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APRÈS L’AVOIR DEMANDÉ, CRAINDRAIENT-ILS LE RÉFÉRENDUM ?

Ils avaient demandé un référendum en 1998, ils ont eu l’inscription d’un référendum en 1998. Ils en ont accepté le report en 2018 mais ont demandé cette fois trois référendums au bout de 20 ans. Ils ont eu l’inscription de trois référendums au bout de 20 ans. Ils ont demandé l’organisation du premier de ces trois scrutins en 2018, ils ont eu un référendum en 2018. Ils ont demandé un second référendum en 2020, ils ont eu un référendum en 2020. En 2021, dès les premiers jours du délai dans lequel ils pouvaient demander un troisième référendum, ils ont demandé le troisième référendum, et ils ont le troisième référendum en décembre.

Et à présent, ils bouderaient ce qu’ils ont demandé et obtenu. Pour quelles obscures raisons ?

Quoi, un manque de préparation ? On en est au troisième acte d’un exercice qui demeure le même : demander aux électeurs s’ils souhaitent, soit l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, soit son maintien dans la République. Qui donc n’a pas compris la question ?

Quoi, il s’agirait d’un « acte unilatéral de l’Etat », mais cet acte est de la compétence de l’Etat. Dans ce cas, il ne fallait donc pas se précipiter pour demander ce fichu troisième référendum ! Unilatéralement …

Alors quoi ? Certains indépendantistes auraient-ils peur de ce dernier référendum ? L’Uni/Palika souhaitait qu’il soit organisé avant la campagne présidentielle. A présent, il déplore qu’il soit organisé avant la campagne présidentielle ! A quoi riment ces protestations, ces dénégations, ces rechignements à ce que se déroule dès que possible ce qu’ils ont tant demandé ?

Peut être le verdict des urnes. Mais cette fois, comme les précédentes, les observateurs de l’Onu seront présents pour constater, une fois encore, la loyauté et la compétence de « l’Etat colonial ».

Alors, aux urnes citoyens calédoniens.

Celui qui a peur de la démocratie n’aime pas la démocratie. Mais à la démocratie, point d’autre alternative que la république bananière …

LE CONGRÈS DEVRAIT DONNER SON AVIS SUR LA DATE DU RÉFÉRENDUM

Conformément à la procédure, et après le vœu formulé par les deux groupes indépendantistes formulé dès le 8 avril dernier pour que l’Etat organise la troisième consultation d’autodétermination sur l’accession ou non de la Nouvelle Calédonie à l’indépendance, le Congrès devrait être appelé d’urgence à donner son avis sur la date de cette consultation.

Pour mémoire, ce vœu ne comportait pas de date en raison d’un désaccord entre l’Uni et l’Union Calédonienne. L’UC prônait un référendum en 2022, tandis que l’Uni, ainsi que le rappelait le quotidien Les Nouvelles, « avait insisté, lors de son 45e congrès en novembre dernier, pour que la troisième consultation se tienne avant la campagne présidentielle pour éviter le chevauchement de cette échéance capitale avec des élections nationales« .

Depuis, les indépendantistes se sont accordés pour réfuter la date arrêtée par l’Etat, celle du 12 décembre prochain.

Cette date a été annoncée à l’issue d’un Conseil des Ministres qui s’est tenu après une série d’échanges à Paris entre le gouvernement de la République, les non-indépendantistes et l’Union Calédonienne.

Le Congrès devrait donc être saisi pour avis sur le projet de décret visant à convoquer les électeurs et à organiser le troisième et dernier référendum prévu par l’Accord de Nouméa. Ce projet de décret prévoit que la campagne électorale officielle se déroulera du 29 novembre au 10 décembre.

C’est la procédure d’urgence qui devrait s’imposer compte tenu des délais, avec une demande de session extraordinaire. Si cette session était ouverte, elle ne manquerait pas de s’illustrer par des échanges intéressants entre loyalistes et indépendantistes. La position de l’Eveil Océanien, membre du groupe UC/FLNKS/Nationalistes au Congrès, est particulièrement attendue.

Il ne fait pas de doute, pourtant que si cette réunion avait lieu, les indépendantistes donneraient un avis défavorable à la date arrêtée. Au micro de NC1ère, Louis Mapou avait cependant écarté l’idée d’un boycott de la consultation.

