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LES VOEUX DES INDÉPENDANTISTES : « NON » … à Trafigura et à Prony Resources. En attendant le budget ?

Les indépendantistes n’ont pas annoncé de nouveauté. L’année 2021 sera celle du refus de la reprise de l’usine du Sud par une entité crédible et solvable, celle de la poursuite d’une mise en danger inconséquente de la SLN, et au final, le souhait d’une consultation référendaire « dans un climat serein ».

Dans les déclarations d’intention, aucune perspective de construction. Des oppositions, et des contradictions. Comment imaginer, en effet, après les violences cautionnées, les opérations de destruction d’outils de travail, de déconstruction d’une économie calédonienne fragile, d’une quasi-racialisation des conflits, que la prochaine consultation d’autodétermination puisse se dérouler dans un « climat serein » ?

Mais bien avant, les élus devront résoudre la situation budgétaire des collectivités. Personne n’a mis en exergue les propositions indépendantistes pour assurer le fonctionnement des services publics en 2021.

Certes, le gouvernement est présidé par un loyaliste, Thierry Santa. Mais l’alliance réalisée en 2020 entre l’Éveil Océanien et le FLNKS reflète une nouvelle majorité. Sans compter Calédonie Ensemble …

De surcroît, et finalement, les groupes séparatistes possèdent désormais la majorité au Congrès. Or, c’est cette assemblée, et non le gouvernement, qui est souveraine en matière de budget général pour la Nouvelle-Calédonie, les ressources des provinces et celles des communes.

Même le règlement par 12e provisoire imposé en début d’année pour cause d’absence de vote du budget, ne pourra perdurer. C’est qu’en effet, le budget 2020 n’a pu s’exécuter que grâce à la prise en compte d’un prêt de 28,5 milliards de la France, prêt presqu’entièrement consommé et non reconduit en 2021.

C’est dire si le régime des 12e provisoires va se trouver rapidement à court de trésorerie, et même de sincérité puisque reposant sur des bases financières … amputées désormais d’une trentaine de milliards.

Cette majorité, qui prétend gérer un Etat indépendant, se montrera-t-elle capable de gérer au moins une collectivité soutenue par la République ?

L’ÉNORME GÂCHIS

Les événements de 1984 avaient moins d’ampleur, mais ils reposaient sur le même fondement : forcer la main des Calédoniens et de l’Etat pour imposer le point de vue indépendantiste. Pourtant, depuis, deux Accords avaient rétabli la paix, et une perspective. Mais l’Accord de Nouméa, en faisant croire à un « destin commun », a montré l’ineptie de cette illusion qui est apparue clairement au fil des deux précédents référendum. Aujourd’hui, les indépendantises n’acceptent plus la démocratie et ne retiennent de l’Accord de Nouméa que ce qui les satisfait. Tentation d’un retour à 1984 ?

LA VIOLENCE PLUTÔT QUE LA DÉMOCRATIE
La Nouvelle Calédonie vit en démocratie. Ses règles sont édictées à la fois par la Constitution française et par son statut issu des accords de Matignon et de Nouméa. Ce statut, créé en 1988, modifié en 1998, a été accepté au suffrage universel.

Il en résulte concrètement des assemblées élues chargées des décisions pour les collectivités les concernant. Ces décisions peuvent être contestées devant des juridictions, la Justice constituant un pouvoir indépendant.

Les indépendantistes, regroupés soit dans des structures comme l’Ican ou un collectif baptisé usine du sud/usine pays, ont décidé de contester la procédure et le résultat d’une transaction internationale à caractère privé. Ils veulent également imposer un candidat, la Sofinor, pour le bénéfice de cette transaction. Ils contestent, enfin, la compétence d’une assemblée régulièrement élue, l’assemblée de la province Sud, actionnaire de l’entité faisant l’objet de la transaction, et juridiquement en charge de décisions majeures pour la conclusion de la dite transaction.

Plutôt que de s’adresser à des tribunaux ou à des assemblées, les indépendantistes ont choisi l’action violente, succession de délits et d’entraves à des libertés fondamentales. Ce faisant, ils se placent délibérément hors la démocratie.

Revendiquant la constitution d’un Etat, Kanaky-Nouvelle Calédonie, ils en donnent ainsi l’image.

