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SONIA BACKES RÉPOND À DANIEL GOA

Dans une lettre courtoise mais ferme, Sonia Backes a adressé une réponse à Daniel Goa, le président de l’UC qui réclame le renvoi du Haut Commissaire et du général, et fustige notamment la présidente de la province Sud et le président du gouvernement.

Estimant que le président de l’Union Calédonienne se livre « à une entreprise de déstabilisation à quelques semaines du référendum« , elle conteste un à un l’ensemble de ses arguments et de ses accusations.

 » D’abord vous indiquez dans votre lettre ouverte que « tous les cas sont exogènes et venus de métropole ». C’est faux, le cas le plus durement touché était une femme kanak de retour du Moyen-Orient… » … »Ensuite vous parlez de « génocide » de l’Etat… Quel génocide ? Quels morts ?« … « Vous feignez ensuite la surprise en évoquant, outragé, l’arrivée des 62 militaires avant-hier. Rien de secret dans cette arrivée puisqu’elle est prévue depuis des semaines et validée par le vice-président du gouvernement, membre de votre parti politique, car leur arrivée respecte toutes les normes sanitaires fixées par la DASS (21jours de quarantaine stricte et test effectué à l’issue). »

L’Etat accusé de partialité ?  » Votre courrier est donc un tissu de mensonges mais vous le savez bien. Cette lettre ouverte n’a vocation qu’à une chose, et nous le savons vous et moi : faire paniquer l’Etat à l’idée que la communauté internationale puisse imaginer qu’il n’est pas neutre dans le processus d’autodétermination. »

Aller sur le terrain ?  » Nous avons nous aussi, et vous le savez bien, la capacité de le faire. Mais nous avons fait le choix de respecter la parole de Jacques Lafleur et de Jean-Marie Tjibaou, et de respecter les engagements qu’ils ont pris. D’aller au bout du processus de l’Accord de Nouméa quelles que soient les difficultés que nous rencontrons sur ce chemin ».

Le prochain référendum ? …  » nous avons gagné le premier référendum. Et nous avons bien l’intention de gagner le deuxième. »

L’enjeu de ce scrutin, pour l’Avenir en Confiance ? Voter Non , « pas pour un haut-commissaire ou un Premier ministre« , mais pour la France, et pour une certaine idée de la société calédonienne de demain :

« Une société calédonienne où il n’y a pas une ethnie au-dessus des autres. Où nous sommes tous égaux, en droits et en devoirs.
Une société où chacun, grâce à l’Education, a les mêmes chances de réussir.
Une société qui protège les plus fragiles.
Une société ouverte sur le monde où le racisme n’a pas sa place.
Une société où la justice est la même pour tous. Que l’on soit chef ou sujet. Puissant ou misérable.
Une société où chacun se respecte et respecte les autres
. »

Et Sonia Backes de conclure : « ce ne sont pas vos menaces et coups de menton qui nous feront dévier. On ne gouverne pas par la peur. On gouverne en respectant le peuple et sa volonté. C’est le principe même de la démocratie ».

Virginie Ruffenach, présidente du groupe « Avenir en Confiance » au Congrès, répond également à Daniel Goa, de même que Nicolas Metzdorf, leader de Générations NC. Pour les deux responsables politiques, la lettre ouverte du président de l’Union Calédonienne est une manœuvre politique qui s’inscrit dans la période précédant le référendum.

Mises en cause du Haussaire, du Général, de responsables loyalistes, de l’action de la France : l’UC en campagne référendaire ?

C’est un long réquisitoire, dans une lettre ouverte, auquel se livre le président de l’Union Calédonienne contre les affres du colonialisme, accusant l’Etat de « déloyauté » dans la préparation du référendum,  de manquement à sa parole, de contournement des règles sanitaires liées au Covid-19, dénigrant les conditions du prêt consenti de 28 milliards, pour finalement demander le renvoi du Haut-Commissaire, du général commandant les FANC, et la suspension de «  toutes les dérogations de vol en provenance de l’étranger et de Métropole tant que le corpus de lois prises dans le cadre de l’urgence sanitaire en métropole, ne soit retiré pour la Nouvelle-Calédonie. » Stratégie ?

