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NOUVEAUX OBSTACLES À LA DOUBLE NATIONALITÉ EN CAS D’INDÉPENDANCE

L’attentat qui vient d’être perpétré devant les anciens locaux de Charlie Hebdo vient de rappeler une évidence : la quasi totalité des attentats sont, en France, le fait de personnes issues de l’immigration. Ce n’est pas Marine le Pen qui l’affirme, ce sont les faits. Le dernier terroriste en date est originaire du Pakistan, admis en France sous le régime passoire des « mineurs isolés ».

Dans ce contexte de plus en plus prégnant sur la sécurité intérieure et une menace terroriste qui ne baisse pas, peut-on imaginer l’extension de voies permettant les entrées dans l’espace européen de Schengen, et celui de la France ? Certainement pas.

Le débat sur les éventuelles doubles nationalités en cas d’accession à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie est ainsi placé sous les feux d’un éclairage nouveau : les moyens d’entrée sur le sol national français, et donc en Europe.

Pas de doute : la France et l’Europe sont soumis à une terrible pression sur la politique d’immigration. Marine le Pen, depuis longtemps, et succédant en cela à son père, en a fait l’un de ses chevaux de bataille. Mais pas qu’elle.

Les autres partis sont, ou ont été contraints de durcir leur position sur le sujet. Le dernier attentat perpétré par un immigré ne sera guère de nature à adoucir les postures.

Dans la zone, des pays ont été impliqués dans des trafics de passeport. Les délivrances de complaisance, en général soumises à des « tarifs » élevés, sont attentivement suivies par les services de renseignement occidentaux. Elles peuvent, dans certaines conditions, altérer la sécurité intérieure de pays tiers.

C’est dire qu’au delà des affirmations sans fondement sérieux sur la façon dont la France traiterait la question d’une éventuelle double nationalité en cas d’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, le sujet est aujourd’hui bien incertain.

La nationalité, d’abord, relèverait, alors de chacun des Etats souverains. Nul ne peut affirmer, aujourd’hui, quelle serait, toujours dans le cas de l’indépendance de Kanaky, les positions respectives du nouvel Etat d’une part, de la France, d’autre part. Mais il est certain que le régime d’accès à la France comme à l’Europe va davantage vers un durcissement qu’un allègement …

REFERENDUM : DÉBAT RÉVÉLATEUR ET COURTOIS SUR NC1ÈRE TV

L’événement de la campagne était incontestablement sur NC la 1ère, hier soir. Après la révélation de la position « personnelle » de Milakulo Tukumuli, le président de l’Eveil Océanien, le matin au micro d’Anne Claire Lévêque, les téléspectateurs étaient invités à un débat sur le prochain référendum. « Starring », Gil Brial (Avenir en Confiance), Philippe Dunoyer (Calédonie Ensemble) et Nicolas Metzdorf (Générations NC) du côté du « Non », Gilbert Tyuienon (UC), Charles Washetine (Uni/Palika) et Wadewi Washetine (Parti Travailliste) du côté du « Oui ». L’émission était animée par Nadine Goapana et Steeven Gnipate.

Le ton des échanges a été courtois, contrastant quelque peu avec la tension constatée sur le terrain, notamment sur la Côte Est. Chaque invité s’est appliqué à ne pas couper l’autre, et la parole a été respectueuse et détendue.

Les représentants indépendantistes ont eu du mal à répondre aux questions précises sur la monnaie, la nationalité, le régime foncier, le financement des dépenses publiques, les diplômes de l’enseignement ou encore l’accès aux enseignements supérieurs en France et en Europe. A la disparition des prises en charge actuelles de l’Etat, les réponses sont demeurées vagues, suggérant que les ressources de la Nouvelle-Calédonie et sa fiscalité n’ont pas encore produit tout leur potentiel.

La présentation des sujets était intéressante, même si certains chiffres mériteraient d’être précisés, notamment les dépenses de la France dont la référence est constituée par un rapport de 2018, et dans lequel elles se montent à quelques 175 milliards FCFP.

