Archives pour la catégorie Politique

CALÉDONIE ENSEMBLE : LE TOURNANT DES MUNICIPALES

Calédonie Ensemble était réunie en comité directeur samedi. La formation veut tourner la page des provinciales, et préparer les élections municipales en se présentant comme « la seule alternative crédible » face à l’Avenir en Confiance dans les communes de Nouméa, Mont Dore et Paita. Une séquence difficile pour un parti encore tout puissant il y a quelques mois, mais qui a vu fondre ses effectifs dans les provinces Nord et Sud ainsi qu’au Congrès après quelques revers cuisants.

Incontestablement affaibli, le parti de Philippe Gomes ne peut se permettre de reculer encore aux municipales. Une ou plusieurs défaites supplémentaires le marginaliseraient davantage, du moins dans son implantation politique.

AFFAIBLI SUR LE TERRAIN, MAIS DIFFICILEMENT CONTOURNABLE AU CONGRÈS ET AU GOUVERNEMENT
C’est d’ailleurs un paradoxe. Car au Congrès comme au gouvernement, les quelques voix dont il dispose encore peuvent peser lourd lorsqu’une majorité est requise pour faire voter un texte.

En revanche, sur le terrain, les effectifs se sont dilués. Conserver les 4 communes dont le maire est affilié au parti, permettrait à ce dernier d’annoncer que l’hémorragie est maîtrisée, et que Calédonie Ensemble est toujours vivant.

LA FOA, COMMUNE EMBLÉMATIQUE POUR PHILIPPE GOMES
Au mois de mars, c’est le résultat de La Foa qui sera emblématique, à défaut d’être significatif. La Foa, c’est la commune qui fut le tremplin de la carrière de Philippe Gomes. Par la grâce de Jacques Lafleur. Il faut rendre cette justice au patron de Calédonie Ensemble : il a élevé cette petite commune endormie au rang d’une commune importante de Brousse, à l’avant garde de bien des choses, comme la traversée du village, ou cet exceptionnel Festival du Cinéma de La Foa.

En mars prochain, cependant, la populaire Corinne Voisin ne se représentera pas. Marielle Keletaona-Cheval conduira la liste. Bien implantée dans les milieux associatifs, expérimentée dans la gestion municipale, celle-ci aura cependant fort à faire.

Face à elle, Lionel Brinon portera les couleurs de l’Avenir en Confiance, avec en arrière-plan, le soutien de la province Sud. La dynamique de ce parti qui est en train de faire bouger les lignes -positivement- en matière économique et sociale, va jouer en faveur de l’élu municipal sortant. D’autant qu’au plan politique, l’Avenir en Confiance a pris l’initiative fort appréciée dans les milieux loyalistes, de constituer un Front Loyaliste ouvert à tous pour le prochain référendum.

Nicolas Metzdorf y a d’ailleurs immédiatement répondu. Pas sûr cependant que cette étiquette occulte, à La Foa, celle d’un « parachuté » qui portait encore au nues … Philippe Gomes. « Il n’y a que lui pour nous sortir par le haut« , déclarait-il encore il y a à peine 7 mois. Les cendres sont encore chaudes …

Mais à coup sûr, Calédonie Ensemble est divisée dans la commune. Et son sort y est incertain.

CHACUN COMPTERA SES VOIX
Reste les trois autres. À Moindou, « Jo » Peyronnet fait beaucoup pour ses administrés qu’il connaît bien. Ils devraient lui en savoir gré. À Farino comme à Sarraméa, rien n’est écrit. On connaîtra le résultat comme pour les autres communes : le soir du vote.

Dans les communes de l’agglo, l’opération permettra de compter les voix. Car on ne voit pas comment à Nouméa, Paita et Mont Dore, les Maires sortants pourraient être mis en danger. Peut être par un regroupement au second tour.

En tout cas, les municipales seront une occasion, pour les uns comme pour les autres, de passer ses troupes politiques en revue.  Il peut y avoir quelques déceptions, avec les élections -ou l’élection- sénatoriales dans le collimateur …

RÉFÉRENDUM : L’AVENIR EN CONFIANCE VEUT RASSEMBLER TOUS LES LOYALISTES POUR GAGNER LE PLUS LARGEMENT POSSIBLE

Mardi soir, devant un amphi archi comble à l’Université de la Nouvelle-Calédonie, les leaders de l’Avenir en Confiance ont annoncé une initiative visant le second référendum d’autodétermination : le regroupement de toutes les forces loyalistes pour obtenir le résultat le plus large possible en faveur du maintien de la Calédonie dans la France.

