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RÉFÉRENDUM : L’HISTOIRE A DES HOQUETS. JUSQU’À QUAND ?

Début des années 80. Le RPCR, parti anti-indépendantiste, allié à la FNSC, gère le Conseil de gouvernement présidé par Dick Ukeiwé, avec en appui, une majorité à l’Assemblée territoriale.

C’est en mi-2019. L’Avenir en Confiance, regroupement anti-indépendantiste, accède à la présidence du gouvernement avec l’appui des représentants de l’Eveil Océanien et de Calédonie Ensemble.

15 juin 1982. La FNSC, parti né de la scission du RPCR, prend l’initiative d’un renversement d’alliances et l’Assemblée Territoriale censure le gouvernement Ukeiwe qui tombe. Le nouveau Conseil de gouvernement, présidé par un indépendantiste, Jean-Marie Tjbaou, est composé du Front indépendantiste et de la FNSC.

25 juillet 2020. L’Eveil Océanien rejoint le groupe UC-FLNKS-Nationalistes, et par ce renversement d’alliances, donne une majorité aux indépendantistes lors du renouvellement du Bureau du Congrès.

8 juillet 1983. Une « table-ronde » organisée à l’initiative de Georges Lemoine, Secrétaire d’Etat à l’Outre mer, et rassemblant des représentants du Front indépendantiste, de la FNSC et du RPCR, se solde par un échec. La déclaration finale n’est pas signée par le RPCR, et seule la FNSC reconnaît au « peuple kanak » un « droit inné et actif à l’indépendance » exigé par les indépendantistes. Le RPCR refuse, en outre, que soient écartés de la reconnaissance calédonienne tous ceux dont la légitimité n’est pas « reconnue par les représentants du peuple kanak« .

18 novembre 1984. L’application d’un nouveau statut d’autonomie interne refusé par le Front indépendantiste devenu le FLNKS, fait l’objet d’une élection territoriale. A l’issue du scrutin, qui marque le début de 4 années de violences, la FNSC disparaît de la vie politique.

20 mai 1988. Après les événements sanglants de la grotte d’Ouvéa et la nomination de Michel Rocard comme Premier ministre par François Mitterrand, réélu président de la République, une « mission du dialogue » arrive à Nouméa. Elle est composée du pasteur Jacques Stewart, protestant, du Chanoine Paul Guiberteau, catholique, de Roger Leray, franc-maçon et ancien Grand Maître du Grand Orient de France, de Jean-Claude Périer, spécialiste du droit, et deux anciens préfets connaissant la Nouvelle-Calédonie, Christian Blanc et Pierre Steinmetz. Le 26 juin, les Accords de Matignon seront signés.

4 octobre 2020 – Le second référendum d’autodétermination se solde par une victoire du « non », mais la réalité politique est que la Nouvelle-Calédonie est coupée en deux blocs d’importance électorale équivalente. Une situation qui ressemble à une impasse et qui annonce un troisième référendum de tous les dangers.

5 octobre 2020. Alors que le jeune ministre des Outre mer, Sébastien Lecornu, s’apprête à prendre l’avion pour Nouméa, Dominique Bussereau, ancien ministre et grand connaisseur de la Nouvelle-Calédonie depuis les « événements », propose au Premier ministre la formation d’une mission du dialogue pour tenter de trouver, avec les partenaires calédoniens, une issue pacifique et acceptée à la situation créée par ce que Jacques Lafleur définissait comme « un référendum couperet ».

L’Histoire va-t-elle connaître ces hoquets qui abondent dans ses durées ? La Nouvelle-Calédonie semble partie pour l’organisation d’un troisième référendum. Roch Wamytan a indiqué que ce serait la demande des indépendantistes. Hier, cette position a été confirmée. Les loyalistes dont les interprétations sémantiques diffèrent, sont au moins d’accord pour qu’une solution « consensuelle » soit trouvée et se substitue à la question déjà posée par deux fois aux « populations intéressées ». Mais les indépendantistes veulent bien dialoguer … sur la base de l’indépendance.