SCRUTIN DU 12 DÉCEMBRE : LE RETOUR DE PARIS SERA DIFFICILE POUR CERTAINS

Bien sûr, il s’agit d’une décision de la seule compétence du gouvernement de la République, et donc de l’Etat. Bien sûr, la délégation de la mouvance indépendantiste comprenant l’Union Calédonienne et l’Eveil Océanien, membres d’un même groupe au Congrès, n’a pu qu’accepter cette décision. Bien sûr, aucune représentation de l’Uni-Palika n’était présente. Mais en l’espèce, l’opinion publique ne retiendra que le résultat des discussions de Paris : le troisième scrutin d’autodétermination aura bel et bien lieu le 12 décembre prochain, et non en 2022.

Du côté indépendantiste, peu d’avis se sont, pour l’instant, exprimés. A l’Union Calédonienne, forte à Paris d’une importante délégation, avec l’affichage de nombreux « techniciens », les militants attendent les explications et le décryptage des missionnaires. C’est Gilbert Tyuienon qui a essentiellement occupé le devant de la scène médiatique. Daniel Goa, Roch Wamytan et Jacques Lalié ont paru davantage en retrait, tout en étant présents dans toutes les réunions essentielles en leur qualité de membres du « groupe Leprédour ».

En ce qui concerne l’Uni-Palika, c’est pour l’heure silence radio. Il faut dire que bien avant le dépôt du voeu indépendantiste au Congrès demandant l’organisation d’un troisième référendum, le parti de Paul Néaoutyne avait laissé entendre sa préférence pour un scrutin en 2021, craignant, le cas échéant, d’avoir à discuter avec Marine Le Pen en 2022 …

D’ailleurs, ce voeu n’avait comporté aucune date, les deux composantes indépendantistes étant en désaccord sur ce sujet.

Il n’empêche. Lors des prochains « Codir », « Comex » et éventuellement convention du FLNKS, la température pourrait être relativement chaude. D’autant que la question épineuse de la présidence du gouvernement n’est toujours pas réglée …

L’ambiance sera évidemment toute autre chez les Loyalistes. Leur demande, formulée dans l’unité avec une Sonia Backes hyper-active, a trouvé grâce.

Reste à présent le résultat du 12 décembre au soir. Comme pour toute élection, celui-ci n’est pas le fruit d’un sondage, comme l’a démontré le premier scrutin. Par ailleurs, bien imprudent celui qui l’annoncerait avant que les urnes aient été fermées. Et dépouillées.

Ce résultat, il n’est valide qu’après le scrutin. Jamais … avant.

SELON « LE MONDE », RÉFÉRENDUM POSSIBLE LE 12 DÉCEMBRE 2021

C’est Patrick Roger dans les colonnes du quotidien Le Monde qui l’annonce : aujourd’hui, lors du Conseil des Ministres, Sébastien Lecornu proposerait la date du 12 décembre 2021 pour l’organisation du troisième référendum. Le scrutin d’autodétermination s’effectuerait ainsi avant la fin de l’année, puis serait suivi « d’une période de transition quel qu’en soit le résultat ».

La question resterait la même que lors des deux premières consultations : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? »

La réponse se ferait par le « Oui » ou le « Non », les conséquences de chaque choix ayant parfaitement été expliquées du côté de l’Etat, y compris dans les ministères concernés, notamment régaliens.

C’est, selon Le Monde, Sébastien Lecornu qui aurait « secoué le cocotier » toujours du côté de l’Etat. L’Union Calédonienne serait plutôt en phase avec ce calendrier, estimant pour sa part que le « Oui » l’emporterait, et que l’Etat s’engagerait ainsi à préparer pendant 2 ans une transition vers une éventuelle pleine souveraineté.

Cette échéance conviendrait aux Loyalistes qui l’ont demandée de manière constante. L’achèvement de l’Accord de Nouméa avant la fin du quinquennat, et conformément à la responsabilité du Président de la République, serait un élément qui pèserait fort dans la balance.

L’Uni-Palika n’est pas présent à Paris. Mais on se souvient que le parti de Paul Néaoutyne était initialement favorable à l’organisation d’un scrutin dès cette année pour ne pas avoir à traiter, le cas échéant et en cas de victoire de la présidente du Rassemblement National aux prochaines présidentielles, avec Marine Le Pen.

Les Calédoniens devraient connaître la réponse à l’hypothèse annoncée par Le Monde ce soir en heure locale.

