Archives pour la catégorie Politique

RETRAIT POLITIQUE DE « LKU » : UNE PAGE SE TOURNE

Bonne nouvelle pour les uns, mauvaise nouvelle pour les autres, non-événement pour le reste, la sortie de Louis Kotra Uregei des institutions calédoniennes est une page qui se tourne. Le personnage aux multiples facettes, parfois sulfureuses, syndicaliste, homme d’affaire, personnalité politique, a incontestablement marqué la société calédonienne.

Au plan syndical, d’abord, avec la création de l’USTKE le 5 décembre 1981. Le syndicat devient rapidement la terreur des employeurs, à une époque où toute revendication est appuyée par le blocage de l’outil de travail. Il provoque peu à peu une surenchère avec les autres syndicats. En 2006, il ne se passe pas une semaine sans qu’une entreprise ou deux soit « cadenassé », alors que Gérard Jodar a repris le flambeau. Le paroxysme des « blocages » est atteint, quand une initiative pour ouvrir un nouveau dialogue social est ouverte au gouvernement par Alain Song, puis poursuivie par Gaby Briault.

L’arrivée d’Yves Dassonville en qualité de Haut Commissaire, ancien directeur de cabinet de Christian Estrosi, Secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, va permettre de rétablir l’ordre républicain et l’application des décisions de Justice. Un retour à une quasi paix sociale … à la française se développe progressivement avec une intermédiation très active du directeur du travail.

Dès les annés 80, l’USTKE dont les statuts affirment que le syndicat <« se prononce pour le droit à l’autodétermination du peuple kanak et au libre exercice de sa souveraineté nationale, et pour la suppression de l’exploitation capitaliste. L’USTKE se détermine en conséquence pour l’accession à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie et pour la socialisation des moyens de production et d’échange. Elle s’engage donc dans la lutte pour l’indépendance kanak socialiste »>, a rallié la cause du Front Indépendantiste, puis du FLNKS. Le syndicat politique, avec des positions en permanence conformes à ses statuts, est quelque peu l’enfant terrible du camp indépendantiste.

En 2007, LKU crée le Parti Travailliste, dont l’ossature sera étroitement liée à l’USKE.

Après quelques divergences avec ses alliés, le Parti Travailliste qui compte des élus en province et aux Congrès, rejoint le groupe FLNKS, puis s’en détache.

Mais c’est lors du referendum que la fâcherie se transforme en conflit entre le Parti Travailliste et les autres partis indépendantistes.

Louis Kotra Uregei est plus radical sur la composition du corps électoral, fidèle à sa ligne pour une indépendance kanak et socialiste. Pressentant la défaite du camp indépendantiste en raison d’un corps électoral qu’il juge trop ouvert aux non-kanak, et trop restreint pour les kanak, il décide de prôner l’abstention, qualifiant le scrutin de « referendum bidon ». Le Parti Travailliste se retrouve seul dans cette posture.

Il sera mis au ban, pour cette raison, par les autres indépendantistes, et écarté de toute liste d’union aux élections provinciales.

Après un retrait de la vie syndicale, LKU opère donc un retrait de la vie politique, même s’il s’en défend en demeurant président du Parti Travailliste.

Il est le premier de la « vieille garde » indépendantiste à passer la main. Désormais, les autres dirigeants séparatistes sont les seuls à représenter « l’ancien monde ». Son départ va-t-il peser sur la vie politique locale ? Sans doute pas, l’importance du Parti Travailliste étant devenue marginale. En revanche, LKU conservera son droit de parole. Une parole dont on peut imaginer qu’elle sera désormais plus radicale.

GOUVERNEMENT : PHILIPPE GERMAIN A VOTÉ THIERRY SANTA. POURQUOI ?

Alors que dans l’après-midi du jeudi 27 juin, au Congrès, Philippe Michel, président du groupe Calédonie Ensemble se laisse aller à des critiques acerbes envers l’Avenir en Confiance, et laisse entendre qu’il faudra davantage de partages de postes pour débloquer la situation au gouvernement, un coup de théâtre se produit dans la soirée.

CHRONOLOGIE
C’est en effet, sur un message posté à 22h02 que Philippe Germain annonce : « J’ai décidé de prendre mes responsabilités pour débloquer, dès demain matin, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie en votant pour Thierry Santa à la présidence« .

