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RÉFORME DAVANTAGE QUE POUVOIR : L’ENJEU DU PROCHAIN GOUVERNEMENT CALÉDONIEN avec les dangers qui guettent les régimes sociaux et l’économie

En dépit des analyses plutôt rassurantes des organismes officiels sur l’année 2016, la Nouvelle-Calédonie poursuit son mouvement d’enlisement économique et social. En réalité, tous les voyants sont au rouge ou à l’orange : les comptes sociaux, l’emploi, l’économie et donc les recettes fiscales. Sans réforme forcément douloureuse, point de salut. Ce devrait être l’agenda prioritaire du prochain gouvernement. Exigences.

PROCÉDURE D’ALERTE À LA CAFAT ?
Alors que la Cafat ne se rend guère populaire en effectuant des contrôles ostensibles –et malvenus- au premier jour de la Foire de Bourail, ses responsables se demandent si « les politiques » auront le courage de mener les réformes susceptibles d’éviter la faillite du système. Faillite, le terme est approprié. « Ce serait le cas d’une entreprise privée au regard des dettes, de l’impasse de trésorerie et d’absences de perspectives de redressement », déclare ce haut responsable de la Caisse. De fait, la barque est en train de couler : 15 milliards de dettes du Ruamm, un besoin de trésorerie, pour tout juste les dépenses immédiates, de 2 milliards avant la fin de l’année, tous les régimes en déficit structurels à l’exception du régime de retraite. Si les commissaires aux comptes ne lancent pas une « procédure d’alerte », ils pourraient eux-mêmes endosser une part de responsabilité.

A cette situation, point de potion miracle. Juste un remède de cheval, tant les dérives se sont accumulées. Pour éviter la faillite, il conviendra de manier à la fois la réduction des dépenses –les prestations et le train de vie de l’organisme-, et l’augmentation des recettes –prélèvements obligatoires et concours publics-.

TOUTES LES RECETTES FISCALES ENGLOUTIES EN 2030
Mais il n’en va pas que de la Cafat, car les « régimes sociaux » couvrent un champ bien plus vaste : les allocations de solidarité, le plan handicap, les retraites de solidarité, les aides sociales notamment.

Au total, au rythme actuel de la croissance des dépenses, l’ensemble des recettes fiscales de la Nouvelle-Calédonie en 2030 suffira à peine à combler les déficits de l’ensemble de ces régimes, Cafat comprise, bien entendu !

C’EST L’ENTREPRISE QUI CRÉE LA RICHESSE D’UN PAYS
Quant à l’emploi privé, il a entrepris une réduction inquiétante. Dans ce contexte, parler d’une « compensation » par la création d’emplois publics relève d’une farce. Dans un bateau qui fait l’eau, c’est simplement y rajouter l’eau des citernes de la cuisine !

Car en Calédonie comme dans tous les pays du monde, c’est l’entreprise dans une économie de croissance qui crée la richesse. Les services publics, les institutions et les régimes sociaux ne font que vivre de cette richesse.

L’enjeu, pour les mois et les années qui viennent, n’est donc pas seulement la réduction des dépenses. Il est également et surtout, la stabilisation puis l’augmentation des recettes. Or celles-ci ne peuvent croitre d’un secteur pour l’essentiel exsangue, au risque de le tuer. En clair, augmenter les impôts pour augmenter les recettes serait économiquement suicidaire.

L’URGENCE : REDONNER DU SOUFFLE AUX ENTREPRISES
Redonner de la vigueur aux PME ainsi qu’aux grandes entreprises locales, puisque la mine et la métallurgie sont entrées dans un cycle incertain de crise, est l’unique solution pour éviter le naufrage de la Nouvelle-Calédonie. Révisions de la fiscalité, simplifications administratives, soutien des pouvoirs publics et de leurs services aux entreprises, innovations y compris dans des secteurs porteurs déjà en place comme le tourisme, ce sont les réformes à conduire.

D’ailleurs, sans les 160 milliards transférés annuellement par la métropole, véritable « amortisseur » de crise spécifique au Pacifique français, les Calédoniens seraient depuis plusieurs mois dans la tourmente.

Mais à présent, « l’amortisseur » n’est plus qu’un « ralentisseur » tellement l’urgence est prégnante. Assurément, le prochain gouvernement local aura du pain sur la planche.