Au total, l’impression est que les indépendantistes … ne sont pas prêts à gérer l’indépendance, et que tous les problèmes pendants, pourtant essentiels, devraient être traités durant la « période de transition » si le « oui » l’emportait. De ce point de vue, le débat télévisé d’hier soir a confirmé l’impression dégagée au cours de la campagne référendaire, selon laquelle l’indépendance de Kanaky-Nouvelle Calédonie est présentée essentiellement au travers des institutions, et de l’esprit de sa future Constitution. Mais sur les aspects concrets de la vie quotidienne, des ressources publiques, de l’organisation monétaire ou encore du niveau de vie, les tenants de l’indépendance n’ont pas de réponse claire à apporter.

A l’opposé, les défenseurs du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la République française ont beau jeu de décrire la continuation … de l’enviable situation actuelle pour tous les Calédoniens. Soutien de l’Etat pour faire face à la situation sanitaire, financement de l’enseignement, accès libre pour les étudiants calédoniens aux Universités françaises et européennes, financement de l’exercice des compétences régalienne et de ses 9.000 fonctionnaires ou encore financements des collectivités locales ont été déroulés. Sans arrogance, ni triomphalisme, il convient de le souligner, dans un débat révélateur et de bonne tenue.

RÉFÉRENDUM : TUKUMULI VOTERA « NON »

En répondant hier matin à une question posée par un auditeur dans l’émission animée par Anne Claire Lévêque sur NC1ère radio, le leader de l’Eveil Océanien a levé toute ambiguité sur son choix personnel pour le référendum du 4 octobre prochain. « A titre personnel, je pense que la Calédonie doit rester française, a-t-il répondu, indiquant « donc, je voterai Non ».

Milakulo Tukumuli, tout en reconnaissant que la majorité de la communauté wallisienne et futunienne de Nouvelle-Calédonie était profondément attachée à la France, a cependant confirmé qu’aucune consigne de vote ne serait donnée aux électeurs de l’Eveil Océanien. Selon lui, chacun doit être libre de voter en son âme et conscience, cette liberté constituant une originalité de son parti dans le non-choix entre les deux blocs indépendantistes-non indépendantistes.

L’Eveil Océanien avait constitué un intergroupe au Congrès avec l’UC-FLNKS-Nationalistes lors de la session administrative dernière.

La question subsidiaire qui demeure est à présent celle de sa position sur le projet de vœu visant à étendre à la Nouvelle-Calédonie les dispositions contenues dans l’article 27 de la Loi Organique, vœu récemment déposé avec l’appui de Pierre-Chanel Tutuguro, Secrétaire général de l’Union Calédonienne. Ce texte sera appelé devant les élus à l’issue du référendum. À condition, bien entendu, que le « Non » l’emporte.

POURQUOI CERTAINS INDÉPENDANTISTES VOTERONT « NON »

Qui pourrait prétendre que Nidoish Naisseline, fondateur du LKS devenu Dynamique Autochtone, lui, feu le Grand Chef de Guahma à Maré, premier intellectuel kanak dont les réflexions dès le début des années 60 ont abouti à la reconnaissance de l’identité kanak, n’était pas indépendantiste ? C’est au nom de cette filiation et de sa conception de l’indépendance que ses héritiers politiques de Maré prônent le « Non », affirmant demeurer indépendantistes, mais revendiquant leur désaccord avec la conception de l’indépendance actuelle. Un caillou dans la chaussure du FLNKS et des Loyaltiens.

Il avait marqué sa différence dès 1981, en quittant le Palika dont sa mouvance (les Foulards Rouges) avait été la fondatrice aux côtés de celle d’Elie Poigoune (Groupe 1978). Attaché au débat démocratique, défenseur scrupuleux des valeurs coutumières, il était en désaccord sur des points importants idéologiques et électoraux, avec ses anciens partenaires.

Dans le monde politique calédonien et par ses prises de position à l’Assemblée Territoriale puis au Congrès, il avait, en permanence, fait valoir cette différence. Et pour autant, de tous les bords politiques, il inspirait un grand respect.

La position de ses héritiers politiques de Dynamique Autochtone obéissent, à la fois, au constat critique d’un contexte local, et à leur analyse d’une indépendance qui serait, par conséquent, non conforme à leur idéal. En particulier, aux côtés de l’ancien maire de Maré, Basile Citré, Joseph Waikedre souligne, sur la base des constats recensés sur l’île, les divisions de la Société kanak générées par la revendication de l’indépendance conçue par le FLNKS et les partis qui le soutiennent.