Ce n’est qu’à 22h27 que Calédonie Ensemble, dans un long communiqué, expose ses griefs à l’encontre de l’Avenir en Confiance, pour finalement conclure que  » Dès lors, et même si nous avons été exclus de toutes responsabilités à la province sud et au congrès, nous avons décidé de prendre nos responsabilités afin de permettre au gouvernement d’entrer en fonction. Dans ce cadre, nous voterons pour le candidat non indépendantiste à la présidence du gouvernement« .

Officiellement, tout baigne …

« J’AI DÉCIDÉ »
Cependant, sans tirer de conclusions incongrues, deux « détails » méritent d’être relevés.

Le premier est la chronologie des posts sur Facebook. S’agissant d’une décision hautement politique, il aurait été naturel qu’un seul communiqué du parti fasse part au public de la décision de voter, le lendemain, pour Thierry Santa. Or, c’est Philippe Germain qui a « dégainé » le premier.

Le second est le ton que prend l’ancien président du gouvernement calédonien. « J’AI décidé » puis « de prendre MES responsabilités« . Il n’aurait pas été anormal que dans le même tempo que le communiqué de son parti politique, Philippe Germain annonce par exemple : « En accord avec les instances et les militants de Calédonie Ensemble et afin de débloquer la situation au gouvernement, je voterai, demain matin, pour Thierry Santa« .

Quelles pourraient être les raisons pour lesquelles l’ancien président aurait « décidé » de son vote ?

TERRIBLES PRESSIONS PROBABLES
D’abord, incontestablement, son retour au gouvernement, puis sa responsabilité dans le blocage -c’est son vote personnel, et non un vote collectif du parti qui était en cause- l’ont soumis à de terribles pressions. Pressions d’une partie de son entourage personnel, pressions de ses amis des milieux économiques, pressions de certains partenaires sociaux, et même, pressions des simples habitants dans la rue ou dans des commerces.

UN CALÉDONIEN
Philippe Germain, en outre, fait partie d’une famille calédonienne qui n’est pas anodine. Dans le monde du cyclisme, par exemple, Clément Germain fut un pionnier issu de la graine de champion. Dans le monde industriel, la scierie Germain de Farino, et le commerce du bois à Nouméa avaient conduit à une belle réussite entrepreneuriale de cette famille calédonienne.

Vrai ou faux ? On rapporte que l’intéressé aurait, à plusieurs reprises, laissé entendre que face à des enjeux politiques, mais également économiques et sociaux, il était d’abord « Calédonien ».

LA RÉPONSE LUI APPARTIENT
Cette appréhension de la situation préoccupante de la Nouvelle-Calédonie a-t-elle pesé dans sa décision ? Tout comme la perspective de devenir l’otage des indépendantistes alors que sa vision du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France est sincère, aurait-elle pesé tout autant ?

La réponse, évidemment, lui appartient, et en particulier les raisons de son vote. Mais ce vote a bel et bien eu lieu, après un « mon cher Thierry » échangé la veille au congrès avec Thierry Santa, un détail qui n’avait pas échappé à Radio Rythme Bleu.

Et au total, les loyalistes ont bien élu un président loyaliste qui, cette fois-ci, n’est pas redevable aux indépendantistes de son élection.

GOUVERNEMENT : COLLÉGIALITÉ … MAIS PAS POUR L’ÉLECTION DU PRÉSIDENT !

La collégialité, au gouvernement, c’est une sorte de graal, selon lequel dialogue et consensus devraient aboutir à la décision, partagée, bien sûr. On a même enregistré des points de vue se référant au mot magique, « collégialité », selon lesquels une majorité n’aurait plus de sens, parce qu’il faudrait tout partager avec tout le monde ! Au gouvernement, en tout cas, les 11 nouveaux membres élus sont face à LEUR TOUTE PREMIÈRE DÉCISION INSTITUTIONNELLE : élire un Président. Mais là, étrangement, plus question de collégialité. Caricature et contradiction.

EN 2004, LE RPCR AVAIT CHOISI
Un problème similaire s’était posé dès 2004. Les deux partis non-indépendantistes disposaient de la majorité absolue, mais avec 4 sièges chacun ! Les indépendantistes, si prompts à dénoncer le non-exercice de la fameuse collégialité, avaient décidé de ne pas prendre position.