CHARGES CONTRE L’ETAT, ET DONC LA FRANCE
Le président de l’UC remonte dans le temps pour évoquer les épidémies de grippe, « quasi génocide sanitaire« , les lois dites « Billotte » de 1969, puis la réunion de Nainvilles-les-Roches où « la parole donnée » aurait été ensuite  » bafouée et reprise dans le cadre du statut Lemoine. » (le statut mis en application en novembre 1985-ndlr).

Plus récemment, des militaires auraient transgressé les règles sanitaires d’arrivée ou de transit appliquées au commun des mortels. Conclusion, d’après le responsable indépendantiste :  » Ce Haut-commissaire et ce général doivent rendre des comptes publiquement et quitter notre Pays et qu’ils nous fassent grâce de leurs tromperies et de leurs mensonges lors de déclarations médiatiques sur nos médias pour apaiser les coutumiers et les calédoniens« .

LE RÉFÉRENDUM EN ARRIÈRE PLAN
La lettre ouverte est adressée aux « citoyens calédoniens », mais pas aux Calédoniens. Les citoyens, selon la définition de la loi, sont les électeurs admis à voter aux élections provinciales. Et par extension, aux référendums.

Le président de l’UC s’en prend aux représentants de l’Etat, les accusant d’une « véritable collusion avec les anti-indépendantistes. »

Il cite ainsi le Haut-Commissaire qui choisirait  » arbitrairement et illégalement »  » le Président du gouvernement et la Présidente de la Province Sud comme seuls interlocuteurs. » Cette dernière qui, visiblement, gêne les visées indépendantistes, est décrite comme un « activiste infatigable dans cette crise, pour promouvoir et vendre ce « front du NON » au référendum avec l’Etat qu’elle a pleinement associé et avec lequel, elle a trouvé une complicité inespérée pour mener sa campagne du « NON ».

Le Parquet n’est pas épargné.  » Ces derniers jours, c’est le Procureur de la République qui s’affichait publiquement et s’acoquinait triomphalement aux côtés de la présidente de la Province Sud« , évocation de l’interdiction d’errance des mineurs durant la nuit, présentée comme une « chasse à peine déguisée aux petits KANAK et Océaniens pour lutter contre la délinquance de notre jeunesse. »

DÉNIGRER L’ACTION DE LA FRANCE DANS LA CRISE SANITAIRE
Chacun le sait, aujourd’hui : sans la « solidarité nationale », en clair sans l’intervention de la France représentée par l’Etat, la Nouvelle-Calédonie ne pourrait pas faire face aux conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire. Cela pourrait-il faire réfléchir quelques électeurs dans la perspective du prochain référendum ?

En tout cas, l’Union Calédonienne estime qu’en accordant un prêt bonifié au territoire, l’Etat ne fait qu’une bonne affaire financière. Et que cette intervention ne relève que de « sa compétence régalienne en matière de monnaie crédit« …

Cet argument économique vient évidemment s’ajouter à ce qui serait une mise en danger sanitaire, par les représentants du même Etat, de la population locale, accusation évoquée précédemment.