A Maré, ces constats sont, en effet, révélateurs : « divisions dans les clans et les districts en raison de « l’impact des appareils politiques », drame de Maré de 2011 « sans suite », nomination d’un petit chef de tribu « alors que le grand chef n’était pas associé selon la tradition », « barrage de partis indépendantistes » aux élections municipales 2020 sur l’île « alors que nous sommes arrivés en tête avec 1 644 voix »… » (Les Nouvelles Calédoniennes – 19 septembre).

Dynamique Autochtone, en conformité avec l’idéal sociologique de Nidoish Naisseline, prône une indépendance acceptée, et non imposée, une indépendance plus sereine, conforme « à la poignée de main entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou », une indépendance également conforme à l’Evangile accueillie pour la première fois, en Nouvelle-Calédonie, sur les rivages de Maré, et conforme, enfin, aux valeurs coutumières d’accueil. Autant de référence que le parti ne trouve pas dans l’indépendance sollicitée le 4 octobre prochain par le FLNKS et ses alliés.

En votant « Non », les héritiers intellectuels de Nidoish Naisseline ne renoncent pas à l’indépendance. Ils interpellent sur le contenu de l’indépendance revendiquée le 4 octobre, un contenu dont l’imprécision, le manque de clarté, la forte teinte ethnique rend en effet plausible la charge de divisions qu’il contient, selon eux, une division qui affecterait en premier lieu, en cas de victoire du « Oui », la Société traditionnelle kanak.

Enfin, en rappelant « la poignée de main », ils posent clairement la viabilité, par son acceptation, d’une indépendance à laquelle la moitié des électeurs calédoniens, et en réalité, une majorité de la population, serait hostile. L’ombre de Nidoish Naisseline, combien même il est aujourd’hui disparu, plane encore sur le débat politique calédonien …

QUEL AVENIR POUR LA POLICE NATIONALE ET LA GENDARMERIE ?

L’ordre intérieur, la sécurité sous toutes ses formes, la protection des biens et des personnes sont assurés essentiellement par les forces de Police Nationale et de Gendarmerie Nationale. 

Plus de 1400 personnels sont répartis entre la Direction de la Sécurité Publique comprenant les effectifs de la police nationale (450 personnels environ), la gendarmerie (890 personnels environ), la police aux frontières (60 personnels environ) et le MRCC (6 personnels environ).

En terme de budget, entièrement assuré par la France, rémunérations, fonctionnement et équipement représentent la coquette somme annuelle de près de 11 milliards FCFP.

Que se passe-t-il pour ces forces en cas de victoire du « Oui », ou en cas de victoire du « Non » ?

EN CAS DE VICTOIRE DU « NON », CONTINUITÉ DES FINANCEMENTS ET DES EFFECTIFS PAR LA FRANCE
Si le « Non » l’emportait le 4 octobre, la situation actuelle ne changerait pas. L’ensemble des composantes serait simplement soumis aux arbitrages budgétaires du gouvernement central, puis du Parlement de la République. Pour faire simple, disons que ce serait la continuité.

EN CAS DE VICTOIRE DU « OUI », KANAKY DEVRAIT PRENDRE EN CHARGE CETTE POLITIQUE PUBLIQUE … ET SON BUDGET
Il va de soi que l’on peut difficilement imaginer une police nationale française, une police frontière française et une gendarmerie française pour assurer cette compétence régalienne de Kanaky.

Si le nouvel Etat voyait le jour, il devrait créer ses propres forces de sécurité, et prendre en charge leur rémunération, leur équipement et leur fonctionnement. C’est d’ailleurs ce que prévoit le document de l’Uni publié à l’occasion du référendum de 2018.

FORCE DE SÉCURITÉ INTÉRIEURE : COMMENT LA PAYER
La « Force de Sécurité Intérieure » serait chargée « de garantir la stabilité intérieur du pays et les droits et libertés publiques de citoyens« . Il est prévu ainsi « 1.303 policiers et gendarmes » constitués en un seul corps territorial.

Seule lacune du document : il n’est pas précisé le coût de la FSI, ni les moyens budgétaires disponibles.

On sait qu’au « tarif » actuel, ce coût serait de 10 milliards environ. Tout simplement impossible à dégager d’un budget public de Kanaky réduit, en étant optimiste, à 190 milliards.