Finalement, le RPCR avait choisi de porter la candidate de l’Avenir Ensemble, parti en tête des élections provinciales, à la présidence de l’Exécutif. Un air de collégialité.

DISCUSSIONS EN 2009 ET EN 2014, MAIS COUP DE CANIF DANS LE PACTE
A l’issue des élections provinciales de 2009 et de 2014, les partis non-indépendantistes avaient résolu de s’entendre. Sauf qu’en 2014, à peine quelques mois après le « pacte de gouvernance solidaire », Calédonie Ensemble avait « fait sauter la baraque », bloquant l’institution pendant près de 4 mois.

Finalement, c’est un accord entre Calédonie Ensemble et les indépendandistes qui avait débloqué la situation, sur le dos du Front Pour l’Unité représenté par Cynthia Ligeard. Un accord de gouvernement plus qu’un exercice de collégialité.

2019 : COLLÉGIALITÉ, OÙ ES-TU ?
On voit bien ainsi que depuis 2004, la situation s’est dégradée en matière d’élection du Président du gouvernement. L’exigence de collégialité est agitée pour tous les actes de fonctionnement, mais pour cette élection, c’est « chacun se débrouille ».

L’étape actuelle étape démontre deux réalités.

Première réalité, le statut de l’institution est dépassé, ainsi que noumeaPost l’écrivait (cliquer ici pour lire l’article).

Deuxième réalité : la collégialité, le fameux « esprit des Accords », termes ronflants, c’est d’abord un marchandage. « Tu me donnes ci, je te donne ça« . Rien de choquant, mais rien de particulier par rapport à toutes les institutions politiques du monde.

C’est donc ainsi que se résoudra probablement, d’une manière ou d’une autre, le blocage actuel du gouvernement. Assez loin de la philosophie consistant à rechercher, par tous, le meilleur dénominateur commun pour le bien, la paix, le développement économique et social de la Nouvelle-Calédonie, tout en tenant compte des vrais équilibres politiques. Et peut être sous la pression d’une population de plus en plus mécontente du risque de chômage, de faillite, de la vie chère ou de la probabilité de non paiement des salaires publics dès la fin juillet.

« Tu me donnes ci, je te donne ça« . Certains appellent cela, la « collégiabilité » !

GOUVERNEMENT : GERMAIN POUR 5 ANS, REBELOTE ?

Victor Tutugoro

C’est Victor Tutugoro qui l’affirme, à l’issue du Comité Central de l’Union Progressiste Mélanésienne à Ponérihouen samedi : la sortie du blocage du nouveau gouvernement pourrait être envisagée par un rapprochement avec Calédonie Ensemble. « Avec l’Avenir en confiance ou l’Eveil Océanien, on ne peut pas être d’accord sur la remise en cause du corps électoral ». « On ne peut pas être d’accord sur la remise en cause de la fiscalité des entreprises, la remise en cause de l’emploi local. » Le représentant de Calédonie Ensemble au gouvernement est donc le plus compatible avec les orientations de l’UPM. Pour l’instant.

Certes, l’UPM n’est pas le Palika, et encore moins l’Union Calédonienne. Mais une telle affirmation relève de l’adage selon lequel il n’y a pas de fumée sans feu …

Dans ces conditions, peut-on imaginer un scénario selon lequel Calédonie Ensemble accepterait de placer un indépendantiste à la présidence du gouvernement ? Probablement pas. Le mouvement de Philippe Gomes a bénéficié, pendant ces quatre dernières années, de la « convergence » d’idées sur la plupart des textes économiques et sociaux avec les mouvement séparatistes. Mais tout de même pas au point de partager leur cause.

En revanche, refuserait-il le soutien indépendantiste pour porter Philippe Germain de nouveau à la présidence du gouvernement ? Une hypothèse compliquée quand on est seul au sein d’une coalition de 6. Autant dire totalement otage.

Mais c’est Victor Tutugoro qui semble pourtant le suggérer. Philippe Germain saison 2, ce serait alors la poursuite de la politique entreprise depuis 2015 : le maintien de la TGC à 5 taux, la reconduction de l’encadrement des marges, le Plan Do Kamo et la réduction des droits pour les Calédoniens, ou encore l’application de la « doctrine nickel » de la province Nord en matière minière et métallurgique.