Impasse.

A bien des égards, la Nouvelle-Calédonie se trouve dans une situation politique rappelant -la violence en moins- celle de 1988. Certes, nous sommes loin des confrontations qui ont conduit au drame d’Ouvéa. Mais, à moitié de la population calédonienne contre l’autre moitié, qui peut dire les conséquences d’une frustration des indépendantistes si le « non » l’emportait une nouvelle fois en 2022, et qui peut dire la réaction des non-indépendantistes s’ils avaient le sentiment que la victoire du « oui » leur ferait tout perdre ?

A nouveau, la France se retrouve dans une sorte de bourbier calédonien. Le Premier ministre comme le ministre des Outre mer ne connaissent pas grand chose aux réalités historique et actuelle locales, en dépit de leurs grandes capacités intellectuelles. Mais Michel Rocard en savait-il davantage ?

Quant à l’éventuel troisième référendum, il devrait se situer, comme en 1988, juste après les prochaines élections présidentielle et législatives. Pur hasard du calendrier mais peut être hoquet de l’Histoire.

Dans ce cas, l’éventuelle « mission du dialogue », version 2020 et les protagonistes-partenaires sauront-ils trouver une solution « consensuelle » aussi intelligente que ces illustres prédécesseurs que furent Michel Rocard, Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur ?

ET MAINTENANT ?

Les dés ont été jetés. Ce matin, la Nouvelle-Calédonie s’est réveillée au sein de la République française. Les indépendantistes qui pensaient que l’aube de ce lundi se lèverait sur Kanaky-Nouvelle Calédonie sont déçus. Les loyalistes qui ne s’attendaient pas à une progression de 3 points du « oui » le sont également. Les Calédoniens, eux, sont soulagés de ne pas avoir plongé brutalement dans l’aventure d’une indépendance hasardeuse. Et maintenant, que va-t-il se passer ?

Il faudra d’abord reprendre les dossiers pendants : préparer tant bien que mal le budget 2021, éviter la faillite des régimes sociaux, régler la reprise de Vale NC. Des sujets, serait-on tentés de dire, bien plus prosaïques qu’un second référendum. Mais tout le monde devra se remettre au travail car c’est du quotidien des Calédoniens dont il s’agit, pas d’une lune à saisir, ou d’un sujet renvoyable aux calendes.

Le gouvernement devra  instruire la proposition de loi réduisant la liberté d’acheter du foncier et de l’immobilier. Les auteurs ont-ils anticipé en confondant citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie et nationalité, par avance, de Kanaky-Nouvelle-Calédonie ? Le Conseil d’Etat, obligatoirement saisi de l’initiative législative, devra dire -ou rappeler- les règles de Droit.

Le référendum désormais passé, la menace plane à nouveau sur le gouvernement Santa. Va-t-il tomber ? Et dans cette hypothèse, qui prendrait les rênes de l’Exécutif, et dans quelle perspective ? Les rumeurs les plus hasardeuses circulent sur le sujet. Une chose est probable : les tensions nées du référendum, éventuellement exacerbées par un nouveau pouvoir qui se montrerait arrogant, pourraient mettre le feu au poudres.

Certains politiques perdent en effet de vue le pays réel. Celui-ci comprend non seulement les électeurs au référendum, mais les « exclus » dont le poids démographique avoisine les 40.000 habitants. En clair, et plus que surtout tout autre territoire de la République, il faut distinguer le nombre d’électeurs du nombre d’habitants. Ce n’est pas anodin. Au total, et en raison d’un régime électoral démocratiquement anormal, est-il possible qu’une minorité impose, sans dommages, des décisions refusées par une majorité d’habitants de la Nouvelle-Calédonie ?