Distinct des programmes politiques de chacun des partis concernés, situé en dehors du contexte des élections municipales prochaines, cet appel fait suite à un constat au premier référendum : la division du camp loyaliste face à l’union des indépendantistes avec pour corollaire une campagne électorale peu performante.

Pour l’Avenir en Confiance, il est vital, d’abord, de gagner ce référendum, et ensuite, d’obtenir pour le « Non » à l’indépendance, un score en croissance.

Pas d’exclusive dans cette initiative. Tous les partis seront invités au regroupement, de Générations NC à Calédonie Ensemble en passant par le Rassemblement National et Tous Calédoniens.

CONGRÈS DU FLNKS : PAS D’ACCORD ENTRE PALIKA ET UC, NI DE PRÉSIDENT

Le 38e congrès du FLNKS qui s’est tenu samedi à Dumbéa n’a pas réussi à harmoniser les points de vue des deux grandes composantes de Front sur la question du statut de Kanaky après une éventuelle indépendance, ni même sur la désignation d’un président.

Ce dernier point n’est pas nouveau. Il perdure depuis des années, et la question est même plutôt évitée à chaque congrès.  Elle relève du « risque » de leadership de la cause indépendantiste entre l’Union Calédonienne et le Palika. La personnalité qui présiderait le FLNKS jouirait de fait d’une autorité aussi bien locale qu’internationale. Et cela pourrait avoir des conséquences sur les résultats électoraux des deux grandes formations.

Autre point de désaccord, cette fois plus fondamental, au cas où la Nouvelle-Calédonie accèderait à l’indépendance : la souveraineté pleine et entière pour l’UC, l’indépendance avec partenariat avec la France pour le Palika.

Le parti de Paul Néaoutyne serait favorable à une indépendance-association, ce qui laisse à penser que dans cet esprit, un certain nombre de compétences régaliennes seraient déléguées à la France. L’UPM et le RDO se situe sur la même ligne politique.

L’Union Calédonienne ne veut pas se lier d’avance. Elle prône l’accession à la pleine souveraineté et craint qu’une orientation vers un partenariat avec la France a priori ait pour conséquence l’instauration de lien néo-coloniaux.

De toute façon, la première étape de l’indépendance, c’est … l’indépendance ! Une fois souverain, quelles que soient les intentions affichées, le nouvel Etat est libre de choisir ses liens avec tel ou tel autre Etat. Il faut simplement se souvenir des fameux accords d’Evian lors de l’accession de l’Algérie à l’indépendance …

ÉLECTIONS MUNICIPALES : MURIELLE CHEVAL SERA LA CANDIDATE DE CALÉDONIE ENSEMBLE À LA FOA

C’est officiel : Corinne Voisin, l’actuelle maire de la commune de La Foa, ne se représentera pas en mars prochain pour briguer un nouveau mandat. Au cours d’une réunion en présence de nombreux adhérents et sympathisants de Calédonie Ensemble, la candidate du parti de Philippe Gomes a été présentée. Il s’agit de Marielle Cheval, adjointe en charge des finances de la commune depuis 2001.

UNE COMMUNE POLITIQUEMENT SYMBOLIQUE
Pour Calédonie Ensemble, sévèrement défait aux dernières élections provinciales, ce sera un test grandeur nature. Ce scrutin va en effet refléter l’implantation résiduelle du parti dans les différentes communes, au sein du corps électoral le plus large.

En effet, les élections municipales sont ouvertes à tous les citoyens français, et de subissent pas les restrictions prévues pour les élections provinciales et les scrutins référendaires.

De surcroît, La Foa est la commune par laquelle Philippe Gomes, élu maire en fin des années 80, a réellement débuté son parcours politique.

Alors adoubé par Jacques Lafleur à la tête d’un RPCR tout puissant, soutenu par une personnalité majeure de la ville, Georges Guillermet, Philippe Gomes s’était distingué par la transformation de la traversée du village ou par des initiatives comme la création d’un cinéma, puis du Festival cinématographique de La Foa.

La perte de la municipalité, ou son maintien dans le giron de Calédonie Ensemble, pourraient avoir quelques conséquences sur l’appréciation de l’implantation du parti dont le repli est une réalité.

