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CONFLIT DES ROULEURS : QUELLE ISSUE POUR GOA ?

Curieuse Calédonie. A certains moments, l’opinion se déchaîne pour dénoncer telle ingérence du politique dans l’économie. Ou pour fustiger une trop grande politisation de tel ou tel conflit. Cette fois, les rouleurs, en conflit avec le gouvernement, ont sollicité une médiation … du Président de l’Union Calédonienne. Derrière l’arbre, la forêt.

L’UNION CALEDONIENNE EN PHASE AVEC SON PRESIDENT ?th-3
Daniel Goa avait fait acte d’autorité pour engager l’Union Calédonienne en faveur de l’élection de Philippe Germain à la Présidence du gouvernement. Pourtant, tous les élus gouvernementaux n’étaient pas présents pour le scrutin. On se souvient même de déclarations pour le moins ombrageuses du Secrétaire général du mouvement.

Puis tout était apparemment rentré dans l’ordre.

Sur le conflit des rouleurs, Daniel Goa s’est montré prudent. Pas de prise de position publique tranchée. Au congrès, lors de l’accueil des représentants de Contrakmine, et avant la sortie de l’hémicycle de Calédonie ensemble pour protester contre cette audition, Rock Wamytan et Caroline Machoro ont adopté une attitude favorable à un règlement du conflit tenant compte de l’intérêt des parties.

Mais la sortie de l’ancien Président de l’UC, Pascal Naouna, cette fois au nom de « l’UC de l’aire Paici » a montré qu’une partie du mouvement ne l’entendait pas de cette oreille. « Nous défendons la doctrine de la Province nord » a-t-il déclaré publiquement. La doctrine de la Province nord étant clairement le refus d’accorder toute autorisation, même temporaire et limitée, vers la Chine. Situation quelque peu confuse.

UN SECTEUR NICKEL AU BORD DE LA FAILLITE, AVEC LA CALEDONIE
« Alors que les hordes de barbares étaient aux portes de Rome, le Sénat délibérait ». Personne ne semble se rendre compte que la Calédonie est au bord de la faillite !

Toutes les usines perdent des milliards, Glencore vient de suspendre la réparation du second four de KNS, on évoque ouvertement d’hypothétiques reprises d’installations métallurgiques par des groupes chinois. Et le gouvernement calédonien met son veto à un marché nouveau d’exportation de minerai non traitable en Calédonie vers la Chine ! Marché qui pourra d’ailleurs être différé compte tenu de la chute des cours de matière première.

La Calédonie est-elle en plein délire ?

Elle encourt, ce que l’on pourrait appeler « le risque grec » …

SAUVER LA FACE MAIS ECHEC POUR L’UNE DES PARTIES
Si Pascal Naouna veut réussir aux yeux des rouleurs, il doit obtenir une autorisation d’exportation vers la Chine quelle que soit la forme et le contenu de cette autorisation. Mais il doit aussi sauver la face du gouvernement.

S’il veut réussir aux yeux des opposants aux exportation vers la Chine, il doit convaincre rouleurs et petits mineurs de renoncer à leur demande. Comment alors leur sauver la face ?

Or, peut-il faire renoncer aux rouleurs leur demande d’exportation vers la Chine ? Pas plus que de demander à Philippe Germain de tourner casaque. Mais en politique, tout n’est pas possible, mais rien n’est impossible.

Il peut en revanche « externaliser » la décision vers une assemblée de sages, genre GTPS, après que le gouvernement ait accepté de s’y soumettre pour l’intérêt général et le retour au calme.

Il peut également trouver une majorité UC-Républicains au gouvernement, qui devra alors s’y soumettre, sauvant ainsi le face du Président qui appliquerait naturellement à une « décision collégiale ».

Mais tout cela semble bien idéal. La sortie de crise, en l’état, sera, en réalité, un mise en échec, ou des rouleurs, ou du gouvernement.

