Archives de catégorie : Société

LA VRAIE QUESTION DU RÉFÉRENDUM

Le véritable objet du référendum, pour la vie quotidienne des gens, est trop souvent dissimulé derrière des mots peu compréhensibles pour le commun des mortels. Des emprunts au juridisme constitutionnel et au droit international, comme « souveraineté pleine et entière », « indépendance avec partenariat » ou encore « association à l’exercice de compétences régaliennes ». Blablabla.

TOUTES LES OPINIONS SONT RESPECTABLES SI …
A côté de ces termes savants, des incantations promettent, à travers une indépendance de plus en plus kanak et socialiste, une société plus libre, plus digne, plus attentive à ses concitoyens. Ce que démentent d’ailleurs des déclarations intolérantes, teintées d’exclusions, de tel ou tel leader. Mais après tout, ou malgré tout, pourquoi pas ?

Toutes les opinions sont respectables, à condition, bien sûr, qu’elles soient elles-mêmes respectueuses d’autrui.

Cela ne va pas tout de même, pour les séparatistes, jusqu’à promettre une société plus prospère tant il est évident que la France, renvoyée à l’hexagone, retirerait alors la quasi-totalité de ses financements : Justice, forces de police et de gendarmerie, forces armées, monnaie, Trésor, enseignement secondaire, Université, contributions aux communes, au sport, aux services mixtes comme les douanes, ou encore aux collectivités au travers des contrats bien connus.

Il paraît qu’il n’est pas bienvenu d’évoquer les « sous » de la France. Se passer de 170 milliards FCFP, en effet, c’est presqu’indécent !

UN ENJEU DE SOCIÉTÉ
C’est ainsi qu’au total, ce référendum n’est pas « éclairé » sur les options proposées aux électeurs. Il s’agit, en effet, de choisir de vivre dans une société, ou dans l’autre. Ni plus, et ni moins.

La première de ces sociétés est celle que les Calédoniens connaissent tous les jours : la société de la République, avec ses imperfections, mais ses garanties de liberté, de justice, de progrès, auxquelles s’ajoutent la solidarité nationale, si présente pendant la crise du Covid. Cette option a l’avantage de la clarté.

La seconde est celle évoquée par les tenants de l’indépendance. L’ennui, c’est que justement, elle n’est pas présentée. Certes, il est facile de bâtir des schémas institutionnels, comme il est facile d’imaginer une Constitution. Mais pour l’heure, rien n’est dit sur les conditions sociales, économiques, éthiques de cette société, ni quel sera son niveau de vie escompté, son système d’enseignement, ses perspectives d’emplois pour les jeunes, ou encore son niveau de santé et de prestations sociales.

Or, il n’est pas besoin d’une aide de la France pour décrire cette société aux « populations intéressées ». Ce serait le comble de vouloir se débarrasser d’un « Etat colonial », et de compter sur lui pour dire ce que serait Kanaky.

Car au fonds, au delà de l’emberlificotage rhétorique des interrogations référendaires et des campagnes associées, la question posée le 4 octobre est simple : Voulez-vous désormais vivre en Kanaky ou non ?

SANS EAU, SANS ÉLECTRICITÉ : LES ABANDONNÉS DE BAABA

Ce ne sont pas des squatteurs. Le rééquilibrage, c’est à dire une part des impôts payés par les contribuables du sud servant à améliorer les conditions de vie des habitants du Nord et des Iles, n’est pas d’actualité pour les gens de Baaba. À Yenghébane, tout proche, l’électricité est arrivée après la visite du « sous-préfet ». Mais pour l’alimentation en eau, pour l’hygiène élémentaire, la récupération de l’eau de pluie est le quotidien. Quand il pleut. Lire notre article.

LES ABANDONNÉS DE BAABA

Baaba, Yenghebane, deux îlots face à l’extrémité nord de la Grande Terre dont ils sont séparés par le passage de Boat Pass. Ils font partie du district des Nénémas. Baaba est habitée par quelques familles, liées à Yenghebane, davantage peuplé, où se trouvent la maison commune et le magasin. Un point commun : l’abandon dans lequel sont laissées ces populations. Dénuement.

