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EXÉCUTIF DES PROVINCES : PROPORTIONNEL OU MAJORITAIRE ?

En démocratie, la règle est celle de la majorité pour assurer la cohérence de la gestion des affaires publiques. En l’absence de majorité, les partis politiques en composent une au moyen d’alliances. Ce sont les majorités de coalition. Et parfois de circonstance.

L’absence de majorité entraîne en général confusion et difficultés de gestion. C’est à la suite de ce constat qu’a été bâtie la Constitution de la 5ème République, apportant une stabilité dans les institutions françaises, et mettant fin aux désordres de la 4ème République.

MAJORITÉ IMPOSÉE DANS LES COMMUNES
Pour la bonne administration des communes de plus de 1000 habitants, le mode de scrutin à deux tours garantit que chaque ville est administrée par une majorité de plus de la moitié des élus, et donc, la composition d’un Exécutif municipal majoritaire et cohérent.

UN GOUVERNEMENT ÉLU À LA PROPORTIONNELLE
La Nouvelle-Calédonie, pour des raisons liées à la paix civile, a disposé, en 1998, d’un gouvernement élu à la proportionnelle permettant à tous les partis politiques disposant d’un groupe au Congrès d’être présent au sein de l’Exécutif local. Ce système est unique au monde, et il n’avait que pour objectif celui de permettre aux indépendantistes d’y participer.

Car en 1998, deux partis principaux étaient représentés au Congrès. Le dispositif permettait alors d’installer une majorité cohérente dans le gouvernement, et d’en assurer un fonctionnement rationnel. Mais, au delà d’un objectif affiché de recherche de consensus entre les deux partis, la règle demeure, en cas de désaccord, celle de la majorité.

COLLÉGIALITÉ :  LA TARTE À LA CRÈME
À cette occasion, le terme de « collégialité » a été sacralisé. On lui a attribué des vertus particulières, et le mot est parfois utilisé à toutes les sauces ! La réalité, d’abord, c’est que « La collégialité est un système de gouvernement ou de direction d’un Etat, d’une société, d’une association, d’un groupe de personnes (le collège) où tous les membres ont le même statut, le même pouvoir, et assument les décisions prises à la majorité. »

Aujourd’hui, la composition du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ne permet plus un fonctionnement cohérent de l’institution, en raison de sa composition devenue hétéroclite avec la multiplication des partis siégeant au Congrès.

Or, cette composition ne résulte pas d’une règle autre que celle d’une élection à la proportionnelle. Aujourd’hui et compte tenu de la « balkanisation » politique du territoire, elle est d’ailleurs considérée comme inadéquate, et porteuse de risque pour la stabilité et le fonctionnement démocratique du gouvernement.

SYSTÈME MAJORITAIRE POUR LES PROVINCES
Pour les provinces comme pour les communes, il en va tout autrement.

Les communes de plus de 1000 habitants sont assurées, comme on l’a vu, de disposer de majorité stable et cohérente.

Pour les provinces, tout dépend du résultat des élections. Lorsqu’une majorité s’en dégage, l’Exécutif de la province est naturellement l’émanation de cette majorité, comme dans toutes les assemblées du monde. Et lorsque ne se dégage aucune majorité, une ou des alliances se forment pour en construire une. Dans ce dernier cas, chaque partenaire de l’alliance négocie évidemment des postes de responsabilité.

L’histoire politique récente de la Nouvelle-Calédonie illustre cette règle.

MAJORITÉ RPCR ABSOLUE EN 1990
Lors de la première installation des provinces en 1990, par exemple, le RPCR a naturellement composé l’Exécutif de la province sud parce qu’il y disposait de la majorité absolue.

