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GOUVERNEMENT DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE : UN STATUT DÉPASSÉ

SEULEMENT DEUX GRANDES FORMATIONS POLITIQUES
Le mode d’élection du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a été choisi à un moment où deux grandes formations dominaient la vie politique locale : le FLNKS et le RPCR. En adoptant un scrutin de liste à la proportionnelle, les deux signataires savaient que le gouvernement comporterait une majorité RPCR, mais étaient assurés que le second signataire participerait au fonctionnement de l’institution.

RECHERCHE DU CONSENSUS ET RÈGLE MAJORITAIRE
Au delà de la règle majoritaire, admise par les parties, l’esprit qui prévalait à la mise en place du 1er gouvernement local reposait sur la recherche du consensus, comme cela avait été le cas pour les Accords de Matignon et de Nouméa. Cette recherche, labellisée par le terme de « collégialité », avait été implicitement conclue pour le fonctionnement de l’institution. En l’absence de consensus, bien entendu, la règle majoritaire allait de soi.

L’ÉCLATEMENT DES 2 GRANDS BLOCS CHANGE LA DONNE
Les signataires ont-ils pêché par excès de confiance dans le maintien durable de 2 seuls grands blocs ? C’est aujourd’hui certain. L’éclatement de ces deux grandes formations a bouleversé la donne. Peu à peu, le jeu des partis a pris le dessus. De négociations et chantages, le gouvernement a versé dans l’instabilité. En l’absence de majorité, les partis charnières font la loi. Ce n’est, ni illégal, ni anti-démocratique dans l’état juridique actuel de nos institutions.

L’INSTABILITÉ MÊRE DE TOUTES LES DÉRIVES
Pourtant, l’instabilité est la mère de bien des dérives. Dans le système électoral provincial inégalitaire qui est celui du territoire, elle peut conduire à l’impossibilité de mettre en œuvre une gestion souhaitée par une majorité d’électeurs !

Après les impérities de la 4ème République, la stabilité des Institutions constitue un fondement de la Constitution actuelle. Ce souci de stabilité s’est exprimé jusqu’à la mise en place automatique de majorités de gestion dans les communes -de plus de 3500 habitants, puis plus récemment, de plus de 1000 habitants-, avec l’attribution des 50% des sièges à la liste ayant obtenu le plus de suffrages, puis la répartition des sièges à la proportionnelle pour les 50% restants.

10 PARTIS POLITIQUES AU GOUVERNEMENT
Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie comprend aujourd’hui 10 partis politiques contenus dans 3 regroupements ! Quel pays au monde peut dire mieux ? Ou pire …

Certains prétendent que cet émiettement serait plutôt vertueux. Selon eux, il obligerait les partis à discuter puis à s’entendre. C’est un point de vue.

RÉFORME NÉCESSAIRE QUAND LE TEMPS SERA VENU
Les résultats d’une telle pratique ne sont pourtant guère concluants : ils ont conduit à la situation catastrophique que connaît à présent la Calédonie. A l’évidence, et comme la politique n’est pas le royaume des Bisounours, le système devra évoluer lorsque le temps d’une telle décision sera venu.

Personne, évidemment, ne voudra remettre en cause la participation des indépendantistes au gouvernement en cas de majorité non-indépendantiste et réciproquement. Resterait donc à imaginer un nouveau dispositif conciliant cette exigence avec le nouveau paysage politique local. Après le 3ème referendum ?

LE « PHÉNOMÈNE » REQUINS EN CALÉDONIE

Depuis l’attaque mortelle de requin à Poé, une vigilance accrue appuyée par des moyens qui n’existaient pas au siècle dernier, a permis de détecter la présence de requins en plusieurs endroits de Calédonie. Mais la question qui se pose est celle de l’augmentation de cette présence ou pas. Avec une seconde interrogation : les squales sont-ils devenus plus agressifs. Début de psychose.

POURQUOI ?
Le drame affreux survenu à la marina de Port du Sud, auquel s’est ajouté, quelques jours plus tard, celui du récif Cook, à l’est des iles Belep, a choqué l’opinion publique autant que les autorités. La crainte des requins est d’autant plus prégnante que le danger est supposé, alors même qu’il n’est pas visible.