Et surtout, un sacré pied de nez, pour ne pas dire plus, à la plus grande partie des électeurs loyalistes.

LE GOUVERNEMENT ÉLU. ET MAINTENANT ?

L’élection du 16e gouvernement de la Nouvelle-Calédonie issu de l’Accord de Nouméa s’est déroulée comme prévu. Une majorité non indépendantiste élue par le Congrès, mais une mise en place différée, faute de désignation du Président de l’institution. Cette dernière est reportée à 15 jours. Que peut-il se passer pour la suite ?

PAS D’ACCORD, et le blocage peut durer … jusqu’au déblocage. Lorsque Calédonie Ensemble a fait tomber le gouvernement Ligeard, la Calédonie est restée 4 mois sans Exécutif.

UN ACCORD, et plusieurs scénarios peuvent se dessiner. Premier scénario : après quelques semaines, les indépendantistes votent pour le membre du gouvernement qui leur paraît le plus compatible. A l’évidence, Philippe Germain est celui la, puisque pendant 4 ans, il a gouverné en grande partie avec les indépendantistes.

Deuxième scénario : Calédonie Ensemble se résout à voter pour Thierry Santa. Ce fut la position du RPCR en 2004, alors que l’institution était bloquée, et que Jacques Lafleur décida de porter Marie-Noelle Thémereau à la présidence du gouvernement.

Troisième scénario : les indépendantistes, ou une partie des indépendantistes votent pour Thierry Santa. Dans ce cas, ils auront probablement négocié la Vice-présidence et des secteurs.

VIENDRA ENSUITE LA DÉLICATE RÉPARTITION DES SECTEURS, d’autant plus ardue que si Thierry Santa est élu président, il s’est engagé à ne briguer aucun secteur pour se consacrer à l’animation de la collégialité, et à l’exercice de ses compétences propres.

CE SERA ENFIN LA PRIORISATION DES DOSSIERS URGENTS, pour les compétences réglementaires propres du gouvernement, et pour les dossiers à soumettre au Congrès. On sait que la situation de la Cafat est de nouveau à l’ordre du jour. Il en va de même pour les taris d’électricité à la SLN, rappelés par l’intervention remarquée de son Président, ou la refonte du statut des médecins hospitaliers. La préparation du budget supplémentaire s’inscrit également dans ce wagon des affaires à traiter sans délai.

ET LES ENGAGEMENTS ÉLECTORAUX … Et là, ce sera une autre paire de manche. Simplification de la TGC, modération de l’encadrement des marges en attendant sa levée prévue dans 3 mois, augmentation du SMG, lancement des grands travaux, réforme de la protection sociale, et autres sujets brûlants. Thierry Santa, si la présidence lui échoit, aura bien fait de déclarer se consacrer à la collégialité et à la recherche du consensus.  Même s’il apparaît comme l’homme calme de la situation, ce ne sera pas du pain qu’il aura sur la planche. Mais plutôt une boulangerie …

LE SECOND REFERENDUM EST DEMANDÉ : RÉPONSE ENTRE LES MAINS DE PARIS

L’Avenir en Confiance a tenu l’un de ses engagements de campagne, grâce à ses 18 sièges obtenus au Congrès : le regroupement des loyalistes a adressé une lettre à l’Etat demandant l’organisation de la seconde consultation « dans les plus brefs délais« .

Peu avant, cependant, les indépendantistes avaient fait de même. Mais ils s’inscrivent dans une temporalité différente. Ils expriment, en effet, la volonté de mettre en place le deuxième referendum, mais simplement conformément à l’Accord de Nouméa. Commentaires publics : « il y a 18 mois pour mener à bien les préparatifs« . « il faut respecter le calendrier« .

DES DÉLAIS COMME CALENDRIER
De fait, il n’existe pas de calendrier pour l’organisation des scrutins d’autodétermination en Nouvelle-Calédonie. La loi organique prévoit le délai maximum à l’intérieur duquel l’Etat a l’obligation d’organiser la consultation. Ainsi, le second referendum doit être mis en place au plus tard en novembre 2020. Mais l’Etat est évidemment totalement libre de l’organiser avant cette date butoir. D’autant que les enseignements du premier referendum, établissement du corps électoral, organisation du scrutin et de la campagne, séjour des observateurs de l’Onu, pourront faire gagner un temps considérable.