EN 2004, L’AVENIR ENSEMBLE « PREND TOUT »
En 2004, l’Avenir Ensemble, avec, pourtant, seulement 19 sièges à l’assemblée de la province Sud, et 16 sièges au Congrès, à égalité avec le RPCR, avait trusté toutes les institutions. Le gouvernement était présidé par Marie-Noelle Thémereau, après que les élus … du RPCR lui aient apporté leurs suffrages, le Congrès était présidé par Harold Martin, alors président de l’Avenir Ensemble, et la province Sud, sous la présidence de Philippe Gomes, étaient administrée par un Bureau entièrement Avenir Ensemble.

PAS DE MAJORITÉ EN 2009 ET 2014
Dans cette même province, des Exécutifs comprenant des représentant de plusieurs partis politiques ont été nommés en 2009 ou en 2014. En raison de l’absence de majorité, et de la nécessité de réaliser des alliances pour former une majorité. Alliances d’ailleurs éphémère en 2014, puisqu’après un accord, Cynthia Ligeard a été « éjectée » de la présidence du gouvernement au profit de Philippe Germain.

MAJORITÉ AVENIR EN CONFIANCE EN PROVINCE SUD 2019
En 2019, l’Avenir en Confiance dispose d’une majorité, une première d’ailleurs depuis 20 ans, et naturellement, a installé un Exécutif émanant de cette majorité.

EN CAS D’INSTABILITÉ INSTITUTIONNELLE, LA VICTIME EST LA POPULATION
Personne, par ailleurs, ne s’est offusqué de la composition majoritaire du bureau de la province Nord … Les « gestes » et les « cadeaux », dans ces matières, n’existent qu’au royaume des bisounours.

Heureusement, d’ailleurs, car une incohérence, dans une institution, peut rapidement provoquer une panne ou un blocage de celle-ci. On l’a vu lors des deux dernières crises institutionnelles au gouvernement.

Ce ne sont pas les élus qui, alors, en pâtissent. Quand surviennent des errements institutionnels, ou même des crises, c’est la population qui en est toujours la victime …

DRAPEAU KANAKY AU DÉFILÉ DU 1ER MAI À PARIS

Au défilé du 1er mai à Paris organisé par la CGT, se trouvaient aux côtés des militants syndicaux, des gilets jaunes et des black blocs. Mais pas que.

Dans la foule, peut être un étudiant, peut être un visiteur, peut être un militant permanent, brandissait le drapeau de Kanaky.

Cela n’a pas échappé aux nombreux téléspectateurs calédoniens des chaînes  infos nationales !

DÉBAT DÉMOCRATIE CITOYENNETÉ : IL FAUT PARLER DU GEL DU CORPS ÉLECTORAL !

Voila une suggestion qui constitue un raccord entre le grand débat national et le contexte calédonien : le régime électoral spécial pour les élections provinciales qui sera applicable, au moins, jusqu’au 3e referendum. Ce régime résulte bien d’une loi nationale, et détermine le fonctionnement de la démocratie locale ainsi que la citoyenneté de Nouvelle-Calédonie. Dans ce débat, les questions les plus prégnantes sont les suivantes :

Comment une démocratie peut-elle priver de droit de vote 42 000 personnes en Nouvelle-Calédonie représentant plus de 60 000 personnes, soit près du quart de la population calédonienne ?

Comment une citoyenneté peut-elle consister à être plus fermée qu’une nationalité ?

Pourquoi, dans une brochure éditée en 1998, il était indiqué que la citoyenneté calédonienne pouvait être obtenue que un citoyen français « résidant depuis 10 ans sur le territoire » ?

Et puis, puisqu’on y est , pourquoi, le 12 décembre 2006, par 9 voix contre 3, le bureau du Congrès a-t-il refusé d’inscrire à l’ordre du jour de la séance du lendemain, le sujet du gel du corps électoral ?

