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YANNO REMPLACÉ PAR BRIAL AU MPC, mais tout n’est pas joué pour l’ancien député

La pièce semblait écrite depuis plusieurs jours et l’avenir de Gael Yanno scellé à la tête du mouvement qu’il avait créée après avoir provoqué une scission au sein du Rassemblement en début 2013. L’ancien député faisait de plus en plus cavalier seul en dépit des orientations officielles de son propre parti, adoptant notamment une ligne proche de Philippe Gomes au fameux G10. Epilogue et suite possible.

ÉLU AU PARLEMENT PUIS BATTU PAR SONIA LAGARDE
Gael Yanno a connu les sommets, et semble plonger vers les déconvenues politiques. Après avoir été préféré à Pierre Maresca aux législatives de 2007 avec le soutien de Pierre Frogier, il était devenu député de la République.

Au sein du Conseil municipal de Nouméa, alors premier adjoint, il avait, sur la fin de son mandat, provoqué une scission de la majorité municipale pour évincer le maire d’alors, Jean Lèques.

Aux législatives de 2012, il avait été battu par Sonia Lagarde, probablement victime de la cabale montée contre « les deux drapeaux ».

MPC, UCF ET EXPLOSION
Très amer après cette défaite, il avait milité au Rassemblement pour l’éviction de Pierre Frogier alors que ce dernier l’avait désigné premier Vice Président du mouvement et porte-parole. Début 2013, la rupture était consommée avec la création du Mouvement Populaire Calédonien, dont il avait pris la tête.

Dans la perspective des communales, il avait opéré un regroupement, notamment avec le RPC d’Isabelle Lafleur. Cependant, aux élections municipales de 2014, il avait subi un nouvel échec cuisant, battu à nouveau par … Sonia Lagarde.

Pour les provinciales qui ont suivi, le parti s’est étoffé avec la création de l’UCF dont la liste, menée par Sonia Backès, a réalisé un score légèrement inférieur à celui du regroupement Rassemblement/Didier Leroux/Harold Martin/Pascal Vittori.

Depuis l’UCF a explosé, et le MPC s’est retrouvé seul. Les Républicains Calédoniens sont passés par là, entraînant avec eux les autres composantes de l’UCF ainsi que les anciens partenaires du Rassemblement à l’exception de Tous Calédoniens.

PRÉSIDENCE DE L’OPT ET G10
Dans ce paysage politique compliqué, où la « plate-forme », interlude politique, lui a permis de glaner la présidence de l’OPT, Gael Yanno a joué une carte assimilée à une proximité de Philippe Gomès, demeurant, contre l’avis de son parti, au G10, puis au groupe « Sur le chemin de l’avenir ».

REBOND À LA PRÉSIDENCE DU CONGRÈS ?
Aujourd’hui, il a rejoint le clan des présidents de mouvements politiques écartés de leur fonction, mais demeure au sein du parti.

Le dernier acte se jouera peut être pour l’élection du Président du Congrès le 30 juillet prochain où, selon toute vraisemblance, il fera acte de candidature et sera soutenu par Calédonie Ensemble.

Dans un parcours où les hauts succèdent aux bas, et inversement, cet ultime rebondissement devrait lui permettre de retrouver une fonction importante à la présidence du Congrès. Et le cas échéant, de faire cavalier seul aux prochaines élections provinciales …

AMPHI COMBLE POUR LES RÉPUBLICAINS CALÉDONIENS EN COMITÉ DIRECTEUR

« Une salle pleine à craquer » selon les termes d’un journaliste télé présent dans l’amphi 400 de l’Université où se déroulait le second Comité directeur des Républicains. Une étape importante pour le parti né il y a tout juste quelques mois du regroupement de plusieurs responsables et élus de l’ensemble des partis loyalistes. Campagne.

Dans quelques mois se jouera le destin institutionnel de la Nouvelle-Calédonie par le referendum d’autodétermination. Il s’agira, pour les électeurs calédoniens, de choisir entre l’indépendance et le maintien du territoire dans la République.