PAS D’EAU, SAUF PENDANT LA CAMPAGNE ÉLECTORALE …
Si depuis des décennies, les priorités d’équipement des ménages calédoniens sont d’abord l’alimentation en eau potable, ce ne paraît être guère ici. Certes, un tuyau existe. Il est censé alimenter les habitations à partir de la Grande Terre. Ce qui manque, c’est … l’eau dans ces tuyaux. « Sauf pendant les campagnes électorales. Mais un fois les bulletins dans l’urne, il n’y a plus rien ! »

Un tuyau, pas d’eau dedans

Résultat : l’eau de pluie doit être recueillie. Conservée dans des bidons, elle suffit à peine pour les besoins quotidiens.

PANNEAUX PHOTOVOLTAÏQUES … APRÈS LA VISITE DU SOUS-PRÉFET
L’électricité, dans ces conditions, relève évidemment du grand luxe. A Yenghébane, des panneaux photovoltaïques ont été installés. Probablement dans le cadre d’un contrat de développement où l’Etat, notamment, a mis la main à la poche. Le souvenir, en tout cas, c’est que l’électricité est venue après la visite « du sous-préfet ».

L’électricité : un rêve !

Après cette amélioration de confort, des gens sont revenus au village, preuve que ces progrès encouragent la fixation des populations. Pour ceux de Baaba, « le courant », c’est un rêve inaccessible. Fond d’Electrification Rurale, qu’es-tu devenu ?

DES SOLUTIONS TECHNOLOGIQUES DÉSORMAIS ACCESSIBLES
Pour fournir durablement de l’eau et de l’électricité aux « abandonnés » de Baaba et de Yenghébane, deux solutions techniques modernes existent en 2020.

Si le tuyau, déjà installé, ne convient pas, des microstations de désalinisation alimentées par énergie solaire, avec un petit groupe électrogène d’après peuvent faire l’affaire.

Quant à l’électricité, les panneaux photo-voltaïques déjà installés à Yenghébane peuvent être dupliqués à l’échelle des ménages à Baaba.

Les budgets existent, et la dépense de caractère durable n’est pas exorbitante.Il ne manque que la volonté politique …

S’OCCUPER DES « PLUS PETITS »
Comment ne pas comprendre l’amertume des ces « abandonnés » quand le confort existe à quelques kilomètres, et qu’ils entendent parler de milliards consacrés chaque année depuis 30 ans pour le rééquilibrage. Et en l’espèce, personne, dans la région, ne jette la pierre à la province Sud. Cette amélioration de la vie au quotidien, c’est à la commune de Poum, à la province Nord, qu’elle incombe. Un rééquilibrage interne à la province, en quelque sorte.

Dans un bidon, la « réserve » d’eau de pluie …

« Mes garçons sont maintenant au Collège« , précise Arnold. « En internat, ils ont ce confort et ne comprennent pas que nous l’ayons pas à la maison quand ils reviennent.C’est basique !« .En attendant, la petite dernière de la famille d’Arnold ira à l’école l’an prochain. Son père l’emmènera chaque matin, avec son petit bateau, sur la Grande Terre pour que le car de ramassage scolaire la conduise à l’école de Tiabet. Le soir, la petite Edwige reviendra dans sa maison dépourvue d’eau et d’électricité, après qu’on lui ait expliqué, dans sa classe, que maintenant, le progrès s’installe partout grâce à … l’accès à l’eau potable et à l’électricité.

RIFIFI SUR LA TOILE ET ÉPILOGUE POSITIF

Echanger et s’écouter

Les réseaux sociaux sont le siège d’une violence grandissante. Celle-ci s’est exercée la semaine dernière à l’encontre de la présidente de la province Sud, Sonia Backes. Dans un post sur Facebook, elle était accusée de racisme pour, prétendument, avoir renvoyé de chez elle des ouvriers au motif de leur ethnie.

Or, les faits énoncés n’ont jamais eu lieu au domicile de la présidente.

Cette dernière rectifiait immédiatement sur le réseau : « J’ai grandi dans une famille dans laquelle la tolérance était le maître mot. Il y a eu chez moi depuis mon enfance, des gens de toutes les couleurs, de toutes les catégories sociales. Mon père m’a appris à respecter les Hommes, à les écouter, à comprendre que nos différences nous enrichissent. Je suis particulièrement choquée aujourd’hui d’être accusée de racisme et que mes enfants puissent subir les conséquences de ces accusations. »

Les faits lui ont donné raison, puisque, constatant sa méprise, l’auteur du post a demandé à Sonia Backes de la recevoir pour « échanger et s’écouter« .

