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ACCORD DE NOUMEA : LES INEXACTITUDES DE DANIEL GOA

Daniel Goa est un homme intelligent, personne ne peut le nier. Alors, quand à propos du corps électoral ou de la tenue des referendum prévus par l’Accord de Nouméa, il attribue des intentions « révisionnistes » à des élus non indépendantistes, cela mérite un examen plus attentif.  Précisions.

DÉTRICOTER L’ACCORD DE NOUMÉA ?
Le président de l’Union Calédonienne, porte-parole du FLNKS, estime que les « jeunes » élus non indépendantistes, au gré des mandatures de 5 ans,  « croient faire l’Accord de Nouméa en le détricotant« .

Qu’entend-il par « détricoter l’Accord de Nouméa » ?

« On a vu, par exemple, affirme Daniel Goa sur RRB, (Sonia) Backès remettre en question le corps électoral qui est déjà verrouillé« . Autre exemple cité par le responsable indépendantiste : « On a vu aussi remettre en question le deuxième et le troisième referendum« .

DES BASES ERRONÉES
Or, la contestation du « verrouillage » du corps électoral n’est pas le fait des « jeunes élus tous les 5 ans ». Elle avait été portée par le RPCR dès le début des années 2000, au moment où se préparait le Congrès de Versailles au cours duquel une majorité s’apprêtait à renier le corps électoral « glissant ». Un système pourtant expliqué dans des plaquettes officielles éditées par les services du Premier ministre Lionel Jospin …

TOUS LES NON-INDÉPENDANTISTES VEULENT UN RETOUR À UN CORPS ÉLECTORAL « DÉMOCRATIQUE » APRÈS L’ACCORD DE NOUMÉA
Hormis l’Avenir Ensemble, majoritaire à cette époque, l’opposition au « gel » a été constante. Et le « dégel », c’est à dire la remise en conformité démocratique du droit de vote aux provinciales est inscrit désormais dans tous les programmes des partis non-indépendantistes. Calédonie Ensemble compris.

Contestation de l’Accord de Nouméa ? Aucun parti non-indépendantistes ne prétend réformer le régime électoral AVANT la fin de l’Accord de Nouméa. Il n’y a donc pas de remise en cause de cet Accord.

QUI VEUT ÉVITER LES PROCHAINS REFERENDUM ?
Pour ce qui est de l’Avenir en Confiance, non seulement ce regroupement souhaite que, conformément à l’Accord de Nouméa, les referendum suivants aient lieu, mais de surcroît, il a demandé la tenue de la seconde consultation dès le lendemain des élections provinciales !

Même Calédonie Ensemble est désormais véhément pour plaider une solution alternative aux referendum prévus.

A quelques semaines du Comité des Signataires, il serait décidément de bon aloi de remettre au propre « les tables de la Loi », ainsi que les « vraies » positions politiques des partis calédoniens.

RELANCE ÉCONOMIQUE : CHRISTOPHER GYGES ANNONCE 4 MILLIARDS DE REMBOURSEMENT ANTICIPÉ DES TAXES PRÉ-TGC

Au cours d’une réunion ce matin de Christopher Gyges avec la presse, Christopher Gyges, membre du gouvernement en charge de l’économie et de la fiscalité, a exposé les lignes des principales mesures de relance qui sera soumises dans les semaines à venir aux autorités de décision. Accompagné des acteurs économiques. Un première depuis des années …

4 MILLIARDS REMBOURSÉS AUX ENTREPRISES AVANT LA FIN DE L’ANNÉE
Première mesure concrète : le remboursement anticipé de 4 milliards de taxes d’importation acquittées par les entreprises avant l’instauration de la TGC. Ce remboursement devrait être étalé sur plusieurs exercices.

« Cela pénalisait lourdement la trésorerie des entreprises, indique Christopher Gyges, et il était urgent, pour les pouvoirs publics, de remettre les choses en ordre« .

C’est ainsi que la mesure a été préparée par le cabinet du membre du gouvernement, en lien notamment avec les banques, la paierie et le monde économique. Résultat : un dispositif sera soumis dans 15 jours au gouvernement, puis au Congrès. Emprunt exceptionnel sans impact budgétaire.