REDITE SUR LA NÉGOCIATION DIRECTE AVEC L’ETAT
L’UC anticipe-t-elle sur un résultat défavorable des référendums d’autodétermination ? « L’Union Calédonienne ne s’interroge plus sur la nécessité de poursuivre le dialogue sur l’avenir politique de la Nouvelle-Calédonie avec un interlocuteur partisan et déloyal. Le temps est venu d’envisager une nouvelle stratégie politique dans le cadre uniquement d’une relation colonisé-colonisateur et à l’aboutissement à un résultat très rapidement dans le temps. »

QUELLES MOTIVATIONS POUR QUELS OBJECTIFS ?
Un certain nombre d’arguments avancés ne sont pas nouveaux. Les épidémies introduites, les lois « scélérates » Billotte, l’échec de Nainvilles-les-Roches, ont déjà contribué à alimenter la dialectique indépendantiste. Fustiger la France, et donc l’Etat, ne l’est pas non plus. La crise du Covid et la proximité du référendum, en revanche, constituent une actualité nouvelle, imprévue pour la situation sanitaire.

Cette dernière a mis en relief la fragilité de la Nouvelle-Calédonie devant son niveau de développement. A l’évidence, celui-ci ne pourrait être maintenu sans l’intervention de la France, au travers de facilités financières et d’aides directes.

A trois mois d’un scrutin au travers duquel les indépendantistes promettent que la Calédonie … ira mieux sans la France, cette situation est politiquement gênante.

L’Union Calédonienne est en campagne. Elle s’adresse donc aux électeurs, en tentant de démontrer que l’action de la France est négative en Calédonie, et en s’attaquant aux leaders loyalistes les plus éminents, en l’espèce la présidente de la province Sud et le président du gouvernement.

En annonçant, de surcroît, un « changement de stratégie » par une négociation directe avec « le colonisateur » pour accéder à l’indépendance, l’UC met deux fers au feu : tenter de consolider le résultat du premier référendum, et, en cas d’échec, faire fi du résultat du second -et probablement du troisième- scrutin.

Pour l’instant, favorable à une « indépendance an partenariat avec la France », le leader du Palika-Uni ne s’est pas associé à cette querelle.

L’AVENIR EN CONFIANCE : 1 AN DE RÉFORMES ET DE GESTION DE DIFFICULTÉS

C’était le 12 mai 2019. Un regroupement de 3 partis loyalistes, les Républicains Calédoniens, le Rassemblement et le Mouvement Populaire Calédonien, au sein d’une même structure baptisée « L’avenir en confiance », faisait mordre la poussière à l’ogre Calédonie Ensemble, omniprésent dans et hors institutions.

Le score était sans appel. Majorité absolue à la province Sud, seul représentant loyaliste en province Nord, un groupe important au Congrès. Dans la foulée, l’Avenir en Confiance « prenait » la province Sud en portant Sonia Backes à la présidence. Au gouvernement, à l’issue d’une prise de position de Philippe Germain, Thierry Santa était élu président.

Calédonie Ensemble, affaiblie par une chute sévère du nombre d’élus, subissait en outre le départ rapide de Nicolas Metzdorf et Nina Julié, pourtant réputés affidés de Philippe Gomes.

UN BILAN LARGEMENT POSITIF
Mais la victoire électorale n’est pas tout. Il fallait que les promesses de campagne suivent.

De ce point de vue, les réformes promises ont immédiatement été engagées. Un an après, force est de constater que le bilan est largement positif, aussi bien au gouvernement et au Congrès, qu’à la province Sud.

« COUVRE FEU » DES MINEURS ET INTERNAT D’EXCELLENCE POUR LES ÉLÈVES DÉFAVORISÉS
Cette dernière a, dès sa mise en place, embrayé sur le soutien à la sécurité, notamment en finançant les communes volontaires, en renforçant la sûreté dans les établissements scolaires, en créant un internat d’excellence. Dès le premier exercice budgétaire, la province, victime d’une clé de répartition devenue inéquitable, s’est acquittée de son engagement de réduire ses charges de fonctionnement, exercice toujours délicat. A l’issue de la première année, l’assemblée a approuvé la création de « bottle shops », synonyme de meilleur contrôle de la vente d’alcool, un renforcement de la lutte contre le marché noir d’alcool, mesures qui justifiaient la suppression de la vente d’alcool le week end.