A l’issue, et de façon plutôt courageuse, il a publié un post rectificatif et d’excuse : « Bonjour à toutes et à tous ! Suite au propos que j’ai tenu la semaine dernière ,concernant des paroles qui auraient été dites à l’encontre de l’ouvrier qui était avec mon fils et non lui , et après avoir entrepris une enquête , sur l’ identité de la personne, il s’est avéré qu’ il ne s’agit pas de Mme BACKES , comme il a été dit , mais d’une autre femme , dont je tairais le nom . J’ai demandé une rencontre avec Mme Backes pour que je puisse m’expliquer et que je puisse demander pardon et qui a eu lieu ce matin .Nous avons échangés et s’écoutés .
En toute humilité , et avec crainte , je m’adresse , à vous toutes et tous , qui ont commentés avec des paroles virulentes voir même de la provocation envers Mme BACKES , Faites de même comme moi dites : PARDON !
Mme BACKES , prête à l’écoute , n’est pas raciste du tout , je vais dire qu’elle est une partie de nous , de la côte est de part ses parents . Encore une fois Mme Backes en mon nom et celui de mes enfants Excusez-nous et PARDON
. »

LES EXCLUS DE BELEP VONT-ILS SE RÉFUGIER … EN PROVINCE SUD ? AU NORD ? AU ILES ?

La coutume est respectable. Elle consacre l’identité kanak dans les relations sociales, les rapports hiérarchiques, le lien à la terre, les mythes et le rapport avec les morts. Avec la langue propre du groupe social inscrit dans la coutume du lieu géographiquement déterminé, elle fondait les « premières nations » d’avant la colonisation.

Enfreindre les règles était passible de plusieurs punitions, et ces dernières étaient essentielles pour leur respect. Ces punitions pouvaient aller jusqu’à la flagellation, la mise au ban, l’exclusion du groupe et de son territoire, et même la mort.

Dans la société d’alors, cette organisation était nécessaire pour maintenir l’ordre et les équilibres, garants de la vie harmonieuse du groupe. Mais au troisième millénaire, la situation à Belep montre qu’il n’est plus possible d’appliquer strictement les règles coutumières dans une société qui a accédé à la Démocratie.

La colonisation a été marquée par « des ombres et des lumières », comme l’on dit. Pour les indépendantistes, il n’est question que des ombres. Pourtant, la démocratie, apportée ici avec notamment des règles de justice et de respect des libertés, fait partie des lumières.

D’ailleurs, dans un premier temps, protection et enquête ont été apportés à Belep par les militaires de l’Etat que les séparatistes présentent généralement comme « colonial« .

Pour le reste, sur l’île, la sanction coutumière est tombée : expulsion de l’île de toutes les familles d’un même clan, c’est à dire 80 personnes. Question fondamentale : est-ce un clan originaire de Belep, ou un clan accueilli ?

S’il y a été accueilli, parce que privé de ses terres par la colonisation, la situation fait partie des « ombres ». Elle mériterait une réflexion démocratique collective.

S’il en est originaire, alors il rejoindra la cohorte des kanak sans terre, et cette privation ne sera pas une « ombre » de la colonisation. Les exclus de Lifou et d’ailleurs, lors des événements, en font toujours partie.

Quoi qu’il en soit, voilà une situation qui montre les limites de la coutume dans un régime démocratique.

A certains égards, la coutume est efficace. Mais pour le reste, elle laisse aux tiers le soin de régler le sort des exclus. Autrefois, il n’existait pas de tiers. C’était la lutte pour la survie. Aujourd’hui, les tiers sont les services publics et les dispositifs de solidarité, lesquels sont financés par les contribuables.

Alors se pose une question, à nouveau : le refuge des exclus de Belep sera-t-il à la charge de la province Sud ? Nul doute que la province Nord, cette fois, fera le nécessaire pour l’accueil de ces familles. Ou peut être, la province des Iles. Enfin, on verra.

GRANDES CHEFFERIES AUX ILES, SÉNAT COUTUMIER : les différences face aux principes du pouvoir républicain

La crise du Covid-19 provoque un effet plutôt inattendu. Celui de l’expression plus forte du pouvoir coutumier, réel aux Iles Loyauté mais construit par une loi française pour le Sénat coutumier. Quelles différences face aux principes du pouvoir républicain ?