L’observation de la présence d’un requin à la baie des Citrons et dans la rivière Dumbéa ont évidemment provoqué, lundi, l’interdiction immédiate de baignade en ces lieux. Et alimenté, probablement à juste raison, la crainte des requins.

Ces constats, autant que les attaques successives, suggèrent plusieurs lancinantes questions. Les requins sont-ils plus nombreux dans nos eaux et surtout, dans nos baies et nos rivières ? Quelles seraient les causes de ce phénomène ?

ON PÊCHAIT LE REQUIN EN GRANDE RADE
C’est une lapalissade que d’affirmer que les requins ont toujours été présents dans les eaux du lagon. Après tout, la mer est leur élément naturel. Les Nouméens se souviennent des requins pêchés dans les rades, et montrés comme des trophées ; une pêche désormais interdite. Pourtant, tout laisse à penser qu’ils sont de plus en plus nombreux. Même dans les marinas !

PLUS NOMBREUX
Lors de la capture du requin bouledogue après le récent drame de Nouméa, des témoins de l’événement ont pu observer la présence d’un requin tigre, attiré par le sang. A l’évidence, les squales sont plus nombreux à roder. Pour quelles raisons ?

Selon certains connaisseurs, les drames de Nouméa et du récif Cook ont des causes différentes. La présence de squales dans le nord du territoire est naturelle. En revanche, celle, accrue, dans les baies de Nouméa serait une conséquence du développement urbain de la ville.

LES CAUSES D’UN « SÉDENTARISATION » : NOURRISSAGE ET MOUILLAGES SAUVAGES
A plusieurs reprises, déjà, la « sédentarisation » des requins a fait l’objet d’informations. La première d’entre elle concerne le « nourrissage » des requins.

Il s’agit d’abord du rejet, à l’eau, des restes de poissons qui peuvent être « vidés » régulièrement dans certains lieux, et même dans des marinas. S’ajoute à cela le rejet à la mer d’aliments susceptibles d’intéresser les squales. Ce nourrissage presque régulier, au retour d’une sortie ou d’une partie de pêche provoque des habitudes opportunistes de « visite » des requins.

Il s’agit ensuite du nombre de plus en plus important de bateaux, habités et en mouillage sauvage, notamment à la baie de l’Orphelinat. Depuis quelques mois, quelques bateaux ont même élu domicile … à la baie des Citrons.

Ces deux évolutions, liées à l’augmentation de la population, seraient les causes de la « sédentarisation » des requins à Nouméa.

PAS D’OBLIGATION DE RÉCUPÉRATION DES EAUX GRISES
Les autorités responsables n’ont toujours pas imposé à ces bateaux ce qui est courant dans tous les ports organisés du monde : l’obligation de stockage à bord des eaux grises. Cette contrainte empêche des rejets à l’eau, et améliore, ce qui est hautement souhaitable, les conditions d’hygiène des dites baies.

Cette mesure devrait être accompagnée d’une forte recommandation de ne rien jeter à l’eau, et notamment, ce qui pourrait constituer une nourriture pour les requins.

ADOPTER DES MESURES DE FOND
Au delà des simples interdictions de baignade, mesures de formes, il serait donc urgent d’adopter des mesures de fond.

Celles liées, d’une part, aux bateaux en situation de mouillage sauvage, et probablement par la construction rapide de nouvelles marinas, et d’autre part, celles liées au comportement des plaisanciers pêcheurs.

Restera ensuite à se pencher sur la situation des squales sédentaires.

EXÉCUTIF DES PROVINCES : PROPORTIONNEL OU MAJORITAIRE ?

En démocratie, la règle est celle de la majorité pour assurer la cohérence de la gestion des affaires publiques. En l’absence de majorité, les partis politiques en composent une au moyen d’alliances. Ce sont les majorités de coalition. Et parfois de circonstance.