Les Républicains : annonce d’une recomposition politique

En annonçant la création d’un Comité de Coordination, et dans la foulée, la mise sur pied d’une Fédération élargie des Républicains en Nouvelle-Calédonie, les initiateurs de ce projet souhaité par Nicolas Sarkozy enclenchent, de fait, une recomposition politique. Explication.

Si en effet, le Rassemblement présente une structure et des troupes plus conséquentes que ses partenaires, il n’en demeure pas moins que les Républicains, même en « Fédération », seront un nouveau parti politique.

L’UNION A FAIT SON OEUVRE
Alors que les divisions faisaient rage, que s’est-il passé, en 1977, sous l’égide d’une initiative prise par Jacques Lafleur ? Un regroupement de l’EDS (Entente Démocratique et Sociale) son parti, avec notamment le MLC (Mouvement Libéral Calédonien) de Jean Lèques, l’UD (Union Démocratique de Dick Ukeiwé), l’Union des Kanak pour une Calédonie Multiraciale et une large fraction de l’AICLF (Association des Indigènes Calédoniens et Loyaltiens Français) emmenés par leurs fondateurs historiques, et notamment le Grand Chef Nea Galet, Doui Matayo Wetta ou encore Auguste Parawi Reybas, pour former le RPC (Rassemblement pour la Calédonie), puis le RPCR (Rassemblement pour la Calédonie dans la République).

Quelques années plus tard, il ne subsistait que le RPCR. L’EDS, le propre parti de Jacques Lafleur avait fait œuvre d’union.

En sera-t-il de même pour les Républicains ?

images-1Le temps répondra à cette question. Mais la dynamique du regroupement calédonien sera « boostée » par la montée en puissance des Républicains « nationaux ». Cette dynamique sera probablement de nature à lier irrémédiablement le mélange qui vient d’être lancé.

UN PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ISSU DES REPUBLICAINS
En outre, lors des prochaines échéances électorales, cette union sera forcément cimentée par les épreuves des campagnes, et durablement consolidée en cas de succès. Surtout si, comme cela est fortement prévisible, le prochain Président de la République est issu des rangs des Républicains.

Une page est donc peut être en train de se tourner. Mais n’est-ce pas à ce prix que la division mortifère pourra faire place à la nécessaire union, face aux échéances capitales qui attendent la Calédonie ?

Seul refus notable, celui du MPC (Mouvement Populaire Calédonien) dont le Président, Gael Yanno, ancien député UMP, est pourtant membre des Républicains. Mais à Paris seulement.

ISSUS DU RPCR
Parmi les commentaires hostiles à la création de la nouvelle fédération, celui qui fustige « le retour de l’ancien RPCR ». Seulement voilà, tous les « loyalistes », presque sans exception, viennent de ce parti qui a été le rempart contre l’indépendance avant et au cours des événements subis par la Nouvelle-Calédonie. De quoi laisser un espoir de regroupement, sinon des ténors politiques, au moins, des électeurs, pour affronter l’échéance de 2018.

ROULEURS : RISQUE DE DÉRAPAGE

Les rouleurs représentent la première et la plus emblématique des TPE (très petite entreprise) minière. Ils ont propriétaire de leur outil de travail, ont acquis une forme de liberté d’entreprendre, et sont l’image, à la mine, de ce que le stockman est à l’élevage : Un genre de mythe.

Venus de tous les horizons, issus de toutes les ethnies, ils représentent encore une forme d’aventure dans un décor de western moderne. Entre le salaire de la peur et les routiers sont sympas.

Chez les rouleurs kanak, « rouler sur mine » constitue une des plus anciennes expériences de libre entreprise.

Chez les rouleurs, pas de certificat de maladie pour convenance personnelle. Comme tous les artisans et les tout petits entrepreneurs, le travail quotidien apporte le chiffre d’affaires et le salaire. Rouler est juste une question de vie, et dans les moments difficiles, de survie.