LANCEMENT DU « GRAND DÉBAT », CONCERTATION TERRITORIALE SUR L’ÉCONOMIE DÈS SEPTEMBRE
Seconde annonce du « ministre » de l’économie : le lancement dès le 9 septembre à la Maison des Artisans, d’une grande rencontre-écoute avec les entreprises calédoniennes. Seront concernés aussi bien le monde économique à qui la parole sera offerte, ainsi que notamment les provinces, les administrations territoriales ou encore la commission économique du Congrès.

« Je souhaite entendre ceux qu’on n’entend pas habituellement, et en particulier ceux qui ne parviennent pas à boucler leurs fins de mois« , indique Christopher Gyges qui précise que les avis pourront être recueillis sur un site internet dédié : debatentreprises.nc

LOI DE RELANCE FIN OCTOBRE
 » Elle se voudra pragmatique, hors idéologie, avec un thème essentiel : comment améliorer concrètement la situation des entreprises« . Cette loi comprendra aussi bien des simplifications de procédure, l’examen des délais de paiement par les collectivités, ou encore la création de zones franches.

Le pouvoir d’achat, ainsi que les nécessaires transformations de notre économie sont des problématiques inscrites dans ce projet de loi.

Le pouvoir d’achat sera évidemment une question importante. D’ores et déjà, avant le grand débat, une mesure comme la défiscalisation des heures supplémentaires semble faire consensus.

UNE LOI DE PROGRAMMATION ET DE STABILITÉ FISCALE EN MARS 2020
Quatrième élément de ces annonces : la lisibilité notamment fiscale au moins pour la durée de la mandature. Christopher Gyges présentera un projet de loi de programmation fiscale au mois de mars 2020.

Cette loi comportera une simplification de la TGC, ainsi qu’un volet social.

DPG : THIERRY SANTA ENTRE COLLÉGIALITÉ ET PROGRAMME DE CAMPAGNE

Le nouveau président du gouvernement se livrait, hier matin devant les membres du Congrès, à un exercice difficile. Le discours de politique générale, prononcé en conformité avec la loi Organique, devait en effet prendre en compte tout à la fois le respect de la collégialité, et les engagements de campagne électorale. Prestation plutôt bien réussie.

CE GOUVERNEMENT SI PARTICULIER
Le chef de l’Exécutif calédonien se trouve, en effet, dans une position singulière. Le gouvernement est composé de membres d’opinions politiques divergentes, ou radicalement différentes. De surcroît, l’Avenir en Confiance, dont est issu Thierry Santa, n’y possède pas la majorité. Un véritable casse-tête.

RESPECTER LES « MINISTRES » EN CHARGE DES SECTEURS
Première obligation pour que la « DPG » soit un document partagé par l’ensemble des membres du gouvernement : respecter les orientations souhaitées par chacun.

Mais pour que ces orientations ne soient pas en contradiction avec celles que Thierry Santa s’est engagé à défendre, il a donc fallu « adapter » le discours vers une orientation partagée.

Aucun membre du gouvernement ne s’étant déclaré hostile aux propos de leur président, l’exercice politique semble réussi. D’ailleurs, à l’exclusion des propos acerbes du représentant de Calédonie Ensemble, la déclaration a été plutôt bien accueillie par les groupes politiques.

IMPULSER DES ENGAGEMENTS DE L’AVENIR EN CONFIANCE
Si l’avenir de la jeunesse a été le fil conducteur du discours, -un sujet par essence consensuel-, les préoccupations du plus grand nombre ont été traitées sous le prisme de l’Avenir en Confiance : sécurité, mesures concrètes annoncées en matière de relance économique, mesures concrètes pour le rétablissement de l’équilibre des comptes sociaux.

LE DÉTAIL À VENIR
Certes, le président du gouvernement s’est attaché à balayer l’ensemble des secteurs de ses collègues, selon les notes que ceux-ci lui avaient fait remonter comme le veut la règle. Il s’est donc agi des routes -construction de la deux voies jusqu’à Tontouta-, du Port Autonome -construction d’un véritable terminal de croisière en grande rade-, de la santé -mise en oeuvre des recommandations de l’Igas inscrites dans le Plan Do Kamo- ou encore de la jeunesse.

Il a évidemment annoncé une « loi de relance économique », évoqué la simplification de la TGC, la stabilisation fiscale, la simplification des procédures ou encore un grand emprunt auprès de l’Etat pour le lancement de grands chantiers.