En effet, ces 190 milliards devraient financer … ce qu’il finance actuellement pour les politiques publiques territoriales, et devrait, en supplément, prendre en charge les actions assurées actuellement par la France au titre des compétences régaliennes. Soit ce qui coûte aujourd’hui 175 milliards FCFP.

En priorité, il conviendrait, pour le gouvernement et le Parlement de Kanaky, de dégager en urgence 60 milliards pour l’enseignement auxquels s’ajouteraient les 10 milliards de la FSI envisagée. Une seule solution : réduire drastiquement ces budgets, et donc, les effectifs, les salaires et les frais de fonctionnement. « Drastiquement » est à coup sûr un mot faible.

Bien sûr, le nouvel Etat ne manquerait pas, s’il voyait le jour, de solliciter des aides, à la France d’abord, aux pays tiers, ensuite. Australie, Nouvelle-Zélande, Chine, Japon pourraient apporter leur obole. Mais sûrement rien à voir avec l’organisation actuelle des polices et de la gendarmerie.

Quant aux retraites servies par l’Etat aux anciens policiers et gendarmes optant pour la nationalité Kanak, il resterait à établir la continuité de ces pensions ou leur interruption.

LE « BAC » 2020 SERA-T-IL MAINTENU EN CAS DE VICTOIRE DU « OUI » ?

La question de l’enseignement est, comme toutes les autres d’ailleurs, un sujet crucial en cas d’accession de la Nouvelle-Calédonie à l’indépendance. Elle a toutefois ceci de différent qu’elle concerne toute la jeunesse et son avenir.

Trop souvent, en effet, on entend des jeunes Calédoniens déclarer leur insouciance, voire leur indifférence quant aux enjeux et résultat du référendum. Pourtant, ils sont les premiers concernés par l’accession à l’enseignement et aux diplômes. Sans enseignement et diplôme, en effet, quel avenir ? Pas de cadres, pas de médecins, pas d’ingénieurs, pas de juristes, pas de chercheurs. Réalité.

SI LE « NON » L’EMPORTE, L’ENSEIGNEMENT, LA DÉLIVRANCE DES DIPLÔMES SE POURSUIVENT, COMME AUJOURD’HUI
En quelque sorte, tout ce qui change est l’organisation du baccalauréat, soumis à la réforme nationale.

Pour le reste, la rémunération des personnels mis gratuitement à disposition par la France perdure dans la secondaire public, le primaire et le secondaire privé. L’Etat, pour cela, prend en charge ces salaires pour une montant de 65 milliards environ. Il en est de même pour l’organisation des examens et la délivrance des diplômes nationaux français, avec évidemment le « césame » aussi réel que symbolique que constitue le baccalauréat.

Il est à noter que ces diplômes sont reconnus par la France, et donc par le ministère de l’Education Nationale, parce l’Etat peut également veiller à « la qualification requise pour enseigner ».  Il va en effet de soi que si les enseignements du secondaire étaient restés du niveau des anciens « moniteurs » de l’enseignement local, il n’y aurait plus de « bac » en Calédonie !

SI LE « OUI » L’EMPORTE, EN PLUS DU FINANCEMENT DE L’ENSEIGNEMENT, LES DIPLÔMES FRANÇAIS, DONT LE « BAC », DISPARAISSENT
En cas d’indépendance, il est évident que Kanaky ne pourrait pas délivrer de … diplômes français !

D’ailleurs, la France ne finançant plus l’enseignement dans cette hypothèse, la chute brutale du niveau scolaire ne permettrait même pas une sorte d’équivalence, sauf dans un éventuel Lycée français.

La seule question immédiate qui se pose est la suivante : si les électeurs optaient pour Kanaky en octobre, le baccalauréat 2020, diplôme national français de référence, pourrait-il être maintenu ?

C’est la durée de la période de transition, séparant la date du référendum du vote, par le Parlement français, de la reconnaissance de l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, qui le déterminerait.

Les indépendantistes souhaitent que cette période soit de plusieurs années en cas de victoire du « Oui ». Pour l’indépendance de Djibouti, la transition a duré … 1 mois ! En cas de victoire d’accession à Kanaky, elle serait probablement de quelques mois. De quoi, dans ce cas, assurer le déroulement du Bac 2020 dans un cadre national français, ainsi que la rémunération des enseignants. Mais il est certain, toujours dans cette hypothèse, que le « Bac » 2020 serait le dernier du genre, et que dès 2021, il lui serait substitué un diplôme de Kanaky.