L’absence de majorité entraîne en général confusion et difficultés de gestion. C’est à la suite de ce constat qu’a été bâtie la Constitution de la 5ème République, apportant une stabilité dans les institutions françaises, et mettant fin aux désordres de la 4ème République.

MAJORITÉ IMPOSÉE DANS LES COMMUNES
Pour la bonne administration des communes de plus de 1000 habitants, le mode de scrutin à deux tours garantit que chaque ville est administrée par une majorité de plus de la moitié des élus, et donc, la composition d’un Exécutif municipal majoritaire et cohérent.

UN GOUVERNEMENT ÉLU À LA PROPORTIONNELLE
La Nouvelle-Calédonie, pour des raisons liées à la paix civile, a disposé, en 1998, d’un gouvernement élu à la proportionnelle permettant à tous les partis politiques disposant d’un groupe au Congrès d’être présent au sein de l’Exécutif local. Ce système est unique au monde, et il n’avait que pour objectif celui de permettre aux indépendantistes d’y participer.

Car en 1998, deux partis principaux étaient représentés au Congrès. Le dispositif permettait alors d’installer une majorité cohérente dans le gouvernement, et d’en assurer un fonctionnement rationnel. Mais, au delà d’un objectif affiché de recherche de consensus entre les deux partis, la règle demeure, en cas de désaccord, celle de la majorité.

COLLÉGIALITÉ :  LA TARTE À LA CRÈME
À cette occasion, le terme de « collégialité » a été sacralisé. On lui a attribué des vertus particulières, et le mot est parfois utilisé à toutes les sauces ! La réalité, d’abord, c’est que « La collégialité est un système de gouvernement ou de direction d’un Etat, d’une société, d’une association, d’un groupe de personnes (le collège) où tous les membres ont le même statut, le même pouvoir, et assument les décisions prises à la majorité. »

Aujourd’hui, la composition du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ne permet plus un fonctionnement cohérent de l’institution, en raison de sa composition devenue hétéroclite avec la multiplication des partis siégeant au Congrès.

Or, cette composition ne résulte pas d’une règle autre que celle d’une élection à la proportionnelle. Aujourd’hui et compte tenu de la « balkanisation » politique du territoire, elle est d’ailleurs considérée comme inadéquate, et porteuse de risque pour la stabilité et le fonctionnement démocratique du gouvernement.

SYSTÈME MAJORITAIRE POUR LES PROVINCES
Pour les provinces comme pour les communes, il en va tout autrement.

Les communes de plus de 1000 habitants sont assurées, comme on l’a vu, de disposer de majorité stable et cohérente.

Pour les provinces, tout dépend du résultat des élections. Lorsqu’une majorité s’en dégage, l’Exécutif de la province est naturellement l’émanation de cette majorité, comme dans toutes les assemblées du monde. Et lorsque ne se dégage aucune majorité, une ou des alliances se forment pour en construire une. Dans ce dernier cas, chaque partenaire de l’alliance négocie évidemment des postes de responsabilité.

L’histoire politique récente de la Nouvelle-Calédonie illustre cette règle.

MAJORITÉ RPCR ABSOLUE EN 1990
Lors de la première installation des provinces en 1990, par exemple, le RPCR a naturellement composé l’Exécutif de la province sud parce qu’il y disposait de la majorité absolue.

EN 2004, L’AVENIR ENSEMBLE « PREND TOUT »
En 2004, l’Avenir Ensemble, avec, pourtant, seulement 19 sièges à l’assemblée de la province Sud, et 16 sièges au Congrès, à égalité avec le RPCR, avait trusté toutes les institutions. Le gouvernement était présidé par Marie-Noelle Thémereau, après que les élus … du RPCR lui aient apporté leurs suffrages, le Congrès était présidé par Harold Martin, alors président de l’Avenir Ensemble, et la province Sud, sous la présidence de Philippe Gomes, étaient administrée par un Bureau entièrement Avenir Ensemble.

