Comité des Signataires : pas de réunion, réunion ! Les dessous d’une Valls hésitation

Pas de réunion extraordinaire du Comité des signataires pour sortir de l’impasse institutionnelle et pour examiner divers points de conflit, la messe fut dite. Les Calédoniens n’avaient qu’à se mettre d’accord pour régler leurs problèmes. Circulez, y a rien à voir. Mais ça, c’était avant.

Le Président de la commission des lois de l’Assemblée Nationale avait lui, un avis plus nuancé. Pas de passage en force, avait-il écrit sur son Blog, pas de règlement de la crise calédonienne sans que se négocie un accord de nature politique.

Pierre Frogier avait, de son côté, écrit au Premier ministre son inquiétude face à une crise dont l’issue risquait d’occulter « l’esprit des Accords », sous entendu, l’esprit de consensus. Et demandé une réunion du Comité des Signataires.

Manuel Valls n’avait même pas daigné accuser réception du courrier du Président du Rassemblement-UMP, pourtant de surcroît, Sénateur de la République …

Que s’est-il donc passé vendredi dernier où, au cours d’une conférence de presse, le Président de l’Assemblée Nationale, en visite officielle sur le territoire, a livré une annonce surprise : un Comité des Signataires extraordinaire se tiendra vers la fin mai ? Supputations.

L’EQUIVALENT DE 2 MILLIONS DE FRANÇAIS DANS LES RUES DE PARIS
Claude Bartolone est plutôt un homme de consensus, face à la raideur de Manuel Valls. Dès le début de sa visite en Nouvelle-Calédonie, il a quelques motifs de contrariété. Et d’inquiétude.

D’abord au Congrès, un hémicycle partiellement vide. Les élus du Rassemblement-UMP, et la plupart des ceux de l’UCF boycottent le discours du quatrième personnage de l’Etat. Pour la presse métropolitaine, ce n’est donc pas un succès.

Ensuite dans la rue. 10 000 manifestants, c’est l’équivalent de 2 millions de français battant le pavé à Paris. Un chiffre qu’on ne peut occulter, sauf à être aveugle. Et surtout, quand la démocratie se saisit de la rue, c’est le signe d’un profond malaise, d’une rupture de cohésion. Et peut être, l’annonce de regroupements moins pacifiques.

Enfin, ces affiches 4×4 que personne ne peut ignorer, ces tracts, ces publications, laissant entendre que les socialistes prépareraient le largage de la Nouvelle-Calédonie. Claude Bartolone est un démocrate. Ce soupçon lui est insupportable.

D’autant que le jour même, Nicolas Sarkozy s’est fendu d’un tweet dans le lequel il apporte son « soutien à nos compatriotes de Nouvelle-Calédonie qui ont démontré une fois de plus vendredi leur attachement viscéral à la France ».

CONSULTATIONS TOUS AZIMUTS
Homme politique réputé plutôt fin, Claude Bartolone entreprend sans tarder davantage une consultation des formation politiques locales représentées au congrès pour savoir si une réunion du Comité des Signataires avant les débats parlementaires sur la modification de la loi organique leur agréerait.

La disposition excluant les natifs du scrutin référendaire lui paraît sûrement non seulement inappropriée, mais politiquement risquée. Ecarter du choix de leur avenir des calédoniens, y compris des kanak, quelle aubaine pour la droite comme pour l’extrême droite. Claude Bartolone l’avait affirmé à plusieurs reprises, dans la journée de jeudi : « l’Assemblée Nationale prendra ses responsabilités ».

Dans cette précipitation, il semble même avoir un peu forcé la main de l’Union Calédonienne dont le chef de groupe au congrès, Rock Wamytan, déclarait lundi que lors de l’entrevue avec le Président de l’Assemblée Nationale, la réunion d’un Comité des Signataires ne leur avait pas été exposée de manière explicite !

Quoi qu’il en soit, le Président de la République, puis le Premier ministre lui ont donné le feu vert pour annoncer ce Comité extraordinaire. Ce qu’il a fait lors de sa conférence de presse au Centre Tjibaou, et confirmé le soir sur les ondes de RRB.