Mais le détail, naturellement, reste à venir. Ne serait-ce que parce que l’absence de majorité en sa faveur au sein du gouvernement comme au sein du Congrès l’incite aussi à une certaine retenue.

LE LONG CHEMIN QUI RESTE À FAIRE
On connaît les programmes des partis politiques.  Ils ont été largement exposés lors de la récente campagne électorale. Le résultat des élections est connu. Il a donné des majorités dans les provinces, mais aucune majorité au gouvernement et au Congrès.

Dans les chiffres, il est même possible de constater que les anciennes « majorités d’idées » demeurent : celles constituées, notamment dans le domaine économique, par Calédonie Ensemble et les indépendantistes.

Dans ces conditions, réformer ne sera pas aisé. Le terme est même un peu faible.

Dans la Déclaration de Politique Générale, il faut donc chercher les sujets qui font consensus. Ou au moins, ceux qui seraient susceptibles de recueillir une majorité au gouvernement et au Congrès.

Le chemin qui reste à faire sera long.

GOUVERNEMENT : CONFLIT SUR LE BUDGET 2019

La Nouvelle-Calédonie n’est pas que le « pays du non-dit ». C’est aussi le royaume des équivoques. Le chef d’œuvre du genre est évidemment le préambule de l’Accord de Nouméa qui a plongé le territoire entier dans un équivoque qui dure encore. Au gouvernement, c’est le terme « collégialité » qui est devenu équivoque. La collégialité serait censée gommer les différences, et aboutir à se mettre d’accord sur tout. Notamment au profit des minorités. Telle n’est pas la collégialité. En cas de désaccord, c’est une majorité qui décide. Encore faut-il qu’existe une majorité …

LES OPPOSITIONS EN MATIÈRE BUDGÉTAIRE
Pendant 5 ans, le gouvernement a pris l’essentiel des décisions visiblement contestées par un grand nombre d’électeurs en s’appuyant sur une majorité souvent composée avec les indépendantistes. Il en a été ainsi pour le projet de budget 2019.

Or ce projet a été mis en cause par le groupe le plus important au gouvernement, celui de l’Avenir en Confiance. A défaut d’exister alors, ses composantes avaient contesté la sincérité du projet présenté alors par Philippe Germain.

LE FAMEUX RAPPORT SYNDEX
Ce budget, finalement voté par une majorité Calédonie Ensemble-indépendantistes au Congrès, repose sur une étude menée par le fameux conseil Syndex, et dont les prévisions étaient assez farfelues.

Contrairement au groupe d’experts locaux, réunis dans un comité dénommé « Amédée », Syndex a présenté une situation économique de la Calédonie en forte croissance. Au moins le double de la croissance nationale !

Ont suivi naturellement des prévisions de recettes fiscales à la hausse, tout comme évidemment les dépenses, y compris les dépenses de répartition au profit des communes et des établissements publics.

LA DURE RÉALITÉ
L’exécution du budget a ramené tout le monde à la dure réalité des chiffres : rentrées fiscales en baisse par rapport aux prévisions démesurément optimistes, allocations excessives inscrites au budget de répartition. Aujourd’hui l’équipe en place, doit faire face à de sérieuses difficultés.

Christopher Gyges et Yoann Lecourieux, respectivement en charge de l’économie et du budget, se sont donc bornés à rappeler les responsabilités de chacun dans cette situation, histoire que les électeurs n’oublient pas trop vite …

PHILIPPE GERMAIN EN POSITION DIFFICILE
L’ancien président a tenu, évidemment, à défendre son bilan. Tâche difficile, avec des résultats qui ne sont pas étrangers au score catastrophe de Calédonie Ensemble aux dernières élections provinciales.

Pourtant, la note de présentation du projet de budget, en décembre 2018, va certainement rappeler les perspectives tracées pour 2019 par la majorité d’alors. Tandis que celle du comité Amédée, rapidement enterrée, va probablement refaire surface. De ces documents jaillira la vérité …

RETRAIT POLITIQUE DE « LKU » : UNE PAGE SE TOURNE

Bonne nouvelle pour les uns, mauvaise nouvelle pour les autres, non-événement pour le reste, la sortie de Louis Kotra Uregei des institutions calédoniennes est une page qui se tourne. Le personnage aux multiples facettes, parfois sulfureuses, syndicaliste, homme d’affaire, personnalité politique, a incontestablement marqué la société calédonienne.