Enfin, une mesure d’interdiction d’errance des mineurs la nuit est désormais appliquée, fruit d’un travail mené entre la province Sud et le Parquet. Une mesure que les administrés en quête de sécurité attendaient depuis des années.

ÉCONOMIE, RUAMM, BUDGET, CENTRALE ÉLECTRIQUE
Au gouvernement, le redressement économique, le rétablissement de l’équilibre des comptes sociaux et le retour à des équilibres budgétaires ont été les principaux dossiers de cette année écoulée.

Par la loi de Relance Economique, le modèle économique a été modifié. Plus de contrôle des marges des entreprises mais des mesures pour favoriser la concurrence, y compris en modernisant les moyens mis à la disposition des consommateurs comme l’application numérique « prix.nc ». Simplifications administratives, droit à l’erreur, numérisation des procédures, début de refonte des mesures excessives de protection de marché, ou encore, 4 milliards de remboursement anticipé aux entreprises « ponctionnées » lors de l’instauration de la TGC. Déjà un solide bilan.

Côté Ruamm, un calendrier a été adopté pour rétablir, les comptes du régime en situation de faillite. Les premières mesures de renflouement ont enfin été adoptées. Celles relatives à la réforme de la gouvernance devraient suivre. Là encore, la mise en œuvre de ce redressement était attendue depuis plusieurs années.

Pareil pour le budget, en profond déséquilibre en raison d’une optimisation excessive des recettes.

Enfin, la construction emblématique de la nouvelle centrale électrique de Doniambo (150 MW) a subi de profonds changements dans le sens d’une « verdisation ». Partie importante de production par un projet solaire, énergies renouvelables pour le reste, financement par le secteur privé plutôt que sur fonds publics. L’orientation écologique et financière de la production d’énergie va faire école.

DES CRISES À GÉRER
Enfin, côté épreuves, au baptême du pouvoir, l’Avenir en Confiance a connu, en un an, un échantillon particulièrement riche : des caisses quasiment vides, deux usines de nickel menacées de fermeture, et pour conclure cette première années aux responsabilités en province Sud et au gouvernement, une crise sanitaire et économique mondiale sans précédent !

De quoi tanner le cuir d’un jeune regroupement qui peut déjà afficher sur 8 grands engagements : « parole tenue ».

LE RÉFÉRENDUM
Et qui se prépare à affronter le second référendum d’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie dans une union des loyalistes que l’Avenir en Confiance a initié avec Générations NC, Tous Calédoniens et l’antenne du Rassemblement National en décembre dernier par la création du « front loyaliste ».

« LE MONDE POLITIQUE D’APRÈS » EST DÉJÀ … PIRE QUE « AVANT »

Si certains chantent qu’à l’issue de la crise du Covid, le « monde d’après » ne sera plus comme « le monde d’avant », il en est un qui peut  réfréner l’illusion : le monde politique.

Depuis le déconfinement progressif, les réunions et les débats politiques ont repris. On pourrait même dire : de plus belle !

CLIVAGES PROVINCIAUX
Premier constat : les clivages entre les provinces s’accentuent. On a vu déjà l’épisode des rentrées scolaires, on se souvient de la clé de répartition, on va jouer à présent l’acte <exportations de minerai de nickel pour sauvegarder la SLN et Vale NC>. Alors qu’il s’agit d’une question d’intérêt territorial, la province Nord monte déjà au créneau pour s’y opposer. Juste une question de doctrine et d’idéologie.

QUAND LA MAJORITÉ DIT BLEU, L’OPPOSITION DIT VERT
Dans les assemblée, l’orientation des débats est simple : quand la majorité dit bleu, l’opposition dit vert. C’est valable à l’assemblée de la province sud où Calédonie Ensemble s’est élevée contre l’Avenir en Confiance à propos des réformes concernant les conditions de vente d’alcool au motif que, bien entendu, avant c’était mieux. Sur le même sujet, le FLNKS trouve, lui, que la mesure ne traite pas le problème au fond, bien sûr. Quant à Générations NC, un peu d’opposition et un amendement sont utiles pour confirmer sa nouvelle existence.

