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LA COMPOSITION DÉFINITIVE DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE

Les groupes composant l’Assemblée Nationale ont officiellement été déposés ce mercredi, et la composition est désormais connue, avant notamment la désignation du président de la très convoitée Commission des Finances.

Pour connaître cette composition, il suffit de cliquer sur l’image, puis de faire glisser votre curseur sur les couleurs.

Le groupe Renaissance est le plus important avec 168 membres et 4 apparentés. Avec les 48 membres du groupe Démocrate (Modem et Indépendants), ainsi que les 28 membres d’Horizons et les deux apparentés, cela fait 250 députés dans la majorité présidentielle, à 49 sièges de la majorité absolue.

À gauche, 151 parlementaires se trouvent dans des groupes se revendiquant de la Nupes, chacun ayant accolé le nom de l’intergroupe à son intitulé de groupe. Dans le détail, ce sont 75 députés pour le groupe LFI, 27 socialistes et 4 apparentés, 23 écologistes et 22 dans le groupe Gauche démocrate et républicaine, qui regroupe notamment les communistes.

Les 59 LR qui ont résisté lors des législatives forment un groupe en intégrant trois apparentés. Ils étaient 101 à la fin de la précédente législature. Quant au RN, il se retrouve désormais avec un imposant groupe politique de 88 membres et un apparenté. Reste le groupe Liberté, indépendants, outre-mer et territoires (Liot), qui prend le relais de Libertés et Territoires, avec 16 membres.  9 députés siégeront en tant que non-inscrits.

GROUPE RASSEMBLEMENT/LR-RN À LA PROVINCE SUD

Un nouveau groupe d’élus a été constitué au sein de l’Assemblée de la Province sud par le Rassemblement/Les Républicains et le Rassemblement National. Intitulé « Agissons pour le Sud », ce groupe a été mis en place par des élus qui ne se revendiquent pas de la majorité présidentielle.

Les élus appartiennent à des mouvements politiques, l’un au parti national Les Républicains, l’autre au Rassemblement National. Tous étaient antérieurement membres de l’Avenir en Confiance avec notamment les Républicains Calédoniens et le Mouvement Populaire Calédonien.

La constitution d’un groupe aussi bien au Congrès qu’à l’Assemblée de la Province sud donne accès à des moyens de fonctionnement.

LA SUCCESSION D’ÉCHECS EXPLIQUE LA RADICALITÉ DU DISCOURS INDÉPENDANTISTE

Quand dans l’action, vous avez échoué, il ne reste plus que la parole. Celle-ci, utilisée par un certain nombre de responsables indépendantistes, devient plus radicale, et parfois sombre dans l’outrance. L’explication : le verbe devient peu à peu le seul outil pour combler la désillusion d’une base électorale lassée des promesses non tenues, et confrontée à la réalité quotidienne.

Comparer la Nouvelle Calédonie à l’Ukraine et la France à la Russie de Poutine, ou affirmer à un Calédonien qu’il n’est pas chez lui … en Calédonie, ce sont des exemples saillants de paroles radicale ou outrancière qui sont suscité bien des commentaires ces dernières semaines. Cette surenchère dans la radicalité traduit en réalité un constat de faiblesse, généré par des échecs ou des déconvenues qui se sont succédés depuis deux ans pour les indépendantistes.

Cela a commencé avec l’appel à la violence pour contester la reprise de l’usine du sud par un groupe d’investisseurs comprenant notamment Trafigura. Dans cette affaire, les indépendantistes, arguant d’une prétendue « doctrine nickel » développée par la province Nord, ont juré à leurs militants que jamais cette reprise ne se ferait en dehors d’une prise de contrôle par la Sofinor et un partenaire coréen. Echec. Est ensuite survenue la chute du gouvernement Santa, provoquée par la démission des élus indépendantistes du gouvernement. Résultat : une lutte fratricide entre l’UC et le Palika pour obtenir la présidence, et 6 mois de vide institutionnel.

