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JACQUES LALIÉ VA-T-IL ÊTRE EXCLU DE L’UNION CALÉDONIENNE ?


Tandis que le blocage du budget de la province des Iles Loyauté commence à porter ses effets auprès des administrés, Jacques Lalié traduit devant la Commission de Discipline de l’Union Calédonienne va connaître la sanction qui aura été recommandée par cette dernière lors du Comité directeur du parti, samedi prochain à Canala.
Pour rappel, il lui est reproché de s’être rendu à l’invitation de la Première ministre pour participer à la première réunion des partenaires à Paris, réunion faisant suite à la clôture des consultations d’autodétermination. L’UC avait prôné le boycott de cette réunion, mais Jacques Lalié s’y était rendu, selon lui, en qualité de président de l’institution province Iles, et parce qu’il avait donné sa parole au ministre Carenco lors de la venue de ce dernier sur le territoire.
Quel pourrait être la sanction infligée ?
En assemblée de province, la démission du président a été demandée par les élus UC qui lui sont hostiles. Et puis, la sanction pourrait avoir valeur d’exemple au sein d’un parti dont la génération vieillissante veut conserver les rênes.
Pourtant, Jacques Lalié a aussi des amis. Au moins ceux qui l’ont soutenu lors de la séance budgétaire. Mais au delà, l’homme sait se montrer habile dans un parcours indépendantiste aux multiples rebondissements ! Beaucoup ont oublié qu’il a d’abord été proche de Nidoishe Naisseline au sein du LKS, parti dont il avait été exclu en 1987. En 1989, il avait mené une liste conjointe avec le Front Uni de Libération Kanak aux élections provinciales. Devenu adhérent de l’UC en 1993, il conduira pourtant une liste dissidente UC Renouveau, concurrente de celle de l’UC menée par Neko Hnepeune en 2004. A la suite de cette incartade, il sera exclu de l’UC.
Ses diverses alliances passeront par une liste commune avec le Palika et le parti de Cono Hamu, ancien de la FCCI, aux provinciales de 2009. Finalement, à l’issue des élections provinciales de 2019, il se retrouvera président de la province Iles Loyauté. Une vraie performance.

Dans ce dédale d’amitiés tressées depuis des décennies au sein du monde indépendantiste des Iles, quel sera la sanction infligée à ce proche de Roch Wamytan ?

L’exclusion, à, théoriquement, un an du renouvellement des assemblées de province, viendrait perturber un peu plus l’influence de l’Union Calédonienne aux Iles. Mais tout autre verdict serait une marque de faiblesse.

On pourrait donc imaginer une demi-mesure, accompagnée d’une forme de repentance de Jacques Lalié, une sorte de rappel à la loi du parti. Le tout, accompagné de quelques gestes coutumiers et de promesses lesquelles, c’est bien connu dans le monde politique, n’engagent que ceux qui les reçoivent …

DIFFÉRENCIATION TERRITORIALE : C’EST LE CAS DE LA CALÉDONIE DEPUIS 1988 ?

Qu’est-ce que la différenciation territoriale ? Selon Jean-Philippe Derosier, juriste, spécialiste du droit constitutionnel, professeur de droit public à l’université de Lille, « La différenciation, c’est confier des compétences différentes à des collectivités territoriales de même niveau. Cette différenciation de pouvoir pose problème sur le plan constitutionnel puisqu’à catégorie de collectivité identique doivent correspondre des compétences identiques. La Constitution prévoit le principe d’égalité et d’indivisibilité de la République ».

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LA MÉTHODE DARMANIN

Les Calédoniens ont découvert un nouveau style : celui du ministre de l’Intérieur et de l’Outremer. Incontestablement, Gérald Darmanin a mis en oeuvre une méthode qui lui est particulière. Avec une déjà longue carrière politique, notamment chez les Républicains, à proximité de Nicolas Sarkozy et de Xavier Bertrand, l’ancien maire de Tourcoing fait plutôt dans l’humilité et l’efficace.

Il est vrai que le poste de l’Intérieur est particulièrement exposé. Il impose à la fois une prudence où chaque mot est pesé, parce que susceptible d’être décortiqué à charge par tout ce que la France compte d’opposition au pouvoir, élus et médias confondus. Une bonne expérience pour appréhender le casse-tête calédonien.