EN DEHORS DE L’ACCORD DE NOUMÉA
L’Accord de Nouméa était initialement « la solution consensuelle ». Un consensus sur une voie menant à un choix institutionnel, mais surtout, une procédure sans violence tirant leçon des Accord Matignon qui avaient rétabli la paix en Nouvelle-Calédonie après 4 années de guerre civile, puis de troubles soldés par le drame d’Ouvéa.

Cet esprit a été traduit dans un statut, modifié, imparfait, fragile sur le corps électoral, mais accepté par tous.

Des institutions centrales, nouvelles, dotées de compétences considérables, ont été mises en place : les provinces. Jamais leurs compétences n’avaient été contestées.

Les indépendantistes, en choisissant le retour à la violence, ont remis en cause deux principes fondamentaux, notamment, de l’Accord de Nouméa :

– l’esprit de concorde, qui avait pour ambition de ne pas revenir à la violence, marqueur d’une période dénommée « les événements »,

– le respect des institutions centrales que sont les provinces. En agressant la province Sud pour lui imposer, dans une transaction relevant de son territoire, une société financière d’une autre province, ils foulent au pied la compétence d’une assemblée régulièrement élue.

DES RUPTURES AUX CONSÉQUENCES CONSIDÉRABLES
En agissant ainsi, les indépendantistes ont provoqué plusieurs ruptures.

Une rupture sociologique, découlant en particulier de la racialisation des violences, et dont les effets sont totalement mortifères pour le « vivre ensemble ». Destin commun et Vivre ensemble sont aujourd’hui des slogans à la limite du ridicule, et revêtent, au mieux, un caractère d’obligation.

Une rupture de concorde pour le futur institutionnel. Comment imaginer que les événements actuels, qui perdurent, feront accepter, par l’une ou l’autre des parties, le résultat d’un troisième référendum ? Celui-ci, d’ailleurs, paraît hors contexte, et ne correspond plus à l’esprit de l’Accord de Nouméa.

L’opposé de « destin commun » et de « vivre ensemble » n’est-il pas « destins séparés » et « vivre chacun de son côté » ?

SARKOZY CANDIDAT À LA PRÉSIDENCE EN 2022 ?

Avec les rétractations de son principal accusateur dans l’affaire du financement lybien par laquelle Nicolas Sarkozy a été mis en examen  pour « recel de détournement de fonds publics », « corruption passive » et « financement illégal de campagne électorale » depuis mars 2018, et depuis mi-octobre pour « association de malfaiteurs », les commentaires vont bon train.

L’ancien président a demandé sa « démise en examen ». Certains jugent la recevabilité de cette requête improbable, tandis que d’autres dénoncent un acharnement judiciaire.

Nicolas Sarkozy n’est probablement pas tiré d’affaire, mais de plus en plus de Français sont persuadés qu’il est une victime, à la fois d’accusations infondées, et d’une certaine machine judiciaire.

De nombreuses personnalités d’une droite en manque de leader charismatique persistent à voir, dans l’ancien président de la République, la planche de salut pour les élections présidentielles de 2022.

Plusieurs médias ont déjà évoqué cette hypothèse dans laquelle Edouard Philippe, le plus populaire actuellement, est devenu un élément qui compte. Slate écrivait, le 26 septembre dernier :  » Si donc rien n’est joué il est néanmoins évident que l’hypothèse d’une candidature de Nicolas Sarkozy doit être prise très au sérieux« . Guillaume Larrivé, sur RTL, le 9 septembre, avait déjà évoqué cette hypothèse. Des magazines comme Capital ou même Voici sont allés dans le même sens.

Quant à l’intéressé, y pense-t-il chaque matin en se rasant ? Il s’en défend. Mais sa popularité croissante, son dernier succès littéraire -de loin la meilleure vente réalisée par un homme politique- vont porter son entourage politique à le persuader d’un come-back. Pourtant, on est encore loin …

LES LOYALISTES CONDAMNENT LES BLOCAGES A/S VALE

Dans un communiqué, Les Loyalistes condamnent « avec fermeté » les blocages générés pour tenter d’imposer Sofinor en qualité de repreneur.

 » Comment réagiraient les responsables indépendantistes si les loyalistes participaient à des actions visant à bloquer l’accès à l’Usine du Nord et exigeaient que Promosud prennent 51% de l’Usine du Nord?