Autant de sujets passionnants pour des débatteurs certainement avides de démocratie …

LA SÉCURITÉ DEMEURE L’ATTENTE MAJEURE DES CALÉDONIENS

Le grand Plan territorial de sécurité et de prévention de la délinquance (PTSPD) en … 139 actions du gouvernement, annoncé en début d’année dernière, a fait pschitt ! Le plan provincial de prévention de la délinquance n’a guère fait mieux. A défaut de résultats concrets et tangibles, force est de constater qu’il ne s’est agi que d’opérations de communication. Du mieux en 2019 ?

Pour ce qui est du plan territorial approuvé dans l’enthousiasme, salué par la Province nord, pratiquement aucune action novatrice n’a été lancée. De l’action 1 « Créer le Conseil territorial de sécurité et de prévention de la délinquance » jusqu’à la 139, en passant pas la 110 « Offrir des places aux Calédoniens dans les Établissements d’insertion pour l’emploi (EPIDE) métropolitains ou créer un EPIDE sur le territoire« , soit la concrétisation n’a pas été au rendez-vous, soit les Calédoniens n’ont pas vraiment senti les effets salvateurs de la grande annonce.

DES DÉLINQUANTS MINEURS
RELÂCHÉS

L’Etat a mis en place, de son côté, la police de proximité. Une certitude : la Brigade Anti-Criminalité « fait le job ». Elle arrête souvent les délinquants et son action est remarquable d’efficacité. Qui sont relâchés illico lorsqu’ils sont mineurs …

Point à souligner : les communes essaient avec « les moyens du bord ». Les polices municipales de Dumbéa et de Nouméa ont développé des expériences de « voisins vigilants ». Avec des succès prometteurs. Une baisse de 30% de la délinquance dans la portion de Magenta concernée, au bout de quelques mois.

PAS DE CONTRÔLES D’ALCOOLÉMIE 
SYSTÉMATIQUES

Bref, hors les grandes questions politiques, l’insécurité demeure le problème n°1 de la Calédonie. L’insécurité routière atteint des records. Et si la gendarmerie a au moins conduit une vaste action territoriale, la police n’effectue toujours pas de contrôle d’alcoolémie après 22h !

Dans tous les pays du monde, on sait que des contrôles systématiques génèrent la crainte des contrôles. Et provoquent le début de la sagesse. Un exemple : la traversée de Tomo a fait l’objet de contrôles de vitesse systématiques de la part de la gendarmerie. Aujourd’hui, tous les automobilistes traversent cette agglomération à vitesse raisonnable selon le principe de « on ne sait jamais » !

Détail révélateur d’une forme d’incurie des autorités : la réglementation des Nakamals, qui dort depuis 2012 au Congrès, faisait partie de 139 mesures qui devaient changer les choses. Même cette réglementation, pourtant simple, est toujours attendue …

DE NOMBREUX SUJETS
RELÈVENT DES AUTORITÉS LOCALES

Alors qu’espérer en 2019 ?

La sécurité de relève pas que de l’Etat. L’éradication de squats, l’errance des SDF, la video protection, les éclairages publics, les polices municipales, la lutte contre les tags, la lutte contre l’ivresse au volant, la lutte contre les violences faites aux femmes, le traitement de la délinquance des mineurs, autant de sujets entre autres, qui relèvent essentiellement des autorités locales.

Après 20 années de croissance ininterrompue de l’insécurité en Nouvelle-Calédonie, les Calédoniens attendent des résultats concrets.

Ce sera donc l’affaire des dirigeants. Soit les anciens, touchés par la grâce. Soit des nouveaux capables d’apporter du changement dans le domaines prioritaire de la sécurité. Les Calédoniens pourront choisir.

NE PAS CONFONDRE « DESTIN COMMUN » ET « VIVRE ENSEMBLE »

Dans la plupart des commentaires, y compris les plus doctes, la confusion entre « Destin Commun » et « Vivre Ensemble » est patente. Pas étonnant, tant « Destin Commun », « Communauté de Destin » ont été des expressions galvaudées depuis 30 ans.