L’ETAT MAÎTRE DES HORLOGES
Seul rendez-vous électoral dans les mois prochains : les élections municipales de mars 2020.

C’est donc la situation politique en Calédonie et un hypothétique consensus entre les partenaires calédoniens qui présideront au choix de la date. De ce point de vue, le premier révélateur sera la prochaine réunion du Comité des Signataires que le Premier ministre s’est engagé à tenir après la mise en place des institutions locales issues du scrutin provincial.

Pour le reste, la réponse est entre les mains de l’Etat.

PHILIPPE GERMAIN RETOURNE AU GOUVERNEMENT

Alors que dans une interview, Philippe Germain avait annoncé vouloir prendre du recul après 4 années de présidence du gouvernement local, et se consacrer à une vie plus personnelle, il conduit la liste des candidats de Calédonie Ensemble pour cette même institution. Il y sera élu et retrouvera un siège dans l’Exécutif local. Toujours comme président ?

La possibilité avait filtré de plusieurs allusions distillées par l’entourage de Philippe Gomes. Compte tenu de la prise de position publique de l’intéressé et du résultat des élections provinciales sanctionnant, au moins du côté loyaliste, la politique menée dans la mandature précédente, ce retour a plutôt surpris.

HYPOTHÈSE IMPROBABLE
Philippe Germain peut-il aspirer à redevenir président ? Il faudrait alors que les voix indépendantistes se portent sur sa candidature, et il n’aurait alors qu’un rôle : appliquer la politique de l’Union Calédonienne et de l’Uni. Cette hypothèse est improbable, avec tout de même un bémol : les chemins obscurs de la politique …

DÉFENDRE TOUTES LES MESURES ADOPTÉES PENDANT 4 ANS
En revanche, l’ancien Président ne pourra contribuer à défaire ce qu’il a construit : la TGC à 5 taux, l’encadrement des marges, certaines orientations du Plan Do Kamo telles que le non remboursement des soins en métropole, ou encore la rupture de contrat avec la CRE-Ircafex et le remplacement du régime métropolitain par un régime local.

Pour ce qui concerne les productions locales, il défendra pied à pied les protections instaurées, ainsi que les positions établies. Les Calédoniens entendront encore parler du yaourt …

MAJORITÉS D’IDÉES
La question réelle qui se pose est évidemment celle des « majorités d’idées » qui s’installeront au gouvernement. Philippe Gomes avait, à plusieurs reprises, rappelé cette « doctrine » lorsqu’il était accusé de collusion avec les indépendantistes.

Or, c’est bien avec les indépendantistes que de nombreuses propositions avaient été arrêtées par l’Exécutif, puis votées au Congrès. Majorités d’idées …

Pour les Calédoniens qui aspirent à des réformes, aussi bien dans les domaines économique, social et culturel, l’attente risque d’être longue.

CALÉDONIE ENSEMBLE NE SOUTIENDRA PAS LA CANDIDATURE LOYALISTE AU GOUVERNEMENT

C’est le Secrétaire Général de Calédonie Ensemble qui l’a annoncé dimanche soir au micro d’Yvan Avril sur NC 1ère : « il n’est pas question, pour nous, de soutenir la candidature de Thierry Santa au gouvernement ». Selon les prévisions basées sur l’importance des groupes au Congrès, et à la suite de l’Alliance entre l’Avenir en Confiance et l’Eveil Océanien, les indépendantistes disposeront de 5 sièges dans l’Exécutif local, à égalité avec l’alliance. Si Calédonie Ensemble maintient sa position, ce sera un remake de 2015. Menace ou tactique ?

EN 2004, L’AVENIR ENSEMBLE AVAIT TRUSTÉ LES POSTES EN PROVINCE SUD …
En 2004, alors que l’Avenir Ensemble ne disposait par de la majorité absolue à l’Assemblée de la Province sud, -19 sièges contre 16 au RPCR-, le nouveau parti avait trusté tous les postes de l’Exécutif de la province Sud. Philippe Gomes avait été élu Président, avec comme Vice-présidents, 3 autres membres de la même formation politique, Sonia Lagarde, Philippe Michel et Christiane Gambey.

… AU CONGRÈS …
L’Avenir Ensemble avait également trusté les postes de la présidence du Congrès et de la commission Permanente. Une domination sans partage.