COMBIEN DE MÉDECINS EN BROUSSE ET AUX ILES EN CAS D’INDÉPENDANCE ?

Le manque de médecins et même de personnel infirmier dans certaines parties de la Nouvelle-Calédonie se fait cruellement sentir depuis plusieurs années. Les Nouvelles Calédoniennes relaient fort justement l’inquiétude exprimée sur cette problématique à Belep suite au décès de deux bébés. S’agit-il d’une pénurie de personnel médical ? L’UC-FLNKS et l’Eveil Océanien ont proposé d’autoriser le recrutement de médecins australiens, néo-zélandais et fidjiens. S’agit-il d’un problème de sécurité ? Il suffit d’ouvrir les yeux pour trouver la solution.

RECRUTER DES MÉDECINS DE LA RÉGION : UNE UTOPIE
En fin d’année 2020, le groupe au Congrès de l’UC-FLNKS-Eveil Océanien avait déposé une proposition de loi du pays visant à permettre le recrutement de médecins australiens, néo-zélandais et fidjiens. Le but de cette initiative est évidemment de combler l’absence de praticiens dans certaines communes de la Nouvelle-Calédonie.

Depuis, silence radio. La réalité est devenue évidente : la situation des médecins concernés est bien meilleure en Australie et en Nouvelle-Zélande. Quant à Fidji, où le cursus de formation est plus court que dans les facultés françaises, l’archipel doit lui-même faire face à un manque de médecins.

Pourtant, des médecins sont prêts à exercer en brousse comme aux Iles. Témoins ces spécialistes du Médipôle qui ont préféré s’installer à Koné où les conditions de travail sont satisfaisantes. Alors, quelle est la véritable cause de la pénurie de personnel médical à Belep ou dans certaines autres communes ?

LA SOLUTION : LE RÉTABLISSEMENT DE LA SÉCURITÉ
 » Le seul moyen de faire revenir des médecins en Brousse est de rétablir la sécurité« , avait confié le président du syndicat des médecins libéraux aux Nouvelles. Un sentiment que partagent tous les personnels médicaux normalement constitués.

Depuis des années, les agressions, les cambriolages, se succèdent dans certains lieux à leur endroit. Des véhicules ont même été incendiés. Il y a peu, le pharmacien d’Ouvéa a été cambriolé et frappé. Il ne faut pas chercher ailleurs les causes de ce que certains appellent une « désertification médicale ».

S’agissant des dispensaires de Brousse, l’avis du représentant des médecins libéraux était sans ambages : « Nos collègues sont victimes de maltraitances inacceptables. Tant que le calme n’aura pas été rétabli, rien ne pourra se faire. J’ai de multiples témoignages de collègues qui ont subi des agressions, dont les voitures ont été volées ou brûlées. Ce n’est pas possible. Il y a des problèmes de sécurité et de racisme. »

PREMIÈRES VICTIMES : LES POPULATIONS KANAK
Dans ces matières, les indépendantistes n’ont jamais pris clairement position, imaginant peut être que l’insécurité pouvait servir la cause de l’indépendance. Les coutumiers comme le Sénat coutumier, si loquace sur d’autres sujets, non plus. Mais à Belep comme à Ouvéa, ce sont les populations kanak qui sont ou qui peuvent être les victimes d’absence de personnels de santé.

Aujourd’hui, encore, grâce aux services de la gendarmerie nationale et à l’action de la Justice, quelques freins peuvent être mis à l’accroissement de l’insécurité.  A Ouvéa, les auteurs du délit ont rapidement été identifiés et sanctionnés. Mais qu’en serait-il dans le cas d’une hypothétique indépendance ? Un beau sujet à rajouter aux conséquences du « Oui » …

PARIS : POURQUOI FROGIER A QUITTÉ LA TABLE DES DISCUSSIONS

Première réunion d’échanges sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie avec le Premier ministre à Paris, et premier clash avec le départ du Sénateur Pierre Frogier de la table des discussions. Pour quelle raison ? Coup d’éclat ou vrai désaccord ? Pour mieux comprendre la réaction du parlementaire, probablement le plus expérimenté des participants loyalistes en matière de discussions avec l’Etat, il faut, d’une part, se rappeler quelques déconvenues récentes avec le pouvoir central, et d’autre part, ne pas perdre de vue le véritable enjeu politique de cette réunion parisienne. Décryptage.

