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LES « CALÉDONIENS EXCLUS » INSCRITS EN 2024 ? MANIF DE SOUTIEN CE MATIN.

Si le troisième référendum avait lieu, et si le « non » l’emportait une troisième fois, la Nouvelle-Calédonie s’acheminerait vers la fin de l’Accord de Nouméa, à l’échéance de la mandature provinciale actuelle. Une précision déjà apportée par le Conseil d’Etat.

Impossible, bien entendu, qu’une « régularisation » de la situation des Calédoniens exclus du vote provincial et référendaire n’intervienne avant cette date butoir, celle-ci nécessitant une modification constitutionnelle. Mais cette « régularisation » sera exigée, à l’issue, par le droit national, européen et international.

C’est qu’en effet, le « gel » du corps électoral calédonien, contraire à tous les principes démocratiques, contraire au texte initial de la loi organique relative à l’Accord de Nouméa, a été admis pour une seule raison : son caractère transitoire, limité à la durée du dit Accord. Cette position a été confirmée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme ainsi que par les instances de l’Organisation des Nations Unies. Le régime d’exclusion électorale perdrait ainsi son caractère transitoire à partir de 2024.

Dans le cas d’une nouvelle victoire du « non », ce rétablissement ne procèderait pas d’une option politique, mais d’une exigence de droit. Or, à l’échéance de la mandature 2019-2024,  des nouvelles élections devraient être organisées pour désigner les assemblées de province. Elles seraient organisées sous l’égide de l’actuel statut en l’absence de modifications. A l’exception du corps électoral appelé à voter. Le « gel » ne pourrait alors pas être maintenu, sous peine d’illégalité.

Dans cette perspective, l’Association « Un coeur, Une voix » a appelé à manifester ce matin devant le Haut-Commissariat, pour soutenir le processus de réinscription sur les listes électorales spéciales des 35.000 Calédoniens qui, pour l’heure, en sont exclus.

C’est là que se situe tout le risque, pour les indépendantistes, en cas de nouvelle défaite en 2022, et la chance, pour les Calédoniens « exclus », de se voir réintégrés dans leurs droits démocratiques.

24 SEPTEMBRE, LA CONSÉCRATION DES RUPTURES

« Dans le temps », la fête du 24 septembre avait un incomparable éclat. Arrivée des pirogues, courses de hord-bords, « baraques », manifestation en tout genre, la Nouvelle-Calédonie vivait au son du « rattachement à la France ». Les choses se sont progressivement gâtées à partir de 1969, avec la revendication anti-coloniale lancée par Nidoish Naisseline et les Foulards Rouges, l’éclatement de l’Union Calédonienne modèle « deux couleurs, un seul peuple », et en 1975, la première revendication d’indépendance.

Deuil kanak pour les uns, arrivée de la France pour les autres, le jour de « la prise de possession » a été source de conflit politique, jusqu’à l’initiative de Dewe Gorodey de célébrer la rencontre de deux mondes culturels ce 24 septembre 1853, sur les rivages de Balade. Et comme l’Accord de Nouméa avait instauré une citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie, la date fut choisie pour célébrer cette citoyenneté, et le deuil fut levé. Clou de cette évolution : le Mwa Kaa, dressé baie de la Moselle, où quelques temps années plus tard allaient être hissés « les deux drapeaux ».

Depuis, la greffe n’a pas pris.

Certes, le gouvernement organise chaque année, avec beaucoup de bonne volonté, cette Fête de la Citoyenneté. Cette année, les représentants de 12 communautés s’étaient donnés rendez-vous au Centre Tjibaou, montrant la diversité culturelle -et gastronomique-, de la Nouvelle-Calédonie.

Sur la place du Mwa Kaa, les drapeaux et la fréquentation essentiellement mélanésienne ressemblaient davantage à une ode à Kanaky, qu’à la célébration du Mwa Kaa originel.