3 ENJEUX POUR LE PARTI PRÉSIDÉ PAR SONIA BACKES
Les récents sondages publiés peu avant la venue du Président de la République ont changé quelque peu l’âme du combat électoral. Les indépendantistes ne renoncent pas, face au « Non » à l’indépendance donné gagnant. Leur combat a commencé en 1975, et ne s’arrêtera pas en 2018. Quant aux loyalistes, intimement persuadés que le « Non » l’emportera, ils prônent à présent un « Non massif » pour que le résultat soit incontestable.

Certains, même, espèrent qu’en cas de résultat « massif », l’impasse pourrait être faite sur les deuxième et troisième referendum prévus par l’Accord de Nouméa. « Même pas en rêve« , pensent les indépendantistes !

Pour le parti de Sonia Backes, l’enjeu de ce Comité directeur était triple : mobiliser et faire salle comble, poursuivre la campagne referendaire, et poursuivre la campagne des provinciales.

TOUT LE MONDE PENSE AUX PROVINCIALES …
Salle comble, les Républicains Calédoniens l’ont faite. Une sorte de démonstration de force en contrepoint des traditionnelles réunions de Calédonie Ensemble dans le même lieu.

Campagne referendaire, les responsables du mouvement ont toujours affiché la volonté de tenir ce referendum contrairement à d’autres « partis frères », et d’obtenir un vote massif en faveur du maintien du territoire dans la République. C’est donc sans surprise qu’ils ont prôné un « Non massif ».

Quant à la campagne pour les provinciales, tous les partis l’ont entamée et en même temps, font semblant de croire qu’il ne faut pas mélanger les deux ! A dire vrai, les enjeux sont différents : un enjeu institutionnel pour le scrutin d’autodétermination, un enjeu de pouvoir pour 5 ans pour les provinciales.

Alors, réunions thématiques, colloques, Assises, tout est bon pour faire campagne provinciale sans dire que c’en est une !

IL FAUT GAGNER LES MATCHS « D’AVANT »
Les Républicains Calédoniens, en campagne comme les autres, affichent frontalement leur opposition à la politique économique et sociale menée depuis 2014 par le gouvernement de Philippe Germain, et les coalitions diverses intervenues au Congrès. Quant au devenir institutionnel du territoire, ils ne manquent pas une occasion pour dénoncer le « nationalisme », pour eux synonyme de marche vers une forme d’indépendance, dont Calédonie Ensemble se réclame.

Certes, un salle comble ne fait pas un succès électoral. Mais c’est comme l’équipe de France de foot : avant d’arriver en finale, il faut bien gagner les matchs « d’avant ».

IL Y A 30 ANS, LE RASSEMBLEMENT, LE FLNKS ET L’ETAT SIGNAIENT LES ACCORDS DE MATIGNON – Après les troubles sanglants, la Calédonie entrait dans une nouvelle ère

18 novembre 1984. Les Calédoniens s’apprêtent à voter pour élire leurs représentants aux Régions, nouvelles collectivités issues du statut de Georges Lemoine, le ministre de l’Outre-mer. « A 5h30, la mairie de Sarraméa est incendiée. La mairie de Poum est investie par des hommes armés. A Gomen, 2 véhicules de la gendarmerie sont brûlés. A Poya, des barrages sont dressés, une première maison incendiée. A Lifou, le maire brûle lui même le matériel électoral. A Ouvéa, la mairie est incendiée. A Ponérihouen, la Poste est saccagée. »

« A 16 heures, à la mairie de Canala, Eloi Machoro donne la signification exacte de « boycott actif » en fendant l’urne d’un coup de hache. L’image fera le tour du monde. » (extraits de L’impossible indépendance et le possible statut consensuel de JC Gaby Briault)

4 ANNÉES DE CAUCHEMAR
« Dans le même temps, la Nouvelle-Calédonie plonge dans la guerre civile. Elle demeurera intense jusqu’à la mi-1985. Rien qu’entre le 18 novembre 84 et le 31 janvier 1985, quelques 150 exactions, maisons incendiées, agressions, assassinats sont enregistrés« .

Ainsi va la Calédonie en ces jours funestes. Le cauchemar durera jusqu’en 1988, et atteindra son paroxysme avec la prise d’otages d’Ouvéa, et le dénouement tragique qui se soldera par 21 morts.