PAS DE MAJORITÉ EN 2009 ET 2014
Dans cette même province, des Exécutifs comprenant des représentant de plusieurs partis politiques ont été nommés en 2009 ou en 2014. En raison de l’absence de majorité, et de la nécessité de réaliser des alliances pour former une majorité. Alliances d’ailleurs éphémère en 2014, puisqu’après un accord, Cynthia Ligeard a été « éjectée » de la présidence du gouvernement au profit de Philippe Germain.

MAJORITÉ AVENIR EN CONFIANCE EN PROVINCE SUD 2019
En 2019, l’Avenir en Confiance dispose d’une majorité, une première d’ailleurs depuis 20 ans, et naturellement, a installé un Exécutif émanant de cette majorité.

EN CAS D’INSTABILITÉ INSTITUTIONNELLE, LA VICTIME EST LA POPULATION
Personne, par ailleurs, ne s’est offusqué de la composition majoritaire du bureau de la province Nord … Les « gestes » et les « cadeaux », dans ces matières, n’existent qu’au royaume des bisounours.

Heureusement, d’ailleurs, car une incohérence, dans une institution, peut rapidement provoquer une panne ou un blocage de celle-ci. On l’a vu lors des deux dernières crises institutionnelles au gouvernement.

Ce ne sont pas les élus qui, alors, en pâtissent. Quand surviennent des errements institutionnels, ou même des crises, c’est la population qui en est toujours la victime …

DRAPEAU KANAKY AU DÉFILÉ DU 1ER MAI À PARIS

Au défilé du 1er mai à Paris organisé par la CGT, se trouvaient aux côtés des militants syndicaux, des gilets jaunes et des black blocs. Mais pas que.

Dans la foule, peut être un étudiant, peut être un visiteur, peut être un militant permanent, brandissait le drapeau de Kanaky.

Cela n’a pas échappé aux nombreux téléspectateurs calédoniens des chaînes  infos nationales !

DÉBAT DÉMOCRATIE CITOYENNETÉ : IL FAUT PARLER DU GEL DU CORPS ÉLECTORAL !

Voila une suggestion qui constitue un raccord entre le grand débat national et le contexte calédonien : le régime électoral spécial pour les élections provinciales qui sera applicable, au moins, jusqu’au 3e referendum. Ce régime résulte bien d’une loi nationale, et détermine le fonctionnement de la démocratie locale ainsi que la citoyenneté de Nouvelle-Calédonie. Dans ce débat, les questions les plus prégnantes sont les suivantes :

Comment une démocratie peut-elle priver de droit de vote 42 000 personnes en Nouvelle-Calédonie représentant plus de 60 000 personnes, soit près du quart de la population calédonienne ?

Comment une citoyenneté peut-elle consister à être plus fermée qu’une nationalité ?

Pourquoi, dans une brochure éditée en 1998, il était indiqué que la citoyenneté calédonienne pouvait être obtenue que un citoyen français « résidant depuis 10 ans sur le territoire » ?

Et puis, puisqu’on y est , pourquoi, le 12 décembre 2006, par 9 voix contre 3, le bureau du Congrès a-t-il refusé d’inscrire à l’ordre du jour de la séance du lendemain, le sujet du gel du corps électoral ?

Autant de sujets passionnants pour des débatteurs certainement avides de démocratie …

LA SÉCURITÉ DEMEURE L’ATTENTE MAJEURE DES CALÉDONIENS

Le grand Plan territorial de sécurité et de prévention de la délinquance (PTSPD) en … 139 actions du gouvernement, annoncé en début d’année dernière, a fait pschitt ! Le plan provincial de prévention de la délinquance n’a guère fait mieux. A défaut de résultats concrets et tangibles, force est de constater qu’il ne s’est agi que d’opérations de communication. Du mieux en 2019 ?

Pour ce qui est du plan territorial approuvé dans l’enthousiasme, salué par la Province nord, pratiquement aucune action novatrice n’a été lancée. De l’action 1 « Créer le Conseil territorial de sécurité et de prévention de la délinquance » jusqu’à la 139, en passant pas la 110 « Offrir des places aux Calédoniens dans les Établissements d’insertion pour l’emploi (EPIDE) métropolitains ou créer un EPIDE sur le territoire« , soit la concrétisation n’a pas été au rendez-vous, soit les Calédoniens n’ont pas vraiment senti les effets salvateurs de la grande annonce.