A la Foa, on a célébré les pionniers. A Paita, le maire a déposé une gerbe au monument aux morts.

Mais pour le reste, c’est à dire les 267.000 Calédoniens qui n’ont pas fréquenté ces lieux, l’impression est que … tout le monde s’en fiche. Il est vrai que dans 10 jours à peine, les électeurs concernés par le référendum auront le choix entre mettre un terme à une histoire qui a commencé justement le 24 septembre 1953, ou non. Alors, quoi de plus normal que la date puisse faire rupture.

D’ailleurs, la notion de peuple uni dans une même citoyenneté est désormais contrebattue par la mise en valeur des communautés. En effet, dans le chapitre « prenons des vessies pour des lanternes », la notion de « peuple calédonien » dont la cohésion devrait être, selon la théorie du « peuple », assurée par l’adhésion à un citoyenneté, est annihilée par le maintien, ou la montée des communautarismes !

On a l’impression qu’en Calédonie, plus certains parlent de peuple, et plus ils exaltent la négation de l’existence de ce peuple par l’expression des valeurs communautaires. L’émergence de l’Eveil Océanien, parti communautaire wallisien et futunien, en est l’illustration politique.

La réalité, c’est que la citoyenneté calédonienne, gelée, n’a été qu’un moyen d’exclure pour la durée de l’Accord de Nouméa, 42.000 citoyens français en âge de voter.

Accessoirement, elle sert à alimenter des revendications syndicales parfois justifiées, parfois excessives au prétexte que la citoyenneté calédonienne serait gage de compétence.

Au total, le 24 septembre n’est plus ce qu’il a été. Il n’est pas encore … ce qu’il pourrait être. Quoi donc ? C’est encore la question.

UNE AUDACIEUSE TRIBUNE DE 4 CALÉDONIENS DANS « LE MONDE »

Voila quatre Calédoniens <Jenny Briffa, Emmanuel Tjibaou, Louis Lagarde, Jean-Marie Wadrawane> qui produisent, dans un contenu volontariste et remarquablement intellectualisé, une photographie de la pensée calédonienne totalement actuelle, face à des analyses décalées de l’ultra gauche hexagonale. Remettre Edwy Plenel à sa place ne manque pas d’audace. Mais ils en ont la légitimité par leur histoire et leur personnalité, d’autant qu’ils ne représentent nullement l’expression d’un courant politique partisan. À sa place, la France y est, loin des caricatures paternalistes et coloniales, mais la responsabilité des élus calédoniens aussi. Et même si la Calédonie, à certains égards, paraît « fin mal barrée », la pensée rafraîchissante de leur tribune publiée dans « Le Monde » peut donner quelque espoir sur l’intelligence de chez nous.

AVOIR LE COURAGE DE LA NUANCE
Ils étaient enfants pendant les « événements » de 1984 à 1988. Dans une tribune publiée dans le journal « Le Monde », 4 personnalités du territoire se définissant comme « des intellectuels calédoniens », sortent « du silence pour dire notre exaspération face à une pensée simplificatrice venue de métropole. Comme celle d’Edwy Plenel« .

Dans la posface de l’ouvrage « Une décolonisation au présent », Plenel écrit : « Soit <la France> persiste dans ses logiques de puissance et d’appropriation (…) Soit elle saisit cette occasion pour se libérer elle-même de la question coloniale, en accompagnant l’indépendance en relation voulue par les indépendantistes de Kanaky« . Pour les auteurs de la tribune, cette analyse  relève d’une « grille de lecture datant des années 80« . Ils soulignent la réalité de la situation dans la Nouvelle-Calédonie « tellement complexe » d’aujourd’hui et appellent à « avoir le courage de la nuance« .