Les équilibres vont être impossibles à conserver si le gouvernement central et le Parlement français demeurent inertes. C’est qu’à l’issue de deux référendums, les deux blocs sont encore davantage figés. C’est l’inévitable prélude à des tensions croissantes. En annonçant que la France dira clairement ce qu’elle ferait si la Nouvelle-Calédonie accédait à l’indépendance, l’Etat va, sans aucun doute, faciliter la recherche d’une solution globale commune, acceptable pour les deux blocs inconciliables. On serait tenté de dire : enfin !

LA CALÉDONIE REFUSE L’INDÉPENDANCE POUR LA SECONDE FOIS

La consultation des électeurs calédoniens sur l’accession à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie ou non s’est soldée par un second refus de l’indépendance. Le nombre de partisans du maintien du territoire dans la République à certes augmenté, passant de 79.000 à 81.500 (53,3%), mais c’est le camp du « oui » (46,8%) qui a davantage progressé, passant de 61.000 à 71.500.

LES CLIVAGES PROVINCIAUX CONFIRMÉS
Ont voté majoritairement « non » à l’indépendance, les communes de la côte Ouest de Bourail au Mont Dore, ainsi que Koumac et Pouembout dans le Nord. Les autres communes ont voté majoritairement « oui » à l’indépendance.

Ce second référendum confirme en outre le clivage entre la province Sud (71% de « non »), attachée à la France, et les provinces Nord (78% de « oui ») et Iles (84% de « oui) attachées à l’indépendance.

INITIATIVE DE L’ETAT DANS LES JOURS PROCHAINS
Au cours de la soirée, le président de la République a prononcé une courte allocution pour s’adresser aux Calédoniens et envisager l’après référendum. Il a ainsi annoncé une initiative de l’Etat dans les prochains jours pour envisager avec ses partenaires calédoniens toutes les options qui pourraient survenir, à l’issue ou non d’un troisième référendum dont la tenue dépend de la décision des élus locaux. Il a indiqué que ces options ne devraient pas se limiter aux questions institutionnelles, et comprendre notamment celles évoquées lors du discours prononcé au Théâtre de  l’Ile.

LE MOMENT EST VENU D’APPRÉHENDER TOUS LES SCÉNARIOS POSSIBLES
Dans son allocution, deux paragraphes sont essentiels. « A terme, les dispositions inscrites dans la Constitution devront, soit céder à des dispositions pérennes si le choix du maintien dans la République est confirmé, soit être retirées si la Calédonie choisit l’indépendance » d’une part, et … « le moment est venu de répondre et d’appréhender tous les scénarios possibles  » … d’autre part.

Les protagonistes peuvent donc attendre de l’Etat, notamment, l’explication et les choix sur ce qui se passera en cas d’indépendance. Une façon ultime d’éclairer les électeurs calédoniens sur leur vote ultime au 3e référendum, un scrutin qui sera probablement demandé par les élus du Congrès.

CE 2e RÉFÉRENDUM A OUVERT UN VRAI DÉBAT SUR L’INDÉPENDANCE OU NON

Ce second référendum a une vertu : ouvrir un débat sur l’indépendance d’une part, le maintien de la Calédonie dans la France, d’autre part. En 2018, chacun était resté sur ses slogans, ses vérités toutes faites ou ses incantations. Probablement faussée par un sondage annonçant cette fameuse victoire du « Non » par 70% contre 30%, la campagne électorale loyaliste avait fait pschitt. En laissant pratiquement tout le champ aux indépendantistes.

Cette fois, les deux camps ont du aborder le vif du sujet. D’un côté, les loyalistes ont rappelé des vérités incontestables : les dépenses de la France en Nouvelle-Calédonie, et leur suppression en cas d’indépendance, la démocratie garantie par le République française et ses valeurs issues de son histoire autant que de la Constitution. De l’autre côté, les indépendantistes ont du répondre -ou tenter de répondre- à de réelles interrogations touchant à l’emploi, au niveau de vie, au maintien des services publics, en cas d’indépendance.