Au Congrès, il faut saluer la belle unanimité pour … accepter une rallonge de 28 milliards. Mais le président du gouvernement n’a, par exemple, pas échappé aux critiques de l’inimitable Jacques Lalié sur la date du confinement, les conditions du confinement, et pour tout dire, sur le reste.

Bref, rien de nouveau dans le « monde d’après » politique. Peut être un zeste de tension supplémentaire, un peu plus de critiques, davantage d’opposition : le deuxième tour des municipales approche, le référendum se profile.

Ce n’est peut être pas pire. Mais ça y ressemble.

TRISTE ANNIVERSAIRE DE L’ACCORD DE NOUMEA : CLIVAGES PROFONDS, DESTINS DIVERGENTS

C’était le 5 mai 1998. Derrière les sourires, chacun imaginait « sa » solution pour 1,2 et 3 référendums à partir de la mandature de 2014. Mais déjà, l’extraordinaire contradiction était affichée, plutôt sereinement : un destin commun revendiqué haut et fort, et, au bout du chemin, … deux choix séparés totalement opposés, celui de la France, et celui de l’indépendance !

Vingt ans plus tard, cette contradiction a éclaté au grand jour au travers du premier référendum : dans le Nord et dans les Iles, près de 80% des électeurs veulent devenir indépendants, dans le Sud, 80% des électeurs veulent rester Français. Où est … le destin commun ?

Bien entendu, l’Accord de Nouméa, comme les Accords de Matignon, ne sont pas qu’un échec politique. Après les sanglants événements de 1984-1988, une longue période de paix s’est installée. Cette paix a permis un développement économique important, même si ces dernières années ont été marquées par un enlisement du territoire dans une crise.

Mais il n’empêche. Malgré les centaines de milliards déversés, la province des Iles vit toujours aux dépens du Sud, pourvoyeur de 92% des ressources fiscales calédoniennes, une province qui accueille la moitié de la population Ilienne. Le Nord, en revanche, a connu un développement notable grâce à l’usine de Koniambo. Son leader prône désormais une indépendance « en partenariat avec la France », tandis que son rival indépendantiste, majoritaire aux Iles, réclame une souveraineté sans partage.

L’Accord de Nouméa, avec son préambule aux accents lyriques, pouvait faire illusion sur un avenir commun et radieux. En 2024, il faudra, au contraire, constater les fractures irréductibles, les ambitions institutionnelles divergentes, sur fond encore plus clivant de corps électoral. Joyeux anniversaire.

CONTRE LE HAUSSAIRE ET L’ÉTAT FRANÇAIS : DÉRAPAGES DE L’UC OU PRÉPARATION DU RÉFÉRENDUM ?

Apparemment, l’Union Calédonienne ne supporte plus le Haut Commissaire ni l’Etat français. Rien de très anormal, cependant, pour un parti indépendantiste plus radical que le Palika, et pour qui la France représente toujours la puissance coloniale.
La dernière déclaration d’un haut responsable du parti laisse cependant perplexe.

L’ETAT AURAIT ACCAPARÉ LES COMPÉTENCES SANITAIRES LOCALES
L’adaptation des mesures d’urgence nationales à la Nouvelle Calédonie est considérée comme un « accaparement des compétences sanitaires de la Nouvelle-Calédonie par l’Etat« . Comme si les autorités locales, -et même certaines autorités coutumières- n’avaient pris aucune décision et n’en prenaient aucune  pendant cette période de crise ! Cette accusation est d’autant plus excessive que la Nouvelle Calédonie … n’est pas indépendante. Un recours a été déposé. Le Conseil d’Etat dira le droit. Mais en pleine crise, plutôt que des conflits juridiques, l’efficacité ne serait-il pas le critère essentiel ?