CONTRE-VÉRITÉ ABSOLUE
« Nourrir un discours de victimisation des Calédoniens d’origine kanak qui, en 2020, seraient les délaissés de l’Etat colonial, est non seulement une contre-vérité absolue (des programmes de discrimination positive existent, des investissements colossaux ont été réalisés pour l’éducation des jeunes Kanak, pour le développement des provinces administrées par des élus indépendantistes) mais entretient l’idée que tout mérite réparation, que tout est un dû. »

Cette analyse provoque des « conséquences délétères », émergeant dans toutes les communautés, « demandes farfelues d’embauches » par exemple.

Pour autant, écrivent les 4 Calédoniens, l’identité calédonienne qui se « créolise » n’efface, ni les ombres du passé, ni les retards pour ce qui est de l’accès aux responsabilités des Kanak. A qui la faute ? « Ce sont nos élus qui n’ont pas su assez réformer le pays. La France d’aujourd’hui n’y est pour rien. L’incurie est calédonienne. »

Pourtant, point d’auto-flagellation car « quel pays peut s’enorgueillir d’être passé si vite d’un état de guerre civile à cette créolité en consolidation ? » Soulignant l’évolution d’un affrontement physique et violent vers un scrutin démocratique, et mettant en relief les interrogations définissant d’autres contours que ceux, abrupts, d’un bloc contre un autre, ils affirment que « nous ne sommes pas là pour panser les maux de la mauvaise conscience française, mais bien pour sortir d’une pensée idéologisée et aller vers une pensée qui objective ».

DES LEÇONS À RECEVOIR DE PERSONNE
En conclusion, message direct aux intellectuels et aux journalistes métropolitains qui veulent, illégitimement, dévoyer la réalité calédonienne, les 4 intellectuels du pays écrivent, avec une certains ironie, « Nous, Calédoniens, qui démontrons au quotidien notre capacité à penser contre nous-mêmes, n’avons de leçon à recevoir de personne« .

Facebook Jenny Briffa

DISPARITION DU BACCALAURÉAT FRANÇAIS DÈS 2021 ?

Au delà des spéculations, il est utile d’informer les Calédoniens sur les enjeux du scrutin d’autodétermination du 4 octobre prochain, c’est à dire, en clair, ce qui se passera, d’une part si le « Oui » l’emporte, et d’autre part, si le « Non » l’emporte. NouméaPost y consacrera une série d’articles.

A vrai dire, les questions qui se posent concernent une éventuelle victoire du « Oui ». Les réponses sont construites à la fois sur les indications livrées par le Premier ministre en 2018, et sur la situation des anciens territoires ayant choisi l’indépendance. Notamment les Comores, le Vanuatu et les anciennes colonies ou ex-Etats associés d’Afrique.

Ces indications concernent la loi organique actuelle : les obligations financières de la France qui y sont contenus deviendraient « caduques ». Quant au reste, et ainsi que l’avait précisé le Premier ministre de l’époque, Edouard Philippe, la République Française développerait, à l’égard de Kanaky, une relation conforme à sa politique étrangère avec les pays en développement.

Aujourd’hui, le sujet abordé concerne l’enseignement, globalement. Un enjeu fort pour les jeunes ressortissants français ou les jeunes ressortissants de Kanaky, selon le résultat du scrutin.

EN CAS DE VICTOIRE DU « OUI » : FIN DES DIPLÔMES FRANÇAIS, DU FINANCEMENT DE L’ENSEIGNEMENT, ET DU LIBRE ACCÈS AUX ENSEIGNEMENTS SUPÉRIEURS EN MÉTROPOLE
La Nouvelle-Calédonie est compétente en matière d’enseignement primaire et secondaire depuis plusieurs années. Cette situation résulte du transfert des compétences prévues dans la loi organique de 1999 modifiée, et acté par le Congrès.

Au terme de ce transfert, le territoire a choisi de maintenir dans le giron de l’Etat « la qualification requise pour enseigner », l’organisation des examens, et la délivrance des diplômes. Ce dispositif permet aux élèves calédoniens de disposer des diplômes nationaux à l’issue de leur cursus, et d’accéder, comme tout étudiant français, à tous les enseignements, notamment supérieurs, dispensés en métropole.