UN ACCORD QUI FAIT FIGURE DE MIRACLE
Dans ces conditions, et après la victoire de François Mitterrand sur Jacques Chirac à l’élection présidentielle, l’Accord de Matignon obtenu par Michel Rocard, alors Premier ministre, et accepté par les représentants des deux partis dominants, Jean-Marie Tjibaou pour le FLNKS, et Jacques Lafleur, pour le RPCR, fait figure de miracle.

Dans un territoire encore hébété par la violence de la tragédie d’Ouvéa, frappé par la ruine économique, maintenu sous perfusion par l’Etat, l’espoir renaît. Il se concrétisera en août par un second accord scellé entre les ennemis d’hier après 3 jours et 3 nuits de négociations au ministère de l’Outre-mer, rue Oudinot, l’accord dit « Oudinot ». L’Histoire les mêlera en appelant l’ensemble « les » Accords Matignon.

DES NOVATIONS SANS ÉQUIVALENT DANS LA RÉPUBLIQUE
La Nouvelle-Calédonie entre alors dans une nouvelle ère, marquée par de formidables innovations juridiques dans la tradition jacobine française, et par des accords politiques sans précédent dans l’histoire de la France post coloniale.

Trois novations juridiques et politiques marquent ces accords.

Tout d’abord, le RPCR, majoritaire, accepte un véritable partage du pouvoir politique, économique et social, par la création de 3 provinces taillées sur mesure.

Ensuite, le FLNKS renonce à son dogme selon lequel seuls les kanak, peuple colonisé, peuvent participer à un scrutin d’autodétermination, ouvrant la voie à une participation des autres composantes de la société calédonienne.

Enfin, pour répondre à l’objection du FLNKS : « Il vous suffirait de faire venir un million de métropolitains et nous serions noyés dans notre propre pays« , le RPCR accepte, pour le referendum, un corps électoral restreint.

Sans ces dispositions, la poignée de main entre Jacques Lafleur et Jean Marie Tjibaou symbolisant l’accord n’aurait jamais eu lieu.

FONDATEURS DE LA CALÉDONIE D’AUJOURD’HUI
L’accord de la rue Oudinot traduira juridiquement ces principes et dessinera le statut novateur de la Nouvelle-Calédonie. L’accord définitif ne sera obtenu qu’après que l’Etat et le RPCR aient accepté la fameuse amnistie des crimes de sang.

Ces Accords eurent un retentissement international. Ils sont réellement fondateur de la Calédonie d’aujourd’hui. L’Accord de Nouméa viendra simplement, si l’on peut dire, accentuer la déconcentration, la décentralisation, la reconnaissance de l’identité kanak, et orienter l’autodétermination dans une contexte remarquablement écrit -et remarquablement équivoque-, dans le fameux préambule.

UN SUPPLÉMENT D’ÂME BIEN NÉCESSAIRE …
Le 26 juin est donc une date importante pour la période moderne de la Nouvelle-Calédonie, et l’achèvement de sa décolonisation. Si les manifestations liées à ces accords sont à saluer, la date mériterait une reconnaissance de nature plus solennelle. Au delà des ego et des calculs, le souvenir de cette poignée de main apporterait probablement le supplément d’âme nécessaire à la cohérence politique, la cohésion sociale et le consensus, bien malmenés ces temps ci.

GEL DU CORPS ÉLECTORAL : QUI L’AVAIT SOUTENU ?

A la veille du referendum d’autodétermination, les Calédoniens sont sensibles au gel du corps électoral, situation unique dans le monde. Ce gel avait été adopté par l’Assemblée Nationale le 13 décembre 2006, avait d’être consacré par les Chambres réunies en Congrès. A cette époque, François Baroin était ministre de l’Outre-mer et avait défendu le texte tout comme la plupart des élus de l’UMP et de l’UDF. Morceaux choisis.

NE M’APPELEZ PAS « CALDOCHE »
Aux côtés des deux députés de la Nouvelle-Calédonie, Jacques Lafleur et Pierre Frogier, peu de parlementaires avaient soutenu la thèse du corps électoral « glissant ».