 » Comment réagiraient ils si le patron de l’Usine du Nord était menacé de mort par les militants loyalistes?  » écrivent Les Loyalistes. Antonin Beurrier aurait en effet reçu des menaces de mort et une enquête serait ouverte sur ce délit.

Enfin, au moment où, sous l’égide du ministre des Outre mer, une discussion paraît possible, Les Loyalistes s’interrogent sur les motivations du FLNKS, et indiquent que « dans ce contexte, il n’y a pas de place pour une préalable minier« .

LE COMMUNIQUÉ DES LOYALISTES

COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Les Loyalistes condamnent avec fermeté les blocages de la route du Mont Dore et de l’Usine qui ont eu lieu hier.

Le rachat de l’Usine du Sud est un sujet majeur qui peut avoir des conséquences sur le sort de 3000 familles et sur l’ensemble des équilibres sociaux et financiers de la Nouvelle-Calédonie.

Les loyalistes se satisfont qu’une offre crédible ait pu voir le jour, que cette offre permette aux intérêts calédoniens d’être représentés à hauteur de 50% tout en garantissant la pérennité de l’outil grâce à la présence d’un gros groupe financier. Il se satisfont également que les garanties environnementales soient largement rehaussées et que le Pacte du Grand Sud, passé avec les populations du Sud soit maintenu.

Ils s’interrogent sur le soutien apporté par le Flnks à ces actions illégales alors même que les fils du dialogue ont été renoués il y a quelques jours.

Comment réagiraient les responsables indépendantistes si les loyalistes participaient à des actions visant à bloquer l’accès à l’Usine du Nord et exigeaient que Promosud prennent 51% de l’Usine du Nord?

Comment réagiraient ils si le patron de l’Usine du Nord était menacé de mort par les militants loyalistes?

C’est pourtant exactement ce qui se passe en sens inverse:

– le site est bloqué avec une revendication unique: que Sofinor prenne 51% dans l’Usine du Sud

– Antonin Beurrier a fait l’objet de menaces de mort.

Nous appelons donc chacun au calme, à la responsabilité, à l’examen attentif de l’offre sélectionnée, et à un travail en commun pour sauver les emplois.

Le Ministre des Outre-Mer a d’ores et déjà fixé une réunion dans la continuité de celle qui a eu lieu sur l’îlot Lepredour le 26 novembre prochain pour aborder le sujet du Nickel. Dans ce contexte, il n’y pas de place pour un nouveau préalable minier.

THIERRY SANTA ÉLU PRÉSIDENT DU RASSEMBLEMENT

C’était, ce samedi 31 octobre, la passation de pouvoir pour le Rassemblement-Les Républicains. Pierre Frogier avait cédé officieusement les rênes du parti à Thierry Santa en décembre 2018. Samedi, par 967 voix sur 992 votants, le président du gouvernement a officiellement été investi à la tête de son mouvement politique.

Il prend ainsi la suite de Pierre Frogier à qui il a rendu hommage.

Concernant la période de dialogue ouverte par le ministre des Outre mer, le nouveau président du Rassemblement a posé le cadre : … « de nouveau, le Rassemblement prendra ses responsabilités et fera tout pour maintenir la paix. Mais pas à n’importe quel prix ! « …  » C’est dans cet objectif que j’ai participé à la retraite sur l’ilot Leprédour organisée par le ministre des Outre mer pour retisser les fils du dialogue sont parfois décousus. C’est dans cet objectif que je prendrai part aux nouvelles discussions qui vont pouvoir commencer avec une France forte et engagée « …

Quelles limites pour le Rassemblement : « Ni indépendance, ni indépendance association, ni statu quo, ni partition, ni régionalisation« . Alors la différenciation provinciale prôné par Pierre Frogier ? Oui, mais en rappelant que … »à aucun moment, il ne sera question d’élever des murs entre les coutumes, les cultures, les uns et les autres. La différenciation provinciale que je souhaite défendre, ce n’est pas couper la Calédonie en trois. La différenciation, ce n’est rien de plus, rien de moins, que tenir compte de nos différences géographique, de nos modes de vie« …

Pour ce qui concerne l’organigramme interne du parti, Thierry Santa a annoncé qu’il proposera « une nouvelle organisation au comité directeur dès le 18 novembre prochain« .