DEPUIS 3 GÉNÉRATIONS
Marielle Cheval est une personnalité connue de la commune. Elle y est familialement implantée depuis 3 générations. Un enracinement qui ne manquera pas d’être opposé à Nicolas Metzdorf, challenger issu lui même de Calédonie Ensemble, et co-fondateur du parti dissident Générations NC.

La candidate de Calédonie Ensemble est également très investie dans l’action associative de la commune. Le réseau ainsi constitué est particulièrement important dans une élection de terrain, où la personnalité du candidat prend parfois le pas sur son appartenance politique.

Directrice de l’école catholique, elle a été en charge des finances communales dès son premier mandat, en 2001. Elle apparaît ainsi comme une élue d’expérience dans la gestion municipale.

Il va sans dire qu’en mars prochain, cette élection sera suivie avec beaucoup d’attention par le monde et les observateurs politiques. Calédonie Ensemble ne peut en effet fonder que peu d’espoirs sur les communes de l’agglomération ou sur les communes de brousse, à l’exception de Moindou et de La Foa.

Contrairement au RPCR, lui aussi défait en 2004, mais qui avait conservé une solide implantation municipale, Calédonie Ensemble pourrait jouer symboliquement, au travers du scrutin de La Foa, sa survie ou sa disparition.

COMITÉ DES SIGNATAIRES : GLOBALEMENT UNE RÉUSSITE POUR L’AVENIR EN CONFIANCE

Ce 19e Comité des Signataires comportait deux sujets essentiels : le second referendum et la situation économique. Le premier allait de soi, compte tenu de l’échéance programmée par la loi organique, et le second rejoignait à la fois une préoccupation déjà exprimée par le Premier ministre (Tout ne peut se résumer à des échéances politiques, et le contexte économique et social doit revêtir une importance majeure), et affirmée par les responsables de l’Avenir en Confiance. Sur ces deux sujets, si ce n’est le carton plein, c’est à tout le moins une réussite. Commentaires.

L’ÉTAT ACTEUR ÉCONOMIQUE MAJEUR ET INCONTOURNABLE
Boudée par les indépendantistes, Calédonie Ensemble et la CPME, la conférence économique tenue à la Maison de la Calédonie la veille du comité des signataires avait déjà marqué plusieurs points positifs. S’agissant essentiellement d’indications provenant de l’Etat, ils auguraient plutôt bien de la première partie du Comité des Signataires, justement consacrée à l’économie.

C’est effectivement ce qui s’est passé. Les indépendantistes, Calédonie Ensemble et la CPME avaient négligé le fait que si la matière économique, en terme de réglementations et de fiscalité, relève en presque totalité de la Nouvelle-Calédonie, l’Etat, avec ses 160 milliards FCFP de transferts annuels, ses contrats de développements, son pouvoir de décision en matière de défiscalisation « Bercy », ou encore sa compétence en matière de monnaie ou de loi bancaire, demeure un acteur autant majeur qu’incontournable …

DES AVANCÉES FINANCIÈRES ET ÉCONOMIQUES SIGNIFICATIVES
Répondant à plusieurs demandes exprimées par l’Avenir en Confiance, l’Etat a annoncé des mesures significatives en matière de crédit et de financements publics.

Dans le communiqué final, il est ainsi mentionné, via l’IEOM : le développement du marché interbancaire à l’intérieur de la zone CFP, l’augmentation de sa capacité de refinancement d’ici la fin de l’année en Nouvelle-Calédonie de 17 milliards de CFP, et enfin, un travail sur l’élargissement de ce refinancement aux créances à moyen terme, d’un montant comparable. Soit 17 milliards FCFP.

Concernant l’AFD, un travail technique visera à étudier son éventuelle capacité à intervenir dans le refinancement des banques calédoniennes, en cas de besoin.

En prime, le Premier ministre a ouvert la bourse de l’Etat avec 9 milliards supplémentaires au titre des contrats de développement en cours, contrats étendus jusqu’en fin 2022.

LE REFERENDUM PLUS TÔT QU’EN NOVEMBRE
Venait ensuite la question de la date du referendum. Bien entendu, l’Etat conserve en la matière son pouvoir de décision. Mais Edouard Philippe avait clairement indiqué qu’il rechercherait le consensus.

Les indépendantistes voulaient le maintien en novembre 2020, Calédonie Ensemble ne voyait aucun intérêt à avancer la date. Finalement, sous l’impulsion de l’Etat, tout le monde s’est accordé à fixer la date du scrutin en amont de 2 mois. Sur le principe, l’avantage a été donné à l’Avenir en Confiance.