LE BUDGET NATIONAL DE L’AN 1 DE KANAKY

Au delà de la rhétorique, des grandes envolées lyriques et des incantations, comment se présenterait concrètement le budget national de Kanaky en l’an 1 du nouvel Etat ? L’exercice proposé est évidemment incomplet et … très optimiste.

En effet, les estimations qui suivent ne prennent en compte que les conséquences mécaniques du retrait de la France, et donc du financement des compétences régaliennes, ainsi que des soutiens financiers aux collectivités de la République.

Il faudrait, pour une vision plus juste de la catastrophe, y ajouter plusieurs facteurs aggravants : la fuite des capitaux et de l’épargne (passée de 8 milliards à plus de 30 milliards) privant les banques de collecte locale, la baisse de la consommation avec les inévitables départs du territoire, la chute du pouvoir d’achat et des importations dès l’adoption de la monnaie de Kanaky (une chute prévisible de 40% par l’abandon du FCFP accroché à la monnaie forte que constitue l’euro), et, bien sûr, l’effondrement économique provenant de la chute de la consommation, de la commande publique et des soutiens financiers de la défiscalisation « Bercy » (20 milliards FCFP).

175 MILLIARDS DE MOINS POUR DES DÉPENSES PUBLIQUES GLOBALES DE 365 MILLIARDS
Pour avoir des chiffres concrets sur les interventions budgétaires et financières de la France en Nouvelle-Calédonie, il suffit de se référer au document officiel que constitue le Rapport d’Activité 2018 des Services de l’Etat en Nouvelle-Calédonie. Ce document a été publié le 27 décembre 2019. Il est consultable librement en ligne.

Les services de l’Etat que l’on nomme régaliens correspondent aux personnels rémunérés par le budget français, les frais de fonctionnement, les investissements.

Ils comprennent les services de la Justice, y compris, évidemment la Justice administrative, les services de finances, des comptes publics, de la monnaie (services du Haussariat, IEOM, Chambre Territoriale des Comptes etc …), les services de la sécurité des biens et des personnes (Police Nationale, Gendarmerie, sûreté aérienne, sécurité maritime), les services des Relations Extérieures (ambassades, consulats, présence et coopération militaire), les services de Recherche, d’Education, d’Insertion professionnelle, de Culture, de Sport (Université, enseignements publics et privés, enseignement agricole, Service militaire adapté-RSMA, enseignement agricole, Cadres Avenir, communication audio-visuelle, interventions en matière de Culture et de Sport).

Il faut y ajouter les Contrats de Développement, ainsi que les quasi-subventions de l’Etat au titre des défiscalisations de Bercy.

9035 PERSONNELS RÉMUNÉRÉS PAR LA FRANCE
Ces services sont effectués par des personnels civils et militaires. On compte ainsi, en Calédonie, 2947 personnels de l’enseignement public, 1503 personnels de l’enseignement privé, 216 personnels de l’Université, 890 gendarmes, plus de 500 policiers, 1699 personnels des Forces Armées, ou encore 181 personnels du Centre Pénitentiaire.

Au total, la France emploie et rémunère 9035 personnels en Nouvelle Calédonie.

DÉPENSES DE LA FRANCE EN NOUVELLE-CALÉDONIE : 175 MILLIARDS
La rémunération de ces personnels, le fonctionnement des services, les investissements et les interventions budgétaires et financières de l’Etat s’élèvent à la coquette somme de 175 milliards FCFP.

Les seules pensions et retraite servies par des caisses françaises se montent à près de 20 milliards. 86 milliards sont consacrés aux personnels des administrations et opérateurs de l’Etat, auxquels il faut ajouter 10 milliards de dépenses de fonctionnement !

La fameuse défiscalisation « Bercy » correspond à une injection de près de 20 milliards dans l’économie calédonienne …

LES RESSOURCES DU BUDGET DE KANAKY AN 1
L’exercice de l’ensemble de ces services publics devrait ainsi être assuré par le nouvel Etat Kanaky s’il voyait le jour. Comme on le voit, les dépenses de la France ne se résument pas à quelques interventions dans les collectivités comme l’avait annoncé bien légèrement un « spécialiste » de l’indépendance.

