. C’est exactement la position du gouvernement français.
Consultation électorale assurant aux électeurs un vote libre et démocratique, situation sanitaire permettant cette expression : ces conditions remplies assureraient la sincérité du scrutin prévu le 12 décembre.

POURQUOI LA CRÉDIBILITÉ DU FLNKS À L’ONU RISQUE DE S’EFFONDRER

Le siège de l’ONU à New York

Les atermoiements des indépendantistes depuis un an et leur décision de « non participation », c’est à dire en termes électoraux, de s’abstenir, risque d’altérer sérieusement leur crédibilité auprès des membres de l’Onu. Certes, ils auront toujours le soutien des « décoloniaux ». Mais les circonstances objectives et l’action diplomatique de la France et de ses alliés du monde libre risquent, cette fois, de peser lourd. Décryptage.

TOUTES LES CIRCONSTANCES POLITIQUES SONT FAVORABLES AUX INDÉPENDANTISTES
Première interrogation majeure pour un observateur onusien : les conditions du troisième référendum sont elles favorables aux indépendantistes : la réponse est oui.
Les conditions d’information des électeurs sont optimales, car la crise du Covid n’enlève en rien à des constatations … incontestables.
Un : la revendication d’indépendance, dont l’Onu avait immédiatement été saisie, date de 1975, c’est à dire de 46 ans. Les observateurs de l’Onu, associés au processus de l’Accord de Nouméa et présents lors de deux premières consultations de sortie, peuvent témoigner de la totale liberté des composants du FLNKS, de s’exprimer et donc d’expliquer à tout un chacun, les vertus de l’indépendance. En quelque sorte, une campagne électorale permanente depuis 46 ans !
Deux : la troisième consultation est la copie conforme des deux premières. Les membres de l’Onu doivent déjà être quelque peu ébahis par le fait que la question de l’indépendance soit posée aux Calédoniens par trois fois, en consécutivement ! Il va de soi que la campagne électorale propre à ces consultations a commencé en 2018, et dure depuis 3 ans. C’est à dire qu’en réalité, il n’existe pas de campagne spécifique pour le 12 décembre prochain.
Trois : les indépendantistes ont tous les leviers de pouvoir en Nouvelle-Calédonie. Le peuple Kanak est-il opprimé ? Difficile d’expliquer alors aux honorables délégués de l’Onu que le FLNKS occupe tous les postes de responsabilité sur le territoire. Il dirige le gouvernement, le Congrès, parlement local, et la majorité des communes ! Comment, dans ces conditions, serait-il défavorisé pour affronter la dernière consultation d’autodétermination ?
Quatre : ils ont eux-mêmes demandé l’organisation de la dernière consultation de sortie. Avec de tels atouts, les membres des Nations Unies, et plus particulièrement, du comité dit de « décolonisation », auront du mal à comprendre la « non-participation » du FLNKS à un scrutin par eux demandé …

LE SEUL ARGUMENT DE REPORT DÉVELOPPÉ DEVANT L’ONU A ÉTÉ LA SITUATION SANITAIRE
C’est par la voix de l’ambassadeur de Papouasie auprès des Nations Unies que s’est exprimée la demande de report du scrutin formulée par la FLNKS. Mais l’argument invoqué par l’honorable Max Hufanen Rai a été la crise du Covid en Nouvelle Calédonie. Il parlait d’ailleurs d’expérience, car comme chacun sait, le coronavirus fait, au delà des chiffres officiels, des ravages en Papouasie, dépourvue de vaccins et de dispositif médical d’envergure. Or, Sébastien Lecornu ne dit pas autre chose que Max Hufanen Rai : seule la situation sanitaire de la Nouvelle Calédonie présidera au maintien de la date du scrutin ou à son report. Si cette situation sanitaire est satisfaisante, le nouvel argument des deuils invoqués par des responsables du FLNKS -plusieurs dizaines d’un côté, 180.000 électeurs, de l’autre- n’aura pas l’impact escompté par les indépendantistes auprès de l’Onu.

LES MOYENS DU FLNKS ET DE LA FRANCE AUPRÈS DE L’ONU
Depuis l’origine de la revendication d’indépendance, le FLNKS s’est appuyé sur les Etats du Pacifique représentés à l’Onu. Mais la France est également présente dans l’Organisation internationale ainsi qu’au Conseil de Sécurité dont elle est l’un des membres permanents. C’est dire que si le FLNKS possède des réseaux, la diplomatie française n’en manque pas.
En particulier, pour ce qui concerne les Etats du Pacifique, on peut distinguer, d’une part, les Etats insulaires, -dont certains sous influence chinoise, et d’autres, sous influence australo-néo zélandaise et américaine-, et d’autre part, l’Australie et la Nouvelle Zélande.
Question : qui aurait intérêt à voir se créer en Nouvelle-Calédonie une situation d’instabilité, propice à une éventuelle entrée chinoise ?
La réponse donne la répartition des nouveaux équilibres à l’Onu, face au problème calédonien, et compte tenu des orientations stratégiques dans le bassin Asie-Pacifique. De nouveaux équilibres largement favorables à la France, élève exemplaire dans le processus de décolonisation auquel elle a, en permanence, informé et associé l’Onu.