Au plan syndical, d’abord, avec la création de l’USTKE le 5 décembre 1981. Le syndicat devient rapidement la terreur des employeurs, à une époque où toute revendication est appuyée par le blocage de l’outil de travail. Il provoque peu à peu une surenchère avec les autres syndicats. En 2006, il ne se passe pas une semaine sans qu’une entreprise ou deux soit « cadenassé », alors que Gérard Jodar a repris le flambeau. Le paroxysme des « blocages » est atteint, quand une initiative pour ouvrir un nouveau dialogue social est ouverte au gouvernement par Alain Song, puis poursuivie par Gaby Briault.

L’arrivée d’Yves Dassonville en qualité de Haut Commissaire, ancien directeur de cabinet de Christian Estrosi, Secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, va permettre de rétablir l’ordre républicain et l’application des décisions de Justice. Un retour à une quasi paix sociale … à la française se développe progressivement avec une intermédiation très active du directeur du travail.

Dès les annés 80, l’USTKE dont les statuts affirment que le syndicat <« se prononce pour le droit à l’autodétermination du peuple kanak et au libre exercice de sa souveraineté nationale, et pour la suppression de l’exploitation capitaliste. L’USTKE se détermine en conséquence pour l’accession à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie et pour la socialisation des moyens de production et d’échange. Elle s’engage donc dans la lutte pour l’indépendance kanak socialiste »>, a rallié la cause du Front Indépendantiste, puis du FLNKS. Le syndicat politique, avec des positions en permanence conformes à ses statuts, est quelque peu l’enfant terrible du camp indépendantiste.

En 2007, LKU crée le Parti Travailliste, dont l’ossature sera étroitement liée à l’USKE.

Après quelques divergences avec ses alliés, le Parti Travailliste qui compte des élus en province et aux Congrès, rejoint le groupe FLNKS, puis s’en détache.

Mais c’est lors du referendum que la fâcherie se transforme en conflit entre le Parti Travailliste et les autres partis indépendantistes.

Louis Kotra Uregei est plus radical sur la composition du corps électoral, fidèle à sa ligne pour une indépendance kanak et socialiste. Pressentant la défaite du camp indépendantiste en raison d’un corps électoral qu’il juge trop ouvert aux non-kanak, et trop restreint pour les kanak, il décide de prôner l’abstention, qualifiant le scrutin de « referendum bidon ». Le Parti Travailliste se retrouve seul dans cette posture.

Il sera mis au ban, pour cette raison, par les autres indépendantistes, et écarté de toute liste d’union aux élections provinciales.

Après un retrait de la vie syndicale, LKU opère donc un retrait de la vie politique, même s’il s’en défend en demeurant président du Parti Travailliste.

Il est le premier de la « vieille garde » indépendantiste à passer la main. Désormais, les autres dirigeants séparatistes sont les seuls à représenter « l’ancien monde ». Son départ va-t-il peser sur la vie politique locale ? Sans doute pas, l’importance du Parti Travailliste étant devenue marginale. En revanche, LKU conservera son droit de parole. Une parole dont on peut imaginer qu’elle sera désormais plus radicale.

GOUVERNEMENT : PHILIPPE GERMAIN A VOTÉ THIERRY SANTA. POURQUOI ?

Alors que dans l’après-midi du jeudi 27 juin, au Congrès, Philippe Michel, président du groupe Calédonie Ensemble se laisse aller à des critiques acerbes envers l’Avenir en Confiance, et laisse entendre qu’il faudra davantage de partages de postes pour débloquer la situation au gouvernement, un coup de théâtre se produit dans la soirée.

CHRONOLOGIE
C’est en effet, sur un message posté à 22h02 que Philippe Germain annonce : « J’ai décidé de prendre mes responsabilités pour débloquer, dès demain matin, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie en votant pour Thierry Santa à la présidence« .

Ce n’est qu’à 22h27 que Calédonie Ensemble, dans un long communiqué, expose ses griefs à l’encontre de l’Avenir en Confiance, pour finalement conclure que  » Dès lors, et même si nous avons été exclus de toutes responsabilités à la province sud et au congrès, nous avons décidé de prendre nos responsabilités afin de permettre au gouvernement d’entrer en fonction. Dans ce cadre, nous voterons pour le candidat non indépendantiste à la présidence du gouvernement« .