En revanche, aucune protestation quand il s’agit de recevoir les subsides et les prêts bonifiés et avantageux qui sont accordés par cet Etat « accapareur ».

UN CLIVAGE DE PLUS EN PLUS PROFOND
La crise du Covid, qui ne met nullement « en exergue le nationalisme calédonien à travers son gouvernement collégial« , comme l’affirme l’UC, montre au contraire le clivage de plus en plus profond entre les provinces indépendantistes nord et Iles, et la province Sud. Le « destin commun » se délite un peu plus chaque jour.

UNE REMOBILISATION POUR LE RÉFÉRENDUM
En revanche, pour tout observateur attentif, l’UC, en attaquant l’Etat et ses représentants, est en campagne référendaire. C’est qu’en effet, l’Union Calédonienne souhaite que la consultation ait bien lieu le 6 septembre prochain.

Dans ces conditions, le parti estime probablement qu’il doit retrouver une dialectique et une tactique agressives à l’égard de la « puissance administrante ». Or, une campagne au cours de laquelle apparaitrait trop évident le véritable sauvetage de la Calédonie par la France pourrait faire pâlir certaines ardeurs séparatistes …

LE COUP DE GUEULE DE SONIA BACKES

Dans le tohu bohu généré par les prises de position et les déclarations intempestives du Sénat coutumier, du président de l’UC et des élus indépendantistes du gouvernement, Sonia Backes « condamne avec fermeté » les propos des uns et des autres.

Dans un communiqué très ferme, la présidente de la province Sud demande à chacun de rester à sa place. Des réponses à cette réponse vont certainement affluer. Mais Sonia Backes exprime sûrement ce qu’une majorité de Calédoniens pense et ressent de la politique dans un climat sanitaire et économique déjà fortement perturbé par la crise du Covid-19.

SECOND TOUR DES MUNICIPALES EN OCTOBRE OU APRÈS ?

Initialement envisagé pour le mois de juin, il ne fait guère de doute que le second tour les élections municipales sera reporté au delà.

Le Premier ministre s’est exprimé sur ce sujet : « La loi qui a été adoptée par le Parlement, dite du 23 mars, prévoit que la décision d’organiser ou non le deuxième tour des élections le 21 juin sera prise le 23 mai, à l’issue d’un rapport qui permettra de dire s’il est possible de l’organiser à cette date. Si ce n’est pas possible, alors il faudra décaler les élections en octobre ou après ».

La question avait déjà été évoqué en cercle restreint par le Président de la République (lire notre article « Toute l’actualité « Covid-19″ de ce jour »).

Au cas où la situation en Nouvelle-Calédonie serait proche de la normale dans les prochaines semaines, est-il envisageable que le territoire soit soumis à un régime différent ? Peu probable, certainement, compte tenu des risques sanitaires que cela représenterait pour la population, en l’absence, au minimum, des « prérequis » nécessaires à la sortie du déconfinement.

MUNICIPALES : CE QUI PEUT CHANGER EN CALÉDONIE

Tandis que les derniers meetings de la campagne pour les municipales se tiennent un peut partout en Calédonie, les 234 listes de candidat vont-elles provoquer des changements profonds ? Probablement pas. Mais si les majorités, dans la plupart des communes les plus importantes ont peu de risque de basculer, les effets politiques des partis affichés ne seront pas négligeables.

C’est d’abord l’Avenir en Confiance qui va faire son entrée, au minimum dans l’agglomération où les maires en place semblent implantés sur une solide base électorale. Peu de pronostics donnent en effet Sonia Lagarde, Georges Naturel, Eddie Lecourieux ou Willy Gatuhau battus. Ils vont naturellement bénéficier de « la prime au sortant », forts d’un bilan qui, d’une manière générale, apparaît positif pour une grande partie des électeurs.