LARGE MAJORITÉ POUR LA FRANCE OU POUR L’INDÉPENDANCE
Le « destin commun » est un terme qui est apparu avec les Accords de Matignon, et quasi-sacralisé par le préambule de l’Accord de Nouméa. Mais le contenu politique du « destin commun » est qu’une large majorité des Calédoniens choisissent d’inscrire leur futur, soit dans l’indépendance, soit dans la France.

Comment pourrait-il en être autrement, d’ailleurs ? Le destin commun d’un couple qui veut se marier peut-il être de conserver chacun, pour la femme, un amant, et pour l’homme, une maîtresse ?

En revanche, ils pourraient vivre ensemble …

Le « Destin Commun », à la sauce calédonienne, a été refusé le 4 novembre. Pour faire simple, d’un côté, le « peuple kanak » a choisi l’indépendance, et les « non-kanak » ont choisi la France. Fin de la séquence « Destin Commun ».

LE VIVRE ENSEMBLE OBLIGÉ OU ACCEPTÉ
En revanche, le Vivre Ensemble demeure. Obligé, sous forme de coexistence pacifique le plus souvent, il s’impose à celles et ceux qui vivent côte à côte, avec plus ou moins de proximité, chaque journée calédonienne.

Le Vivre Ensemble n’est d’ailleurs pas toujours une contrainte subie. Il peut prendre la forme d’unions mixtes, intégrer des sentiments de respect, d’empathie et même d’affection.

COMBIEN ACCEPTERAIENT DE PERDRE LA NATIONALITÉ FRANÇAISE ?
Mais si demain, la Nouvelle-Calédonie devenait indépendante, et que le Parlement dont c’est la compétence, comme le rappelait récemment le Premier ministre, décidait de refuser la double nationalité pour les « nationaux kanak-calédoniens », combien de non-kanak abandonneraient la nationalité française pour partager un « destin commun » ?

Incendies, exactions, menaces, caillassages : LA FAILLITE DE LA CHARTE DES « VALEURS CALÉDONIENNES »

Les actes délictueux qui ont suivi le referendum tranchent sinistrement avec le battage opéré lors de la signature de la « Charte des Valeurs Calédoniennes ». Ils ne sont pas nouveaux, mais prennent un relief particulier depuis le soir du 4 novembre. Comment en effet ne pas faire de rapport entre le score du « oui » à l’indépendance, et les exactions commises depuis l’annonce des résultats ?

Celles-ci, en effet, frappent les communes où le « non » à l’indépendance l’a emporté. Et même si les enquêtes concluent à de simples actes de délinquance, difficile ne pas rapprocher ces exactions du contexte politique nouveau créé en Nouvelle-Calédonie par le referendum.

L’un des constats les plus marquants du scrutin du 4 novembre est, par ailleurs, le caractère ethnique du clivage entre les pro-indépendance, et les anti-indépendance. Peu ou prou, ce sont tous les électeurs kanak qui ont voté pour le oui à l’indépendance.

Or la fameuse charte des « valeurs calédoniennes » voulait mettre en relief ce qui rassemble, au delà des clivages ethniques et politiques, la population calédonienne. Récemment, le discours radical du Président de l’Union Calédonienne sur « l’axe du Mal » l’avait déjà … mise à mal.

Ce qui encore plus frappant est qu’aucun leader indépendantiste, signataire du document, n’a condamné ces actes. Les derniers faits de Saint Louis ont même été présentés comme un défoulement compréhensible des jeunes exclus du referendum …

Dans une séquence « après referendum » où des tensions sont un fait, la réalité d’un idéal de « valeurs partagées » paraît d’autant plus illusoire que la fracture politique en Calédonie semble irrémédiable, après 30 ans de déni.

L’ÉTRANGE CLIMAT POLITIQUE CALÉDONIEN

C’est une « saison inédite » qui se joue au « Théâtre Vauban », siège des principaux partis politiques calédoniens, et terme choyé par Roger Brissaud, l’un des fondateurs et pamphlétaire des Nouvelles Calédoniennes. Etrangeté.