Le ton est resté plutôt serein, durant la campagne. Certes, des propos plus ou moins réalistes, des affirmations plus ou moins crédibles ont été assénés, ça et là, mais on pourrait dire que le premier face à face Trump-Biden, entrecoupé de noms d’oiseaux, a été infiniment plus violent que celui opposant Brial, Dunoyer, Metzdorf, Tyuienon, Washetine et Washetine sur NC1ère.

Les indépendantistes ont su maintenir une tendance au rêve pour leurs troupes. Ils ont insisté sur les concepts de « libération » d’un régime dit colonial, sur l’exaltation d’une nouvelle nation naissante, sur un changement pour un monde meilleur. La rhétorique du mouvement de décolonisation des années 60 marche encore.

Les loyalistes ont su faire émerger du rêve des réalités plus prosaïques, mais touchant à la « vraie vie ». Ils ont, cette fois, parlé de la France avec du coeur, mais ils ont aussi souligné l’absence de réponses crédibles des indépendantistes sur la baisse de moitié des budgets publics en cas d’indépendance, et des conséquences corrélatives, forcément désastreuses, sur l’économie, l’emploi, la santé, la protection sociale, le niveau d’enseignement, le niveau de vie de la population de Kanaky.

La question cruciale de la nationalité s’est également invitée dans le débat. Le rapport Courtial-Soucramanien donnait déjà quelques informations sur le sujet. Des juristes calédoniens s’y sont investis. Et même, de Paris, Alain Christnacht a pris sa plume pour « poster » sur son profil Facebook. Au total, personne ne peut être péremptoire sur le devenir des nationalités en cas d’indépendance : la réponse appartient aussi bien à la France qu’à un éventuel futur Etat qui n’existe pas.

Les indépendantistes ont eu du mal à expliquer la viabilité économique et financière de Kanaky, reportant ce sujet à des discussions avec la France pendant la période de transition, dans l’hypothèse d’une victoire du « oui ». Difficile de croire, pour autant, que finalement rien de changerait en matière d’interventions de l’Etat en cas d’indépendance qui signifie bien rupture avec la France et avec l’Europe, y compris l’euro. D’ailleurs, pour la première fois, un parti indépendantiste, Dynamique Autochtone, a appelé à voter « non ».

C’est dimanche soir que le résultat sera connu, et pas avant. Mais un constat s’impose : au cours de cette seconde campagne référendaire, il a fallu « rentrer à l’intérieur des mots », considérer la majorité des électeurs comme des adultes responsables, et commencer un débat « projet contre projet ». C’est déjà un progrès.

NOUVEAUX OBSTACLES À LA DOUBLE NATIONALITÉ EN CAS D’INDÉPENDANCE

L’attentat qui vient d’être perpétré devant les anciens locaux de Charlie Hebdo vient de rappeler une évidence : la quasi totalité des attentats sont, en France, le fait de personnes issues de l’immigration. Ce n’est pas Marine le Pen qui l’affirme, ce sont les faits. Le dernier terroriste en date est originaire du Pakistan, admis en France sous le régime passoire des « mineurs isolés ».

Dans ce contexte de plus en plus prégnant sur la sécurité intérieure et une menace terroriste qui ne baisse pas, peut-on imaginer l’extension de voies permettant les entrées dans l’espace européen de Schengen, et celui de la France ? Certainement pas.

Le débat sur les éventuelles doubles nationalités en cas d’accession à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie est ainsi placé sous les feux d’un éclairage nouveau : les moyens d’entrée sur le sol national français, et donc en Europe.

Pas de doute : la France et l’Europe sont soumis à une terrible pression sur la politique d’immigration. Marine le Pen, depuis longtemps, et succédant en cela à son père, en a fait l’un de ses chevaux de bataille. Mais pas qu’elle.

Les autres partis sont, ou ont été contraints de durcir leur position sur le sujet. Le dernier attentat perpétré par un immigré ne sera guère de nature à adoucir les postures.