Pas de rodomontades avec Darmanin. Une écoute permanente, que ses interlocuteurs, à juste titre, assimilent à une marque de respect. Mais écouter, c’est aussi faire preuve d’humilité. Et même si ce mot est en permanence utilisé en Calédonie jusqu’à être galvaudé, sa pratique est appréciée. Surtout si elle l’est par un haut responsable du gouvernement de la République.

Pas de promesses ni de langue de bois, non plus. Sa position sur le « chèque » éventuel à la SLN résume bien la démarche. Il faut en même temps un projet. La France est bienveillante, mais elle n’est pas une vache à lait. Pas de langue de bois non plus sur les référendums ou les responsabilités à exercer par les élus locaux.

Une ouverture d’esprit enfin. Ne pas faire des tabous là où ils n’existent pas. Le droit à l’autodétermination, la souveraineté. Au-delà de la sémantique, la liberté de penser et de s’exprimer -dans les limites de l’acceptable, s’entend- est une des valeurs de la République.

Cette méthode lui permettra-t-elle une suite aussi réussie que sa visite ? Réponse dans les semaines à venir.

EN VOULANT IMPOSANT LE DRAPEAU KANAKY, L’UC CLIVE UN PEU PLUS LA CALÉDONIE

Déposée sans concertation particulière par le groupe UC/Nationalistes/FLNKS, la proposition de loi du pays relative au drapeau de la Nouvelle Calédonie ne manque pas de susciter des commentaires aussi bien dans les milieux politiques que civils. « De nos jours, indique le texte, doter un pays de son drapeau, c’est affirmer à la face du monde son identité propre, une identité forgée par l’originalité de son histoire et de son peuplement ». Or, d’une part, il s’agit d’un signe identitaire, et non des moindres, et d’autre part, comme le rappelle la proposition de loi elle-même, ce signe doit bien intégrer pour le territoire « l’originalité de son histoire et de son peuplement ». Impasse et contradictions.

VOULOIR IMPOSER SANS UN DÉBUT DE CONCERTATION

La méthode, d’abord est choquante parce qu’elle déroge aux règles de concertation que s’étaient fixées les partenaires des Accords de Matignon et de Nouméa. Or le sujet est sensible, bien davantage que les autres signes identitaires qui ont recueilli un consensus : les billets de banque, l’hymne ( !) ou encore la devise ( !!). Il ne s’agit pas de choisir un drapeau reflétant l’identité de la Nouvelle Calédonie prenant en compte son histoire et son peuplement, mais de faire droit au seul symbole de lutte du FLNKS pour tenter d’accéder à l’indépendance.

Le préambule de l’Accord de Nouméa, même s’il est aujourd’hui dépassé, stipule à ce sujet que les signes identitaires « devront être recherchés en commun pour exprimer l’identité kanak et le futur partagé entre tous ». La proposition de loi est unilatérale et exclut la notion de futur partagé entre tous. Imposer à une majorité qui a refusé l’indépendance de vivre sous le drapeau de Kanaky ne relève guère le principe de futur partagé.

UNE MAJORITÉ DES TROIS CINQUIÈMES EST REQUISE

Que dit la loi organique sur les signes identitaires ? Au chapitre consacré au compétences du Congrès, il est indiqué que celui-ci peut légiférer sur les signes identitaires. En revanche, l’article 5 indique que les votes dans cette matière doivent requérir la majorité des trois cinquièmes du Congrès. C’est-à-dire qu’au-delà d’une éventuelle combinaison indépendantistes/Eveil Océanien, la proposition de loi est vouée à l’échec.

LE DRAPEAU DES « AUTRES »

Pourtant, il est vrai que la Nouvelle Calédonie ne s’est dotée que d’un emblème, celui de l’identité kanak. Les « non-kanak », qui selon le nom du pays souverain défendu par les indépendantistes – Kanaky-Nouvelle Calédonie – sont les « Néo-Calédoniens » n’ont été capables, ni de faire valoir leur identité régionale française, ni l’emblème qui symbolise cette identité.

A défaut, déjà, pratiquement tous les organismes internationaux affichent, pour caractériser l’identité de la Nouvelle Calédonie, … l’emblème de l’identité kanak.