… ET AU GOUVERNEMENT
Quant au gouvernement, toujours en 2004, après la sombre affaire Vigouroux et la chute du premier gouvernement Thémereau, les 4 élus de l’Avenir Ensemble s’étaient retrouvés à égalité avec les 4 élus du RPCR.

Finalement, pour débloquer la situation institutionnelle, le RPCR, prenant en compte le résultat des élections provinciales, avait décidé de voter pour Marie-Noelle Thémereau et de la porter à la présidence du gouvernement.

EN 2014, ACCORD, PUIS CALÉDONIE ENSEMBLE FAIT CHUTER CYNTHIA LIGEARD DU RASSEMBLEMENT
En 2014, c’est à nouveau un « pacte » entre les formations non indépendantistes, cette fois-ci de « gouvernance solidaire ». Las pour le Rassemblement, il ne dure que quelques mois ! Calédonie Ensemble décide de le faire chuter, puis de se saisir de la présidence avec les voix des indépendantistes début 2015. Cette nouvelle majorité aura fonctionné jusqu’en 2019.

UNE MÉMOIRE SÉLECTIVE
Aujourd’hui, le représentant de Calédonie Ensemble, ne disposant, en province Sud, que de 9 sièges contre 20 sur 40 à l’Avenir en Confiance, s’indigne pourtant que ce dernier n’ait pas « partagé » les postes avec le parti de Philippe Gomes. La référence avancée étant la situation de 2014, le moins que l’on puisse dire est qu’il s’agit d’un exercice de mémoire sélective gommant la rupture de contrat cette même année !

Philippe Michel, routier de la politique, expérimenté et roué, ne peut l’ignorer. Ses déclarations relèvent de la posture. Dans quel but ? Probablement pour tenter de négocier.

UNE POSITION DIFFICILE
La réalité, c’est que le résultat des dernières élections provinciales est une lourde sanction pour Calédonie Ensemble qui perd quasiment la moitié de ses sièges en province Sud et disparaît de la province Nord.

L’Avenir en Confiance comptabilise, certes, des voix d’adhésion. Mais le regroupement loyaliste bénéficie en grande partie d’un vote par défaut, rejetant tout à la fois la politique économique et sociale de Calédonie Ensemble et sa gestion des affaires publiques.

Le rapport de force à l’issue des élections provinciales, le rejet de la gestion « pays » de la mandature passée, les erreurs accumulées rendent difficiles la position de Calédonie Ensemble.

BLOQUER LES INSTITUTIONS : LOURDE RESPONSABILITÉ MAIS ARME ULTIME POUR ENCORE NÉGOCIER
En refusant, pour l’instant, d’élire Thierry Santa à la présidence du gouvernement, Calédonie Ensemble agite la menace d’un blocage de l’institution. Ce n’est pas son coup d’essai.

En 2011, le gouvernement était tombé par 4 fois avec les démissions des membres de Calédonie Ensemble. Le Conseil d’Etat avait alors qualifié ces démissions de « manœuvres électorales », ce qui avait conduit à une modification de la Loi Organique.

Aujourd’hui, un blocage, dans la situation actuelle bien différente de celle de 2011, aurait pour effet de plonger la Calédonie dans une catastrophe économique et sociale.

Il n’est pas exclu, cependant, qu’estimant que le situation du parti ne pourrait pas être pire, ses responsables tentent encore de négocier pour sauver quelques positions. Par exemple Aircalin, pour sa présidente clouée au pied du « podium électoral », ou encore celles de conseils d’administration tels que SHN ou Promosud à la province Sud. Et même le nombre de collaborateurs. La présidence du gouvernement ? Impensable, mais en politique … En tout cas, une sorte de tactique ultime, et presque désespérée, dans la séquence de mise en place des institutions.

LA PROVINCE SUD SEULE INSTITUTION STABLE LOYALISTE

L’absence de majorité au Congrès a placé les institutions territoriales en situation potentielle d’instabilité pour la mandature, à moins, évidemment, de nouvelles élections provinciales avant 5 ans. Le Congrès, comme le futur gouvernement, seront à la merci d’un changement possible de majorité au gré des dossiers à traiter. Seule institution stable pour les loyalistes : la province Sud.

UNE MAJORITÉ
La stabilité d’une institution résulte directement de la présence, en son sein, d’une majorité. Dans tous les autres cas, la garantie d’un fonctionnement en permanence harmonieux ne peut être garanti.