Dans la zone, des pays ont été impliqués dans des trafics de passeport. Les délivrances de complaisance, en général soumises à des « tarifs » élevés, sont attentivement suivies par les services de renseignement occidentaux. Elles peuvent, dans certaines conditions, altérer la sécurité intérieure de pays tiers.

C’est dire qu’au delà des affirmations sans fondement sérieux sur la façon dont la France traiterait la question d’une éventuelle double nationalité en cas d’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, le sujet est aujourd’hui bien incertain.

La nationalité, d’abord, relèverait, alors de chacun des Etats souverains. Nul ne peut affirmer, aujourd’hui, quelle serait, toujours dans le cas de l’indépendance de Kanaky, les positions respectives du nouvel Etat d’une part, de la France, d’autre part. Mais il est certain que le régime d’accès à la France comme à l’Europe va davantage vers un durcissement qu’un allègement …

REFERENDUM : DÉBAT RÉVÉLATEUR ET COURTOIS SUR NC1ÈRE TV

L’événement de la campagne était incontestablement sur NC la 1ère, hier soir. Après la révélation de la position « personnelle » de Milakulo Tukumuli, le président de l’Eveil Océanien, le matin au micro d’Anne Claire Lévêque, les téléspectateurs étaient invités à un débat sur le prochain référendum. « Starring », Gil Brial (Avenir en Confiance), Philippe Dunoyer (Calédonie Ensemble) et Nicolas Metzdorf (Générations NC) du côté du « Non », Gilbert Tyuienon (UC), Charles Washetine (Uni/Palika) et Wadewi Washetine (Parti Travailliste) du côté du « Oui ». L’émission était animée par Nadine Goapana et Steeven Gnipate.

Le ton des échanges a été courtois, contrastant quelque peu avec la tension constatée sur le terrain, notamment sur la Côte Est. Chaque invité s’est appliqué à ne pas couper l’autre, et la parole a été respectueuse et détendue.

Les représentants indépendantistes ont eu du mal à répondre aux questions précises sur la monnaie, la nationalité, le régime foncier, le financement des dépenses publiques, les diplômes de l’enseignement ou encore l’accès aux enseignements supérieurs en France et en Europe. A la disparition des prises en charge actuelles de l’Etat, les réponses sont demeurées vagues, suggérant que les ressources de la Nouvelle-Calédonie et sa fiscalité n’ont pas encore produit tout leur potentiel.

La présentation des sujets était intéressante, même si certains chiffres mériteraient d’être précisés, notamment les dépenses de la France dont la référence est constituée par un rapport de 2018, et dans lequel elles se montent à quelques 175 milliards FCFP.

Au total, l’impression est que les indépendantistes … ne sont pas prêts à gérer l’indépendance, et que tous les problèmes pendants, pourtant essentiels, devraient être traités durant la « période de transition » si le « oui » l’emportait. De ce point de vue, le débat télévisé d’hier soir a confirmé l’impression dégagée au cours de la campagne référendaire, selon laquelle l’indépendance de Kanaky-Nouvelle Calédonie est présentée essentiellement au travers des institutions, et de l’esprit de sa future Constitution. Mais sur les aspects concrets de la vie quotidienne, des ressources publiques, de l’organisation monétaire ou encore du niveau de vie, les tenants de l’indépendance n’ont pas de réponse claire à apporter.

A l’opposé, les défenseurs du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la République française ont beau jeu de décrire la continuation … de l’enviable situation actuelle pour tous les Calédoniens. Soutien de l’Etat pour faire face à la situation sanitaire, financement de l’enseignement, accès libre pour les étudiants calédoniens aux Universités françaises et européennes, financement de l’exercice des compétences régalienne et de ses 9.000 fonctionnaires ou encore financements des collectivités locales ont été déroulés. Sans arrogance, ni triomphalisme, il convient de le souligner, dans un débat révélateur et de bonne tenue.