Officiellement, tout baigne …

« J’AI DÉCIDÉ »
Cependant, sans tirer de conclusions incongrues, deux « détails » méritent d’être relevés.

Le premier est la chronologie des posts sur Facebook. S’agissant d’une décision hautement politique, il aurait été naturel qu’un seul communiqué du parti fasse part au public de la décision de voter, le lendemain, pour Thierry Santa. Or, c’est Philippe Germain qui a « dégainé » le premier.

Le second est le ton que prend l’ancien président du gouvernement calédonien. « J’AI décidé » puis « de prendre MES responsabilités« . Il n’aurait pas été anormal que dans le même tempo que le communiqué de son parti politique, Philippe Germain annonce par exemple : « En accord avec les instances et les militants de Calédonie Ensemble et afin de débloquer la situation au gouvernement, je voterai, demain matin, pour Thierry Santa« .

Quelles pourraient être les raisons pour lesquelles l’ancien président aurait « décidé » de son vote ?

TERRIBLES PRESSIONS PROBABLES
D’abord, incontestablement, son retour au gouvernement, puis sa responsabilité dans le blocage -c’est son vote personnel, et non un vote collectif du parti qui était en cause- l’ont soumis à de terribles pressions. Pressions d’une partie de son entourage personnel, pressions de ses amis des milieux économiques, pressions de certains partenaires sociaux, et même, pressions des simples habitants dans la rue ou dans des commerces.

UN CALÉDONIEN
Philippe Germain, en outre, fait partie d’une famille calédonienne qui n’est pas anodine. Dans le monde du cyclisme, par exemple, Clément Germain fut un pionnier issu de la graine de champion. Dans le monde industriel, la scierie Germain de Farino, et le commerce du bois à Nouméa avaient conduit à une belle réussite entrepreneuriale de cette famille calédonienne.

Vrai ou faux ? On rapporte que l’intéressé aurait, à plusieurs reprises, laissé entendre que face à des enjeux politiques, mais également économiques et sociaux, il était d’abord « Calédonien ».

LA RÉPONSE LUI APPARTIENT
Cette appréhension de la situation préoccupante de la Nouvelle-Calédonie a-t-elle pesé dans sa décision ? Tout comme la perspective de devenir l’otage des indépendantistes alors que sa vision du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France est sincère, aurait-elle pesé tout autant ?

La réponse, évidemment, lui appartient, et en particulier les raisons de son vote. Mais ce vote a bel et bien eu lieu, après un « mon cher Thierry » échangé la veille au congrès avec Thierry Santa, un détail qui n’avait pas échappé à Radio Rythme Bleu.

Et au total, les loyalistes ont bien élu un président loyaliste qui, cette fois-ci, n’est pas redevable aux indépendantistes de son élection.

GOUVERNEMENT : COLLÉGIALITÉ … MAIS PAS POUR L’ÉLECTION DU PRÉSIDENT !

La collégialité, au gouvernement, c’est une sorte de graal, selon lequel dialogue et consensus devraient aboutir à la décision, partagée, bien sûr. On a même enregistré des points de vue se référant au mot magique, « collégialité », selon lesquels une majorité n’aurait plus de sens, parce qu’il faudrait tout partager avec tout le monde ! Au gouvernement, en tout cas, les 11 nouveaux membres élus sont face à LEUR TOUTE PREMIÈRE DÉCISION INSTITUTIONNELLE : élire un Président. Mais là, étrangement, plus question de collégialité. Caricature et contradiction.

EN 2004, LE RPCR AVAIT CHOISI
Un problème similaire s’était posé dès 2004. Les deux partis non-indépendantistes disposaient de la majorité absolue, mais avec 4 sièges chacun ! Les indépendantistes, si prompts à dénoncer le non-exercice de la fameuse collégialité, avaient décidé de ne pas prendre position.

Finalement, le RPCR avait choisi de porter la candidate de l’Avenir Ensemble, parti en tête des élections provinciales, à la présidence de l’Exécutif. Un air de collégialité.

DISCUSSIONS EN 2009 ET EN 2014, MAIS COUP DE CANIF DANS LE PACTE
A l’issue des élections provinciales de 2009 et de 2014, les partis non-indépendantistes avaient résolu de s’entendre. Sauf qu’en 2014, à peine quelques mois après le « pacte de gouvernance solidaire », Calédonie Ensemble avait « fait sauter la baraque », bloquant l’institution pendant près de 4 mois.