Accessoirement, Jacques Lafleur en avait profité pour dire à René Dosière : « Permettez-moi de vous dire, cher collègue, que je n’aime pas plus être désigné sous le terme de caldoche que vous n’appréciez sans doute que l’on vous traite de Zoreille… « 

L’ETAT CONSIDÈRE QU’IL S’AGIT D’UN CORPS ÉLECTORAL GELÉ
Le Conseil Constitutionnel avait donné raison à l’interprétation du corps électoral « glissant ». C’est pourquoi, une modification était nécessaire. François Baroin avait donné la position du gouvernement « Même si le temps a passé, on peut invoquer l’esprit des accords, ou à défaut, leur logique. Elle était bien, selon les accords de Matignon, de réserver la participation « aux scrutins qui déterminent l’avenir de la Nouvelle-Calédonie » – dont les élections provinciales – aux « populations intéressées à l’avenir du territoire, c’est-à-dire aux électeurs présents dans le territoire à une certaine époque et à leurs descendants ». Voilà pourquoi, de façon constante depuis 1999, l’État considère qu’il s’agit d’un corps électoral gelé. »

NOUS SALUONS LE COURAGE DU GOUVERNEMENT
Au cours de la séance, Christophe Lagarde, récemment sur le territoire, avait déclaré : « L’UDF comprend l’amertume des citoyens qui se sentent aujourd’hui floués. François Bayrou l’a mesurée sur place, et nous la comprenons d’autant mieux que nos responsables locaux ont milité et voté contre l’accord. Cependant, fidèles à notre esprit de responsabilité, nous considérons qu’un accord est un accord, et que lorsque la France engage sa parole, elle doit la tenir. C’est la raison pour laquelle nous saluons le courage du Gouvernement qui nous présente ce projet de loi, et prenons acte avec satisfaction de l’engagement de réunir le Congrès avant la fin de cette législature« 

LA PLATE-FORME EXPLOSE AU BOUT D’UN AN !

Décidément, l’union des loyalistes n’est pas aisée. Hier, après pratiquement un an d’existence, la « plate-forme » réunissant Calédonie Ensemble, le Rassemblement, le MPC et Tous Calédoniens a officiellement volé en éclat.  Preuve qu’au delà de l’affichage en faveur du maintien de la Calédonie dans la France, des divergences profondes existent ? Commentaires.

CRÉÉE AU MILIEU DES LÉGISLATIVES
C’était au beau milieu des élections législatives. Une plate-forme avait été créée avec un objectif présenté : parler d’une voix forte et unie pour la sortie de l’Accord de Nouméa. Et accessoirement, trouver des convergences sur la gouvernance locale.

Le résultat immédiat avait alors été le regroupement des voix au second tour contre Sonia Backes, candidate loyaliste à Nouméa et aux Iles, et contre Louis Mapou, indépendantiste, dans la seconde circonscription. Philippe Dunoyer et Philippe Gomes avaient été élus.

Quelques semaines plus tard, les candidats de la plate-forme au Sénat remportaient la mise avec l’élection de Pierre Frogier et de Gérard Poadja.

UNE DÉGRADATION RAPIDE
Sur la gouvernance, les effets de la plate-forme ont conduit à la formation d’un groupe présidé par Philippe Michel au Congrès, après la réélection de Thierry Santa au Congrès.

En revanche, tout le reste s’est dégradé. Au plan économique et fiscal, les divergences sont restées en l’état. Tout récemment, le Rassemblement s’est abstenu de voter la taxe sur le gazole présentée par le gouvernement de Philippe Germain et soutenue par Calédonie Ensemble.

UN G10 DEUX FOIS EXPLOSÉ !
Au chapitre de la préparation de la sortie de l’Accord de Nouméa, la situation était bien pire. Pierre Frogier, d’abord, ne se rendait plus au G10. Puis Thierry Santa a quitté la structure à la suite de l’incident relatif à l’exposé des motifs présenté par Philippe Gomes pour la délibération relative à la date du referendum.

Après la reconstitution du G10, lors du dernier Comité des Signataires, les choses se sont rapidement envenimées avec le départ de Frogier et Santa. Dans les deux cas, Sonia Backes s’était également retirée, mais son parti n’avait jamais été admis dans la fameuse plate-forme.