Ce dispositif prendrait fin dès l’accession à l’indépendance, avec un délai de latence lié à une transition qui pourrait couvrir la fin de l’année scolaire 2020. Les conséquences seraient les suivantes :

La disparition des diplômes français
Au delà de la période de latence, et probablement dès 2021, les effets scolaires pour les élèves seraient notamment :

– la disparition du baccalauréat national, et la mise en place d’un diplôme propre à Kanaky,

– la disparition des diplômes supérieurs français en lycée, et la mise en place de diplômes propres à Kanaky,

– la disparition de l’Université dans sa forme actuelle, et la mise en place de diplômes propres à Kanaky.

La suppression des financements français et des obligations contenues dans la Loi Organique
Que finance la France actuellement au titre de la Loi Organique et parce que la Nouvelle-Calédonie est une collectivité de la République ?

En matière d’enseignement privé : la quasi-totalité, au titre des « contrats » passés avec l’Etat. L’enseignement primaire privé ainsi que l’enseignement secondaire privé sont financés par la contribuable français, et notamment le plus important d’entre eux, celui de la Direction de l’Enseignement Catholique.

En ce qui concerne l’enseignement public, c’est la totalité des personnels enseignants, administratifs et de service de l’enseignement secondaire ainsi que du Vice-Rectorat qui sont directement rémunérés par la France au titre de la procédure de Mise à Disposition Globale et Gratuite, la fameuse MADGG.

Pour ce qui est, enfin, de l’enseignement universitaire et de la recherche, c’est la France qui finance la totalité des dépenses de personnel et d’investissement. Une exception pour le campus de Nouville : la cité des étudiants et un amphi ont été financés partiellement par la Nouvelle-Calédonie dans le cadre des Jeux du Pacifique de 2011.

Tous ces financements devenant « caduques », Kanaky devrait prendre en charge la totalité de ces budgets qui s’élèvent à un peu plus de 60 milliards de CFP. En cas d’impossibilité, il faudra évidemment réduire ces différentes actions d’enseignement.

La fin du continuum scolaire naturel vers les enseignements supérieurs en France, dans les Universités et les Grandes Ecoles notamment.
Cette conséquence résulterait évidemment de la fin de la qualité nationale française des diplômes estampillés Kanaky. Les étudiants du nouvel Etat seraient soumis au régime des étrangers, à l’instar de ceux des Comores ou des pays africains.

La fin du libre accès au territoire national français et donc aux Universités résulterait naturellement de la qualité d’étrangers pour les ressortissants de Kanaky. La règle normale serait, pour les étudiants du nouvel Etat, la délivrance d’un visa de séjour et l’autorisation qui devrait être accordée pour la fréquentation de tout établissement scolaire français.

La fin du régime des bourses d’Etat serait naturellement actée dès le prochain budget. On peut supposer qu’au titre d’un accord de coopération, quelques bourses seraient maintenues.

Accords possibles et Lycée Français
Kanaky pourrait évidemment passer des accords de coopération avec la France. Le nouvel Etat étant demandeur, la décision finale appartiendrait de fait à la France.

Il est exclu que ces accords puissent maintenir en l’état la situation actuelle. Le financement des personnels, des équipements et des bâtiments, pour les collèges, serait à la charge de Kanaky pour un montant actuel de 60 milliards.

On peut supposer que, dans ces conditions, la France pourrait favoriser la création d’un Lycée Français, avec une prise en charge totale, ainsi qu’une Alliance Française.

Pour ce qui concerne les autres financements, ils devraient être équivalents à ceux accordés au Vanuatu, aux Comores ou à un pays africain de taille équivalente.

EN CAS DE VICTOIRE DU « NON », LA SITUATION ACTUELLE RESTERAIT STABLE
En cas de victoire du « Non », il n’est pas besoin, en effet, de spéculer sur d’autres évolutions que celles en cours qui concernent notamment la mise en place du nouveau baccalauréat.