AIRCAL ENTRE POLITIQUE ET COUTUME

La compagnie Air Calédonie est interdite d’atterrissage à Lifou et Maré jusqu’au 14 novembre prochain. Cette suspension des vols résulte-t-elle de raisons techniques ou climatiques ? Dans la presse, la seule émergence d’information a été celle d’une opposition des autorités coutumières sur fond de crise sanitaire. Plus récemment, on se souvient que le PDG de la compagnie avait été élu au gouvernement sur la liste portée par l’Union Calédonienne, puis avait démissionné suite à la désignation de Louis Mapou. La compagnie serait-elle frappée d’ostracisme pour des causes qui n’ont rien à voir avec sa capacité à desservir les deux Iles Loyauté ? Depuis des mois, les décisions erratiques la concernant, mêlant coutume et décision motivée par le Covid sans qu’un avis médical ait été avancé, plombe les comptes de l’entreprise publique. Il sera probablement fait appel une nouvelle fois au contribuable dans un affaire qui, elle, mériterait une enquête de l’assemblée qui vote les impôts des Calédoniens.

Des semaines de chiffres d’affaires perdus ne sont pas anodins pour une société dont les finances ont déjà été terriblement affectées par la crise du Covid. Mais Lifou et Maré ne sont pas pour autant isolés : la compagnie Air Loyauté, contrôlée par la province des Iles, effectuerait toutes les rotations requises à la barbe du transporteur territorial ! Deux poids, deux mesures ?

Si cette information était avérée, quelques questionnements seraient alors justifiés : Air Calédonie n’est-elle pas tout simplement victime d’un genre de règlement de comptes ? Il serait, en tout cas, salutaire que le contribuable sache davantage combien tout cela coûte, et quelles sont les destinations … de ses impôts.

Dans cette affaire, d’ailleurs, le contribuable calédonien n’est pas le seul concerné : il est fait, sans cesse ces temps-ci, appel à l’aide de l’Etat. Mais « l’aide de l’Etat » se traduit tout autant pour des dépenses financées par des contribuables, en l’espèce, métropolitains. Comme dit la chanson : « c’est (aussi) la France qui paie, qui paie … »

GOUVERNEMENT : LA DÉCLARATION DE POLITIQUE GÉNÉRALE DANS QUELQUES JOURS ?

Alors que s’approchent les échéances du bouclage du budget 2021, et de la présentation du projet de budget 2022, la déclaration de politique générale du nouveau président du gouvernement ne saurait tarder.

Que dit, en effet, la loi Organique ?

« Lors de la première session suivant l’élection du gouvernement, son président présente une déclaration de politique générale devant le congrès« . Le statut de la Nouvelle Calédonie précise par ailleurs à l’article 136 : « Le président du gouvernement présente chaque année devant le congrès : (…) 2° Lors de la session budgétaire, un rapport sur l’activité du gouvernement pendant l’année écoulée et sur le programme de travail de la session. Ces rapports sont transmis aux membres du congrès huit jours au moins avant l’ouverture des sessions« .

Le gouvernement élu en juillet dernier va donc connaître sa prochaine session ordinaire avec la session budgétaire qui va s’ouvrir. Le président Mapou devra donc s’acquitter normalement de cette obligation.

Dans les circonstances actuelles, la déclaration du politique générale, -la première prononcée par un président indépendantiste au nom d’un gouvernement à majorité indépendantiste-, revêt un aspect particulier à bien des égards.

Elle ne peut, en effet, éviter la perspective de l’indépendance de Kanaky-Nouvelle Calédonie, au risque, pour celui qui la prononce, de douter de cette perspective. La date du 12 décembre, d’ailleurs, n’y change rien. En théorie, le gouvernement de Louis Mapou est en place jusqu’à la fin de la mandature, c’est à dire jusqu’en 2024.

Cette perspective, qui doit être dessinée par le leader indépendantiste devrait évidemment intégrer l’alternative institutionnelle : le maintien de la Nouvelle Calédonie dans la France, ou son indépendance. Rien de particulièrement nouveau, dans le cas du maintien, du point de vue de la gestion gouvernementale. En revanche, tout est à découvrir, dans une perspective d’indépendance.

Il lui faudra, notamment, dessiner les contours des futurs équilibres budgétaires, économiques et sociaux. Sans les interventions de la France. Vaste programme …