PAS D’INSCRIPTION AUTOMATIQUE POUR LES NATIFS « NON COUTUMIERS », MAIS … L’ETAT ASSURE QU’IL FERA EN SORTE QUE TOUS S’INSCRIVENT
Une disposition a été contestée, à la fois par l’Avenir en Confiance et par Calédonie Ensemble : celle des inscriptions automatiques. Pour les personnes relevant du statut coutumier et ayant atteint les critères de vote au prochain referendum, l’inscription sur la liste électorale spéciale sera automatique, dispositif déjà en cours. En revanche, celles relevant du statut de droit commun ne le seront pas. Elles devront donc effectuer les démarches d’inscription nécessaires.

Mais au total, l’Etat s’est engagé à réaliser, auprès de ces 2000 personnes, un accompagnement exceptionnel : prise de contact individuelle, accompagnement individuel, en clair, une garantie que tous les électeurs concernés pourront voter, à l’exception, bien sûr, de celles qui ne le veulent pas.

De quoi rassurer les loyalistes, comme d’ailleurs les indépendantistes qui savent que parmi les natifs de droit commun figurent … de nombreux Kanak.

UN ESPRIT PLUTÔT POSITIF
Parti sur des bases plus proches de l’affrontement que du consensus, ce Comité des Signataires s’est finalement bien déroulé.

Dans cette atmosphère, on y trouve le style particulier du Premier ministre Edouard Philippe. Et si les affaires de l’Etat sont en permanence préoccupantes, il a trouvé le temps -et les arguments- pour conduire les frères ennemis calédoniens à un accord sous la main bienveillante de la France.

COMITÉ DES SIGNATAIRES : 24 MILLIARDS INJECTÉS PAR L’ETAT DANS L’ÉCONOMIE

La première partie du Comité des signataires qui se déroule actuellement à Paris était consacrée à la situation économique de la Nouvelle-Calédonie. Au menu, plusieurs pistes en vue de soutenir les  efforts des autorités locales pour sortir la Nouvelle-Calédonie de la crise économique et sociale qu’elle traverse. 

Des décisions concrètes et des résolutions y ont été adoptées. Elles concernent plusieurs sujets relatifs aux financements de l’Etat sur le territoire, ou encore les problématiques de la politique carcérale et des violences faites aux femmes.

En ce qui concerne les financements de l’Etat,

  • 9 milliards FCFP supplémentaires seront injectés au travers des contrats de développement passés entre l’Etat et les collectivités calédoniennes. Un avenant à la génération des contrats déjà prévus sera signé avant la fin de cette année.
  • 15 milliards FCFP viendront soutenir les banques dont les besoins de refinancement excèdent actuellement la collecte locale. L’IEOM sera leur partenaire actif dans cette décision de l’Etat.

Les indépendantistes ont boycotté cette séquence des accords. Vont-ils boycotter les apports de l’Etat en provinces Nord et Iles et dans les municipalités qu’ils administrent ? ...

Ci-dessous, la déclaration du président du gouvernement au sortir de la séquence économique du Comité des Signataires (Outremers 360)

LES RÉACTIONS À L’ISSUE DE LA CONFÉRENCE ÉCONOMIQUE À PARIS

Préalablement au Comité des Signataires, une conférence économique avec les partenaires calédoniens et les représentants de l’Etat a eu lieu à Paris, à la Maison de la Nouvelle-Calédonie.

Roch Wamytan y était présent, mais non participant, en sa qualité de président de la Maison. Absents : Calédonie Ensemble et les indépendantistes.

Les réactions par Outremers360. Thierry Santa, président du gouvernement, Sonia Backes, président de la province Sud, et Roch Wamytan, hôte de la réunion.

DATE DU REFERENDUM AU COMITÉ DES SIGNATAIRES : POURQUOI « LE PLUS TARD » V/S « LE PLUS TÔT »

« C’est donc avec le souci du dialogue et de la recherche de consensus que je veux que nous abordions la question de la fixation de la date de la prochaine consultation » – Edouard Philippe.