AUX ILES, DANS LA CRISE DU COVID-19, LES GRANDS CHEFS  ONT DÉCIDÉ
A Lifou, pour la circulation des personnes, le respect des règles de rassemblement, la rentrée des classes, ce n’est pas, dans les faits, la province qui décide. Ni le gouvernement, ni le Haut-Commissaire ! Dès le mois de mars, les trois Grands Chefs ont décidé le confinement de l’île et l’interdiction d’atterrir pour les avions d’Air Calédonie. Résultat : la compagnie a cessé ses vols. Personne n’est entré dans l’île.

Jacques Lalié a demandé le déconfinement par avance de la province qu’il préside. Que l’on apprécie ou pas le personnage, on doit lui reconnaître la légitimité républicaine issue du suffrage. Mais les Grands Chef étaient d’un avis contraire. Problème de retour à Lifou pour l’élu car les avions d’Air Cal autorisés par le gouvernement sont interdits d’atterrissage par les autorités coutumières.

Finalement, d’ailleurs, ils ont accepté de … déléguer à la province l’organisation de la réouverture du port et de l’aéroport, ainsi que le calendrier scolaire.

Qui peut douter que cette « délégation » permettra aux élus d’acter les décisions des Grands Chefs ?

LES ILES, UNE HISTOIRE SPÉCIFIQUE, DES RACINES ANCESTRALES
Cette situation résulte d’une histoire complexe. Les Iles Loyauté n’ont pas subi de colonisation foncière ou de peuplement. Les chefferies, grandes notamment, conservent un pouvoir que leurs homologues de la Grande Terre ont largement perdu.

Ce pouvoir n’est pas politique. Les coutumiers en avaient fait l’expérience en fin des années 50. Candidats aux élections territoriales, ils avaient été battus à plate couture par l’Union Calédonienne.

Mais paradoxalement, ce pouvoir peut être plus fort que le pouvoir politique. Parce qu’aux Loyauté, il conserve très profondément les racines dont il est issu, et parce que la population vit, au quotidien, les droits et obligations coutumiers.

Au fond, s’agissant des Loyauté, la manifestation de cette autorité n’est pas spécialement choquante lorsqu’elle déborde dans le champ d’autres institutions. C’est un peu le propre « des Iles ».

Pour le « Sénat Coutumier », la chose est tout autre.

LE SÉNAT COUTUMIER, UNE CRÉATION DES « ACCORDS »
Avant la colonisation, la Nouvelle-Calédonie était formée de petites nations, les « premières Nations », dirait un Canadien en faisant un parallèle avec le statut des communautés indiennes au Canada. En Calédonie, chacune de ces premières nations avait, par définition, son territoire, sa langue, son organisation propre et ses mythes. Et donc, pour chacune, son « peuple ».

Mais jamais, comme dans l’histoire de la France, un Grand Chef ne s’est levé pour conquérir tous les territoires, et les unifier sous une seule bannière.

C’est paradoxalement la France, au travers de la colonisation -avec ses ombres et ses lumières-, qui a construit cette unification : une organisation et des règles globales, une langue commune.

Ainsi, le Sénat coutumier n’existe pas dans l’histoire des premières nations kanak. On dit, d’ailleurs, qu’un chef n’est chef que chez lui. En clair qu’un chef n’ira pas dicter sa loi sur le territoire d’un autre chef. Et par extension, que chaque kanak est maître sur sa terre, mais pas sur la terre des autres.

Le Sénat Coutumier a remplacé le « Conseil Consultatif coutumier » créé par les Accords de Matignon. Ce Conseil a été érigé en « Sénat » par la loi référendaire de 1998. Sa validation a été supervisée par le Conseil d’Etat et le Conseil Constitutionnel.

Institution consultative, son avis peut être précieux. Mais elle est, juridiquement, un produit de la République. Pas de la Coutume.

Pour toutes ces raisons, le communiqué que le Sénat coutumier a émis pour s’opposer « à l’arrivée de militaires et de personnels administratifs de l’Etat » ne peut relever que de la formulation d’un avis.  S’il s’avisait à vouloir régler d’autorité des questions qui relèvent de l’Etat ou du gouvernement, il « déraperait ». Pas plus, mais pas moins.