Finalement, c’est un accord entre Calédonie Ensemble et les indépendandistes qui avait débloqué la situation, sur le dos du Front Pour l’Unité représenté par Cynthia Ligeard. Un accord de gouvernement plus qu’un exercice de collégialité.

2019 : COLLÉGIALITÉ, OÙ ES-TU ?
On voit bien ainsi que depuis 2004, la situation s’est dégradée en matière d’élection du Président du gouvernement. L’exigence de collégialité est agitée pour tous les actes de fonctionnement, mais pour cette élection, c’est « chacun se débrouille ».

L’étape actuelle étape démontre deux réalités.

Première réalité, le statut de l’institution est dépassé, ainsi que noumeaPost l’écrivait (cliquer ici pour lire l’article).

Deuxième réalité : la collégialité, le fameux « esprit des Accords », termes ronflants, c’est d’abord un marchandage. « Tu me donnes ci, je te donne ça« . Rien de choquant, mais rien de particulier par rapport à toutes les institutions politiques du monde.

C’est donc ainsi que se résoudra probablement, d’une manière ou d’une autre, le blocage actuel du gouvernement. Assez loin de la philosophie consistant à rechercher, par tous, le meilleur dénominateur commun pour le bien, la paix, le développement économique et social de la Nouvelle-Calédonie, tout en tenant compte des vrais équilibres politiques. Et peut être sous la pression d’une population de plus en plus mécontente du risque de chômage, de faillite, de la vie chère ou de la probabilité de non paiement des salaires publics dès la fin juillet.

« Tu me donnes ci, je te donne ça« . Certains appellent cela, la « collégiabilité » !

GOUVERNEMENT : GERMAIN POUR 5 ANS, REBELOTE ?

Victor Tutugoro

C’est Victor Tutugoro qui l’affirme, à l’issue du Comité Central de l’Union Progressiste Mélanésienne à Ponérihouen samedi : la sortie du blocage du nouveau gouvernement pourrait être envisagée par un rapprochement avec Calédonie Ensemble. « Avec l’Avenir en confiance ou l’Eveil Océanien, on ne peut pas être d’accord sur la remise en cause du corps électoral ». « On ne peut pas être d’accord sur la remise en cause de la fiscalité des entreprises, la remise en cause de l’emploi local. » Le représentant de Calédonie Ensemble au gouvernement est donc le plus compatible avec les orientations de l’UPM. Pour l’instant.

Certes, l’UPM n’est pas le Palika, et encore moins l’Union Calédonienne. Mais une telle affirmation relève de l’adage selon lequel il n’y a pas de fumée sans feu …

Dans ces conditions, peut-on imaginer un scénario selon lequel Calédonie Ensemble accepterait de placer un indépendantiste à la présidence du gouvernement ? Probablement pas. Le mouvement de Philippe Gomes a bénéficié, pendant ces quatre dernières années, de la « convergence » d’idées sur la plupart des textes économiques et sociaux avec les mouvement séparatistes. Mais tout de même pas au point de partager leur cause.

En revanche, refuserait-il le soutien indépendantiste pour porter Philippe Germain de nouveau à la présidence du gouvernement ? Une hypothèse compliquée quand on est seul au sein d’une coalition de 6. Autant dire totalement otage.

Mais c’est Victor Tutugoro qui semble pourtant le suggérer. Philippe Germain saison 2, ce serait alors la poursuite de la politique entreprise depuis 2015 : le maintien de la TGC à 5 taux, la reconduction de l’encadrement des marges, le Plan Do Kamo et la réduction des droits pour les Calédoniens, ou encore l’application de la « doctrine nickel » de la province Nord en matière minière et métallurgique.

Et surtout, un sacré pied de nez, pour ne pas dire plus, à la plus grande partie des électeurs loyalistes.

LE GOUVERNEMENT ÉLU. ET MAINTENANT ?

L’élection du 16e gouvernement de la Nouvelle-Calédonie issu de l’Accord de Nouméa s’est déroulée comme prévu. Une majorité non indépendantiste élue par le Congrès, mais une mise en place différée, faute de désignation du Président de l’institution. Cette dernière est reportée à 15 jours. Que peut-il se passer pour la suite ?