NOURRIR LA FAMILLE ET PAYER LES TRAITES
imagesAujourd’hui, leur revendication n’a rien de politique, même si la politique est la source de leur inquiétude. Pour eux, exporter du minerai et donc le transporter, c’est du travail. Les grandes stratégies, les pions qu’on avance pour imposer sa loi, les retours sur investissement qui se chiffrent par milliards, ce n’est pas leur préoccupation quotidienne. Parce bien avant, il faut nourrir la famille, assurer l’entretien et le fonctionnement du camion, et payer « les traites ».

Il existe donc un fort risque d’incompréhension entre les décideurs et eux. Cette incompréhension ne pourra être levée que si la réponse leur apporte du minerai à rouler. Or, une seule solution, pour l’heure, est sur la table : une diversification des marchés où des clients sont demandeurs : la Chine et encore, le Japon.

PARLER LE MÊME LANGAGE
Le parler français de Calédonie est un français régional, comme l’explique depuis longtemps Christine Pauleau, linguiste à la Faculté de Nanterre, et calédonienne. Il est fait du français « standard » et de mots d’ici : «  le creek », « le stockman », « la station », « le gadin », et aussi « rouler sur mine ». Ainsi, dans les mines de charbon du nord et de l’est de la France, on ne roulait pas sur mine !

Si des décideurs et les rouleurs se parlent, mais ne se comprennent plus, le dialogue sera difficile à instaurer.

Et comme les rouleurs sont tels que décrits, et que leur détermination, accompagnée de poids lourds, peut être celle du désespoir, le conflit actuel peut progressivement et rapidement déraper.

Nouvelle donne politique chez les loyalistes : 3 niveaux de changements

La recomposition politique intervenue lors de l’élection du Président jeudi dernier, l’accord de vote exprimé entre le nouveau groupe des Républicains, l’isolement de l’UCF traduisent une nouvelle donne politique. Un nouveau Pacte, un nouveau CGS, un rapprochement éphémère ? Décryptage.

Un nouveau regroupement : les Républicains
Première strate de cette nouvelle donne : la formation au congrès –pour l’instant-, de l’émanation du nouveau parti créé sous search-4l’impulsion de Nicolas Sarkozy. Car c’est bien ainsi que les choses se présentent : ce groupe est une réunion, et non pas une « fusion-absorption » comme le prétendent ses adversaires. A preuve, les appartenances à leurs partis politiques respectifs de Sonia Backes et d’Isabelle Lafleur demeurent.

Mais qui peut douter qu’au delà du ou des simples groupes, une nouvelle dynamique d’union est en train de se créer ? Elle se place, non pas, sous le joug du Rassemblement, mais sous les auspices de Sarkozy et des Républicains. Peut être, un jour, si les vents deviennent trop mauvais pour l’ancien chef de l’Etat, de Juppé et … des Républicains.

La réalité, même pour le Rassemblement, est qu’une page est probablement en train de se tourner. Elle est générationnelle, certes, mais politique, surtout.

D’ailleurs, ceux qui crient à la trahison de Backes ou de Lafleur sont en grande partie ceux là même qui ont été pendant des années dans une seul maison : le RPCR …

L’isolement de l’UCF
Bien sûr, les leaders de l’UCF affirment haut et fort qu’ils ne sont pas isolés : seulement fidèles à leurs convictions et fidèles à leurs électeurs. C’est la loi du genre en pareille circonstance.

Mais c’est surtout un sentiment « anti-Frogier » qui les animent. Cela transpire dans les apparitions publiques ou sur les réseaux sociaux.

En particulier, la pierre d’achoppement est le fameux emblème de l’identité kanak, monté avec l’accord de Nicolas Sarkozy et la bénédiction de François Fillon alors Premier ministre. Pourtant … A la mairie de Nouméa, Jean Lèques était plus que tiède. C’est donc son premier adjoint, Gael Yanno, qui s’est chargé de hisser le drapeau kanak, puis de se rendre à Ouvéa pour la montée des deux drapeaux –et celle du drapeau de la République pour la première fois depuis 25 ans !- en compagnie du maire d’alors Maurice Tillewa.