Enfin, évoquant l’unité des loyalistes au travers d’une confédération, il a précisé que, dans cette éventualité, le Rassemblement gardera « son identité et ses valeurs« .

RÉFÉRENDUM : LE RAPPORT QUI CHANGE LA DONNE

Le Centre de Recherches Politiques de Sciences Po (Cevipof) a publié un rapport analysant la progression du « oui » lors du dernier référendum. Cette étude est riche d’enseignement sur l’évolution des expressions du corps électoral admis à voter aux consultations sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, et notamment sur le basculement, ou non, d’électeurs non-indépendantistes vers le « oui ». Elle constitue également une donnée importante des enjeux électoraux et sociétaux dans la perspective éventuelle d’un troisième  référendum.

RAPPEL DES ANALYSES DU CEVIPOF
1) Le « non » est resté stable au regard des inscrits. Le « oui » a progressé au regard des inscrits.

2) Le « oui » augmente lorsque l’abstention recule.

3) L’augmentation du nombre des inscrits n’entraîne pas une augmentation corrélative du « oui ». L’évolution du rapport de forces au référendum ne semble pas trouver sa cause dans la modification des caractéristiques entre les deux référendums.

4) Plus l’électorat kanak est nombreux dans une commune, plus l’abstention a reculé.

5) Plus la proportion d’électeurs de statut coutumier sur la liste électorale spéciale est élevée, plus la progression du oui entre 2018 et 2020 est forte.

6) La participation du Parti Travailliste au scrutin de 2020 est corrélée avec l’augmentation du « oui », particulièrement aux Iles Loyauté, mais pas que.

7) Les analyses montrent un affaiblissement du « non » au sein de l’électorat kanak, à l’exception d’Ouvéa et de Maré où Dynamique Autochtone avait appelé à voter « non ».

En conclusion, selon l’étude Cevipof,

– La progression du « oui » ne résulte pas d’un basculement des non-indépendantistes vers les indépendantistes, mais à la fois, d’une plus grande mobilisation des électeurs kanak, de la participation du Parti Travailliste, et du recul du « non » au sein de cet électorat.

– Le vote en faveur du « non » se renforce au sein de l’électorat non-mélanésien.

Le second référendum a renforcé la bi-polarisation de l’électorat référendaire sur des bases communautaires.

« À ce stade, les conditions ne sont donc pas réunies pour que la solution référendaire imaginée dans le cadre des accords de Matignon et de Nouméa permette de résoudre le conflit néo-calédonien sur la souveraineté. »

 » Rien ne serait pire, écrit Cevipof,  pour un avenir durablement pacifique en Nouvelle-Calédonie qu’une victoire étriquée, pour un camp ou pour l’autre, sur des bases communautaires, lors d’un troisième référendum dans deux ans, susceptible de ne pas être acceptée par les soutiens du camp perdant. Ainsi, les indépendantistes comme les non-indépendantistes se trouvent confrontés désormais au même problème : comment obtenir le soutien à leurs propositions d’une partie substantielle des citoyens au-delà de leur base électorale ? La stratégie identitaire de mobilisation autour du drapeau adoptée de manière prédominante par chacun des camps n’apparaît pas la plus efficace dans ce cadre. À ce stade, les conditions ne sont donc pas réunies pour que la solution référendaire imaginée dans le cadre des accords de Matignon et de Nouméa permette de résoudre le conflit néo-calédonien sur la souveraineté. »

L’IMPASSE …
Si, comme le prévoit l’Accord de Nouméa et la Loi Organique rectifiée, la Nouvelle-Calédonie se dirige vers la tenue d’un troisième référendum, des indications claires résultent de l’étude Cevipof pour les arguments de campagne dans chacun des deux camps.

Les indépendantistes n’ont pas réussi à convaincre significativement les non-kanak à voter pour le « oui » à l’indépendance. Les loyalistes n’ont pas réussi à convaincre significativement les Mélanésiens à choisir le maintien de la Calédonie au sein de la République française.