PAS D’ACCORD, et le blocage peut durer … jusqu’au déblocage. Lorsque Calédonie Ensemble a fait tomber le gouvernement Ligeard, la Calédonie est restée 4 mois sans Exécutif.

UN ACCORD, et plusieurs scénarios peuvent se dessiner. Premier scénario : après quelques semaines, les indépendantistes votent pour le membre du gouvernement qui leur paraît le plus compatible. A l’évidence, Philippe Germain est celui la, puisque pendant 4 ans, il a gouverné en grande partie avec les indépendantistes.

Deuxième scénario : Calédonie Ensemble se résout à voter pour Thierry Santa. Ce fut la position du RPCR en 2004, alors que l’institution était bloquée, et que Jacques Lafleur décida de porter Marie-Noelle Thémereau à la présidence du gouvernement.

Troisième scénario : les indépendantistes, ou une partie des indépendantistes votent pour Thierry Santa. Dans ce cas, ils auront probablement négocié la Vice-présidence et des secteurs.

VIENDRA ENSUITE LA DÉLICATE RÉPARTITION DES SECTEURS, d’autant plus ardue que si Thierry Santa est élu président, il s’est engagé à ne briguer aucun secteur pour se consacrer à l’animation de la collégialité, et à l’exercice de ses compétences propres.

CE SERA ENFIN LA PRIORISATION DES DOSSIERS URGENTS, pour les compétences réglementaires propres du gouvernement, et pour les dossiers à soumettre au Congrès. On sait que la situation de la Cafat est de nouveau à l’ordre du jour. Il en va de même pour les taris d’électricité à la SLN, rappelés par l’intervention remarquée de son Président, ou la refonte du statut des médecins hospitaliers. La préparation du budget supplémentaire s’inscrit également dans ce wagon des affaires à traiter sans délai.

ET LES ENGAGEMENTS ÉLECTORAUX … Et là, ce sera une autre paire de manche. Simplification de la TGC, modération de l’encadrement des marges en attendant sa levée prévue dans 3 mois, augmentation du SMG, lancement des grands travaux, réforme de la protection sociale, et autres sujets brûlants. Thierry Santa, si la présidence lui échoit, aura bien fait de déclarer se consacrer à la collégialité et à la recherche du consensus.  Même s’il apparaît comme l’homme calme de la situation, ce ne sera pas du pain qu’il aura sur la planche. Mais plutôt une boulangerie …

LE SECOND REFERENDUM EST DEMANDÉ : RÉPONSE ENTRE LES MAINS DE PARIS

L’Avenir en Confiance a tenu l’un de ses engagements de campagne, grâce à ses 18 sièges obtenus au Congrès : le regroupement des loyalistes a adressé une lettre à l’Etat demandant l’organisation de la seconde consultation « dans les plus brefs délais« .

Peu avant, cependant, les indépendantistes avaient fait de même. Mais ils s’inscrivent dans une temporalité différente. Ils expriment, en effet, la volonté de mettre en place le deuxième referendum, mais simplement conformément à l’Accord de Nouméa. Commentaires publics : « il y a 18 mois pour mener à bien les préparatifs« . « il faut respecter le calendrier« .

DES DÉLAIS COMME CALENDRIER
De fait, il n’existe pas de calendrier pour l’organisation des scrutins d’autodétermination en Nouvelle-Calédonie. La loi organique prévoit le délai maximum à l’intérieur duquel l’Etat a l’obligation d’organiser la consultation. Ainsi, le second referendum doit être mis en place au plus tard en novembre 2020. Mais l’Etat est évidemment totalement libre de l’organiser avant cette date butoir. D’autant que les enseignements du premier referendum, établissement du corps électoral, organisation du scrutin et de la campagne, séjour des observateurs de l’Onu, pourront faire gagner un temps considérable.

L’ETAT MAÎTRE DES HORLOGES
Seul rendez-vous électoral dans les mois prochains : les élections municipales de mars 2020.

C’est donc la situation politique en Calédonie et un hypothétique consensus entre les partenaires calédoniens qui présideront au choix de la date. De ce point de vue, le premier révélateur sera la prochaine réunion du Comité des Signataires que le Premier ministre s’est engagé à tenir après la mise en place des institutions locales issues du scrutin provincial.

Pour le reste, la réponse est entre les mains de l’Etat.