LA PLATE-FORME A SOMBRÉ
Hier, la cassure est devenue officielle, alors que plus rien ne justifiait une telle structure.

La plate-forme a tout de même donné naissance à une nouvelle alliance entre le Rassemblement, le MPC et Tous Calédoniens, une alliance qui pourra disposer d’un groupe au Congrès, Rassemblement Les Républicains-MPC. Les partenaires de cette union appellent à un « Non massif » à l’indépendance le 4 novembre prochain, et vont faire valoir leur point de vue sur les problèmes économiques et sociaux.

Dans l’immédiat, alors que le gouvernement local souhaitait que le Congrès soit à la manoeuvre pour résoudre l’épineux problème de la santé, il est probable qu’on assistera à un « retour à l’envoyeur » par le nouveau groupe, après examen du « catalogue » proposé par l’Exécutif.

UNE DONNE MODIFIÉE POUR LES PROVINCIALES
A moins d’un an des prochaines élections provinciales, chacun prend ses marques dans le camp loyaliste. Les Républicains Calédoniens de Sonia Backès ont depuis longtemps manifesté leur opposition à la politique menée par Calédonie Ensemble et leurs positions tranchées demeureront. A leurs côtés vont se positionner les composants du nouveau groupe du Congrès. Calédonie Ensemble va poursuivre son exercice de gouvernement sous l’égide de Philippe Germain, tout en se présentant comme l’interlocuteur des indépendantistes pour préparer « le jour d’après ».

« LES » CAMPAGNES ÉLECTORALES ONT DÉMARRÉ
Les électeurs, quant à eux, vont avoir fort à faire pour retrouver leurs esprits face à ces changements successifs et rapides. D’autant que la communication va jouer à plein pour chacune des parties. Une chose est certaine : en même temps que la campagne référendaire, la campagne des provinciales a réellement démarré.

POLITIQUE : UNE « PLATE-FORME » QUI PREND L’EAU

La fameuse « plate-forme » entre Calédonie Ensemble, le MPC, le Rassemblement Les Républicains et Tous Citoyens avait été créé entre les deux tours des dernières élections législatives. Apportant son soutien aux deux candidats de Calédonie Ensemble, elle avait contribué à leur élection à l’Assemblée Nationale. Mais pour ce qui concerne le fondement de la structure, parler d’une seule voix pour le référendum et trouver des rapprochements en matière économique, l’objectif n’a jamais fait surface. Naufrage.

A l’issue des élections législatives et sénatoriales de 2017, tout s’est rapidement grippé dans la plate-forme. Alors qu’un groupe réputé être de dialogue était créé à la demande du Premier ministre pour rassembler les partis politiques représentatifs, dans le but de préparer le referendum d’autodétermination, Pierre Frogier avait rapidement marqué sa défiance. De son côté, Philippe Gomes présentait un exposé des motifs censé introduire la fixation de la date du scrutin, un texte provoquant le départ des représentants du Rassemblement. Finalement, peu avant le Comité des Signataires de mars dernier, le G10 avait explosé.

Côté économie, les dossiers n’ont pas vraiment convergé entre les deux partenaires de la plate-forme. Désaccord sur le contrôle des marges des entreprises par la loi compétitivité, désaccord sur la méthode prônée par le gouvernement Germain pour réformer le système de santé, cette série de désaccords a connu son apogée avec l’abstention du Rassemblement sur l’augmentation du gazole. Cette dernière taxe, destinée à financer la participation de la Calédonie au projet de centrale électrique à gaz, a finalement été adoptée par Calédonie Ensemble et les indépendantistes.

Enfin, le nouvel éclatement du G10 reconstitué et rebaptisé « Sur le chemin de l’avenir », scelle l’échec de la plate-forme dont aucun des objectifs n’a, au mieux, été effleuré …

Les choses peuvent-elles perdurer ?

Pour l’heure, la plate-forme continue sa navigation. Mais plutôt qu’une réunion de partenaires unis dans une dynamique commune sur un même bateau, elle ressemble davantage à l’opéra de Richard Wagner, « Der fliegende Holländer — Le Hollandais volant ». En français Le Vaisseau fantôme.