CHIRAC A « ROULÉ LES CALÉDONIENS DANS LA FARINE »
Ce fut, pour les loyalistes, une véritable trahison. Jacques Chirac, président de la République adulé par les loyalistes parce que, durant les événements de 1984, il fut pratiquement le seul à soutenir la cause de la Calédonie dans la France, leur a pourtant asséné un coup de poignard dans le dos en 2007. Alors que l’Accord de Nouméa avait consacré un corps électoral « glissant » à l’issue de dix années de présence sur le territoire, alors que le Premier ministre de Chirac, Lionel Jospin, avait fait éditer des plaquettes expliquant ce corps électoral glissant, Chirac avait mobilisé le Parlement pour modifier la Constitution et imposer le gel du corps électoral.

Bien avant, l’Etat avait pris position pour l’indépendance association de la Nouvelle-Calédonie par la proposition d’Edgar Pisani le 7 janvier 1985. Cette intention s’était éteinte après le meurtre du jeune Tual à Boulouparis, et la nuit bleue de Nouméa.

DES RELATIONS D’AMOUR ET DE MÉFIANCE
Depuis, les responsables loyalistes, qui ont vécu ces rapports complexes avec l’Etat et ses raisons d’Etat, entretiennent une relation d’amour profond avec la France des lumières, des Droits de l’Homme, de la générosité, et ses gouvernements forcément impliqués dans des calculs politiques. Les Pieds-Noirs l’ont cruellement vécu.

Chat échaudé craint l’eau froide. La vie politique est ainsi faite. Machiavel était-il un cynique ou un génie ?

LE SEUL VRAI POINT D’ACTUALITÉ POLITIQUE DE PARIS
Alors qu’à l’exception de l’Uni-Palika, toutes les sensibilités politiques se sont retrouvées à Paris à l’invitation du Premier ministre, quelle est la question clé ?

Personne ne peut le contester. Discuter directement avec la « puissance administrante » des conséquences de l’indépendance d’une partie de son territoire est essentiel. C’est la première fois que ce livre est ouvert. Il était temps. Cependant, mieux vaut tard que jamais !

Mais les conséquences du « oui » comme celles, moins prégnantes, du « non », relèvent d’une préoccupation à court terme, et non immédiate.

La date du troisième référendum, elle, est le point d’orgue le plus réel et le plus immédiat. La fin de l’Accord de Nouméa était en 2018, et nous jouons les prolongations depuis cette date. Emmanuel Macron sera-t-il incapable de clore la séquence ouverte il y a 23 ans ?

LE DOIGT SUR CE QUI FAIT MAL
« Les indépendantistes exigent, ce n’est pas mon propos, ce sont eux qui le disent, exigent que le référendum ait lieu le plus tard possible« , indique Pierre Frogier qui ajoute qu’au cas où le gouvernement donnerait droit à cette exigence, il considèrerait que « ce gouvernement aurait basculé dans le camp des indépendantistes (RRB)« .

Autre motif de vigilance : le sondage commandé par le gouvernement français, juste avant la réunion de Paris. Troublante coïncidence ! Ce sondage établit -sans surprise- que les Français de l’hexagone trouveraient presque normal que la Nouvelle-Calédonie accède à l’indépendance … Le Sénateur s’interroge légitimement sur cette démarche. Ne vise-t-elle pas à soumettre les loyalistes à une pression indirecte, alors que vont leur être expliquées les dispositions éventuelles d’une indépendance association ?

En l’absence de réponse, Pierre Frogier a donc décidé, dans l’attente, de ne plus participer aux réunions parisiennes. Un façon, également, d’alerter le puissant groupe des Républicains au Sénat qui lui apporte un soutien sans faille, sur le véritable enjeu de la séquence qui se déroule actuellement à Paris.

Accessoirement, Marine Le Pen ne doit pas manquer de s’intéresser à ces péripéties dont l’enjeu politique est la préservation de l’intégrité du territoire national et pour laquelle, le président de la République est le garant. Ou peut être, dans un an, la présidente de la République …

UNE TRIBUNE DE SONIA BACKES DANS « LE MONDE »

Sous le titre « Il faut éviter l’impasse politique et sociale vers laquelle la Nouvelle-Calédonie se dirige en cas de nouveau référendum », le journal « Le Monde » a publié mercredi une Tribune écrite par Sonia Backes.