La suite a été apportée par le Covid. Contraints et forcés, les indépendantistes ont du solliciter le soutien de la France, pour les vaccins, les personnels médicaux, et les finances publiques. Un cruel aveu de dépendance pour ceux qui claironnent que la Calédonie peut se passer de « la puissance coloniale ».

S’ajoute à cela l’échec aux trois référendums. Une progression, un résultat meilleur qu’espéré, ne font pas une victoire. Par trois fois, et dans le cadre d’une consultation régulière et démocratique surveillée et validée, non seulement par des magistrats français, mais également par des observateurs de l’Onu, les électeurs de Nouvelle Calédonie ont affirmé leur choix de maintenir la Nouvelle Calédonie dans la République.

Les affirmations des leaders indépendantistes sur l’illégalité du troisième scrutin réputé nul et non avenu n’ont guère connu de suite. Le « deuil kanak » d’une année, annoncé par eux, a provoqué des interrogations sur leur respect de la coutume, et pris l’aspect d’une pantomine quand récemment, et à l’occasion des élections législatives, il a été « levé », démontrant une opération de manipulation médiatico-politique.

Enfin, last but not least, participant aux élections législatives, les indépendantistes ont présenté cette élection comme un 4e tour de la série des référendums. Or, dans un scrutin régulier et transparent, les chiffres globaux ont confirmé que le nombre l’électeurs indépendantistes est inférieur au nombre d’électeurs non-indépendantistes.

Que reste-t-il alors ? Réponse : la radicalité de la parole, voire de la posture.

La vraie question qui se pose à des leaders vieillissants, en place depuis plusieurs décennies, réside dans le nombre considérable d’abstentionnistes séparatistes enregistrés le 19 juin, lors du second tour des législatives. Les indépendantistes de la génération des 45 ans, qui n’a connu ni les événements, ni les premiers accords, n’aspire-t-elle pas à un renouvellement des cadres pour que la politique s’ajuste aux vrais combats d’aujourd’hui ? Au delà des slogans qui deviennent de plus en plus creux, l’emploi, la santé, l’avenir des enfants, la lutte contre les inégalités ont envahi le quotidien des familles pour lesquelles l’indépendance n’est peut-être plus vraiment la solution miracle. 

LA POLYNÉSIE SERA INDÉPENDANTISTE À L’ASSEMBLÉE NATIONALE

Le parti majoritaire en Polynésie s’est réveillé avec une drôle de gueule de bois lundi dernier. Les trois circonscriptions législatives ont été gagnées par le Tavini, parti indépendantiste mené par Oscar Temaru ! La représentation de la Polynésie sera donc installée au sein de la Nupes et s’inscrira dans l’opposition au Président de la République.

Ce dernier, qui avait rendu visite au territoire en 2020, avait alors largement ouvert la bourse de l’État par des interventions financières importantes. Celles-ci étaient motivées par la crise du Covid et la solidarité nationale.

En retour, le Palais Bourbon n’aura qu’une version favorable à l’indépendance de la Polynésie dans les rangs des députés. Une revendication qui aura désormais, et pendant 5 ans, une résonnance nationale. Quant aux trois députés indépendantistes, ils participeront avec leurs collègues aux attaques contre la majorité présidentielle, et aux mises en cause du gouvernement qui seront permanentes. 

De quoi peut être convaincre le puissant ministère des Finances que dépenser l’argent des contribuables français dans l’archipel paradisiaque n’a qu’un effet : renforcer le sentiment des Polynésiens qu’il faut se séparer de la France …

JEAN-LUC MÉLENCHON NE SERA PAS PREMIER MINISTRE

« J’attendrai lundi matin le coup de fil du Président de la République« . Jean-Luc Mélenchon ne recevra donc pas un appel d’Emmanuel Macron pour lui demander d’accepter d’être Premier ministre. La campagne de communication du patron de la France Insoumise se clôt, sur ce chapitre, avec l’annonce des résultats aux élections législatives.

Jean-Luc Mélenchon enregistre en revanche un bond de son parti sur les bancs du Palais Bourbon, mais ce succès est quelque peu gâché par la surprise du Rassemblement National qu’aucun institut de sondage n’avait prévu.