Les financements des enseignements privés et publics se poursuivraient. Les diplômes nationaux continueraient à être délivrés, permettant aux étudiants de poursuivre, comme tous les Français, leurs études en « métropole » s’ils le souhaitent.

Le régime des bourses accordées par l’Etat perdurerait.

L’Université resterait en place, avec comme seule préoccupation, sa discussion budgétaire avec le ministère central.

KANAKY : LA TENTATION DU TOTALITARISME

En manifestant à un peu plus de 700 pour les services officiels, à plus de 3000 selon les organisateurs, les indépendantistes ont ajouté un éclairage supplémentaire sur ce qui attendrait les Calédoniens en cas d’avènement de Kanaky. Si en effet, les paragraphes économiques et financiers écrits par les défenseurs d’un nouvel Etat sont plutôt vagues, l’esprit qui prévaut se dévoile au gré des différentes agitations liées aux négociations entre Vale NC et New Century Resources. Décryptage.

UNE LIBERTÉ DU COMMERCE ET DE L’INDUSTRIE ENTRE PARENTHÈSES
En exigeant que Vale NC renonce à une discussion libre avec un éventuel repreneur au profit d’une société coréenne dont le faux nez serait la SMSP, les manifestants donnent une idée plus claire sur le concept d’économie et de liberté de Kanaky. Il est vrai que l’hypothétique nouvel Etat se définit d’abord comme socialiste, et l’on sait, à présent, qu’il ne s’agit pas d’une social-démocratie, mais d’un socialisme originel comme il n’en existe pratiquement plus dans le monde.

C’est évidemment l’idéologie qui prime, au détriment des fondements rationnels de l’économie moderne. Plus grave, en méconnaissant certaines règles simples que la Chine a mises en place en Afrique en rendant les Africains otages d’une dette qu’il ne pourront jamais rembourser, cette idéologie met en danger le patrimoine minier de la Nouvelle-Calédonie.

LES ACCORDS SONT BIEN MORTS
Politiquement, cette incursion directe de la province Nord dans des affaires relevant tout de même de la province Sud, n’a plus rien à voir avec ce que les commentateurs ont appelé « l’esprit des Accords ». Il s’agit à présent du retour aux luttes d’influence et aux combats politiques. Certes, c’est bien le lot d’un scrutin d’autodétermination. Mais adieu les grandes incantations sur le « destin commun », les principes d’échanges équilibrés et respectueux entre les provinces, adieu la Calédonie d’un « avenir partagé ».

A l’évidence, Kanaky ne serait pas faite de ce bois. En matière économique, en tout cas, l’idée serait bien de mettre le pays en coupe réglée façon République Socialiste. Certes, on est loin, dans les urnes, de la souveraineté pleine et entière. Mais l’idée fait froid dans le dos lorsqu’on imagine, de surcroît, tout le reste.

LA VRAIE QUESTION DU RÉFÉRENDUM

Le véritable objet du référendum, pour la vie quotidienne des gens, est trop souvent dissimulé derrière des mots peu compréhensibles pour le commun des mortels. Des emprunts au juridisme constitutionnel et au droit international, comme « souveraineté pleine et entière », « indépendance avec partenariat » ou encore « association à l’exercice de compétences régaliennes ». Blablabla.

TOUTES LES OPINIONS SONT RESPECTABLES SI …
A côté de ces termes savants, des incantations promettent, à travers une indépendance de plus en plus kanak et socialiste, une société plus libre, plus digne, plus attentive à ses concitoyens. Ce que démentent d’ailleurs des déclarations intolérantes, teintées d’exclusions, de tel ou tel leader. Mais après tout, ou malgré tout, pourquoi pas ?

Toutes les opinions sont respectables, à condition, bien sûr, qu’elles soient elles-mêmes respectueuses d’autrui.