Parmi les thèmes qui seront évoqués au Comité des Signataires, la date sera un enjeu majeur. Pour la majorité des loyalistes, le mieux est de sortir le plus tôt possible de la séquence « referendum ». A cela, des raisons évidentes de lisibilité de l’avenir, de clarification politique, attendues notamment par tout le secteur économique calédonien. C’est en tout cas la position de l’Avenir en Confiance. Pour les indépendantistes, le referendum doit être organisé « le plus tard possible dans le cadre réglementaire ». 

La réalité, c’est que la loi prévoit des délais, mais pas de « calendrier ». La date doit, soit être fixée d’accord partie par les Calédoniens et l’Etat, soit, en cas de désaccord de la partie locale, par l’Etat qui a seul, d’ailleurs, le pouvoir réglementaire de convoquer les électeurs. Intérêts divergents.

POURQUOI « LE PLUS TARD POSSIBLE »
Pour les indépendantistes, « la montre » joue en leur faveur. Ils sont persuadés qu’au fil des mois, ils peuvent à la fois, exiger l’inscription d’électeurs qui leurs sont favorables, contester l’inscription d’électeurs réputés loyalistes, et convaincre, notamment, les (encore) loyalistes de la province Nord, de voter « Oui » à l’indépendance.

Déjà, leur demande d’inscription de 2008 électeurs réputés non-inscrits, et de facilitation du vote des détenus va dans ce sens. Cela fait partie de ce qu’ils nomment « dysfonctionnements ».

Ils vont ensuite tenter de convaincre, sur le terrain, les loyalistes hésitants. Et pour cela, disposer de temps leur sera utile.

LES TENTATIONS DU NORD
Depuis 30 ans, la province Nord est administrée par les indépendantistes. Et cela n’est pas près de changer. Plusieurs anciens loyalistes de la province ont déjà basculé dans le camp, soit de l’Uni de Paul Néaoutyne, soit de l’Union Calédonienne de Daniel Goa. Pour eux, prendre position pour l’indépendance, vue de la province Nord, c’est régler leur problème d’incertitudes face aux dirigeants indépendantistes.

Paul Néaoutyne a déjà eu la subtilité de nommer, dans l’Exécutif de la province, 2 non Kanak. Administrant ainsi la preuve que le travail en commun est possible, et en particulier, au sein de la mouvance indépendantiste. Séduisant.

Parce que dans le Nord, tous les rouages, économiques, notamment avec KNS, sociaux et fonciers sont aux mains des indépendantistes. Dur dur, dans ces conditions, de défendre des arguments de finance, d’économie, d’appartenance nationale, davantage identifiés comme des enjeux « du Sud ».

Il n’est donc pas illogique que pour des raisons -compréhensibles- de contexte local, plus nombreux seront les électeurs du Nord à s’afficher partisans du « Oui ».

POURQUOI « LE PLUS TÔT POSSIBLE » : LES ENJEUX DE 2/3 DE LA POPULATION
Bien évidemment, la situation est fondamentalement différente en province Sud pour la simple raison que les 2/3 de la population calédonienne y résident, et que les enjeux, raisonnés, du devenir économique, financier, social, éducatif et identitaire y sont très prégnants.

Pour la population du Sud, l’indépendance est perçue majoritairement comme une régression dans tous ces domaines, y compris dans celui des libertés et de la perte des avantages considérables de la nationalité française.

Sans faire injure aux habitants du Nord et des Iles, ceux du Sud sont, par exemple, plus inquiets de la perte de financement -près de 70 milliards FCFP- de tout l’enseignement, ou encore par la « nationalisation » de la SLN et du domaine minier. Sous-entendu, au profit de la province Nord.

L’ENJEU DU REDRESSEMENT ÉCONOMIQUE
Le marasme économique, le départ d’habitants, d’entrepreneurs, d’investisseurs ne jouent pas en faveur des loyalistes. Bien au contraire. L’enjeu économique, dans la situation présente, constitue un élément essentiel du retour à la confiance, et donc du maintien des équilibres actuels, largement en faveur des loyalistes.

Or, l’économie ne peut se nourrir d’incertitudes : ce sont elles, au contraire, qui peuvent l’anéantir. « Nous voulons de la lisibilité dans l’avenir » clament les acteurs de l’économie. Normal : eux ne se nourrissent pas des impôts des contribuables, et leurs investissements s’amortissent à moyen ou à long terme.

Sortir des incertitudes : le plus tôt sera donc le mieux.

L’ENJEU DU RETOUR À LA DÉMOCRATIE APRÈS L’ACCORD DE NOUMÉA
Autre enjeu considérable pour les loyalistes : mettre un terme à l’Accord de Nouméa, et d’une manière générale, aux « Accords » passés. Et donc, organiser les referendum dans les meilleurs délais.