Dans ce texte, la cheffe de file des Loyalistes, présidente de l’Assemblée de la province Sud, met d’abord en exergue les dangers d’un troisième référendum repoussé à 2022. Instrumentalisation politique, et radicalisation des postures entre indépendantistes et non indépendantistes sont des risques pointés par Sonia Backes qui évoque celui d’une « déstabilisation sur l’élection présidentielle ».

« En votant en 2021, écrit la responsable politique, les Calédoniens pourraient enfin lever le voile de l’incertitude qui pèse sur leur avenir depuis trop longtemps. Ils pourront ainsi travailler dès la fin de cette année à la construction de leur avenir commun ».

Mais pour autant, Sonia Backes continue à appeler à éviter le « vote couperet », lequel serai précédé d’une campagne référendaire encourageant la « radicalisation des discours et des actions« . Elle prône, au contraire de ce « vote couperet », « le pari du bon sens et de l’intelligence« .

« Je formule ainsi le souhait, conclut-elle, que les conclusions de nos futurs échanges servent de fondements pour imaginer, baliser et emprunter, avec les indépendantistes et l’Etat, un nouveau chemin commun. Un chemin dans lequel la gouvernance de la Nouvelle-Calédonie est plus claire et efficace, lui évitant de connaître 17 gouvernements différents en deux décennies. Un chemin où les différences géographiques et sociales sont respectées grâce à des provinces renforcées, car elle sont l’échelon poilitique le plus efficace pour administrer la vie des Calédoniens. Un chemin où les relations avec la France s’établissent dans le temps long et en bonne intelligence : manifeste et rassurante pour les uns, respectueusement distance et responsabilisante pour les autres« .

RÉFÉRENDUM : QU’ATTENDRE DES DISCUSSIONS À PARIS ?

Les délégations qui se sont rendues à Paris, à l’invitation du Premier ministre, dans le cadre de la préparation du troisième référendum ont entamé leur parcours. Le noyau central de discussion est celui du groupe dit « Leprédour ». Seuls Paul Néaoutyne et Victor Tutugoro ont décliné l’offre, et par conséquent, aucun représentant de l’Uni-Palika n’est au rendez-vous. Quant aux autres membres du groupe, ils sont accompagnés, soit d’une véritable délégation, soit pas. Enjeux.

LES PARTICIPANTS
Au total, ce sont donc, côté Union Calédonienne, Roch Wamytan, Jacques Lalié et Daniel Goa qui sont présents. Ils sont accompagnés par Gilbert Tyuienon, Mickael Forest, Pascal Sawa, Jean Raymond Postic, Ronald Frère et Thierry Bolo. Côté Avenir en Confiance, Sonia Backes, Thierry Santa et Pierre Frogier sont là. Ils sont accompagnés par Virginie Ruffenach, Gil Brial, Alcide Ponga, Brieux Frogier et Willy Gatuhau. Côté Calédonie Ensemble, enfin, Philippe Gomes et Philippe Dunoyer sont présents. Gérard Poadja est également à Paris. Nicolas Metzdorf  et Mailakulo Tukumuli ont été invités in extremis.

LA MAIN TENDUE DU PREMIER MINISTRE
Le Premier ministre Jean Castex avait lancé, en avril dernier, une invitation aux acteurs politiques calédoniens à se rendre à Paris pour « une session d’échanges et de travail« 

Il avait laissé à Sébastien Lecornu le soin de déterminer le format, les thématiques et l’organisation de ce rendez-vous important. Le Premier ministre avait toutefois indiqué dans son invitation : « Alors que les Accords de Nouméa prévoient la possibilité d’une nouvelle consultation, l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie reste à écrire. Le dialogue est plus que jamais nécessaire et le gouvernement de la République souhaite y prendre toute sa part« .

Dans la lettre du chef du gouvernement, point de coercition, une ouverture totale, et après les inacceptables violences de novembre/décembre, une main tendue au FLNKS. Dans ces conditions, et alors que le parti de Paul Néaoutyne prône une indépendance « en partenariat avec la France », on comprend mal la fin de non recevoir de l’Uni-Palika.

LES POINTS CLÉS DE LA « SESSION D’ÉCHANGES ET DE DIALOGUE »
Comme dans toute réunion de ce type, certains points pourraient se rajouter à l’ordre du jour initial. Mais il ne fait de doute pour personne que le cœur de la rencontre proposée est à la fois, le prochain référendum, et les suites qui en résulteront pour la Nouvelle-Calédonie et ses populations.