43 000 ÉLECTEURS EN SUSPENS DEVANT LA COUR EUROPÉENNE DES DROITS DE L’HOMME : Ceux dont le droit de suffrage est gelé aux provinciales de Calédonie

Raphael Romano responsable de « Un Cœur, Une Voix »

En 2008, sous l’égide de feu Jacques Chirac, la Nouvelle-Calédonie a été la victime d’une restriction du droit de suffrage sans équivalent dans le monde démocratique. Le gel du corps électoral a été un coup de force décidé par le Parlement réuni en Congrès à Versailles pour adopter une mesure d’exception, exonérée de son examen préalable par le Conseil Constitutionnel. La Nouvelle-Calédonie n’a guère été plus digne. Ses Institutions n’ont même pas été réunies pour donner l’avis … des représentants de la population « intéressée ». Mais alors que se profile la clôture de l’Accord de Nouméa, ainsi que la fin de la tolérance du « gel » simplement admis pour la durée du régime « transitoire » de l’Accord, le retour d’une démocratie électorale plus conforme aux droits et libertés s’inscrit dans un futur qui se rapproche. Droits de l’Homme.

Depuis plus de 2 ans, c’est l’association « Un cœur Une voix » qui œuvre pour le retour à un droit de suffrage respectueux des libertés et des droits de l’Homme. L’objectif n’est assurément pas de provoquer des zones de conflit politique, mais de rappeler que dans une collectivité toujours française, il est totalement anormal de confisquer le droit républicain élémentaire de suffrage. Oublierait-on que la France est le fondateur des Droits de l’Homme et du Citoyen ?

Pour atteindre ce but, l’association a choisi la solution paisible du Droit national et international. La première phase a été la saisine du Conseil d’Etat en mai 2019.

L’OUVERTURE VERS LA VOIE DE LA COUR EUROPÉENNE DES DROITS DE L’HOMME
Deux étapes étaient en effet envisageables. La première était celle de la plus haute juridiction française : le Conseil d’Etat.

C’est donc auprès du Conseil que la requête d’Un cœur Une voix a été portée. Le Conseil d’Etat pouvait statuer selon plusieurs options. Cependant, une seule permettait de passer à l’échelon européen : un arrêt prononçant le non lieu à statuer.

Le recours visant le corps électoral des élections provinciales de 2019 a été déposé en mai dernier. Il a fait l’objet de conclusions énoncées par le Rapporteur public le 31 mai, et le Conseil d’Etat a tenu son audience le 4 juin.

Le Rapporteur public a recommandé le non lieu à statuer. Le Conseil d’Etat a décidé de le suivre dans une décision prononcée le 14 juin.

Ce non lieu à statuer a permis à l’association de se pourvoir devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Le délai de saisine étant de 6 mois suivant l’arrêt du Conseil d’Etat,  ce pourvoi a été déposé par les avocats de l’association le 11 décembre dernier.

APRÈS L’ENREGISTREMENT, UN DÉLAI DE PLUSIEURS MOIS
Première phase de cette nouvelle procédure : la CEDH n’a pas rejeté la forme du pourvoi, et son enregistrement a été effectué.

Reste à présent le long délai de l’instruction. La bataille des avocats. Et les coûts à assurer pour l’association qui défend les exclus du corps électoral … peu nombreux à apporter une contribution, même modeste.

Pourtant, l’enjeu est considérable. Il comporte deux problématiques essentielles.

  • La première est le retour à une démocratie raisonnable. La mouture originelle de l’Accord de Nouméa l’était, avec un corps glissant. Celui-ci permettait, d’une part, aux électeurs de justifier réellement leur appartenance à la Nouvelle-Calédonie et leur capacité à choisir leurs représentants aux assemblés locales, et d’autre part, évitait aux Kanak de devenir des étrangers dans leur pays premier par une simple immigration massive.
  • La seconde est la prise en compte du pays réel. Imagine-t-on, en métropole, 9 millions de Français privés définitivement du droit de vote ?

LE JUGEMENT APPARTIENT À LA CEDH, MAIS IL CONCERNE AUJOURD’HUI 43 000 CITOYENS FRANÇAIS ET EUROPÉENS
« Notre objectif, indique Raphael Romano, président de l’association, est d’obtenir que la plus haute juridiction européenne confirme que le régime d’exception, c’est à dire le gel du corps électoral en Nouvelle-Calédonie, s’achève avec la fin d’une régime transitoire, celui de l’Accord de Nouméa. Nos droits étant reconnus, les négociations statutaires relèveront alors naturellement des politiques« .

Personne ne peut préjuger, dans un an, deux ans ou trois ans, la décision de la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Une certitude existe : celle d’un constat, déjà effectué, d’une situation d’exception uniquement justifiée par une période particulière, limitée dans un temps défini par un accord (celui de Nouméa), et l’organisation de 3 scrutins d’autodétermination.