SÉQUENCE HORS NORME
Déjà, la séquence est hors norme : conformément aux Accords de Matignon, les Calédoniens vont choisir entre l’indépendance et la France. Et comme l’Accord de Nouméa le prévoit ce sera le premier des trois scrutins d’autodétermination. Moment historique pour la Nouvelle-Calédonie puisque, contrairement au referendum de 1987, celui de 2018 est « consensuel ». En ce sens qu’il a été décidé par les indépendantistes comme par les « loyalistes ».

SÉQUENCE PARADOXALE
La séquence est paradoxale.

Un parti indépendantiste, appuyé par une centrale syndicale, accuse les leaders indépendantistes participant au referendum, de brader en quelque sorte, la revendication originale. Il prône la non-participation.

Un parti loyaliste, en froid avec les autres formations loyalistes, tente de mettre à mort … la seule radio loyaliste en ne lui versant pas une subvention conséquente pourtant votée par les élus.

REMOUS DANS LE TOHU-BOHU
Tout ce tohu-bohu se déroule dans une séquence économique agitée par une révolution fiscale : la mise en place de la TVA locale, baptisée ici TGC. En Calédonie, cet impôt nouveau, se substituant à plusieurs taxes, est censé … faire baisser les prix.

Mais en réalité, ce n’est pas l’impôt qui est supposé diminuer la cherté de vie : c’est la loi compétitivité. Or cette loi, supposée elle-même renforcer la compétitivité des entreprises, vise simplement à encadrer leurs marges dans le sens d’une restriction, provoquant … des licenciements.

LA BAISSE ANNONCÉE RESSENTIE COMME UNE AUGMENTATION
Autre paradoxe : le ressenti des consommateurs. Ils entendent les autorités annoncer des baisses, réelles sur certains produits, mais retiennent surtout l’augmentation de beaucoup d’autres produits. Résultat : ils ont le sentiment que la vie, d’un seul coup, a augmenté !

CAMPAGNE PROVINCIALE PENDANT CELLE DU REFERENDUM
Enfin, tous les partis politiques jurent leurs grands dieux qu’ils se consacrent uniquement au référendum prochain. Et tous font campagne, en réalité – et ce qui n’est pas anormal -, pour les élections provinciales de 2019 qui vont conférer le Pouvoir à une majorité pour les 5 ans à venir.

Un étrange climat, vous dit-on.

LE SCANDALE DES ABUS … DE PRIX D’ALCOOL

Le prix des alcools a de nouveau augmenté avec l’application de la TGC, atteignant des records. Cette hausse suscite deux réflexions majeures, l’une sur le modèle économique local, l’autre, sur le modèle sociétal. Abus.

JUSTE DES RECETTES BUDGÉTAIRES
Sur le modèle économique
, d’abord. Il s’agit d’une mesure censée dissuader le consommateur des abus d’alcool en rendant l’accès à l’alcool difficile par le prix. Globalement, cela correspondant, en premier lieu, à une augmentation du coût de la vie, puisque chacun consomme, peu ou prou, des boissons alcoolisées.

Le produit de ces augmentations sert-il à des actions visant à éduquer les consommateurs et à mener des actions civiques ou de répression pour juguler les abus ?

Rien de tout cela. Les recettes supplémentaires ont été distribuées aux Provinces, et une partie au Ruamm. Quant aux recettes nouvelles générées sur l’alcool par la TGC, leur destination ne sera connue que lors du prochain budget.

PAS DE CONTRÔLES, PAS D’ÉDUCATION
En revanche, toujours pas de contrôle routier systématique d’alcoolémie après 22h, pas de programme éducatif dans les écoles, pas de campagne de sensibilisation permanente en direction du public. Conclusion : les augmentations sur l’alcool n’ont visé qu’à obtenir de nouvelles recettes budgétaires sur le dos du consommateur.