Non pas que ces accords aient complètement failli, mais surtout que, dans la précipitation, ou par la volonté de feu Jacques Chirac, deux édifices démocratiques ont été bafoués : le droit de vote, et l’équité en matière de représentativité électorale au Congrès.

Le gel du corps électoral, dont les indépendantistes souhaitent la pérennisation, est une sorte de monstruosité démocratique. Le régime tombera après le troisième referendum. La seule voie d’accord possible est un nouveau régime « glissant », comme celui adopté en 1998, puis aboli.

L’inéquité, en matière de représentativité électorale, est également une absurdité politique. Mortifère pour les loyalistes, pain-béni pour les indépendantistes ! Il faut en effet aujourd’hui moins de voix à un élu du Nord ou des Iles pour siéger au Congrès. Résultat : on pourrait imaginer qu’un tiers de la population domine le « Parlement » local, au détriment des deux autres tiers restants !

Si rien n’était changé, mécaniquement, les indépendantistes seraient quasiment assurés d’être majoritaires au Congrès tout en étant … minoritaires dans la population.

BATAILLE POLITIQUE ET JURIDIQUE
Le Comité qui va s’ouvrir va-t-il aboutir à un consensus sur les questions de la date du second referendum et sur les conditions d’inscription des électeurs ?

Compte tenu des enjeux radicalement divergents, on peut raisonnablement en douter. Les participants vont probablement s’affronter aussi bien sur le plan politique que politique.

Dans ces conditions, une fois encore, le rôle de l’Etat sera  donc déterminant. Alors que le temps nous rapproche inexorablement vers l’échéance de l’élection présidentielle, quel calendrier référendaire va-t-il décider ?

Consensus ? En matière économique, on a déjà une réponse : le niet des indépendantistes et de Calédonie Ensemble à la réunion programmée à Paris.

Pour le reste, il vaut mieux croire aux miracles.

PAS DE DOUBLE NATIONALITÉ AUTOMATIQUE EN CAS D’INDÉPENDANCE

La question de la nationalité française, en cas d’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, relèvera du Parlement français. Mais nombreux sont ceux qui imaginent qu’après avoir chassé la France du territoire, ils pourraient conserver … les avantages de la République. Avoir en quelque sorte, « le beurre et l’argent du beurre ». C’est pour l’heure un fantasme. Précédents.

LA FRANCE RECONNAÎT LA DOUBLE NATIONALITÉ, MAIS …
Le cas des Comores est intéressant. A la suite d’une consultation en 1974, puis de la proclamation unilatérale de l’indépendance des Comores en 1975 par Ahmed Abdallah Abderamane, la nationalité française a été reconnue aux Français de statut civil de droit commun et aux personnes ayant souscrit une déclaration récognitive de la nationalité française avant le 11 avril 1978.

Ceux qui n’ont pas répondu à ces critères ont automatiquement perdu la nationalité française.

Dans les pays indépendants, les ressortissants bénéficiant de la double nationalité n’ont pas accès aux fonctions électives ni aux postes à haute responsabilité. Près de chez nous, une polémique avait agité le Parlement australien : le vice-premier ministre, Barnaby Joyce, avait été suspendu par la Haute Cour pour être titulaire d’une double nationalité.

PEU DE NATIONAUX FRANÇAIS MAINTENUS DANS LES ANCIENNES COLONIES ET TERRITOIRES FRANÇAIS
Bien sûr, il n’est pas interdit, à un ressortissant d’un pays étranger, de solliciter la nationalité française. La réponse dépend uniquement alors de l’Etat français.

Dans les anciennes colonies d’Afrique ayant opté en 1958 pour l’indépendance, la nationalité française des originaires de ces territoires a disparu. Chacun connaît les démêlées des footballeurs issus de ces pays, et souhaitant jouer dans des équipes françaises.

UNE DOUCE INCANTATION
La question de la nationalité ne s’est pas encore clairement posée pour l’éventuelle indépendance de « Kanaky ».

En cas d’indépendance, une chose est certaine : rien ne serait automatique hormis le fait que la Nouvelle-Calédonie accèderait alors à « la pleine souveraineté internationale ».