Amputé de ces financements de la France, quelles seraient les ressources budgétaires de Kanaky ?

Elles se limiteraient aux ressources fiscales propres du nouvel Etat qui étaient estimées en 2020, à quelques 190 milliards de FCFP. Ce montant permet le financement des collectivités locales : la Nouvelle-Calédonie avec les administrations du gouvernement et leurs interventions, les provinces et les communes. S’y ajoutent les Chambres Consulaires et les établissements publics.

Ces ressources estimées devraient évidemment tenir compte de la situation de l’économie calédonienne. C’est en effet le secteur privé qui assure l’essentiel de la ressource fiscale. L’effondrement économique prévisible rend ainsi difficilement crédible le maintien des recettes publiques locales au chiffre de 190 milliards.

UN EFFONDREMENT DES BUDGETS, DE L’ENSEIGNEMENT ET DE LA SANTÉ
Combler une « perte » de 175 milliards avec un budget de 190 milliards, même les plus fervents idéologues auront du mal à prétendre que ce sera chose possible. Le budget de Kanaky An 1 ne pourra se limiter à « des coupes sombres » : il devra abandonner des pans entiers de l’intervention publique.

Il lui faudra, en premier lieu assurer la mission éducative de l’Etat Kanaky, une mission qui coûte aujourd’hui 60 milliards pour l’enseignement secondaire public,  l’enseignement primaire et secondaire privé, ainsi que l’enseignement supérieur.  Impossible, sauf à supprimer, par exemple, la plupart des établissements publics (63 milliards), tels l’Ocef, l’Apican, ou l’Agence sanitaire et sociale. Impossible, également, dans ces équilibres, de maintenir de toute façon la totalité des budgets consacrés à l’enseignement qui devront chuter vertigineusement. Il est probable que, dans cette hypothèse, l’école devrait devenir payante.

Quant à l’Université, il paraît impossible de la maintenir dans l’hypothèse de Kanaky : pas de budget !

En matière de couverture sociale et de santé publique, difficile d’imaginer que pourrait perdurer un dispositif qui, aujourd’hui, est un des plus performants du Pacifique. Le Médipôle (budget de 30 milliards) devrait partiellement fermer. Et trouver des médecins. Une certitude, en tout cas, le régime des retraites serait en danger car l’équilibre des comptes sociaux, au niveau actuel, serait impossible à réaliser.

Pour ce qui concerne la Justice, la Sécurité, la Monnaie, les Relations Extérieures et la Défense, un budget de misère pourrait être dégagé des ressources locales pour constituer des embryons de services régaliens de Kanaky. Mais les ressources fiscales du nouvel Etat n’étant pas extensibles, il faudrait alors couper drastiquement dans les budgets des provinces et des communes.

En clair, le budget de Kanaky An 1 devrait faire, en étant optimiste, avec 190 milliards de CFP, ce qui est aujourd’hui réalisé avec … 365 milliards. Une  boucherie budgétaire.

QUAND L’ETAT ÉCRIT LA VÉRITÉ, LES INDÉPENDANTISTES LE JUGENT « PARTIAL » !

A l’évidence, les précisions que l’Etat a officiellement apportées aux électeurs calédoniens du référendum du 4 octobre, ne conviennent pas aux indépendantistes. Ces derniers estiment, une nième fois, que le gouvernement français est partial. Ce n’est pas nouveau : au début de la crise sanitaire, l’Union Calédonienne avait même demandé le départ du Haut-Commissaire et du Général Commandant Supérieur des Forces Armées. Pourtant, la note de deux pages sur les conséquences du « Oui » et celles du « Non » ne fait que rappeler quelques réalités. Ne dit-on pas que c’est la vérité qui fâche ?

LA PÉRIODE DE TRANSITION, en cas de victoire du « Oui », est l’un des quelques points sur lesquels les indépendantistes auraient souhaité obtenir une réponse plus complaisante. Quelques années, par exemple, histoire de ne pas effrayer les Calédoniens par un passage trop brutal dans Kanaky, avec tout son cortège de ruptures.

Las, comment la France pourrait-elle prendre des engagements avec un Etat … qui n’existe pas ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : en cas de victoire du « Oui » le 4 octobre au soir, Kanaky serait dotée d’une souveraineté pleine et entière, et devrait s’organiser selon les décisions de ses nouveaux dirigeants.