DES DÉLINQUANTS MINEURS
RELÂCHÉS

L’Etat a mis en place, de son côté, la police de proximité. Une certitude : la Brigade Anti-Criminalité « fait le job ». Elle arrête souvent les délinquants et son action est remarquable d’efficacité. Qui sont relâchés illico lorsqu’ils sont mineurs …

Point à souligner : les communes essaient avec « les moyens du bord ». Les polices municipales de Dumbéa et de Nouméa ont développé des expériences de « voisins vigilants ». Avec des succès prometteurs. Une baisse de 30% de la délinquance dans la portion de Magenta concernée, au bout de quelques mois.

PAS DE CONTRÔLES D’ALCOOLÉMIE 
SYSTÉMATIQUES

Bref, hors les grandes questions politiques, l’insécurité demeure le problème n°1 de la Calédonie. L’insécurité routière atteint des records. Et si la gendarmerie a au moins conduit une vaste action territoriale, la police n’effectue toujours pas de contrôle d’alcoolémie après 22h !

Dans tous les pays du monde, on sait que des contrôles systématiques génèrent la crainte des contrôles. Et provoquent le début de la sagesse. Un exemple : la traversée de Tomo a fait l’objet de contrôles de vitesse systématiques de la part de la gendarmerie. Aujourd’hui, tous les automobilistes traversent cette agglomération à vitesse raisonnable selon le principe de « on ne sait jamais » !

Détail révélateur d’une forme d’incurie des autorités : la réglementation des Nakamals, qui dort depuis 2012 au Congrès, faisait partie de 139 mesures qui devaient changer les choses. Même cette réglementation, pourtant simple, est toujours attendue …

DE NOMBREUX SUJETS
RELÈVENT DES AUTORITÉS LOCALES

Alors qu’espérer en 2019 ?

La sécurité de relève pas que de l’Etat. L’éradication de squats, l’errance des SDF, la video protection, les éclairages publics, les polices municipales, la lutte contre les tags, la lutte contre l’ivresse au volant, la lutte contre les violences faites aux femmes, le traitement de la délinquance des mineurs, autant de sujets entre autres, qui relèvent essentiellement des autorités locales.

Après 20 années de croissance ininterrompue de l’insécurité en Nouvelle-Calédonie, les Calédoniens attendent des résultats concrets.

Ce sera donc l’affaire des dirigeants. Soit les anciens, touchés par la grâce. Soit des nouveaux capables d’apporter du changement dans le domaines prioritaire de la sécurité. Les Calédoniens pourront choisir.

NE PAS CONFONDRE « DESTIN COMMUN » ET « VIVRE ENSEMBLE »

Dans la plupart des commentaires, y compris les plus doctes, la confusion entre « Destin Commun » et « Vivre Ensemble » est patente. Pas étonnant, tant « Destin Commun », « Communauté de Destin » ont été des expressions galvaudées depuis 30 ans.

LARGE MAJORITÉ POUR LA FRANCE OU POUR L’INDÉPENDANCE
Le « destin commun » est un terme qui est apparu avec les Accords de Matignon, et quasi-sacralisé par le préambule de l’Accord de Nouméa. Mais le contenu politique du « destin commun » est qu’une large majorité des Calédoniens choisissent d’inscrire leur futur, soit dans l’indépendance, soit dans la France.

Comment pourrait-il en être autrement, d’ailleurs ? Le destin commun d’un couple qui veut se marier peut-il être de conserver chacun, pour la femme, un amant, et pour l’homme, une maîtresse ?

En revanche, ils pourraient vivre ensemble …

Le « Destin Commun », à la sauce calédonienne, a été refusé le 4 novembre. Pour faire simple, d’un côté, le « peuple kanak » a choisi l’indépendance, et les « non-kanak » ont choisi la France. Fin de la séquence « Destin Commun ».