Autre certitude : le nombre important de « privés de droit de suffrage ». Assurément, un enjeu futur de négociations, y compris sur les choix institutionnels de la Calédonie si, entretemps, elle n’a pas opté pour l’indépendance.

Car si le « oui » ne l’emportait pas, quelle Cour validerait une telle confiscation du droit élémentaire de suffrage dans une collectivité de la République française ?

FÊTE DU TÊT : QUE SERA L’ANNÉE DU RAT DE MÉTAL

Le 25 janvier prochain, Vietnamiens et Chinois entreront dans l’année du Rat de métal. Que nous réserve les mois à venir, jusqu’au 11 février 2011 ?

Le natif du Rat est réputé être le plus honnête et le plus pragmatique. Pour tout savoir sur le Rat, les autres signes durant cette période, et ce qui va se passer jusqu’en février 2021, cliquez sur les liens qui suivent.

Horoscope chinois 2020

En matière événémentielle, l’année du Rat devrait être positive, conclusive et plutôt faste. Un référendum gagnant, le redressement économique et social pour la Calédonie ?

Horoscope Chinois 2020 – Année du Rat de Métal

2020 : CE QUI VA SE PASSER EN CALÉDONIE … ET CE QUI RISQUE DE SE PASSER

L’année 2019 n’a pas été avare d’événements et de changements en Nouvelle-Calédonie. On peut même parler de changement d’époque. L’économie, le social et le politique se sont répartis les rôles.

La vie économique a été fertile en constats et en événements. La SLN a poursuivi son redressement avec deux faits nouveaux : une autorisation d’exporter des minerais pauvres, puis un accord avec Enercal sur le prix de l’électricité. Plusieurs coups de théâtre ont marqué les décisions de Vale. Le géant brésilien avait d’abord fermé le robinet des financements, et notamment pour l’aménagement de Lucy à 70 milliards. Puis il l’a rouvert, à la faveur des perspectives du développement des batteries électriques gourmandes en nickel. Puis cela a été l’annonce de son retrait de Calédonie, de changement de stratégie industrielle, et de négociations avec un repreneur.

Autre secteur d’importance : le tourisme qui est toujours à la peine. Dans les entreprises, un léger regain d’optimisme s’est fait jour après les premières mesures prises par le nouveau gouvernement : une loi de relance dynamique et innovante, une sortie en douceur du contrôle des marges des entreprises, un budget terriblement contraint mais qui préserve des investissements publics importants.

En matière sociale, les limites ont été atteintes par le déficit du Ruamm, -une affaire que les responsables traînent depuis 10 ans-, avec la cessation de paiement annoncée des professions de santé. Mais une lueur d’espoir s’est allumée avec la présentation par le gouvernement d’un plan de redressement, d’un calendrier, et des moyens à mettre en oeuvre.

Dans le domaine politique, exit la toute puissance de Calédonie Ensemble. Le regroupement Avenir en Confiance a ramassé l’essentiel de la mise, tandis qu’une partie de la communauté wallisienne et futunienne a joué le remake de l’Union Océanienne de 1989. Pourtant, l’absence de majorité au gouvernement et au congrès, le jeu permanent des partis et l’instabilité potentielle qu’il génère, montre les limites du fonctionnement démocratiquement rationnel de nos Institutions.

Le reste de l’actualité quotidienne en 2019 a surtout été marqué par l’incapacité des responsables de l’Etat et locaux à maîtriser la dérive toujours croissante de l’insécurité routière autant que de la délinquance.

Coup de chapeau, en revanche, pour l’ensemble des pompiers et la pour la Sécurité Civile, tous sur le difficile front du feu. Avec succès.

Autre bonne note, celle que l’on peut attribuer au sport. Succès individuels pour les nageurs, les tennismen, les véliplanchistes, les rugbymen, les athlètes du handisport, ou encore collectifs à l’image de l’AS Hienghène.

C’est sous les auspices du changement que s’ouvre l’année 2020. Ou de promesses de changement. Dans ce paysage contrasté, le regroupement des Républicains Calédoniens, du Rassemblement et du MPC s’est engagé à restaurer la confiance. Que va-t-il se passer en 2020, et que peut-il se passer ?

Au plan électoral, deux échéances s’imposent aux Calédoniens : les élections municipales en mars, et le référendum en septembre. Tous les électeurs français aux municipales, les électeurs français citoyens de Nouvelle-Calédonie au référendum.