DARMANIN N’EST PAS LE PÈRE NOEL

Gérald Darmanin fait partie de ces ministres pétris d’expérience démocratique. Tout le contraire d’un certain nombre de responsables de la Macronie. Cela explique peut être sa progression fulgurante au sein des gouvernements successifs d’Emmanuel Macron.

L’ancien maire de Tourcoing a presque tout connu, au cours de son parcours politique. Issu d’un milieu modeste, tout autant qu’issu de l’immigration, il a été responsable chez les Républicains, chef de cabinet d’un ministre, porte parole de Nicolas Sarkozy ou encore directeur de campagne de Xavier Bertrand. Dans le gouvernement actuel, seuls quelques rares élus, comme Sébastien Lecornu, peuvent se prévaloir d’une telle expérience.

Au sein du gouvernement Borne, il exerce un portefeuille largement à risque. La sécurité des Français, l’immigration, et depuis peu, les Outre Mer. Excusez du peu.

Autant dire qu’avec la Nouvelle Calédonie dont il suit l’histoire depuis des années, il n’est pas étonnant qu’il affiche l’assurance d’un républicain, mais la prudence d’un élu madré par des années de combat, d’échecs, de succès.

Il connaît les enjeux. nationaux, ceux fixés par le président de la République. Il découvre, sur le terrain, les enjeux locaux. Les uns comme les autres doivent se conjuguer. Dans un rapport de force, puisque pouvoir, politique et gestion d’État sont assis sur des rapports de force.

Gérald Darmanin écoute beaucoup, au cours d’un séjour extrêmement long pour un ministre régalien. Il ne fera pas de promesse autre que celle inscrite dans le verdict démocratique des trois référendums. Sollicité par tous, comme cela est naturel, y compris sur des sujets qui relèvent strictement de la Nouvelle Calédonie en panne de gouvernance, il pourra mûrir sa réflexion sur la réalité -complexe- du terrain calédonien.

Parmi les problèmes qui assaillent le territoire en situation virtuelle de faillite, le paiement des salaires des employés de la SLN est le plus prégnant en raison de son urgence. Avec une approche simple, sans arrogance, sous des atours d’humilité, Gérald Darmanin écoute. Mais il n’a rien promis. Ainsi, pas de chèque sans certains conditions à la SLN, ni sans appel en responsabilité des autres actionnaires. Il en va de même pour les finances publiques calédoniennes, le Ruamm, la Santé, l’enseignement et tout le reste.

Gérald Darminin est un ministre de l’Intérieur et de l’Outre mer à l’écoute. Il prendra ses responsabilités en temps et en heure. Mais il n’est pas le Père Noël.

LES LOYALISTES SOUTIENNENT LA SLN

Dans un communiqué, les Loyalistes « tiennent   à apporter tout leur soutien aux employés de la SLN et les assure de leur entière mobilisation dans les différentes institutions pour agir à la préservation à long terme de l’outil industriel ».

« Au regard de la situation de l’ensemble des usines métallurgique, indique le communiqué, nous appelons à la constitution urgente des groupes de travail sur le nickel et la souveraineté énergétique afin qu’un plan puisse être défini dans les plus brefs délais »

Les Loyalistes « appellent les leaders indépendantistes à prendre conscience de l’urgence de la situation est à sortir du dogme idéologique d’une stratégie nickel qui vise à affaiblir la SLN au motif que pour eux elle ne serait pas une usine pays. Les salariés de Doniambo, poursuit le communiqué, et leurs familles ne doivent pas être les victimes d’une répression idéologique »

GEL DU CORPS ÉLECTORAL : C’EST À L’ÉTAT D’INTERVENIR POUR PIERRE FROGIER

Certains rappels sont intéressants pour rafraîchir les mémoires. Celui effectué par le Sénateur Pierre Frogier vendredi au micro de RRB visait le corps électoral, aujourd’hui gelé, et alors que le « dégel » est sur toutes les bouches. Avec des « pour » et des « contre », bien sûr.

Il est utile, pourtant, ainsi que l’a fait le Sénateur, de rappeler que l’Accord de Nouméa n’a ni été signé, ni été mis en œuvre avec un corps électoral « gelé » pour les élections provinciales. En 1998, c’est un corps « glissant » sur une période de 10 ans qui avait été adopté. En clair, tout citoyen français présent sur le territoire pendant 10 ans pouvait voter aux provinciales. Ce choix avait été opéré en estimant qu’au bout de 10 ans de présence, les intérêts moraux et matériels pouvaient être considérés comme établis sur le territoire.