POURQUOI CE REVIREMENT ?
Valls discourtois à l’égard de Frogier ? En contrepoint, cette déclaration de Bartolone : « Pierre Frogier n’est pas dans mon organisation politique mais nous avons tous besoin de Pierre Frogier aussi ». Puis rappelant que le Président du Rassemblement-UMP avait été depuis l’origine demandeur d’une réunion extraordinaire du Comité des Signataires, Claude Bartolone ajoute « On a peut être quelquefois le tort d’avoir raison trop tôt ». Pommade.

Pourquoi ce revirement ? « Comité surprise » titraient Les Nouvelles lundi matin.

Claude Bartolone est déjà venu en Nouvelle-Calédonie. Dans un climat plus apaisé. Cette fois, il découvre un pays déchiré politiquement, des indépendantistes divisés, des loyalistes dont la fracture a passé le cap de la détestation. Il sait que de ces antagonismes s’orientant vers un paroxysme, peut naître un regain de violence.

La France n’en a guère besoin, ces temps ci !

D’autant que dans les milieux dits « autorisés », on sait que la Nouvelle-Calédonie pourrait devenir une poudrière. Les experts économiques parisiens connaissent la réalité minière et industrielle du territoire, au delà des poncifs rassurants. La situation de la SLN, les interrogations de Glencore, l’effondrement du marché du fer et les réflexions de Vale. Toute l’économie calédonienne, en réalité, tient à quelques fils, et aux transferts de l’Etat. Qui lui même, n’en peut plus.

Ce cocktail peut devenir explosif. Et pour corser le tout, le gouvernement qui prépare un remaniement, et voit avec angoisse se profiler les élections régionales, est accusé de favoriser le glissement de la Calédonie vers l’indépendance.

Cette situation a probablement concouru à cette initiative de l’Etat, jusqu’à présent peu actif pour maintenir un esprit délité des Accords de Matignon et de Nouméa. Claude Bartolone sait que dans le processus politique de la Nouvelle-Calédonie, il existe quelques mots magiques. « Le Comité des Signataires » en est un. Contrairement à Manuel Valls, il l’utilise.

MARCHÉ DE DUPES OU MISE À PLAT ?
C’est donc sûr. Avec l’onction du sommet de l’Etat, un Comité des Signataires se tiendra fin mai, début juin sur la question de l’inscription automatique -ou non- des natifs de la Nouvelle-Calédonie sur la liste électorale référendaire. Mais pas que.

D’autres questions sont en effet pendantes. Les quelques milliers de radiations sur les listes provinciales en suspens, par exemple.

Et puis comment imaginer que deux des trois partis loyalistes, mis de côté au gouvernement par un accord Calédonie Ensemble-Palika-UC tendance Goa, accepterons de voir sans sourciller se dérouler un Comité entérinant la situation actuelle ? Pierre Frogier, lui-même, avait proposé cette réunion pour régler la crise institutionnelle. Certes, finalement, le Comité se réunira. Mais … après le coup de force au gouvernement !

Un chose est sûre : si la réunion « au sommet » des accords a pour seul objet les inscriptions électorales, elle sera juridique et politique sur un seul point. Mais elle ne rétablira pas une esprit de consensus à l’instar de ce qui a présidé depuis 25 ans la délicate gestion des Accords Matignon et de Nouméa. Une bataille pourra avoir été évitée. Mais la guerre reprendra localement de plus belle.

Claude Bartolone le pressent. « Refonder un accord qui permettra de manière plus apaisée de pouvoir réfléchir au futur », s’est-il livré au micro d’Elisabeth Nouar. Ce n’est pas lui qui donne la feuille de route mais son séjour calédonien a montré qu’il pèse lourd dans la direction socialiste de la nation.

Premier échelon de préparation, et premiers casse-têtes : « Cela va donner du travail au Haut-Commissaire ». Et puis, évoquant l’accord scellé par Jean-Marie Tjbaou et Jacques Lafleur : « Il faut que la Politique reprenne ses droits ». Politique avec un grand P.

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