Le France serait donc bien imprudente de s’engager, dès à présent, sur des questions qui échapperaient totalement à sa compétence, et pour lesquelles elle pourrait être désavoué de manière cinglante !

POUR L’INDÉPENDANCE DE DJIBOUTI, LA PÉRIODE DE « TRANSITION » A DURÉ UN MOIS !
C’est le 27 juin 1977 que le Territoire des Affars et des Issas a proclamé son indépendance. Or le référendum d’autodétermination avait eu lieu le 8 mai 1977.

La période de « transition » s’est donc résumée à … 1 mois.

On peut supposer que celle supposée de Kanaky, toujours en cas de victoire du « Oui », durerait quelques mois de plus. Le délai concernerait surtout l’éventuel nouvel Etat, la France pouvant rapidement rapatrier ses personnels, ses intérêts, et le cas échéant, ses militaires.

KANAKY DEVRAIT S’ORGANISER RAPIDEMENT, même si à l’évidence à part quelques incantations, un brouillon de Constitution et d’institutions a déjà été avancé. La réalité serait plus complexe. Constituante, détermination de la nouvelle citoyenneté, mise en place des nouvelles institutions et nouvelles élections, précèderaient le vote de tous les budgets de Kanaky.

LE CASSE TÊTE BUDGÉTAIRE
Mais surtout, un point dérange considérablement les indépendantistes : la précision selon laquelle les accords de financement contenus dans l’Accord de Nouméa seraient « caducs ». C’est qu’il faudrait, pour le nouvel Etat, procéder le plus rapidement possible à l’établissement des budgets 2021.

Or, la caducité des engagements financiers de la France toucherait, non seulement les compétences régaliennes, mais également l’enseignement primaire et secondaire privé, l’enseignement secondaire public, l’enseignement supérieur et l’Université, ainsi que toutes les subventions accordées au territoire, aux provinces et aux communes.

Au delà des belles déclarations, il faudrait, pour Kanaky, « faire » avec 170 milliards CFP de moins, et probablement, avec également une fiscalité locale en chute libre. Autrement, contrairement aux déclarations indépendantistes lénifiantes, surviendrait une catastrophe financière et budgétaire, qui plongerait sans délai la population de Kanaky dans la tourmente.

UNE DOUBLE NATIONALITÉ ILLUSOIRE – Pour rassurer les incrédules, les indépendantistes auraient probablement souhaité que la double nationalité, française et de Kanaky, soit facilitée en cas d’accession à l’indépendance. Ce n’est pas ce qu’indique le document de l’Etat. Car le sujet n’est pas simple, et ce serait d’abord au nouvel Etat d’organiser la protection de ses ressortissants porteurs du passeport de Kanaky, considérés immédiatement comme des étrangers par la France. Contrariant, mais c’est la règle.

Quant à la double nationalité pour « certains », c’est le Parlement français qui en déciderait ultérieurement, et non préalablement. Une double nationalité éventuelle qui serait, comme dans toutes les accessions à l’indépendance passées, distribuée au compte goutte.

Adieu alors le libre accès à l’ancienne métropole comme à l’Europe, et bienvenue dans une situation analogue à celle notamment des pays africains, pourvoyeurs d’immigrés et de sans papiers sur le sol français.

C’EST TOUT CE QUE NE DISENT PAS LES RÊVEURS qui prêchent la « libération » de la Nouvelle-Calédonie. Tout comme ce professeur d’une Université qui le nourrit, rabâche une rhétorique des années 60 et 80 qui fleure bon la décolonisation de ces époques.

Mais aujourd’hui, dans un monde globalisé et impitoyable, les petits Etats « libérés » quémandent quelques aides, et s’en sortent difficilement. La preuve : comment Kanaky qui naîtrait le 5 octobre pourrait-elle simplement maintenir le système de soins et de protection sociale actuel, et encore plus simplement, le système éducatif ?

Le tort du document de l’Etat vertement critiqué par les indépendantistes, c’est probablement de ne pas garantir que tout se passerait un peu comme avant … au cas où la Nouvelle-Calédonie accèderait à l’indépendance. En français, cela se dit « vouloir le beurre, l’argent du beurre, et la crémière avec » !