Clairement, chaque camp devra faire évoluer son argumentation. Le plus convaincant -c’est une lapalissade- gagnera. Une chose est sûre : pendant les deux ans à venir, il faudra « rentrer à l’intérieur des mots », exercice plus ardu pour les indépendantistes. Ceux-ci se sont en effet consacrés aux aspects « libératoires » de l’indépendance, dans la pure tradition des décolonisations des années 60. Il leur faudra, à présent, dire à leur électeurs quelle forme … d’aliénation provoquerait, dans la vie quotidienne, comme dans l’organisation de la société, le manque de ressources financières nécessaires pour maintenir les acquis économiques, éducatifs et sociaux enregistrés ces 30 dernières années.

D’un autre côté, et comme le souligne l’étude du Cevipof, le résultat probablement étriqué de cet éventuel troisième référendum aboutirait à une situation potentiellement conflictuelle entre les deux camps, et sans doute totalement ingérable.

OU LA SOLUTION NÉGOCIÉE ?
Pour éviter cette impasse, seule une solution négociée, fortement appuyée par la France, permettrait de trouver une issue paisible, sans vainqueurs ni vaincus. Cette solution passe-t-elle par la constitution d’un Etat, fédéral ou associé ? Pourrait-elle jaillir d’une novation institutionnelle et constitutionnelle comme ce fut le cas en 1988 ?

Maintenir le statu quo paraît, en tout cas, exclu. Reste l’intelligence des décideurs calédoniens, la volonté d’éviter le pire, et le poids considérable -et déterminant- de l’Etat.

Pour Sébastien Lecornu, mais également pour le Premier ministre, avec en arrière-plan la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, la Nouvelle-Calédonie est redevenue un dossier de tous les dangers.

NOUVELLE-CALÉDONIE : L’IMPASSE

La Nouvelle-Calédonie, à l’issue du deuxième référendum, est comme un funambule amateur en équilibre incertain sur un fil agité, pouvant autant conserver un équilibre instable que basculer dans le vide. Le rapport de force possède deux faces : électoralement, le territoire est coupé en deux, démographiquement, la partie indépendantiste est moins nombreuse que la partie favorable au maintien de la Calédonie dans la République. Quant à la France, elle se trouve dans l’obligation de respecter la loi organique, et d’éviter une décolonisation ratée en pleine campagne présidentielle. Toutes conditions réunies pour que les trois « partenaires historiques » soient aujourd’hui dans une impasse.

Les indépendantistes ont le vent en poupe, mais la suite présente bien des dangers pour eux. Ils réclament, à bon droit, l’organisation du troisième référendum, convaincus de leur victoire future dans les urnes. La victoire, comme la défaite, présentent toutes deux des risques majeurs.

En cas de victoire, les indépendantistes auraient rapidement à rendre compte des assurances apportées à leurs partisans dans des matières qui touchent à la vie de chacun. Or, les affirmations de campagne devraient alors faire place à la cruelle réalité : la chute brutale, à court terme, du niveau de vie, du niveau d’enseignement, du niveau de santé, de l’emploi, ainsi que du système de couverture sociale. En cas d’indépendance, Kanaky-Nouvelle Calédonie ne devra compter que sur ces seules ressources. Possible, mais avec d’inévitables remises en cause des « droits acquis », quant les électeurs auraient cru que tel ne serait jamais le cas. Et qui pourraient alors demander des comptes à leurs dirigeants.

En cas de défaite, un scénario toujours possible, ils devraient subir l’ouverture du corps électoral, hypothèse admise par toutes les juridictions française, européenne et onusienne. Les scrutins ayant été suivis et validés par l’ONU, difficile, alors, de se mettre hors la loi internationale.

Les loyalistes ont gagné, et en démocratie, la « petite majorité » et la « grosse minorité » n’existent pas. Seule compte la majorité. En revanche, la réalité est la faiblesse de l’écart entre le refus d’indépendance et la demande d’indépendance. Certes, si la trajectoire indépendantiste est ascendante, un infléchissement de la courbe est possible, compte tenu du niveau exceptionnel de participation au second scrutin.

Exclure une troisième victoire du « non » serait donc une erreur de calcul des probabilités. Mais exclure une victoire du « oui » serait un déni de réalité électorale.

Les uns comme les autres ne pourraient probablement pas gérer leur victoire au troisième référendum tant les rapports de force s’équilibrent. En cas d’un « non », concentré en grande partie sur l’agglomération, comme en cas d’un « oui », démographiquement minoritaire, et couvrant des zones économiquement et fiscalement peu productives, la frustration, comme la peur, pourraient générer « la » situation de tous les dangers ». Quant à la France, comme en 1984, elle risquerait de se retrouver dans un nouveau bourbier. Après les présidentielles et les législatives, dans le moins risqué des cas, pendant la campagne dans l’hypothèse de graves dérapages.