Ainsi, aujourd’hui, les ex-UMP de l’UCF sont à double titre plutôt en rupture de ban avec Sarkozy. Et surtout, pas d’accord pour la constitution du groupe des Républicains, renonçant à une candidature à la Présidence du congrès, subissant une défection de dernière minute de l’étonnante Nicole Robineau, c’est pour eux davantage de l’isolement que du regroupement.

Pourtant, aucun partie ne peut se targuer d’avoir à lui seul une majorité dans les assemblées dominées par les loyalistes. Aussi, les élus de l’UCF peuvent jouer la charnière. Peut être plus à la Province sud, où Gil Brial fait partie d’un exécutif au trois quarts Calédonie Ensemble, et où Philippe Michel ne possède pas de majorité absolue. En tout cas, l’UCF est affaiblie. Mais elle n’a pas disparu.

Calédonie Ensemble-Républicains : un rapprochement … des points de vue
frogier_2Outre « les suitesimgres du Comité des Signataires », Calédonie Ensemble n’avait rien à gagner à tenter de prendre la Présidence du congrès, après celles de la Province sud, du gouvernement, et probablement du Conseil Economique et Social. L’hégémonie a tout de même des limites !

Magnanime, le parti de Philippe Gomes a voté pour les candidats des Républicains. Mais surtout, le Président de la première formation politique de Calédonie a exprimé à plusieurs reprises une convergence nouvelle entre son « referendum éclairé » et « le troisième Accord » de Pierre Frogier.

Suffisamment, en tout cas, pour que d’aucuns y voient « un genre de nouveau Pacte Républicain ». Et de craindre, chez les moins nombreux, de passer sous la férule du député de la deuxième circonscription.

La réalité semble plus subtile. Incontestablement, c’est un rapprochement des points de vue pour tenter de préparer de manière plus consensuelle, avec les indépendantistes et l’Etat, la sortie de l’Accord de Nouméa.

UnknownPour le reste, point de rapprochement ni de convergence pour l’instant. Simplement cet appel de Thierry Santa, tout juste élu, à Philippe Germain pour que « l’esprit de dernier Comité des Signataires » souffle jusqu’au quatrième étage de l’immeuble du gouvernement.

Mais pour que ce satané ou providentiel esprit ne s’essouffle pas, il faudra parler conception de l’économie, stratégie nickel, rôle des entreprises, fiscalité, TVA, mesures de lutte contre la vie chère, équilibre des régimes sociaux, production locale. Sujets si chers aux calédoniens parce qu’il sont leur vie quotidienne, mais si divergents entre Calédonie Ensemble et les Républicains.

Et là, si après tout, en politique rien n’est impossible et qu’il faut au contraire rendre possible ce qui est nécessaire, « l’esprit » devra sacrément souffler…

THIERRY SANTA ÉLU PRÉSIDENT DU CONGRÈS

L’élection de Thierry Santa, candidat du nouveau groupe « les Républicains » présidé par Sonia Backès était attendue. Mais la séance du congrès a produit ses premières surprises.

imagesCe matin, en effet, et contrairement à ce qu’il avait annoncé, Gael Yanno ne s’est pas porté candidat au « perchoir ». Probablement en raison de la défection de dernière minute de Nicole Robineau, ce qui lui laissait entrevoir un score de 3 voix.

Toutefois, l’UCF s’est abstenue au premier tour. Une façon de rappeler qu’avec 3 élus, Gael Yanno détient une des clés de la majorité des loyalistes au congrès.

Au cours du deuxième tour, le candidat des Républicains a cette fois recueilli la majorité absolue avec 29 voix.

Autre événement annoncé, les indépendantistes ont présenté une candidature unique, celle de Rock Wamytan. Une première depuis des années.