Il s’agira d’abord de fixer la date de la troisième consultation. 2021 ou 2022 ?

Les Loyalistes la veulent le plus rapidement possible pour sortir le territoire de ses incertitudes et du marasme économique et social qui en résulte. Au Sénat, Les Républicains partagent ce point de vue. Côté indépendantiste, l’Uni-Palika avait d’abord indiqué sa préférence pour 2021, craignant l’élection de Marine Le Pen à la présidence de la République, et, dans cette hypothèse, une situation bien plus compliquée pour les séparatistes. Mais le parti de Paul Néaoutyne s’est apparemment rallié à la position de l’Union Calédonienne favorable à 2022, histoire de tenter de gommer le trouble de ses électeurs consécutif aux violences liées à la reprise de l’usine du Sud, et à l’indifférence manifestée par le FLNKS au malheur des familles menacées de chômage, une indifférence exprimée par le fameux « tant pis » de Victor Tutugoro.

L’Etat est prêt aux deux éventualités : un scrutin à organiser en 2021 comme en 2022. Mais … le gouvernement de la République est, quant à lui, partagé. Alors que la campagne présidentielle est lancée, et que le résultat s’annonce très « chaud » pour l’éventuelle candidature d’Emmanuel Macron, la prudence est de règle. Elle commande de repousser le référendum, ses conséquences et les possibles troubles qui suivront à septembre 2022.

Il s’agira ensuite d’aborder les conséquences du référendum. En cas de victoire du « Non » comme de celle du « Oui ».

C’est cette dernière qui pose aujourd’hui le plus d’interrogations. L’Etat, jusqu’à présent, ne s’est guère « mouillé » pour indiquer sa position face à une Nouvelle Calédonie qui aurait opté pour l’indépendance. Mais cette fois, le gouvernement dit tout. (lire notre article sur les conséquences du « oui » et du « non »). Tout sur les relations financières et économiques, tout sur le maintien d’une présence militaire, tout sur l’hypothétique double nationalité, tout sur une possible coopération. De quoi refroidir quelques idéologues indépendantistes qui s’évertuent à affirmer que pour les beaux yeux de Kanaky-Nouvelle Calédonie, la France continuera à « cracher au bassinet » …

Quant aux conséquences du « Non », elles sont, si l’on peut dire, presque négligeables. Certes, les Loyalistes ne pouvaient arriver à Paris les mains vides en matière de projet sur la nécessaire évolution institutionnelle, après la fin de l’agonisant Accord de Nouméa. Mais si le « Non » l’emporte, ce n’est jamais, dans les mois qui suivront, que la continuité du régime existant, et l’assurance de la solidarité nationale au sein de la République. Il sera alors temps de se pencher sur un nouveau statut.

UN RENDEZ-VOUS PARISIEN QUI PROVOQUE DES EFFETS SPECTACULAIRES DANS LES DEUX CAMPS CALÉDONIENS
Le rendez-vous parisien proposé par Jean Castex -et souhaité par Emmanuel Macron- a produit des effets assez spectaculaires, au moins dans le milieu politique calédonien.

Côté indépendantiste, c’est la guerre froide. Certes, elle fait suite au conflit né de l’accord unanime signé sur la reprise de l’usine du Sud, aggravé par celui relatif à l’élection avortée du président indépendantiste du gouvernement. Mais pour la réunion de Paris, le Palika, en la boycottant, s’est totalement désolidarisée de l’Union Calédonienne qui s’y est déplacée en nombre, même s’il s’agit, selon elle, uniquement « d’écouter« .

Chez les Loyalistes au sein desquels comme dans tout regroupement politique émergent des égos, la synthèse a, semble-t-il, été réalisée. D’abord sur la date du référendum, demandée en 2021, ensuite sur les orientations d’une évolution statutaire vers un fédéralisme provincial marqué par un pouvoir provincial essentiel, tout en préservant l’unité du territoire. La position commune sur cette question, est plutôt remarquable, en raison des divergences initiales. Un rapprochement des points de vue pour lequel Sonia Backes n’a pas ménagé ses efforts.

Calédonie ensemble, de son côté, est plus vague sur sa vision institutionnelle future. Toutefois, en l’absence de perspective de solution statutaire consensuelle, Philippe Gomes avait pris position pour un scrutin organisé dès 2021.