LE VIVRE ENSEMBLE OBLIGÉ OU ACCEPTÉ
En revanche, le Vivre Ensemble demeure. Obligé, sous forme de coexistence pacifique le plus souvent, il s’impose à celles et ceux qui vivent côte à côte, avec plus ou moins de proximité, chaque journée calédonienne.

Le Vivre Ensemble n’est d’ailleurs pas toujours une contrainte subie. Il peut prendre la forme d’unions mixtes, intégrer des sentiments de respect, d’empathie et même d’affection.

COMBIEN ACCEPTERAIENT DE PERDRE LA NATIONALITÉ FRANÇAISE ?
Mais si demain, la Nouvelle-Calédonie devenait indépendante, et que le Parlement dont c’est la compétence, comme le rappelait récemment le Premier ministre, décidait de refuser la double nationalité pour les « nationaux kanak-calédoniens », combien de non-kanak abandonneraient la nationalité française pour partager un « destin commun » ?

Incendies, exactions, menaces, caillassages : LA FAILLITE DE LA CHARTE DES « VALEURS CALÉDONIENNES »

Les actes délictueux qui ont suivi le referendum tranchent sinistrement avec le battage opéré lors de la signature de la « Charte des Valeurs Calédoniennes ». Ils ne sont pas nouveaux, mais prennent un relief particulier depuis le soir du 4 novembre. Comment en effet ne pas faire de rapport entre le score du « oui » à l’indépendance, et les exactions commises depuis l’annonce des résultats ?

Celles-ci, en effet, frappent les communes où le « non » à l’indépendance l’a emporté. Et même si les enquêtes concluent à de simples actes de délinquance, difficile ne pas rapprocher ces exactions du contexte politique nouveau créé en Nouvelle-Calédonie par le referendum.

L’un des constats les plus marquants du scrutin du 4 novembre est, par ailleurs, le caractère ethnique du clivage entre les pro-indépendance, et les anti-indépendance. Peu ou prou, ce sont tous les électeurs kanak qui ont voté pour le oui à l’indépendance.

Or la fameuse charte des « valeurs calédoniennes » voulait mettre en relief ce qui rassemble, au delà des clivages ethniques et politiques, la population calédonienne. Récemment, le discours radical du Président de l’Union Calédonienne sur « l’axe du Mal » l’avait déjà … mise à mal.

Ce qui encore plus frappant est qu’aucun leader indépendantiste, signataire du document, n’a condamné ces actes. Les derniers faits de Saint Louis ont même été présentés comme un défoulement compréhensible des jeunes exclus du referendum …

Dans une séquence « après referendum » où des tensions sont un fait, la réalité d’un idéal de « valeurs partagées » paraît d’autant plus illusoire que la fracture politique en Calédonie semble irrémédiable, après 30 ans de déni.

L’ÉTRANGE CLIMAT POLITIQUE CALÉDONIEN

C’est une « saison inédite » qui se joue au « Théâtre Vauban », siège des principaux partis politiques calédoniens, et terme choyé par Roger Brissaud, l’un des fondateurs et pamphlétaire des Nouvelles Calédoniennes. Etrangeté.

SÉQUENCE HORS NORME
Déjà, la séquence est hors norme : conformément aux Accords de Matignon, les Calédoniens vont choisir entre l’indépendance et la France. Et comme l’Accord de Nouméa le prévoit ce sera le premier des trois scrutins d’autodétermination. Moment historique pour la Nouvelle-Calédonie puisque, contrairement au referendum de 1987, celui de 2018 est « consensuel ». En ce sens qu’il a été décidé par les indépendantistes comme par les « loyalistes ».

SÉQUENCE PARADOXALE
La séquence est paradoxale.

Un parti indépendantiste, appuyé par une centrale syndicale, accuse les leaders indépendantistes participant au referendum, de brader en quelque sorte, la revendication originale. Il prône la non-participation.

Un parti loyaliste, en froid avec les autres formations loyalistes, tente de mettre à mort … la seule radio loyaliste en ne lui versant pas une subvention conséquente pourtant votée par les élus.