Troisième événement : dès l’ouverture de la séance, Thierry Santa a appelé à ses côtés le Président du gouvernement. Au cours de son discours il a appelé Philippe Germain a insuffler au gouvernement l’esprit de concorde qui a soufflé du le congrès.

La suite dans les prochains jours. Peut être.

Sarkozy : non-lieu probable et mains plus libres pour 2017

search-8 Nicolas Sarkozy devrait pouvoir préparer sereinement les primaires de 2017 et même envisager sa candidature aux prochaines présidentielles. Un des principaux risques susceptible de plomber ses ambitions de retour pourrait prochainement tomber.

En effet, le 8 juillet dernier, le parquet a requis un non-lieu général sur le dossier des pénalités liées à la précédente campagne présidentielle, pénalités payées par l’UMP. Dans cette affaire, l’ancien chef de l’État est placé sous le statut intermédiaire de témoin assisté dans cette affaire. Ce sont Jean-François Copé et l’ex-trésorière du parti Catherine Vautrin qui sont mis en examen pour abus de confiance.

Il revient à présent aux deux juges d’instruction de trancher. Renaud Van Ruymbeke avait décidé, en avril, de ne pas mettre Nicolas Sarkozy en examen. Une ordonnance de non-lieu semble donc probable.

Le groupe des « Républicains » – Union et République ?

 

 

Pendant que sur les ondes, la guéguerre fait rage entre l’UCF et les Républicains, une réalité demeure : la constitution d’un groupe au congrès n’a contraint aucun des élus y participant à quitter son mouvement politique.

C’est en effet, ou une ambiguité, ou une première étape. Mais dans l’ex-UMP, personne n’a voulu transgresser les instructions de Nicolas Sarkozy : la coordination, le regroupement, mais pas de mouvement politique pour l’instant.

Isabelle Lafleur demeure la dirigeante de son parti, le RPC. Quant à Sonia Backes, elle a démissionné du gouvernement, mais pas du MPC.

Yanno RosadaFace à Alexandre Rosada, le Président de l’UCF, Gael Yanno, a déclaré refuser « de se soumettre à Pierre Frogier ». Mais il semble bien que ni Isabelle Lafleur, ni Sonia Backes n’aient prêté allégeance au Président du Rassemblement qui d’ailleurs, ne siège pas au congrès et ne leur a pas demandé.

Les loyalistes sont, paraît-il, en quête d’union. Depuis 2004, les routes des uns ont divergé de celles des autres. Mais ils ont un point commun : tous ont fait leurs classes –et ont accédé au statut d’élu- au RPCR. « R » comme République.

Or par définition, les républicains sont attachés à la République, par opposition aux indépendantistes qui veulent s’en séparer. Inévitablement, la constitution du groupe « les Républicains » suggère une interrogation : Nicolas Sarkozy arrivera-t-il à rétablir l’union des … républicains en Calédonie ?

DONNE POLITIQUE NOUVELLE EN CALÉDONIE-CRÉATION DES « RÉPUBLICAINS »

Un Comité des Signataires aux résultats inespérés, une rencontre importante de loyalistes avec Nicolas Sarkozy, un « esprit des Accords » décrit comme « retrouvé », autant d’évolutions qui vont se traduire dans la vie politique locale aux tous prochains jours. Jeudi soir, en tout cas, dix conseillers du congrès ont déposé une déclaration de groupe intitulé « Les Républicains ». Tout laisse à penser qu’une page se tourne, et qu’une autre, nouvelle, est en train de s’écrire. Explications.

FINALEMENT, UN COMITE DES SIGNATAIRES
Le gouvernement français, inspiré par de vieilles lunes, n’avait pas saisi la réalité du contexte calédonien d’aujourd’hui en ce début d’année. Intransigeant sur la composition des listes électorales, il demeurait sourd aux demandes répétées du Sénateur Pierre Frogier de réunir un Comité extraordinaire pour remettre la Calédonie sur les rails des Accords, et rien n’y faisait.