Il appartiendrait au nouvel Etat de définir ses règles constitutionnelles, son organisation. Et le cas échéant, sa demande ou non auprès de la France d’être « associée » à son ancienne puissance administrante qui pourrait exercer quelques compétences régaliennes du nouvel Etat.

La question de l’instauration d’une double nationalité est loin d’être évidente. Les habitants qui le souhaiteraient pourraient évidemment choisir de demeurer français. Ils seraient alors des étrangers dans la nouvelle nation.

Ceux qui choisiraient la nationalité « kanak » seraient des citoyens à part entière de Kanaky. Ils pourraient, un jour, demander à accéder à la nationalité française, sans être certains de l’obtenir.

Quant aux « double nationaux », ils devraient se soumettre à de probables restrictions citoyennes comme cela existe dans la quasi totalité des pays tolérant la double nationalité.

Ainsi, hormis les règles existant en matière notamment de double droit du sol, le reste n’est qu’une douce incantation.

AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS DE CHAQUE NATIONALITÉ
Les citoyens français conserveraient évidemment tous les acquis de la nationalité française, et notamment les facilités de circulation et d’établissement sur le territoire français, en Europe, ainsi que dans les pays avec lesquels la France a conclu des accords.

Les nationaux kanak auraient, pour leur part, tout à construire. C’est, pour l’heure, une page entièrement blanche, qui ne pourra s’écrire progressivement qu’en cas de victoire du Oui au prochain referendum.

DATE ET CONDITIONS DE PARTICIPATIONS AU REFERENDUM : L’ENJEU DU COMITÉ DES SIGNATAIRES

L’année 2020 sera marquée par l’organisation du second referendum. Ce dernier a été demandé aussi bien par le FLNKS que par l’Avenir en Confiance. Les raisons en sont différentes : le FLNKS veut accentuer son score de novembre 2018, l’Avenir en Confiance veut lever le plus rapidement possible les incertitudes générées par le scrutin. Au coeur des discussions, la date et les conditions de participation. Divergences.

LE PLUS TÔT versus LE PLUS TARD
Première divergence : la date du second scrutin. Pour l’Avenir en Confiance, le plus tôt sera le mieux afin, soit de s’orienter rapidement vers le troisième et sortir d’un cycle d’incertitude, soit de transformer le troisième scrutin en vote sur un nouveau statut pour la Calédonie.

Pour le FLNKS, le plus tard est le mieux. Raison invoquée : donner le temps à l’Etat de corriger ce que les indépendantistes qualifient de « disfonctionnement ». Un mot pour probablement définir une modification des conditions de participation

CHANGER LES RÈGLES EN COURS DE PROCESSUS !
Les indépendantistes sont fidèles à leur stratégie : demander toujours davantage. Un peu comme l’adage : « ils avaient tout, alors ils ont exigé le reste ».

En l’espèce, deux demandes nouvelles se sont faites jour : le vote des reclus en prison, et celui de 2000 personnes encore non identifiées. Des votes probablement plus favorables à l’accession à l’indépendance.

« Pas question », répond Sonia Backes pour l’Avenir en Confiance. Explication : on ne peut pas changer les règles d’une consultation aussi déterminante entre deux scrutins liés à cette consultation.

COUPER LA POIRE EN DEUX
La date sera de toute façon fixée par l’Etat. Les deux parties adverses font valoir leurs positions respectives et l’Etat décidera.

Dans une affaire de cette nature, il y a fort à parier qu’il procédera à un jugement de Salomon. Puisque l’Avenir en Confiance propose juillet 2020 et le FLNKS novembre 2020, septembre pourrait être un date médiane …

CONFÉRENCE ÉCONOMIQUE : LE « NIET » DES INDÉPENDANTISTES
Les indépendantistes ne participeront pas à la conférence économique précédant le comité des Signataires. Pour des raisons peu fondées.  » Pour nous politiquement, c’est une reprise en main par l’Etat des compétences transférées par l’accord de Nouméa. Tous les sujets d’ordre économique, tous les sujets sur les compétences transférées doivent être discutés ici. Nous on n’a pas besoin d’argent, on n’a pas besoin de sous, pas besoin de grand emprunt. Nous on a besoin de réforme. En disant ça, on dit tout« . Ainsi a parlé Chanel Tutugoro au nom du FLNKS.

Pourtant, Nouméa ou Paris, le lieu n’a guère d’importance quand il s’agit de remettre l’économie calédonienne sur pied. Mais visiblement, l’économie n’est pas la tasse de thé des indépendantistes.