Accessoirement, pour le tourisme, les alcools français et notamment le vin français, source d’achats touristiques, seront plus chers dans notre pays français, que sur des territoires étrangers !

PUNIR 300 000 CALÉDONIENS POUR QUELQUES MILLIERS D’IVROGNES
Sur le modèle sociétal, c’est d’abord le constat que la consommation d’alcool sera sélective par le prix, en faveur des Calédoniens les plus aisés.

Car dans le principe, si la mesure vise à dissuader la consommation abusive d’alcool, toutes ces augmentations n’ont qu’un résultat : « punir » près de 300 000 Calédoniens alors que seuls quelques milliers d’ivrognes constituent un risque pour la sécurité publique, la paix des ménages ou la sécurité routière.

Or, sur les 300 000 habitants en question, seuls les revenus moyens et modestes trouveront quelque dissuasion dans les prix des alcools.

Pire : certains vont revenir aux alcools frelatés, tandis que les vols d’alcool sont en constante hausse.

En revanche, la promotion à grande échelle des valeurs civiques et des valeurs de santé face aux dangers des abus d’alcool est toujours absente ! Un modèle sociétal qui dérive comme une bouteille à la mer …

POURQUOI L’ESPRIT « CITOYENNETÉ CALÉDONIENNE » EST UN ÉCHEC

La citoyenneté, c’est une définition juridique inscrite dans la loi organique. Ses promoteurs auraient souhaité qu’elle devienne un véritable « esprit » du pays, une mentalité, un comportement. Aujourd’hui, force est de constater qu’il n’en est rien en dépit de ce qui ressemble à des rassemblements incantatoires. Echec.

DROIT DE VOTE ET EMPLOI
Les articles 2, 24 et 188 de la loi organique de 1999 qui fixe le statut de la Nouvelle-Calédonie définissent le contenu de la « citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie« . Il s’agit d’une part, de la capacité de vote aux élections provinciales, et d’autre part, du bénéfice de mesures de promotion et de soutien à l’emploi local.

Ainsi est la lettre. Le reste, l’esprit, la mentalité, le comportement, étaient à construire.

CLIVAGES
Depuis près de 20 ans, les autorités, à des degrés divers, ont tenté de promouvoir « un esprit citoyen » propre à la Nouvelle-Calédonie. Pour cela, des signes identitaires ont été créés.

Les billets de banque sont d’une belle esthétique, mais ne créent pas d’esprit citoyen. Au contraire, d’ailleurs, ils suscitent le débat clivant du choix de l’euro ou d’une monnaie propre. Tout le monde a botté en touche et maintenu le statu quo.

Un « hymne » a été composé. Aucun Calédonien, ou presque, 15 ans après sa création, n’en a retenu l’air et les paroles.

COMMUNAUTÉS ET ABSENCE D’IDENTITÉ POUR LES « NON-KANAK »
Le 24 septembre 2018 a connu des fêtes de la citoyenneté semblables aux précédentes : dans une relative indifférence populaire.

Pire, cette citoyenneté qui se veut fédératrice pour ses promoteurs, se traduit par un ensemble de manifestations communautaires. Une façon d’illustrer la diversité, mais surtout, l’absence d’identité pour les non-kanak, et donc les clivages culturels, puisque chacun apporte, non pas à l’identité commune, mais au groupe communautaire.

CITOYENNETÉ ET NATIONALITÉ
Mais surtout, la citoyenneté calédonienne est de plus en plus un enjeu politique clivant, entre nation calédonienne et appartenance à la République. La loi organique dispose en effet que la citoyenneté calédonienne se transforme en nationalité si le territoire accède à l’indépendance.

Alors ce week end, la place du MwaKa, qui se voulait fédératrice de la citoyenneté, s’est muée en forum de promotion de la souveraineté pleine et entière, c’est à dire, comme le rappellera la question posée au referendum du 4 novembre, de l’indépendance.