L’exigence de trouver un « nouvel accord » est une lapalissade, mais point de cette perspective si celle de l’indépendance n’est pas sur la table. Ce « ticket » d’entrée est-il évitable ? Jean-Marie Tjibaou a été assassiné pour avoir signé un accord dans lequel ne figurait pas l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie. Qui peut croire un seul instant qu’à trois pour cent de la victoire, ses successeurs renonceront ?

L’Etat, prudent et disposant de quelques chiffres qui lui avaient été fournis avant la tenue du second référendum, a ouvert, par la voix du président de la République, la possibilité d’approfondir les conséquences du « oui » à l’indépendance.

Sur ce sujet sensible, les loyalistes pourraient se diviser un temps. Certains craignent qu’admettre que la Calédonie pourrait devenir indépendante provoquerait la fracture de digues anti-indépendantistes. D’autres estiment qu’un compromis difficile vaut mieux qu’une rupture brutale et catastrophique.

Encore une fois, l’Etat jouera le rôle majeur. D’abord, c’est lui qui possède les clés essentielles pour chacune des parties calédoniennes. Le maintien de l’ordre, d’abord, avec, si nécessaire, des unités spécialisées. Les finances, ensuite, quel que soit la suite du processus, parce qu’une intervention d’un pays étranger tiers pour un montant de 1,3 milliard d’euros relève de l’incantation, et que, notamment, l’essentiel des budgets de l’enseignement relève aujourd’hui de la générosité de la France. La compétence de la monnaie, par ailleurs, si précieuse pour les équilibres économiques et le niveau de vie. Enfin, parce dépendent de lui les conditions de nationalité française en cas d’indépendance, c’est à dire notamment, l’accès à l’Europe et aux enseignements français et européens.

Cette écrasante responsabilité de l’Etat n’est pas nouvelle. Elle s’est présentée en 1988, à Matignon, en 1998, à Nouméa. Comme un hoquet de l’Histoire, elle est de retour en 2020.

CE QU’AVAIT INDIQUÉ EDOUARD PHILIPPE EN CAS DE « OUI » À L’INDÉPENDANCE ET EN CAS DE « NON »

Le FLNKS souhaite que l’Etat indique quel « processus d’accompagnement » il mettrait en place en cas de « Oui » à Kanaky le 4 octobre prochain.

Ce sujet a déjà fait l’objet d’une note en octobre 2018, publiée par le Premier ministre d’alors, Edouard Philippe. Elle résume assez clairement ce que ferait la France en cas de victoire du « Oui » à Kanaky le 4 octobre prochain. Dans cette note, il était, de la même manière, indiqué ce qui se passerait en cas de victoire du « Non » à l’indépendance.

PÉRIODE DE TRANSITION LIMITÉE DANS LE TEMPS
En cas de vote favorable à l’indépendance le 4 octobre, une période de transition permettrait, d’accord parties, de « fixer un calendrier et les modalités du transfert des compétences de la France au nouvel Etat. »

 » A une date qui sera choisie de concert », le Parlement fançais serait amené à adopter une loi fixant « la fin de l’appartenance de la Nouvelle-Calédonie à l’ensemble français, tandis que les autorités du nouvel Etat devront procéder à une déclaration unilatérale d’indépendance sur la scène internationale en vue d’établir des relations diplomatiques avec les autres Etats. »

Le document précise toutefois que cette période « serait limitée dans le temps« .

LES COMPÉTENCES RÉGALIENNES À LA CHARGE DE KANAKY
Les compétences régaliennes (la justice, la défense, la monnaie et le crédit, le maintien de l’ordre, le droit pénal, les conditions d’entrée et de séjour des étrangers, la sûreté et la sécurité maritime et aérienne) et certaines compétences non transférées à ce jour (les règles relatives à l’administration des collectivités, l’enseignement supérieur, la communication audiovisuelle), seraient transférées au nouvel Etat qui en aurait la charge.