C’est l’État, et l’État seul qui a pris la décision de revenir sur cette décision, et de geler le corps électoral par une modification constitutionnelle adoptée par le Parlement réuni en Congrès à Versailles en 2007.

Conclusion de Pierre Frogier : c’est l’État qui en est responsable, c’est à lui de remettre les choses en bon ordre. CQFD.

LE PALIKA DEMANDE UN RÉFÉRENDUM SUR L’INDÉPENDANCE AVEC PARTENARIAT

Le Palika a confirmé qu’il rencontrera le ministre de l’Intérieur et des Outre mer, Gérald Darmanin ainsi que le ministre délégué à l’Outre mer, Jean-François Carenco, lors de leur visite en Nouvelle Calédonie en fin de mois.

Le Parti de Libération Kanak veut toutefois limiter sa discussion à l’organisation d’un référendum sur l’indépendance en partenariat avec la France qui pourrait se situer dans une dizaine d’années, et qui se tiendrait après une « période de transition » s’étendant jusqu’en 2024.

Cette période permettrait, selon le Palika, d’examiner notamment les conditions dans lesquelles la Nouvelle Calédonie serait en mesure de subvenir à tous ses besoins, et d’étudier les partenariats qui pourraient être établis ou maintenus avec la France.

Cette position est sensiblement différente de celle de l’Union Calédonienne qui peut se résumer à une injonction : la pleine souveraineté accordée à la Nouvelle Calédonie en 2025, sans autre forme de procès.

INDÉPENDANCE EN 2025 : L’UC Y CROIT VRAIMENT ?

C’est un genre de procrastination politique et statutaire. Le FLNKS avait annoncé l’avènement de la pleine souveraineté par les « tops » en 1980, 81, 82, puis au début des événements, puis en 2014, puis avant chaque référendum. Finalement ce sera en 2025. Unilatéralement, bien entendu, mais avec tous les signataires de l’Accord de Nouméa, affirme Roch Wamytan …

A l’appui de cette nouvelle échéance, Daniel Goa suggère que si tel n’était pas le cas, ce serait de nature à remettre en cause les fondements de la paix en Nouvelle-Calédonie. Une saillie immédiatement condamnée par le Comité des Sages au sein duquel, -cela n’aura échappé à personne-, siègent aussi bien Marie-Claude Tjibaou que l’un des fondateurs du Palika, Elie Poigoune.

Tout cela s’appelle une fuite en avant. Incapable de séduire une majorité d’électeurs par un projet rassembleur, l’Union Calédonienne en est réduite à ce qui s’apparente à des incantations. Le tout, à présent, est de savoir si tous ses militants et ses sympathisants sont encore capables de croire à cette nième annonce.

Il va de soi que de plus en plus nombreux sont celles et ceux qui peuvent analyser cet objectif, y réfléchir et en estimer toutes les conséquences. Y compris dans le monde Kanak.

Sur le plan politique comme juridique, que la Nouvelle Calédonie accède à la pleine souveraineté en 2025 est tout simplement impossible.  Jusqu’à présent, tous les moyens, pour y parvenir, ont été mis en œuvre : la violence en 1984, la voie démocratique par les trois scrutins d’autodétermination supervisés par l’Onu. Une simple injonction de l’Union Calédonienne ne fera pas mieux.

La réalité, c’est qu’au-delà de l’affichage de cette nouvelle certitude, les responsables indépendantistes ont du mal à présenter la vérité à leurs supporters. La Nouvelle Calédonie n’est plus une colonie, la France est un État de droit, et les Nations Unies défendent des principes de liberté démocratique. Ce n’est pas le Groupe Fer de Lance qui pourra bousculer cette situation incontestable.

Dans le camp indépendantiste, dire la vérité induit une large part de renoncement. Mais cela comporte des risques. Pourtant, le « Top 2025 » n’est jamais qu’une façon de reculer pour mieux sauter. Or en 2025, la Nouvelle-Calédonie ne sera pas plus indépendante qu’aujourd’hui. Comment les ténors de l’Union Calédonienne l’annonceront-ils alors à leurs militants ?