Cela ne va pas tout de même, pour les séparatistes, jusqu’à promettre une société plus prospère tant il est évident que la France, renvoyée à l’hexagone, retirerait alors la quasi-totalité de ses financements : Justice, forces de police et de gendarmerie, forces armées, monnaie, Trésor, enseignement secondaire, Université, contributions aux communes, au sport, aux services mixtes comme les douanes, ou encore aux collectivités au travers des contrats bien connus.

Il paraît qu’il n’est pas bienvenu d’évoquer les « sous » de la France. Se passer de 170 milliards FCFP, en effet, c’est presqu’indécent !

UN ENJEU DE SOCIÉTÉ
C’est ainsi qu’au total, ce référendum n’est pas « éclairé » sur les options proposées aux électeurs. Il s’agit, en effet, de choisir de vivre dans une société, ou dans l’autre. Ni plus, et ni moins.

La première de ces sociétés est celle que les Calédoniens connaissent tous les jours : la société de la République, avec ses imperfections, mais ses garanties de liberté, de justice, de progrès, auxquelles s’ajoutent la solidarité nationale, si présente pendant la crise du Covid. Cette option a l’avantage de la clarté.

La seconde est celle évoquée par les tenants de l’indépendance. L’ennui, c’est que justement, elle n’est pas présentée. Certes, il est facile de bâtir des schémas institutionnels, comme il est facile d’imaginer une Constitution. Mais pour l’heure, rien n’est dit sur les conditions sociales, économiques, éthiques de cette société, ni quel sera son niveau de vie escompté, son système d’enseignement, ses perspectives d’emplois pour les jeunes, ou encore son niveau de santé et de prestations sociales.

Or, il n’est pas besoin d’une aide de la France pour décrire cette société aux « populations intéressées ». Ce serait le comble de vouloir se débarrasser d’un « Etat colonial », et de compter sur lui pour dire ce que serait Kanaky.

Car au fonds, au delà de l’emberlificotage rhétorique des interrogations référendaires et des campagnes associées, la question posée le 4 octobre est simple : Voulez-vous désormais vivre en Kanaky ou non ?

SANS EAU, SANS ÉLECTRICITÉ : LES ABANDONNÉS DE BAABA

Ce ne sont pas des squatteurs. Le rééquilibrage, c’est à dire une part des impôts payés par les contribuables du sud servant à améliorer les conditions de vie des habitants du Nord et des Iles, n’est pas d’actualité pour les gens de Baaba. À Yenghébane, tout proche, l’électricité est arrivée après la visite du « sous-préfet ». Mais pour l’alimentation en eau, pour l’hygiène élémentaire, la récupération de l’eau de pluie est le quotidien. Quand il pleut. Lire notre article.

LES ABANDONNÉS DE BAABA

Baaba, Yenghebane, deux îlots face à l’extrémité nord de la Grande Terre dont ils sont séparés par le passage de Boat Pass. Ils font partie du district des Nénémas. Baaba est habitée par quelques familles, liées à Yenghebane, davantage peuplé, où se trouvent la maison commune et le magasin. Un point commun : l’abandon dans lequel sont laissées ces populations. Dénuement.

PAS D’EAU, SAUF PENDANT LA CAMPAGNE ÉLECTORALE …
Si depuis des décennies, les priorités d’équipement des ménages calédoniens sont d’abord l’alimentation en eau potable, ce ne paraît être guère ici. Certes, un tuyau existe. Il est censé alimenter les habitations à partir de la Grande Terre. Ce qui manque, c’est … l’eau dans ces tuyaux. « Sauf pendant les campagnes électorales. Mais un fois les bulletins dans l’urne, il n’y a plus rien ! »

Un tuyau, pas d’eau dedans

Résultat : l’eau de pluie doit être recueillie. Conservée dans des bidons, elle suffit à peine pour les besoins quotidiens.