De son côté, Elisabeth Borne devra probablement céder la place à une personnalité susceptible de trouver des majorités à l’Assemblée Nationale pour faire passer les projets du gouvernement. Ce dernier va être remanié rapidement, à la fois pour tenir compte de l’échec de plusieurs de ses membres, et d’autre part afin de préparer une nouvelle stratégie imposée par l’absence de majorité absolue du parti présidentiel.

LES GRANDS BATTUS DU SCRUTIN

Après la Secrétaire d’Etat Justine Benin en Guadeloupe, la majorité présidentielle enregistre de nouvelles défaites avec celles de Richard Ferrand, le président de l’Assemblée Nationale, de Christophe Castaner, chef du groupe Larem à l’Assemblée, d’Amélie de Montchalin, ministre de la Transition Ecologique et Brigitte Bourguignon, ministre de la Santé.

En revanche, l’ancien ministre de la Santé, Olivier Véran, actuel ministre chargé des relations avec le Parlement, a été réélu, de même que Gérald Darmanin, Eric Woerth, Elisabeth Borne, la Première ministre, Damien Abad, ministre en charge du handicap.

Eric Ciotti a été réélu dans les Alpes Maritimes, et Fabien Roussel du Parti communiste a été réélu dans le Nord.

Selon Gabriel Attal, ancien porte-parole du gouvernement, et dont la voix traduit probablement le sentiment du Président de la République, « Il faut être prudent, car ce sont des résultats préliminaires (…) Ce qui se dessine est une situation assez inédite qui va nous imposer de dépasser nos clivages« .

SÉISME : PERTE DE MAJORITÉ POUR MACRON ET PERCÉE DU RN

Ce n’est pas la proportionnelle, mais c’est tout comme. Les Français ont décidé de ne pas accorder de majorité absolue à Emmanuel Macron … tout en portant le Rassemblement National à un niveau historique dans la 5e République. Certes, la Nupes requinque la Gauche, et La France Insoumise sera probablement le premier parti d’opposition. Mais la percée du parti de Marine le Pen occulte quelque peu le succès du regroupement imaginé par Jean-Luc Mélenchon.

Les résultats provisoires donnent ainsi :

  • 224 sièges à la majorité présidentielle
  • 149 sièges à la Nupes
  • 89 sièges au Rassemblement National
  • 78 sièges à LR/UDI
  • 21 sièges aux divers gauches
  • Le solde répartis entre d’autres divers courants.

Ces chiffres ne sont pas définitifs et seront remplacés par les chiffres officiels du Ministère de l’Intérieur.

CARTON PLEIN POUR LA MAJORITÉ PRÉSIDENTIELLE EN CALÉDONIE

Dans un scrutin marqué par une forte abstention, les élections législatives en Nouvelle Calédonie ont été favorables aux candidats de « Ensemble pour la majorité présidentielle ». Dans la première circonscription (Nouméa, Île des Pins, Iles Loyauté), Philippe Dunoyer, député sortant et dont Naia Wateou est la suppléante, l’emporte largement sur Walisaune Wahetra avec 66% contre 34% à l’élue indépendantiste. Dans la seconde, on attendait un score plus serré entre le candidat « Ensemble » et celui du FLNKS. L’écart s’est révélé plus important que prévu entre Nicolas Metzdorf et Gérard Régnier : 55% pour le premier, 45% pour le second.

Si l’abstention a affecté les électorats des deux grands blocs politiques, il apparaît qu’en dehors de fiefs avérés comme Canala ou Belep, la mobilisation des indépendantistes n’a pas été maximale. Même constat aux Iles loyauté où, en dépit d’un score honorable, Wali Wahetra aurait du recueillir une participation plus élevée d’un électorat indépendantiste à pratiquement … 100% !