Commentaires sur ces deux scrutins : le focus sur Paita, où un désaccord s’est fait jour au sein de l’Avenir en Confiance, et l’inconnue de l’Eveil Océanien, d’une part, sur La Foa où Muriel Keletoana joue la survie de Calédonie Ensemble, d’autre part, sur le résultat du match entre Jerôme Siret et Pascal Vittori à Boulouparis enfin, pour la succession d’Alain Lazare. Qui va sortir victorieux (se) de ces compétitions entre loyalistes ?

Chez les indépendantistes, deux grandes régions : les Iles et la Grande Terre. Le Palika voudra conserver Ouvéa, et confirmer sa poussée à Lifou et Maré. Et pourquoi pas une nouvelle coalition à Lifou, fief de l’Union Calédonienne qui a cédé la tête de liste provinciale à un ancien adversaire de Neko Hnepeune, et qui semble en recul ?

Sur la Grande Terre, c’est le scrutin de Hienghène qui retiendra l’attention : retour de la commune dans le giron de l’UC ou confirmation du basculement au Palika ?

Quant au référendum, c’est la constitution du Front Loyaliste qui apporte une dynamique nouvelle au scrutin d’autodétermination. La première édition, en novembre 2018, avait été marquée par un forme d’arrogance victorieuse des loyalistes accompagnée d’une campagne assez calamiteuse, et par une réponse cinglante des indépendantistes, sérieux sur le terrain, et gratifiés d’une … défaite en forme de victoire.

Tout laisse à penser que, du côté loyaliste, la leçon a porté quelques fruits, en dépit de la bouderie de Calédonie Ensemble. Paradoxalement, c’est le mouvement indépendandiste qui paraît à la fois uni sur l’objectif, mais au sein d’une union nuancée par les différences de conception de l’indépendance, et qui portera peut être les stigmates des municipales.

Chaque camp tentera donc de mobiliser les abstentionnistes de novembre 2018. La progression, la stagnation ou la régression se jugeront peut être à quelques dixièmes de point. Mais des dixièmes ou des points qui pèseront lourd sur l’avenir politique de la Nouvelle-Calédonie.

Ce sont les comptes sociaux qui font peser la menace la plus lourde sur les finances publiques, les professions médicales, les fournisseurs et le quotidien de santé des Calédoniens. Un véritable enjeu de Société.

Inspiré par le rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales dont les spécialistes vont revenir sur le territoire, et cette fois inscrivant sa démarche dans la concertation avec les partenaires sociaux, le gouvernement devrait marquer des points décisifs en 2020, sur le retour à l’équilibre des régimes et la pérennisation du système de protection sociale et de santé des Calédoniens. L’un des meilleurs au monde. Restauration de la trésorerie, mesures de redressement dans la gestion, mise en oeuvre d’une gouvernance et d’un pilotage plus vertueux du système sont inscrits dans un calendrier désormais connu.

Les services publics, les établissements publics, les bénéficiaires de subventions publiques vont connaître une année financièrement difficile. Mais comme aimait à le rappeler un ancien membre du gouvernement à propos des crédits, « quand y’a pas, y’a pas ! » Sûrement l’occasion de rationnaliser la performance du fonctionnement en généralisant la dématérialisation, et par de meilleurs contrôles de gestion.

Le monde économique devrait reprendre son souffle, grâce notamment à la concrétisation des mesures inscrites dans le Plan de Relance et les mesures de stabilisation -et de sécurisation- fiscale promises en début 2020. En dépit de l’hypothèque que fait toujours peser le cycle des référendums, la confiance devrait lentement se développer, avec pour effet un mieux dans la consommation des ménages. Le remboursement promis de 4 milliards d’avances imposées aux entreprises sur les droits et taxes à l’importation lors de la création de la TGC, devrait provoquer un effet sensible, à la fois sur la confiance, sur la dépense et l’investissement.

Le coût de la vie restera l’une des préoccupations des consommateurs calédoniens. Une nouvelle stratégie va être mise place par le gouvernement, basée sur le développement de la concurrence d’une part, et sur celui du Bouclier Qualité/Prix d’autre part. Fondée sur la concertation et l’attention portée aux recommandations de l’Autorité calédonienne de la Concurrence, sera-t-elle plus efficace que les théories précédentes de blocage des prix et des marges ? L’année 2020 sera un test significatif à cette thèse du libéralisme encadré. Tout de même plus moderne.