Disposant de 20 sièges et de la présidence, l’assemblée de la province Sud est assurée de la stabilité au sein du camp loyaliste. Et pour mémoire, en l’absence d’une liste unique d’opposition avec une élection au bénéfice de l’âge, les 20 voix de l’Avenir en Confiance suffisaient pour obtenir l’élection de Sonia Backes au troisième tour de scrutin.

Les belles âmes qui regrettaient ne pas constater de « cadeaux » effectués au profit des partis minoritaires ignorent cette nécessité de stabilité, élémentaire dans la vie démocratique institutionnelle.

LA STABILITÉ, FONDEMENT DU REDRESSEMENT POLYNÉSIEN
Il y a quelques années, les Calédoniens regardaient avec quelque condescendance leurs cousins polynésiens. Ces derniers étaient en proie aux soubresauts provoqués par les règlements de compte entre le Tahoeraa et les anciens du parti de Gaston Flosse. La présidence du territoire a même été marquée par un épisode funeste animé par le chef des indépendantistes.

Depuis, une majorité est apparue. Avec la stabilité institutionnelle.

S’en est suivi un spectaculaire redressement économique, et un retour à la confiance. En Polynésie, désormais, la vie est moins chère qu’en Calédonie, les investissements sont de retour, le développement touristique est de nouveau sur une trajectoire ascendante. Une sorte de leçon pour les « taratonis ».

LE PARTI CHARNIÈRE
Ainsi l’ont décidé les électeurs. En Nouvelle-Calédonie, la majorité pourra basculer d’un côté ou d’un autre, entre indépendantistes et non-indépendantistes, au gré de 3 élus Wallisiens et Futuniens de l’Eveil Océanien. Il en a été ainsi pour le Congrès, il en sera ainsi pour le gouvernement. Ces deux institutions devront délibérer leurs textes selon les majorités qui s’y dessineront.

Désormais, la province Sud est la seule institution « citadelle » des loyalistes. Pour rappel, les deux autres provinces sont gérées par les indépendantistes qui président désormais 3 institutions sur 4.

Prochaine étape : l’élection du gouvernement le 13 juin, une élection qui devra être suivie immédiatement de celle du président. Ce sera la première phase. La seconde sera la répartition des secteurs. La troisième sera le fonctionnement de l’institution. Au jour le jour.

GOUVERNEMENT : LA RECHERCHE ACTIVE D’UN ACCORD

L’Avenir en Confiance a pris l’initiative de proposer l’ouverture de discussions entre tous les partis politiques pour la formation du gouvernement calédonien. Le regroupement des loyalistes en a fixé le cadre : …  » un gouvernement consensuel et politiquement équilibré rassemblant autour de cet objectif commun d’intérêt général, l’ensemble des forces plébiscitées par les Calédoniens » pour mener à bien « les réformes nécessaires ».

Interrogé par NC1ère, dimanche soir, Malikulo Tukumuli, dont le parti charnière déterminera une majorité au Congrès en cas de listes uniques pour l’élection de l’Exécutif calédonien, s’est déclaré intéressé par le contenu de la proposition. Il a même indiqué que pour lui, le problème principal à résoudre est le logement, et que cette problématique porte également un ressort de relance économique.

De son côté, Calédonie Ensemble, non cité dans le communiqué, a exprimé ses critiques sur la proposition de l’Avenir en Confiance, estimant que ce parti a effectué un revirement après ses réactions vives sur l’élection à la présidence du Congrès.

Pour l’Uni-Palika, des points de désaccord profonds existent avec le parti loyaliste. En cela, rien d’anormal.

Au total, il semble bien qu’une issue, « apte à apporter la sérénité, la stabilité et la confiance dont la Calédonie a besoin » par la formation d’une sorte de gouvernement d’union, soit envisageable.

En fin de semaine, le Congrès devrait fixer le nombre de « ministres » de l’Exécutif territorial. Il faudra, dans une seconde phase, passer à l’élection de ses membres au scrutin de liste à la proportionnelle.

Le résultat en est encore improbable. Mais on sait, au moins, qu’en vertu de la jurisprudence sur le cas antérieur de Raphael Mapou, en cas d’égalité de voix, le membre élu, en balance, est celui appartenant au parti ayant recueilli le plus de voix aux élections provinciales.