RÉFÉRENDUM : TUKUMULI VOTERA « NON »

En répondant hier matin à une question posée par un auditeur dans l’émission animée par Anne Claire Lévêque sur NC1ère radio, le leader de l’Eveil Océanien a levé toute ambiguité sur son choix personnel pour le référendum du 4 octobre prochain. « A titre personnel, je pense que la Calédonie doit rester française, a-t-il répondu, indiquant « donc, je voterai Non ».

Milakulo Tukumuli, tout en reconnaissant que la majorité de la communauté wallisienne et futunienne de Nouvelle-Calédonie était profondément attachée à la France, a cependant confirmé qu’aucune consigne de vote ne serait donnée aux électeurs de l’Eveil Océanien. Selon lui, chacun doit être libre de voter en son âme et conscience, cette liberté constituant une originalité de son parti dans le non-choix entre les deux blocs indépendantistes-non indépendantistes.

L’Eveil Océanien avait constitué un intergroupe au Congrès avec l’UC-FLNKS-Nationalistes lors de la session administrative dernière.

La question subsidiaire qui demeure est à présent celle de sa position sur le projet de vœu visant à étendre à la Nouvelle-Calédonie les dispositions contenues dans l’article 27 de la Loi Organique, vœu récemment déposé avec l’appui de Pierre-Chanel Tutuguro, Secrétaire général de l’Union Calédonienne. Ce texte sera appelé devant les élus à l’issue du référendum. À condition, bien entendu, que le « Non » l’emporte.

POURQUOI CERTAINS INDÉPENDANTISTES VOTERONT « NON »

Qui pourrait prétendre que Nidoish Naisseline, fondateur du LKS devenu Dynamique Autochtone, lui, feu le Grand Chef de Guahma à Maré, premier intellectuel kanak dont les réflexions dès le début des années 60 ont abouti à la reconnaissance de l’identité kanak, n’était pas indépendantiste ? C’est au nom de cette filiation et de sa conception de l’indépendance que ses héritiers politiques de Maré prônent le « Non », affirmant demeurer indépendantistes, mais revendiquant leur désaccord avec la conception de l’indépendance actuelle. Un caillou dans la chaussure du FLNKS et des Loyaltiens.

Il avait marqué sa différence dès 1981, en quittant le Palika dont sa mouvance (les Foulards Rouges) avait été la fondatrice aux côtés de celle d’Elie Poigoune (Groupe 1978). Attaché au débat démocratique, défenseur scrupuleux des valeurs coutumières, il était en désaccord sur des points importants idéologiques et électoraux, avec ses anciens partenaires.

Dans le monde politique calédonien et par ses prises de position à l’Assemblée Territoriale puis au Congrès, il avait, en permanence, fait valoir cette différence. Et pour autant, de tous les bords politiques, il inspirait un grand respect.

La position de ses héritiers politiques de Dynamique Autochtone obéissent, à la fois, au constat critique d’un contexte local, et à leur analyse d’une indépendance qui serait, par conséquent, non conforme à leur idéal. En particulier, aux côtés de l’ancien maire de Maré, Basile Citré, Joseph Waikedre souligne, sur la base des constats recensés sur l’île, les divisions de la Société kanak générées par la revendication de l’indépendance conçue par le FLNKS et les partis qui le soutiennent.

A Maré, ces constats sont, en effet, révélateurs : « divisions dans les clans et les districts en raison de « l’impact des appareils politiques », drame de Maré de 2011 « sans suite », nomination d’un petit chef de tribu « alors que le grand chef n’était pas associé selon la tradition », « barrage de partis indépendantistes » aux élections municipales 2020 sur l’île « alors que nous sommes arrivés en tête avec 1 644 voix »… » (Les Nouvelles Calédoniennes – 19 septembre).

Dynamique Autochtone, en conformité avec l’idéal sociologique de Nidoish Naisseline, prône une indépendance acceptée, et non imposée, une indépendance plus sereine, conforme « à la poignée de main entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou », une indépendance également conforme à l’Evangile accueillie pour la première fois, en Nouvelle-Calédonie, sur les rivages de Maré, et conforme, enfin, aux valeurs coutumières d’accueil. Autant de référence que le parti ne trouve pas dans l’indépendance sollicitée le 4 octobre prochain par le FLNKS et ses alliés.