Pour Vale, 2020 devrait voir son départ et son remplacement, dans l’usine du Sud reconfigurée, par un nouvel actionnaire. L’année va cependant connaître sa crise sociale, avec les suppressions, et d’emplois dans l’usine de raffinage, et de contrats pour des sous-traitants. L’enjeu sera donc le reclassement des personnels touchés par les suppressions de postes, un reclassement pour lequel Vale mettra la main à la poche pour financer le dispositif déjà utilisé par la province Sud.

Quelques points demeurent encore imprécis, notamment celui concernant l’engagement du géant brésilien à achever la construction de la zone de stockage de déchets « Lucy ». Dans quelles conditions, et dans quels délais ?

Une perspective : après les mesures douloureuses de spécialisation de la production vers le NHC destiné aux batteries et les équipements d’accompagnement annoncés, l’usine du Sud devrait enfin trouver les chemins de l’équilibre ou des bénéfices, gages de pérennité. En l’espèce, la prudence est tout de même de mise.

La SLN devrait franchir une étape significative de son redressement. Au coeur des discussions futures figurera la nouvelle centrale énergétique avec quelques sujets qui restent tout de même à préciser : les besoins confirmés de l’usine Doniambo et donc le dimensionnement définitif de la centrale, c’est à dire son coût réel.

Glencore est silencieux. L’usine du Nord est encore loin, et de son équilibre financier, et de sa production nominale. Une certitude : l’endettement des partenaires calédoniens et colossal.

En matière de production d’énergie propre, la Nouvelle-Calédonie est exemplaire. En 2019 a été inaugurée la plus importante centrale avec batterie de France. Les équipements, notamment en solaire, se poursuivent. Le territoire va probablement atteindre ses objectifs en matière d’énergies renouvelables dès 2023, c’est à dire avec plusieurs années d’avances sur sa feuille de route.

C’est une société calédonienne plus clivée qui devrait se développer en 2020. Le fédéralisme du territoire, créé par les Accords de Matignon, a conduit au clivage provincial porté par les compétences importantes de ces collectivités en matière économique, sociale, culturelle et d’enseignement. Le référendum de novembre 2018 a, quant à lui, confirmé un clivage politique entre deux grands blocs : le Nord et les Iles d’une part, le Sud d’autre part. L’ensemble de ces clivages devrait s’accentuer au cours de cette année.

C’est évidemment le référendum de septembre 2020 qui devrait accroître le clivage de la société calédonienne. Les Accords de Matignon, puis de Nouméa, avaient laissé espérer que deux positions inconciliables -la revendication d’indépendance, celle du maintien dans l’ensemble français- pourraient finalement se fondre dans un désir réciproque de « destin commun ». On sait, à présent, que pour les générations actuelles, cette vision est une vue de l’esprit.

A côté de la campagne référendaire qui a déjà été lancée, et qui va durer 9 longs mois, d’autres théories de « coexistence » sur un même archipel commencent à prendre corps, en plus, évidemment de celles de l’indépendance.

L’indépendance, d’abord, est vue différemment selon que l’ont soit à l’Union Calédonienne ou à l’Uni. Souveraineté pleine et entière sans partage, sous-entendu « on verra ensuite« , d’un côté, souveraineté en partenariat avec la France de l’autre.

Le maintien du territoire dans la République commence, lui aussi, à prendre des formes totalement nouvelles. Elles vont de l’hyper-provincialisation à la capacité, pour chaque province, de choisir la nature de ses liens avec la France, en passant par la résurgence du fédéralisme de feu la Communauté française, avec la coexistence, au sein d’une nouvelle entité fédérale inscrite dans la Constitution, d’une collectivité de la République -l’actuelle province Sud- et d’un Etat associé avec la France constitué par les actuelles provinces Nord et Iles.

Comment ces théories vont-elles prospérer ?

C’est en réalité la suite postérieure au troisième référendum qui s’ébauche. A moins que l’accession de la Nouvelle-Calédonie à l’indépendance -tout de même peu probable-, vienne couper court à ce qui ressort, pour l’instant, de spéculations.

CHIENLIT : LES VOLEURS S’EN PRENNENT AUX MOTOS

Après les cambriolages, les home jacking, les pillages de magasins, les incendies de véhicules et de brousse, les vols de voitures, les délinquants se mettent à présent à voler les motos.

Leurs cibles ne se limitent pas à de petits modèles. Le dernier vol en date est une grosse cylindrée, qu’il est impossible de faire démarrer sans la clé électronique ou le code.

La chienlit gagne du terrain en Calédonie. Avec des statistiques à la baisse ?