SEULS 8% DES FRANÇAIS FONT CONFIANCE AUX PARTIS POLITIQUES – ET EN NOUVELLE-CALÉDONIE ?

La dernière étude conduite par l’Union Européenne (Eurobaromètre- Automne 2017) s’attache de manière très complète, à indiquer l’opinion des publics nationaux sur les institutions et les grandes problématiques de l’Europe.

Dans les études sur les opinions nationales, elle révèle que la confiance dans les partis politiques, en France métropolitaine, est à un niveau très bas. Il est même l’un des niveaux le pus bas de l’Union Européenne, la France étant tout juste classée devant … la Grèce !

Dans l’ensemble de l’Europe, cette confiance est très largement inférieure à 50%. Elle est tout de même de 34% en Suède, ou de 33% en Allemagne.

En France métropolitaine, elle n’est que de 8%, contre 87% qui ne font pas confiance aux partis politiques, et 5% d’indécis ! Seule la Grèce, avec 5% de confiance, 94% de défiance et 1% d’indécis, réalise un score inférieur …

ET EN NOUVELLE-CALÉDONIE ?
Que pourrait-il en être en Nouvelle-Calédonie ?

En l’absence de sondages, le baromètre le plus approximatif ne peut provenir que des récentes élections législatives. Il s’agit, évidemment, d’extrapolations issues de supputations, mais reposant sur un comportement civique bien réel.

Au premier tour des législatives, le nombre d’abstentionnistes, dans la première circonscription (Nouméa, Ile des Pins et Iles Loyauté) s’est élevé au chiffre record de 66%

Dans la seconde circonscription, l’abstention s’est élevée, elle aussi, à un chiffre record : 63%.

Deux observations doivent être formulées sur ces chiffres. D’une part, il s’agit du corps électoral complet, et non restreint comme ce sera le cas aux élections provinciales futures. D’autre part, l’enjeu était national, alors que les élections provinciales se dérouleront dans un contexte d’enjeux locaux, notamment économiques et sociaux, avec tout de même, un enjeu national pour les probables referendum d’autodétermination à venir.

DÉFIANCE DES CALÉDONIENS
Le taux d’abstention aux législatives montre tout de même une défiance des Calédoniens à l’égard des partis politiques. Il faut ajouter à ce constat, le fait qu’aux primaires de la droite dite républicaine, les électeurs n’ont pratiquement pas suivi les consignes de leurs partis politiques respectifs supposés, en votant en nombre pour François Fillon, justement soutenu … par aucun parti politique.

Ce serait, au total, pratiquement 2 Calédoniens sur 3 qui ne feraient pas confiance aux partis politiques locaux, un chiffre qui a augmenté fortement ces cinq dernières années.

Cette défiance se manifestera-t-elle lors des prochaines élections provinciales ?

Si oui, la Nouvelle-Calédonie connaîtra à son tour à une vague de « dégagisme ». Si non, il est fort probable que les partis ou regroupement plus ou moins traditionnels seront au coude à coude.

QUEL AVENIR POUR LE GROUPE « SUR LE CHEMIN DE L’AVENIR » ?

Cette histoire tourne à la farce : le groupe, ex-G10 qui avait explosé peu avant le dernier Comité des Signataires, reconstitué à la demande du Premier ministre qui y a désigné un « représentant personnel », a de nouveau éclaté avec les départs du Sénateur Pierre Frogier, Président du Rassemblement, Sonia Backes, Présidente des Républicains Calédoniens, et de Thierry Santa, Président du Congrès. Nous avions déjà titré qu’il était mort-né. Cette structure a-t-elle … un avenir ?

A quelques mois du referendum d’autodétermination, le « dialogue » semble devenir une foire d’empoigne. Le Palika parle d’un « dialogue de sourds » et a décidé, lors de son dernier congrès, de traiter directement avec l’Etat pour préparer l’indépendance-association rebaptisée indépendance en partenariat avec la France.

Sonia Backes, mise directement en cause lors de la dernière réunion, a quitté le groupe. Thierry Santa estime que la structure veut s’ériger en groupe de négociation alors qu’elle n’a pas mandat des Calédoniens pour le faire. Pierre Frogier a déclaré qu’il n’y mettrait plus les pieds. Bref, le groupe de dialogue est aujourd’hui constitué des seuls indépendantistes, dont le Palika qui va le contourner, par Calédonie Ensemble et par Gael Yanno.