D’ailleurs, une dame, en s’exprimant devant les caméras de NC 1ère, a expliqué que pour elle, il s’agissait de défendre « la citoyenneté kanak« , en précisant que dans son esprit, le mot « kanak » ne désigne ni une ethnie, ni une race. En quelque sorte, et par avance, la nationalité de « Kanaky-Nouvelle-Calédonie« .

LES RACINES DE L’ÉCHEC
Avec le gel du corps électoral provincial, une fermeture pire que la nationalité dans un pays démocratique, la citoyenneté calédonienne avait déjà pris un mauvais tournant.

Les interprétations politiques, les gestes d’exclusion, notamment en matière de vote et d’emploi, ont fait le reste.

Finalement, le 24 septembre est un jour férié devenu sans grande signification, ni célébration. Le rappel, tout de même, que ce jour de 1853, la Nouvelle-Calédonie est devenu française. Quelques manifestations, plutôt maigres, pour célébrer la « citoyenneté de Nouvelle-Calédonie ». Et puis surtout, l’occasion pour près de 280 000 Calédoniens, d’une journée de farniente loin des tumultes citoyens et politiques.

Quel échec !

VIE CHÈRE : UN DOSSIER QUI « PATINE » DEPUIS DES ANNÉES !

 

La lutte contre la vie chère, c’est l’une des arlésiennes calédoniennes. Une espèce d’incantation, de grandes déclarations, des mesures inefficaces, et au total, un coût de la vie qui ne cesse d’augmenter. Dans ce domaine, la Nouvelle-Calédonie ne montre guère l’exemple, provoquant elle-même des hausses, et prônant des mesures dont la pertinence n’est pas avérée. Au total, un échec sur la méthode, qui sera illustrée, dans les semaines à venir, par une série de réflexions dans notre dossier « Vie Chère ».

DANS LA RUE … EN 2013
Après quelques mesures censées rendre la vie des consommateurs calédoniens moins chère, une grande manifestation avait réuni plusieurs milliers de personnes en mai 2013. « Nous vivons dans une société à deux vitesses, qui ne peut changer qu’avec une réforme globale de l’économie et de la fiscalité », avait déclaré Joao d’Almeida au nom de la Fédération des Fonctionnaires.

S’en étaient suivi plusieurs initiatives censées apporter une réponse à cette forte attente des calédoniens. Une commission spécialisée au Congrès, une intersyndicale, une conférence permanente au sein d’un groupe dénommé « agenda partagé », plusieurs déclarations politiques,

Tous les gouvernements se sont prononcés sur cette question depuis une demi-décennie. L’instauration de la TGC, dernière initiative fiscale en cours, a été présentée comme étant « le » moyen de faire baisser les coûts.

AUCUN RÉSULTAT
Mais pour l’instant, rien n’y fait.

Pire : l’augmentation de la pression fiscale directe et indirecte par la puissance publique a surenchéri les coûts.

Élément nouveau dans ce paysage, cependant : la toute nouvelle Autorité de la Concurrence calédonienne. Dans la droite ligne des analyses de l’Autorité nationale de la concurrence, elle a déjà délivré des analyses frappées, à la fois, de l’expérience économique, et du bon sens.

Au delà de la polémique qui va enfler avec la proximité des élections provinciales prochaines, plusieurs constats objectifs s’imposent.

D’abord, globalement, les prix n’ont pas baissé. Bien au contraire !

Ensuite, au fil des années, aucune stratégie, déclinée en actions, en méthode, en objectifs plus précis n’a vu le jour.

Enfin, la récession économique et les difficultés budgétaires qui frappent la Nouvelle-Calédonie va rendre encore plus prégnante ce sujet qui touche au quotidien des Calédoniens, classes populaires comme classes moyennes. Les consommateurs calédoniens sont-ils condamnés à tout payer de plus en plus cher, sans que l’augmentation de leur pouvoir d’achat ne vienne compenser cette augmentation permanente ?