Noumea

Il a fallu que dix mille calédoniens descendent dans la rue le 24 avril dernier lors de la visite du Président de l’Assemblée Nationale, pour que, alerté par ce dernier, Manuel Valls prenne le véritable pouls du territoire. Claude Bartolone ne s’y est pas trompé : la Calédonie est une poudrière qui sommeille. Malheur à celui qui met le feu aux poudres !

En 24 heures, tout a basculé. Un Comité des Signataires extraordinaire programmé. Et le Premier ministre piqué au vif au cours de la réunion par Pierre Frogier qui lui demande tout de go d’être enfin à la hauteur de ses prédécesseurs prestigieux, Michel Rocard et Lionel Jospin. Pour le coup, Manuel Valls « secoue le cocotier », replace l’Etat dans le jeu, et met chacun en face de ses responsabilités. Résultat : un Comité salué comme une avancée remarquable dans un esprit des Accords retrouvé.

« SURMONTEZ VOS DIVISIONS »
Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, le Sénateur, Gael Yanno et Isabelle Lafleur rencontrent Nicolas Sarkozy dans la foulée de la création des Républicains. Le Président de la toute nouvelle formation politique nationale n’y va pas par quatre chemins. « Pour réussir le destin de la Calédonie, il est temps pour vous de surmonter vos divisions » recommande-t-il à ses interlocuteurs. Fermement. Et à l’appui de ses dires, il évoque son propre parcours, pour ressouder la famille UMP d’abord, puis pour réussir la naissance des Républicains.

Pierre Frogier connaît le tempérament de Nicolas Sarkozy. Il sait qu’une « ferme recommandation » est davantage qu’une instruction : un devoir …

Gael Yanno réagit différemment. Au sortir de la réunion, il indique son intention de fonder le parti des Républicains Calédoniens ! Ce qui lui vaut la remarque immédiate de son compère Philippe Blaise qu’il existe déjà le Mouvement des Républicains Calédoniens …

Mais tout cela se passe à Paris. C’est à Nouméa que l’action politique va se déplacer.

CRÉATION DES « RÉPUBLICAINS »
Pierre Frogier
sent qu’il se trouve dans une séquence positive. Il est conscient aussi du fait que la création des Républicains peut répondre à une interrogation complexe :  comment à la fois redonner un nouveau départ aux discussions qui l’obsèdent sur la sortie de l’Accord de Nouméa, aller dans le sens voulu par le Président des Républicains, et répondre à l’inquiétude des calédoniens qui grandit ?

Une nouvelle fois, il « jette la rancune à la rivière », et décide de tenter de surmonter les divisions. C’est un récidiviste de l’union. Déjà en 2009, au nom de l’intérêt de la Nouvelle-Calédonie, il avait mené la réconciliation avec un Philippe Gomès pourtant honni par le Rassemblement.

Lors de son comité directeur du 17 juin, le Rassemblement acte  « le principe de la constitution du groupe « Les Républicains » au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, groupe qui pourra être élargi à tous les élus qui partagent ses valeurs et qui souhaiteraient s’y associer. »

searchGael Yanno, est dans une autre démarche. Il fait connaître ses réticences à cette proposition, puis s’exprimant sur plusieurs radios, annonce qu’il ne participera pas à la création du groupe de Républicains. Le 8 juillet, il indique qu’il sera candidat au perchoir du congrès.

Isabelle Lafleur, elle, est sensible à la volonté d’union de Sarkozy. Elle n’a jamais caché que son implication dans la vie politique n’avait qu’un seul but : participer à la réunion des loyalistes en poursuivant le dialogue avec les indépendantistes, comme le fit Jacques Lafleur. Elle décide d’être parmi les fondateurs du groupe nouveau.