FIN DES MÉCANISMES ACTUELS DES FINANCEMENTS DE L’ETAT
La note indique que  » les mécanismes actuels des financements de l’Etat, reposant sur l’Accord de Nouméa, n’auront plus de fondement juridique, et seront donc caducs. »

Il en va donc ainsi du financement de l’exercice des compétences régaliennes citées ci-dessus (notamment les dépenses des forces armées, du RSMA, de la police nationale et de la gendarmerie), auxquelles s’ajoutent toutes les participations financières aux dépenses des collectivités : enseignement secondaire public et privé, services mixtes comme les douanes ou la météo, dispositif Cadre Avenir, dotations aux communes, contrats inter-collectivités, interventions directes des ministères français ou encore dispositif de continuité territoriale. Au total, 160 milliards FCFP qui ne seraient plus versés, par divers canaux, à Kanaky.

AIDE AU DÉVELOPPEMENT POUR KANAKY
 » Les relations financières entre la France et la Nouvelle-Calédonie seront établies dans le cadre de la politique publique d’aide au développement« ,  ce qui signifie, en clair, que les interventions financières de la France seraient de l’ordre de celles consenties aux pays africains, aux Comores ou au Vanuatu.

PAS DE DOUBLE NATIONALITÉ AUTOMATIQUE
 » Le nouvel Etat déterminera également les critères permettant d’avoir ou d’obtenir sa nationalité. La population qui aura la nationalité du nouvel Etat obtiendra alors un passeport délivré par les autorités du nouvel Etat et pourra demander la protection de son nouvel Etat à l’étranger. Une loi française déterminera enfin les conditions dans lesquelles un maintien dans la nationalité française de certains ressortissants du nouvel Etat serait possible. »

Si l’on se réfère à ce qui s’est passé lors de l’accession à l’indépendance des pays africains, des Comores et du Vanuatu, et ainsi que l’indique la note, il appartiendra d’abord au nouvel Etat de fixer les règles d’accession à sa nationalité. C’est ensuite lui qui devra assurer la protection, à l’étranger, des titulaires du passeport Kanaky.

C’est enfin le Parlement français qui examinera, éventuellement, la question du maintien de la nationalité française « à certains ressortissants du nouvel Etat« , à l’effet de fixer les conditions dans lesquelles ce maintien serait « possible« .

EN CAS DE « NON » À L’INDÉPENDANCE, la situation actuelle de la Nouvelle-Calédonie perdurerait et un troisième référendum pourrait être organisé dans les mêmes conditions que les deux premiers.

CETTE FOIS, PAS DE DÉSINFORMATION !

Les journalistes, en majorité de gauche, des années 84 avaient caricaturé les troubles en Nouvelle-Calédonie comme étant le résultat d’un conflit entre Kanak et Caldoches. Dans de nombreux articles, le « Caldoche » était présenté comme le bras de l’asservissement du « Kanak » dans un régime décrit comme colonial.

Il avait fallu l’engagement de personnalités mélanésiennes comme Dick Ukeiwe et Maurice Nenou pour démontrer l’absurdité de ce raccourci.

Aujourd’hui, d’une part, si les Kanak se sont prononcé majoritairement pour l’indépendance, nombreux demeurent les Mélanésiens attachés à la France,  notamment pour les valeurs de liberté et d’émancipation qu’elle garantit.

Quant aux « Caldoches », s’ils restent porteurs d’une histoire pionnière d’une époque coloniale « faite d’ombres et de lumières », comme le rappelle le préambule de l’Accord de Nouméa, ils sont désormais fondus dans une population marquée par une extraordinaire diversité.

Certes, le racialisme, importé de métropole, peut tenter de qualifier racialement les acteurs des grands enjeux politiques. Mais en Nouvelle-Calédonie, 60% de la population est issue des 5 océans et de métropole, brassés par d’intenses métissages. Quant aux 40% restants, qui peut affirmer que dans la population dite « kanak », le métissage est absent ?

Prétendre donc que le référendum est une confrontation entre « Kanak et Caldoche » serait … « une grosse connerie », pour justement employer un qualificatif local.

Le 4 octobre, les électeurs, et parmi eux, des Caldoches, souhaitant que la société calédonienne devienne Kanaky voteront « Oui ». Les électeurs, et parmi eux des Mélanésiens, qui ne le souhaitent pas, voteront « Non ».  Point de raccourci racial, là-dedans.