REMOUS DANS LE TOHU-BOHU
Tout ce tohu-bohu se déroule dans une séquence économique agitée par une révolution fiscale : la mise en place de la TVA locale, baptisée ici TGC. En Calédonie, cet impôt nouveau, se substituant à plusieurs taxes, est censé … faire baisser les prix.

Mais en réalité, ce n’est pas l’impôt qui est supposé diminuer la cherté de vie : c’est la loi compétitivité. Or cette loi, supposée elle-même renforcer la compétitivité des entreprises, vise simplement à encadrer leurs marges dans le sens d’une restriction, provoquant … des licenciements.

LA BAISSE ANNONCÉE RESSENTIE COMME UNE AUGMENTATION
Autre paradoxe : le ressenti des consommateurs. Ils entendent les autorités annoncer des baisses, réelles sur certains produits, mais retiennent surtout l’augmentation de beaucoup d’autres produits. Résultat : ils ont le sentiment que la vie, d’un seul coup, a augmenté !

CAMPAGNE PROVINCIALE PENDANT CELLE DU REFERENDUM
Enfin, tous les partis politiques jurent leurs grands dieux qu’ils se consacrent uniquement au référendum prochain. Et tous font campagne, en réalité – et ce qui n’est pas anormal -, pour les élections provinciales de 2019 qui vont conférer le Pouvoir à une majorité pour les 5 ans à venir.

Un étrange climat, vous dit-on.

LE SCANDALE DES ABUS … DE PRIX D’ALCOOL

Le prix des alcools a de nouveau augmenté avec l’application de la TGC, atteignant des records. Cette hausse suscite deux réflexions majeures, l’une sur le modèle économique local, l’autre, sur le modèle sociétal. Abus.

JUSTE DES RECETTES BUDGÉTAIRES
Sur le modèle économique
, d’abord. Il s’agit d’une mesure censée dissuader le consommateur des abus d’alcool en rendant l’accès à l’alcool difficile par le prix. Globalement, cela correspondant, en premier lieu, à une augmentation du coût de la vie, puisque chacun consomme, peu ou prou, des boissons alcoolisées.

Le produit de ces augmentations sert-il à des actions visant à éduquer les consommateurs et à mener des actions civiques ou de répression pour juguler les abus ?

Rien de tout cela. Les recettes supplémentaires ont été distribuées aux Provinces, et une partie au Ruamm. Quant aux recettes nouvelles générées sur l’alcool par la TGC, leur destination ne sera connue que lors du prochain budget.

PAS DE CONTRÔLES, PAS D’ÉDUCATION
En revanche, toujours pas de contrôle routier systématique d’alcoolémie après 22h, pas de programme éducatif dans les écoles, pas de campagne de sensibilisation permanente en direction du public. Conclusion : les augmentations sur l’alcool n’ont visé qu’à obtenir de nouvelles recettes budgétaires sur le dos du consommateur.

Accessoirement, pour le tourisme, les alcools français et notamment le vin français, source d’achats touristiques, seront plus chers dans notre pays français, que sur des territoires étrangers !

PUNIR 300 000 CALÉDONIENS POUR QUELQUES MILLIERS D’IVROGNES
Sur le modèle sociétal, c’est d’abord le constat que la consommation d’alcool sera sélective par le prix, en faveur des Calédoniens les plus aisés.

Car dans le principe, si la mesure vise à dissuader la consommation abusive d’alcool, toutes ces augmentations n’ont qu’un résultat : « punir » près de 300 000 Calédoniens alors que seuls quelques milliers d’ivrognes constituent un risque pour la sécurité publique, la paix des ménages ou la sécurité routière.

Or, sur les 300 000 habitants en question, seuls les revenus moyens et modestes trouveront quelque dissuasion dans les prix des alcools.

Pire : certains vont revenir aux alcools frelatés, tandis que les vols d’alcool sont en constante hausse.

En revanche, la promotion à grande échelle des valeurs civiques et des valeurs de santé face aux dangers des abus d’alcool est toujours absente ! Un modèle sociétal qui dérive comme une bouteille à la mer …