Face à eux, des listes de dernière minute comme à chaque élection, mais surtout des listes émanant de partis politiques en place, ou de partis politiques récents. Calédonie Ensemble, Générations NC et l’Eveil Océanien en font évidemment partie. Ils peuvent sortir renforcés ou affaiblis de cette épreuve.

En Brousse, c’est évidemment le scrutin de la Foa qui retient l’attention. Au travers du nom des listes, c’est évidemment un choc entre Calédonie Ensemble et l’Avenir en Confiance qui se dessine, avec le leader de Générations NC en outsider. Symboliquement, la Foa représente le creuset du parcours politique de Philippe Gomes. Une défaite, après celle des provinciales, serait un coup terrible pour son parti. Une victoire, en revanche, montrerait le maintien d’un implantation locale, même affaiblie.

L’île des Pins est une petite commune par la taille, mais grande par sa renommée, et par celle du Grand Chef Hilarion Vendegou récemment décédé. A Kunié, les majorités se sont déjà faites et défaites, l’habileté et l’autorité de feu le Grand Chef avaient fait le reste. Le changement possible ne passerait pas inaperçu.

Chez les indépendantistes, dans plusieurs communes comme Hienghène, Poindimié, Canala ou encore Pouembout, ce n’est pas la fête. Les rivalités entre l’Union Calédonienne et le Palika sont la braise qui couve sous les cendres. Les candidats officiels sont en outre doublés par des candidats dissidents, comme à Pouembout ou à Hienghène. Ces oppositions risquent de laisser des traces, y compris pour la capacité de mobilisation au second référendum.

Au total, les élections de dimanche n’apporteront pas de bouleversement en vue dans la gestion des communes. Mais paradoxalement, des conséquences politiques sont probables. Dimanche soir.

A LA FOA, LIONNEL BRINON FACE À LA PLACE FORTE DE CALÉDONIE ENSEMBLE

La liste la Foa pour Tous, qui affiche le soutien de Sonia Backès et de Thierry Santa

C’est un leader modeste, et pourtant débordant d’ambition pour La Foa. Ingénieur, élu du groupe Avenir en Confiance de la province Sud, conseiller municipal sortant, il a constitué une liste d’union, préférant fédérer les bonnes volontés. « Nous avons souhaité regrouper des candidats de 3 listes de 2014 : moi même, tête de liste de l’Avenir en Confiance, également la seconde de la liste de Monsieur Barbançon, Lydie Poiwi qui nous a rejoint et qui est en deuxième position sur notre liste, et également Jean Paul Paarua qui lui même était tête de liste Rassemblement en 2014. On a préféré regrouper les compétences, regrouper les énergies, plutôt que de les diviser afin de présenter une liste aux couleurs de La Foa ».

Le programme proposé aux habitants de La Foa par la liste « La Foa pour tous » est dense. Sécurité avec l’installation de caméras, d’une fourrière et la création d’une police municipale, équipements avec aussi bien une gare routière et une morgue municipale, poursuite de l’assainissement et des adductions, reboisement du littoral ou encore création d’une grande fête rurale annuelle. Il fit aussi appel à l’innovation comme pour le projet d’alimentation en eau de la zone de Lebris avec une unité de dessalement alimentée par électricité photovoltaïque.

Or, la Foa, chacun le sait, est le berceau politique de Philippe Gomes, et depuis la fin des années 80, la place forte symbolique du leader de Calédonie Ensemble. Incontestablement, l’affaiblissement de ce parti aux dernières élections provinciales a été ressenti jusqu’à cette commune. Les municipales constituent par conséquent un test politique.

Un premier choc va donc se produire le 15 mars prochain, entre la liste de Marielle Keletaona qui gère la ville depuis de nombreuses années, et celle emmenée par Lionnel Brinon. L’issue en est encore incertaine, mais il ne fait pas de doute que les administrés seront sensibles au fait que l’Avenir en Confiance est désormais le parti aux commandes de la province Sud …