Sonia Backès qui a déjà beaucoup appris en politique, sent bien que renoncer à cette opportunité d’union, prônée par l’homme fort de l’opposition nationale et peut être demain, Président de la République, serait probablement une erreur. Elle est de surcroît déçue par Gael Yanno dont elle a pourtant grandement suscité l’ascension, et leur inimitié croissante est devenue un secret de polichinelle dans le landernau politique local…

Elle décide donc de démissionner du gouvernement où l’atmosphère est délétère et le travail quasiment impossible, pour participer à la création des Républicains au congrès. Et obtient la présidence du groupe.

imagesTous s’accordent à « surmonter leurs divisions » comme le souhaitait Sarkozy dont l’ombre va désormais flotter au congrès. Un ombre particulière pour les indépendantistes : depuis « les événements », Nicolas Sarkozy avait été le premier Président de la République à être accueilli  par eux à la Place Bir Hakeim, après qu’il eut accepté de faire flotter le drapeau de l’identité kanak aux côtés de celui de la France.

UNE NOUVELLE PAGE POLITIQUE OUVERTE
Certes, un groupe d’élus n’est pas un mouvement politique. Mais la constitution des Républicains, jeudi soir, au sein de la première assemblée du territoire, est un événement parce qu’il rebat, de manière importante, les cartes politiques locales.

Il connaîtra logiquement des prolongements, et rapidement, à l’Assemblée de la Province sud.

search-1Effet collatéral : il fait exploser l’UCF. Arithmétiquement, Gael Yanno devrait perdre son siège de Président du congrès et son groupe politique n’existera plus. Il faut en effet 6 sièges pour en constituer un. Il perd également tous les moyens matériels et humains liés à la fonction et au groupe. Enfin, l’UCF ne pourra pas prétendre à présenter une liste dans un quinzaine de mois pour la nouvelle désignation du gouvernement.

Inversement, les Républicains ont de bonnes chances d’avoir un ou une des leurs présider le congrès. Philippe Gomès, déjà accusé d’hégémonie institutionnelle, ne souhaite pas briguer pour son parti cette présidence mais soutiendra un candidat d’union non-indépendantiste.

Dès lors, si les jeux ne sont pas encore faits, on sait qui a les atouts dans sa main.

LISTE UNIQUE INDEPENDANTISTE
Autre interrogation dans la perspective du renouvellement du bureau du congrès le 16 juillet prochain : une candidature puis une liste unique des indépendantistes. Cette hypothèse est aujourd’hui très crédible.

Mais paradoxalement, elle contribuera à renforcer et à accélérer un processus de réunion des loyalistes. En ce sens, la formation du groupe des « Républicains » est une avancée. Mais si les « loyalistes » veulent maintenir au congrès une majorité qui existe démocratiquement dans le territoire, il leur faudra aller au delà.

En effet, dans l’hypothèse d’une liste unique, les indépendantistes pourraient rafler la mise face à une division de leurs adversaires …

UNE BONNE NOUVELLE POUR LES CALÉDONIENS
En attendant, le nouveau processus d’union amorcé par Les Républicains est un événement politique. Plusieurs échéances se profilent : la présidence du congrès, bien sûr, mais au delà, l’élection du prochain Président de la République, puis les élections législatives.

Ce début de retour à l’union est en tout cas une bonne nouvelle pour les calédoniens, lassés des guerres fratricides, inquiets de la dégradation de l’économie, anxieux devant le terme de l’Accord de Nouméa qui se rapproche.

Après plus de 10 ans de déchirements ininterrompus entre loyalistes, ils attendaient que la page se tourne. C’est peut être maintenant.

Gael Yanno candidat à la Présidence du Congrès Quelles chances a-t-il ?