En votant « Non », les héritiers intellectuels de Nidoish Naisseline ne renoncent pas à l’indépendance. Ils interpellent sur le contenu de l’indépendance revendiquée le 4 octobre, un contenu dont l’imprécision, le manque de clarté, la forte teinte ethnique rend en effet plausible la charge de divisions qu’il contient, selon eux, une division qui affecterait en premier lieu, en cas de victoire du « Oui », la Société traditionnelle kanak.

Enfin, en rappelant « la poignée de main », ils posent clairement la viabilité, par son acceptation, d’une indépendance à laquelle la moitié des électeurs calédoniens, et en réalité, une majorité de la population, serait hostile. L’ombre de Nidoish Naisseline, combien même il est aujourd’hui disparu, plane encore sur le débat politique calédonien …

QUEL AVENIR POUR LA POLICE NATIONALE ET LA GENDARMERIE ?

L’ordre intérieur, la sécurité sous toutes ses formes, la protection des biens et des personnes sont assurés essentiellement par les forces de Police Nationale et de Gendarmerie Nationale. 

Plus de 1400 personnels sont répartis entre la Direction de la Sécurité Publique comprenant les effectifs de la police nationale (450 personnels environ), la gendarmerie (890 personnels environ), la police aux frontières (60 personnels environ) et le MRCC (6 personnels environ).

En terme de budget, entièrement assuré par la France, rémunérations, fonctionnement et équipement représentent la coquette somme annuelle de près de 11 milliards FCFP.

Que se passe-t-il pour ces forces en cas de victoire du « Oui », ou en cas de victoire du « Non » ?

EN CAS DE VICTOIRE DU « NON », CONTINUITÉ DES FINANCEMENTS ET DES EFFECTIFS PAR LA FRANCE
Si le « Non » l’emportait le 4 octobre, la situation actuelle ne changerait pas. L’ensemble des composantes serait simplement soumis aux arbitrages budgétaires du gouvernement central, puis du Parlement de la République. Pour faire simple, disons que ce serait la continuité.

EN CAS DE VICTOIRE DU « OUI », KANAKY DEVRAIT PRENDRE EN CHARGE CETTE POLITIQUE PUBLIQUE … ET SON BUDGET
Il va de soi que l’on peut difficilement imaginer une police nationale française, une police frontière française et une gendarmerie française pour assurer cette compétence régalienne de Kanaky.

Si le nouvel Etat voyait le jour, il devrait créer ses propres forces de sécurité, et prendre en charge leur rémunération, leur équipement et leur fonctionnement. C’est d’ailleurs ce que prévoit le document de l’Uni publié à l’occasion du référendum de 2018.

FORCE DE SÉCURITÉ INTÉRIEURE : COMMENT LA PAYER
La « Force de Sécurité Intérieure » serait chargée « de garantir la stabilité intérieur du pays et les droits et libertés publiques de citoyens« . Il est prévu ainsi « 1.303 policiers et gendarmes » constitués en un seul corps territorial.

Seule lacune du document : il n’est pas précisé le coût de la FSI, ni les moyens budgétaires disponibles.

On sait qu’au « tarif » actuel, ce coût serait de 10 milliards environ. Tout simplement impossible à dégager d’un budget public de Kanaky réduit, en étant optimiste, à 190 milliards.

En effet, ces 190 milliards devraient financer … ce qu’il finance actuellement pour les politiques publiques territoriales, et devrait, en supplément, prendre en charge les actions assurées actuellement par la France au titre des compétences régaliennes. Soit ce qui coûte aujourd’hui 175 milliards FCFP.

En priorité, il conviendrait, pour le gouvernement et le Parlement de Kanaky, de dégager en urgence 60 milliards pour l’enseignement auxquels s’ajouteraient les 10 milliards de la FSI envisagée. Une seule solution : réduire drastiquement ces budgets, et donc, les effectifs, les salaires et les frais de fonctionnement. « Drastiquement » est à coup sûr un mot faible.