PANNEAUX PHOTOVOLTAÏQUES … APRÈS LA VISITE DU SOUS-PRÉFET
L’électricité, dans ces conditions, relève évidemment du grand luxe. A Yenghébane, des panneaux photovoltaïques ont été installés. Probablement dans le cadre d’un contrat de développement où l’Etat, notamment, a mis la main à la poche. Le souvenir, en tout cas, c’est que l’électricité est venue après la visite « du sous-préfet ».

L’électricité : un rêve !

Après cette amélioration de confort, des gens sont revenus au village, preuve que ces progrès encouragent la fixation des populations. Pour ceux de Baaba, « le courant », c’est un rêve inaccessible. Fond d’Electrification Rurale, qu’es-tu devenu ?

DES SOLUTIONS TECHNOLOGIQUES DÉSORMAIS ACCESSIBLES
Pour fournir durablement de l’eau et de l’électricité aux « abandonnés » de Baaba et de Yenghébane, deux solutions techniques modernes existent en 2020.

Si le tuyau, déjà installé, ne convient pas, des microstations de désalinisation alimentées par énergie solaire, avec un petit groupe électrogène d’après peuvent faire l’affaire.

Quant à l’électricité, les panneaux photo-voltaïques déjà installés à Yenghébane peuvent être dupliqués à l’échelle des ménages à Baaba.

Les budgets existent, et la dépense de caractère durable n’est pas exorbitante.Il ne manque que la volonté politique …

S’OCCUPER DES « PLUS PETITS »
Comment ne pas comprendre l’amertume des ces « abandonnés » quand le confort existe à quelques kilomètres, et qu’ils entendent parler de milliards consacrés chaque année depuis 30 ans pour le rééquilibrage. Et en l’espèce, personne, dans la région, ne jette la pierre à la province Sud. Cette amélioration de la vie au quotidien, c’est à la commune de Poum, à la province Nord, qu’elle incombe. Un rééquilibrage interne à la province, en quelque sorte.

Dans un bidon, la « réserve » d’eau de pluie …

« Mes garçons sont maintenant au Collège« , précise Arnold. « En internat, ils ont ce confort et ne comprennent pas que nous l’ayons pas à la maison quand ils reviennent.C’est basique !« .En attendant, la petite dernière de la famille d’Arnold ira à l’école l’an prochain. Son père l’emmènera chaque matin, avec son petit bateau, sur la Grande Terre pour que le car de ramassage scolaire la conduise à l’école de Tiabet. Le soir, la petite Edwige reviendra dans sa maison dépourvue d’eau et d’électricité, après qu’on lui ait expliqué, dans sa classe, que maintenant, le progrès s’installe partout grâce à … l’accès à l’eau potable et à l’électricité.

RIFIFI SUR LA TOILE ET ÉPILOGUE POSITIF

Echanger et s’écouter

Les réseaux sociaux sont le siège d’une violence grandissante. Celle-ci s’est exercée la semaine dernière à l’encontre de la présidente de la province Sud, Sonia Backes. Dans un post sur Facebook, elle était accusée de racisme pour, prétendument, avoir renvoyé de chez elle des ouvriers au motif de leur ethnie.

Or, les faits énoncés n’ont jamais eu lieu au domicile de la présidente.

Cette dernière rectifiait immédiatement sur le réseau : « J’ai grandi dans une famille dans laquelle la tolérance était le maître mot. Il y a eu chez moi depuis mon enfance, des gens de toutes les couleurs, de toutes les catégories sociales. Mon père m’a appris à respecter les Hommes, à les écouter, à comprendre que nos différences nous enrichissent. Je suis particulièrement choquée aujourd’hui d’être accusée de racisme et que mes enfants puissent subir les conséquences de ces accusations. »

Les faits lui ont donné raison, puisque, constatant sa méprise, l’auteur du post a demandé à Sonia Backes de la recevoir pour « échanger et s’écouter« .