Entouré de deux élus du Mouvement Populaire Calédonien, Gael Yanno a annoncé hier après midi son intention de se porter candidat à sa propre succession pour la présidence du Congrès de la Nouvelle-Calédonie.

search« Je ne veux pas rentrer dans des jeux politiciens, dans des tractations secrètes. Cela ne m’intéresse pas. Il est important pour moi de faire fonctionner le congrès de la Nouvelle-Calédonie au mieux, il est important également de rallier ni les uns ni les autres mais de faire en sorte qu’au sein de la famille des non-indépendantistes, nous puissions travailler dans les dernières années de l’Accord de Nouméa au mieux » a-t-il déclaré. Poursuivant qu’il souhaitait continuer ce travail pour l’année à venir.

Les autres composantes de l’UCF, groupe rassemblant le MPC de Gael Yanno, le MRC de Philippe Blaise et le RPC d’Isabelle Lafleur n’étaient pas toutes présentes. Est-ce un signe de malaise ?

Autre élément évoqué, la constitution annoncée d’un groupe « les Républicains » au Congrès. On se souvient en effet que plusieurs personnalités, parmi lesquelles Gael Yanno, Isabelle Lafleur et Pierre Frogier, ont rencontré longuement Nicolas Sarkozy lors de leur séjour parisien consacré au Comité des Signataires.

Il apparaît que le Président des Républicains a « fermement » invité ses interlocuteurs à surmonter leurs divisions, seule possibilité de faire progresser la Nouvelle-Calédonie et de préparer au mieux la sortie de l’Accord de Nouméa. Il a ainsi pris exemple ses propres efforts pour réunir l’ex famille UMP au travers des Républicains.

La formation du groupe des Républicains du congrès amorcerait cet « effort à surmonter les divisions », conforme à la « recommandation » de Nicolas Sarkozy …

Gael Yanno, pour sa part, reste sourd à cet appel. Il a même déclaré qu’il refuserait de s’inscrire au groupe « les Républicains » si ce dernier était créé. Mais si tel n’est pas le cas d’un ou de plusieurs élus UCF au congrès, le groupe UCF disparaîtra de la première assemblée.

Ainsi, dans cette hypothèse, les chances d’une candidature solitaire de Gael Yanno au « perchoir » le 16 juillet seraient pour le moins ténues …

Sonia Lagarde restera députée

Première conséquence de la scission de Calédonie Ensemble à la mairie de Nouméa, sur les ondes de RRB vendredi midi, la députée-maire, Sonia Lagarde, a annoncé qu’elle ne démissionnera pas et conservera son siège à l’Assemblée Nationale.

searchRappelant qu’elle s’était engagée « les yeux dans les yeux » auprès des Nouméens à démissionner avant la fin 2014, elle a indiqué que plusieurs événements locaux l’avaient dissuadée de le faire.

D’abord, la chute du gouvernement Ligeard, et les conditions de formation du gouvernement Germain. « Les Calédoniens sont inquiets. Ce n’était pas un moment propice ».

Ensuite, à l’issue d’un déplacement à Paris au cours duquel elle interroge le Premier ministre sur le corps électoral, « je me retrouve revenant ici avec le dépôt d’un groupe »(le groupe Calédonie Ensemble à la Mairie – ndlr).

« C’est comme un chewing gomme collé à ma chaussure, cette affaire de députation. Je l’ai dit à un moment, le soir d’un débat et je traîne ça avec des remords » indique Sonia Lagarde au micro d’Elisabeth Nouar, ajoutant « je voudrais dire aux Nouméens qui m’écoutent : franchement, je m’excuse de l’avoir dit ».

Soulignant qu’elle ne cumule en aucune manière ses indemnités de maire et de députée, elle souligne sa liberté de parole et celle de ne pas « être mis au pas », et donc de résister aux pressions qui semblent s’exercer.

Elle met aussi en exergue l’avantage pour la ville de Nouméa d’avoir un maire disposant d’une écoute dans les ministères à Paris.

Elle annonce ainsi, après également que certains de ses collègues députés lui aient déconseillés de démissionner, notamment parce qu’elle est la seule maire UDI d’une ville de 100.000 habitants : « Je ne céderai à rien, je vais résister, et je vais assumer mon mandat de députée jusqu’au bout. »