S’agit-il d’une lassitude des électeurs, appelés à une non-participation au troisième référendum en décembre dernier, puis à une participation à des élections pour élire … un membre du Parlement français, après des discours incendiaires contre « la puissance coloniale » comparée à « Poutine », la Calédonie étant évidemment assimilée à l’Ukraine ? Les rivalités entre l’Union Calédonienne et le Palika qui ont connu un paroxysme lors de l’élection du président du gouvernement l’an dernier ont-elles laissé des traces ? Une certaine partie de l’électorat indépendantiste se lasse-t-elle des promesses de plus en plus radicales de leurs leaders, promesses trop souvent sans lendemain ?

Côté loyaliste, la satisfaction peut provenir, non seulement du succès électoral, mais aussi par le fait que ce succès a été bâti sur l’union de forces anti-indépendantistes parfois rivales jusqu’alors. Une sorte de confirmation que la mouvance non-indépendantiste est quant à elle lassée des divisions et de la manifestation des égos.

En tout cas, après les 3 référendums d’autodétermination, ces élections législatives annoncent un répit dans ce tourbillon de scrutins qui mobilisent les Calédoniens depuis plusieurs années. Et même si les indépendantistes s’arc-boutent sur la dialectique de la discussion bilatérale avec le « colonisateur », et sur celle de l’inévitable accession à l’indépendance de la Nouvelle Calédonie, il n’empêche qu’ils viennent d’essuyer un nouvel échec qui pourrait modifier les rapports des forces en présence.

LES INDÉPENDANTISTES MOBILISENT. Peuvent-ils gagner dimanche ?

Celles et ceux qui pensent qu’une élection est jouée avant le résultat du scrutin s’exposent souvent à de cruelles surprises. En axant leur campagne sur l’appel à participer au scrutin de dimanche prochain, les candidats du camp non-indépendantiste comme du camp indépendantiste ne s’y trompent pas : les élus seront connus dimanche soir et pas avant !

Dans les deux circonscriptions, tout est possible en effet. Philippe Dunoyer, dans la 1ère et Nicolas Metzdorf, dans la seconde, ont quelques longueurs d’avance au premier tour. Mais les réserves d’abstentionnistes sont telles que les indépendantistes peuvent « renverser » la table.

Ainsi, les formalités de procuration battent leur plein. Les Iles Loyauté, largement consommatrices de cette procédure, vont probablement connaître dimanche un pic de mandataires.

Ainsi, que Wali Wahetra parvienne à mobiliser la quasi-totalité des électeurs des Iles, ainsi que des quartiers populaires de Nouméa, et qu’au contraire, les électeurs non-indépendantistes continuent à bouder les urnes, et la candidate du Palika pourrait alors siéger au Palais Bourbon.

Dans la seconde, les élections de 2017 ont mobilisé, au second tour, plus de 12.000 électeurs indépendantistes au bénéfice de Louis Mapou ! Il avait donc fallu une mobilisation maximale des non-indépendantistes pour éviter qu’un indépendantiste représente partiellement la Nouvelle Calédonie à l’Assemblée nationale.

Dans ces conditions, tout appel à l’abstention conduit à favoriser un candidat plutôt qu’un autre. D’ailleurs, aucune consigne de cette nature n’a été enregistrée du côté indépendantiste …

SENAT COUTUMIER : LE DEUIL À GÉOMÉTRIE VARIABLE

En « pays kanak », ainsi que le décrit Dominique Bretteville dans son ouvrage de chercheur « L’os et le souffle – Protocole des valeurs intimes chez les Paimboas (tribu de Kaaka-Gomen Ndlr) », décréter le deuil est un acte cérémoniel intime, soumis à des préséances, conduits par des maîtres de cérémonie lesquels déterminent également le temps de la levée du deuil.

En décidant unilatéralement un deuil pour une durée d’un an peu avant le référendum de décembre 2021, le Sénat coutumier ne semblait guère légitime pour un tel acte. En édictant une levée de deuil alors que les élections législatives requièrent cette fois la participation électorale des indépendantistes kanak, le Sénat met en relief ce qui apparaît clairement comme une manoeuvre à caractère politique.

Au reste, ces différentes prises de décision n’ont guère eu d’influence sur le cours des choses pour ce qui relève de la seule décision des clans, et des maîtres de cérémonie.