Bien sûr, le nouvel Etat ne manquerait pas, s’il voyait le jour, de solliciter des aides, à la France d’abord, aux pays tiers, ensuite. Australie, Nouvelle-Zélande, Chine, Japon pourraient apporter leur obole. Mais sûrement rien à voir avec l’organisation actuelle des polices et de la gendarmerie.

Quant aux retraites servies par l’Etat aux anciens policiers et gendarmes optant pour la nationalité Kanak, il resterait à établir la continuité de ces pensions ou leur interruption.

LE « BAC » 2020 SERA-T-IL MAINTENU EN CAS DE VICTOIRE DU « OUI » ?

La question de l’enseignement est, comme toutes les autres d’ailleurs, un sujet crucial en cas d’accession de la Nouvelle-Calédonie à l’indépendance. Elle a toutefois ceci de différent qu’elle concerne toute la jeunesse et son avenir.

Trop souvent, en effet, on entend des jeunes Calédoniens déclarer leur insouciance, voire leur indifférence quant aux enjeux et résultat du référendum. Pourtant, ils sont les premiers concernés par l’accession à l’enseignement et aux diplômes. Sans enseignement et diplôme, en effet, quel avenir ? Pas de cadres, pas de médecins, pas d’ingénieurs, pas de juristes, pas de chercheurs. Réalité.

SI LE « NON » L’EMPORTE, L’ENSEIGNEMENT, LA DÉLIVRANCE DES DIPLÔMES SE POURSUIVENT, COMME AUJOURD’HUI
En quelque sorte, tout ce qui change est l’organisation du baccalauréat, soumis à la réforme nationale.

Pour le reste, la rémunération des personnels mis gratuitement à disposition par la France perdure dans la secondaire public, le primaire et le secondaire privé. L’Etat, pour cela, prend en charge ces salaires pour une montant de 65 milliards environ. Il en est de même pour l’organisation des examens et la délivrance des diplômes nationaux français, avec évidemment le « césame » aussi réel que symbolique que constitue le baccalauréat.

Il est à noter que ces diplômes sont reconnus par la France, et donc par le ministère de l’Education Nationale, parce l’Etat peut également veiller à « la qualification requise pour enseigner ».  Il va en effet de soi que si les enseignements du secondaire étaient restés du niveau des anciens « moniteurs » de l’enseignement local, il n’y aurait plus de « bac » en Calédonie !

SI LE « OUI » L’EMPORTE, EN PLUS DU FINANCEMENT DE L’ENSEIGNEMENT, LES DIPLÔMES FRANÇAIS, DONT LE « BAC », DISPARAISSENT
En cas d’indépendance, il est évident que Kanaky ne pourrait pas délivrer de … diplômes français !

D’ailleurs, la France ne finançant plus l’enseignement dans cette hypothèse, la chute brutale du niveau scolaire ne permettrait même pas une sorte d’équivalence, sauf dans un éventuel Lycée français.

La seule question immédiate qui se pose est la suivante : si les électeurs optaient pour Kanaky en octobre, le baccalauréat 2020, diplôme national français de référence, pourrait-il être maintenu ?

C’est la durée de la période de transition, séparant la date du référendum du vote, par le Parlement français, de la reconnaissance de l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, qui le déterminerait.

Les indépendantistes souhaitent que cette période soit de plusieurs années en cas de victoire du « Oui ». Pour l’indépendance de Djibouti, la transition a duré … 1 mois ! En cas de victoire d’accession à Kanaky, elle serait probablement de quelques mois. De quoi, dans ce cas, assurer le déroulement du Bac 2020 dans un cadre national français, ainsi que la rémunération des enseignants. Mais il est certain, toujours dans cette hypothèse, que le « Bac » 2020 serait le dernier du genre, et que dès 2021, il lui serait substitué un diplôme de Kanaky.