La Charte des Valeurs Calédoniennes, accouchée dans la douleur à la Maison de la Nouvelle-Calédonie pendant la période du Comité des Signataires, est soumise par Internet à la population. Ce qui, au regard de l’enjeu annoncé, ne paraît guère sérieux.

Enfin, pour le reste, l’homme de la rue se demande à quoi peut bien servir ce fameux groupe.

La réalité, c’est qu’il aurait du être créé dès le début de la législature. Mais l’Etat pourrait arguer avoir mis en place le groupe des experts dont la mission était déjà « d’éclairer » tous les enjeux générés par la sortie des Accords. Une initiative dont les fruits sont restés verts !

Aujourd’hui, les rencontres de ce type semblent se solder par un « chacun pour soi ». Et qui pourrait nier que le moment est le plus mal choisi, à quelques mois du renouvellement des organes de pouvoir en Nouvelle-Calédonie ?

Au total, le vulgum pecus regarde la classe politique avec une suspicion et des interrogations grandissantes. Les dernières élections législatives avaient enregistré un taux gigantesque d’abstentions. Par  désintérêt ou défiance ? Les provinciales le diront.

En attendant, sauf, peut être, à donner quelques avis sur l’organisation matérielle du scrutin d’autodétermination, le groupe « sur le chemin de l’avenir » semble déjà appartenir au passé.

BOURAIL : ÉLECTIONS MUNICIPALES SUR FOND DE PROVINCIALES

L’élection municipale de Bourail fait rage. Entre Patrick Robelin qui estime que les finances de la commune sont au plus mal, et Nadir Bouffenèche qui déclare s’appuyer sur des documents pour affirmer que la trésorerie municipale est positive de plusieurs centaines de millions, les électeurs vont devoir juger sur plusieurs critères. Avec en toile de fond, les élections provinciales.

DES RÉALISATIONS ATTENDUES
Le premier de ces critères sera évidemment la situation de la commune. Le reproche essentiel formulé par les opposants à l’ancienne maire concerne, hors la situation financière, le niveau de réalisation des travaux promis pendant la dernière campagne électorale. Chacun évoque le restaurant de Téné, l’aménagement de la traversée du village, le lotissement de la colline aux oiseaux ou encore l’assainissement de Poé.

L’AFFAIRE DE LA ROCHE PERCÉE
Le second qui circule dans les réunions et les foyers bouraillais, c’est la fameuse affaire des constructions illégales de la Roche Percée. L’argument avait été développé par la maire sortante qui voit dans toute cette affaire une tentative d’étouffer les procédures de remise en cause de ces constructions.

L’IRRUPTION DES PARTIS POLITIQUES
Et puis, au dela de ce scrutin local, les provinciales prochaines font irruption avec les soutiens annoncés de plusieurs partis politiques.

Calédonie Ensemble soutient la liste Robelin. Mais cette liste qui se veut apolitique et comprend des candidats de l’ensemble des grandes tendances territoriales, a recueilli également le soutien des Républicains Calédoniens. En clair, en cas de victoire de leurs favoris, les deux partis politiques pourront modestement en revendiquer une partie …

Quant à la liste menée par Nadir Bouffenèche, également composée de candidats d’opinions politiques différentes, elle n’a  – peut être par prudence- recueilli, pour l’instant, aucun soutien « territorial ». Certes, personne, à Bourail, n’ignore la sympathie de la tête de liste pour le Rassemblement, mais le seul soutien aujourd’hui manifesté est celui de la maire sortante, Brigitte El Arbi. Son « apolitisme » demeure ainsi intact.

LES PROVINCIALES EN PERSPECTIVE
Deux choses sont sûres. D’abord, les nouveaux élus devront faire sortir de terre rapidement les projets promis. A défaut, toute élection à venir peut être le motif d’une sanction. Ensuite, incontestablement, et comme  dans toute commune, élus municipaux et moyens de la ville pourront peser, à la fois sur la satisfaction des administrés et sur leur opinion. Les prochaines provinciales devraient se dérouler dans un an exactement …