QU’ATTENDRE DE CETTE RÉUNION ?
En politique, la surprise est fréquente, la logique parfois surclassée, et le cartésianisme, maltraité ! Alors qu’attendre de cette « session d’échanges et de partage » ? Le plus vraisemblable est la fixation de la date du prochain scrutin référendaire. Ce sera déjà ça ! Pour le reste, on peut imaginer que la problématique minière et métallurgique du nickel sera abordée. Il en va notamment de l’avenir à court terme de la SLN et de KNS. L’état des finances publiques et des comptes sociaux ne peut échapper à quelques « échanges », tant les interventions de l’Etat paraissent nécessaires à court terme.

Peut être, au total, sont-ce des éléments de discussion qui gênaient le Palika. Incapable d’imposer, pour l’instant, la candidature de Louis Mapou à la présidence de l’exécutif, il aurait été l’illustration de l’impéritie indépendantiste. Et pire, au gré des difficultés du territoire nécessitant la bienveillance de la France, les indépendantistes montreront tout simplement qu’ils ne sont pas prêts pour une indépendance qu’ils réclament. Une situation malaisée alors que s’est ouverte la campagne électorale référendaire.

L’INTÉGRALE DU DOCUMENT SUR LES CONSÉQUENCES DU « OUI » ET DU « NON »

Le président du Congrès, Roch Wamytan, a invité tous les habitants de Nouvelle-Calédonie à prendre connaissance du document exposant les conséquences du « oui » et celle du « non » au prochain référendum. En l’état, ce document était confidentiel, avant les discussions ouvertes à Paris à l’invitation du Premier ministre. Une fuite provenant « de travaux en interne » avait abouti à une large diffusion des 44 pages consacrées à ces sujets, sur les réseaux sociaux. C’est à la suite de cette « fuite » que le président du Congrès a réagi.

Vous trouverez ci-dessus la version intégrale du document qui a « fuité ». Nous reviendrons sur les différents chapitres pour en livrer un décryptage.

EN CAS D’INDÉPENDANCE, LES FONCTIONNAIRES D’ÉTAT SERAIENT AFFECTÉS SUR LE TERRITOIRE NATIONAL FRANÇAIS

Le document « Dis moi oui, dis moi non » sur la suite du référendum va commencer à décoiffer. C’est en quelque sorte « dis moi tout ». Tous les cas de figure, évoqués sans fard, y sont décrits avec une froide précision juridique et financière. Ils sont glaçants tant leur énoncé fait apparaître dans quel enfer la Nouvelle-Calédonie serait plongée en cas d’indépendance, loin des discours lénifiants et faux des séparatistes. Ils mettent en évidence l’état d’impréparation des indépendantistes face à l’hypothèse de l’indépendance.

Parmi les morceaux choisis, celui des fonctionnaires relevant de l’Etat est intéressant. Cela concerne au total 9500 personnels pour une dépense salariale de 109 milliards CFP. Certains sont simplement rémunérés par l’Etat comme les personnels de l’enseignement secondaire public et les personnels du primaire et du secondaire privé, d’autres relèvent de la fonction publique d’Etat.

Les militaires, armée de terre, de l’air, de mer, ainsi que les gendarmes n’auront évidemment pas vocation à rester sur le territoire. Il en va de même pour les autres personnels, comme les douaniers, les contrôleurs aériens ou encore les policiers nationaux.

Il est donc précisé que ces personnels seront affectés sur le territoire national français en cas d’indépendance. Accessoirement, il en sera de même pour l’Université.

Pour les enseignants relevant de statuts locaux, la question sera de trouver les 46 milliards servant à les rémunérer, dont le paiement actuel par la France cessera dès l’indépendance.

Pour des établissements comme NC1ère, la situation sera quasiment analogue. Dans l’hypothèse de l’indépendance, il reviendra au nouvel Etat « de financer ou non un service audiovisuel public« .

Cette chaîne « fait partie intégrante du groupe France Télévisions qui dispose d’un budget propre alloué par l’Etat (financé essentiellement par le produit de la redevance des contribuables métropolitains) et compte des salariés soumis à un régime légal spécifique et au code du travail« .

En clair, France Télévisions opère sur le sol français et bouclera ses bagages en cas d’indépendance. Les personnels pourront être affectés dans d’autres stations sur le sol national français. Certains, évidemment, pourront choisir de basculer dans l’éventuel audio-visuel local. Aujourd’hui, la charge budgétaire de NC1ère supportée par France Télévisions est de 2,8 milliards CFP …