A l’issue, et de façon plutôt courageuse, il a publié un post rectificatif et d’excuse : « Bonjour à toutes et à tous ! Suite au propos que j’ai tenu la semaine dernière ,concernant des paroles qui auraient été dites à l’encontre de l’ouvrier qui était avec mon fils et non lui , et après avoir entrepris une enquête , sur l’ identité de la personne, il s’est avéré qu’ il ne s’agit pas de Mme BACKES , comme il a été dit , mais d’une autre femme , dont je tairais le nom . J’ai demandé une rencontre avec Mme Backes pour que je puisse m’expliquer et que je puisse demander pardon et qui a eu lieu ce matin .Nous avons échangés et s’écoutés .
En toute humilité , et avec crainte , je m’adresse , à vous toutes et tous , qui ont commentés avec des paroles virulentes voir même de la provocation envers Mme BACKES , Faites de même comme moi dites : PARDON !
Mme BACKES , prête à l’écoute , n’est pas raciste du tout , je vais dire qu’elle est une partie de nous , de la côte est de part ses parents . Encore une fois Mme Backes en mon nom et celui de mes enfants Excusez-nous et PARDON
. »

LES EXCLUS DE BELEP VONT-ILS SE RÉFUGIER … EN PROVINCE SUD ? AU NORD ? AU ILES ?

La coutume est respectable. Elle consacre l’identité kanak dans les relations sociales, les rapports hiérarchiques, le lien à la terre, les mythes et le rapport avec les morts. Avec la langue propre du groupe social inscrit dans la coutume du lieu géographiquement déterminé, elle fondait les « premières nations » d’avant la colonisation.

Enfreindre les règles était passible de plusieurs punitions, et ces dernières étaient essentielles pour leur respect. Ces punitions pouvaient aller jusqu’à la flagellation, la mise au ban, l’exclusion du groupe et de son territoire, et même la mort.

Dans la société d’alors, cette organisation était nécessaire pour maintenir l’ordre et les équilibres, garants de la vie harmonieuse du groupe. Mais au troisième millénaire, la situation à Belep montre qu’il n’est plus possible d’appliquer strictement les règles coutumières dans une société qui a accédé à la Démocratie.

La colonisation a été marquée par « des ombres et des lumières », comme l’on dit. Pour les indépendantistes, il n’est question que des ombres. Pourtant, la démocratie, apportée ici avec notamment des règles de justice et de respect des libertés, fait partie des lumières.

D’ailleurs, dans un premier temps, protection et enquête ont été apportés à Belep par les militaires de l’Etat que les séparatistes présentent généralement comme « colonial« .

Pour le reste, sur l’île, la sanction coutumière est tombée : expulsion de l’île de toutes les familles d’un même clan, c’est à dire 80 personnes. Question fondamentale : est-ce un clan originaire de Belep, ou un clan accueilli ?

S’il y a été accueilli, parce que privé de ses terres par la colonisation, la situation fait partie des « ombres ». Elle mériterait une réflexion démocratique collective.

S’il en est originaire, alors il rejoindra la cohorte des kanak sans terre, et cette privation ne sera pas une « ombre » de la colonisation. Les exclus de Lifou et d’ailleurs, lors des événements, en font toujours partie.

Quoi qu’il en soit, voilà une situation qui montre les limites de la coutume dans un régime démocratique.

A certains égards, la coutume est efficace. Mais pour le reste, elle laisse aux tiers le soin de régler le sort des exclus. Autrefois, il n’existait pas de tiers. C’était la lutte pour la survie. Aujourd’hui, les tiers sont les services publics et les dispositifs de solidarité, lesquels sont financés par les contribuables.

Alors se pose une question, à nouveau : le refuge des exclus de Belep sera-t-il à la charge de la province Sud ? Nul doute que la province Nord, cette fois, fera le nécessaire pour l’accueil de ces familles. Ou peut être, la province des Iles. Enfin, on verra.