ÉTAT FÉDÉRAL CALÉDONIEN : LES OBSTACLES à l’hypothèse développée par Urvoas

Après avoir été battu par une candidate La République en Marche aux dernières élections législatives, Jean-Jacques Urvoas, ancien Garde des Sceaux, député pendant 10 ans, élu dont la réputation de sérieux est associée à sa compétence de juriste –Il est Maitre de Conférence à l’Université de Bretagne Occidentale-, est venu plusieurs fois en Nouvelle-Calédonie. Sa publication, dans le Club des Juristes, intitulée : « État Associé ou Fédéré, des pistes pour l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie » suscite beaucoup de commentaires. Commentaire supplémentaire.

CHRISTNACHT, URVOAS ET … LATASTE
En « spécialité Nouvelle-Calédonie », il y a l’ancien et le nouveau. L’ancien, c’est évidemment Alain Christnacht qui a vécu en direct les événements » de 1984 et la genèse des statuts révolutionnaires qui ont suivi. Le nouveau, c’est, semble-t-il, Jean Jacques Urvoas. Tous deux se prévalent d’une pensée rocardienne, mais Urvoas, lorsqu’il avait remplacé Taubira Place Vendôme, avait « viré » Christnacht, directeur de Cabinet de cette dernière …

Enfin, ce serait une erreur d’oublier un autre grand connaisseur de l’histoire récente du territoire, ancien directeur de Cabinet du ministre de l’Outre-mer comme Alain Christnacht lors des périodes « chaudes » : Thierry Lataste. Hors ses fonctions de Haut-Commissaire, il a, de manière constante, été en prise directe avec le dossier calédonien : en qualité de directeur de Cabinet du ministre de l’Intérieur puis en qualité de directeur de Cabinet du Président de la République !

L’autre différence, c’est que lui … est en poste sur le lieu du débat, et, semble-t-il, pour une longue séquence !

ÉTAT ASSOCIÉ ET ÉTAT FÉDÉRAL
Pour Jean-Jacques Urvoas, la solution institutionnelle répondant aux querelles calédoniennes repose dans deux concepts : l’Etat associé, et l’Etat fédéré.

Il ne retient guère la solution « Etat associé », à la fois pour des difficultés constitutionnelles, mais surtout parce que le territoire devrait passer par la case «indépendance » avant tout contrat d’association. D’où les incertitudes et les inquiétudes suscitées par les décisions futures –et par définition imprévisibles- de l’Etat souverain calédonien. Exit donc l’Etat associé.

L’ancien ministre de la Justice penche donc pour l’Etat fédéré. Avantage incontestable : la Nouvelle-Calédonie devient un Etat sans être indépendante, de quoi théoriquement satisfaire tout le monde :

  • les loyalistes ont une solution qui ne les détache pas de la République,
  • les indépendantistes parviennent à obtenir un statut d’Etat pour la Nouvelle-Calédonie avec l’aval des loyalistes. C’est le consensus qui permet, de surcroît à la France, de faire constater par l’Onu la décolonisation de l’ancienne possession au terme de l’option délibérée en 1970 par les Nations Unies sur les processus possibles de décolonisation.

Et la Nouvelle-Calédonie est retirée de la liste des pays à décoloniser.

L’exercice intellectuel, juridique et même politique est, sans conteste, passionnant. Jean-Jacques Urvoas a d’ailleurs l’honnêteté de rappeler que Jean-Yves Faberon, professeur d’Université, avait localement, étudié cette piste. Certains partis politiques, certains élus avaient également évoqué cette hypothèse. Urvoas la théorise avec le retentissement qui tient à ses anciennes fonctions nationales, et à sa proximité avec le nouveau pouvoir.

Mais aussi séduisante que puisse apparaître la formule pour certains, elle fera face à des obstacles chez une majorité de calédoniens à l’issue d’un exercice que les pédagogues de l’Education nationale appellent « la contextualisation » …

POUR LES ÉLECTEURS LOYALISTES, UN « ÉTAT », C’EST … UN ETAT !
La Nouvelle-Calédonie n’est pas peuplée de juristes et les Calédoniens –« les gens », comme dirait Mélenchon- , non-indépendantistes comme indépendantistes, aiment la simplicité dans les mots comme dans les actes.

Pour le vulgum pecus loyaliste, un « Etat fédéral », c’est forcément indépendant. Ou ça va le devenir un jour !

Cette prévention vaut encore plus par les divisions politiques. Si tous les partis loyalistes étaient capables de s’accorder pour parler d’une seule voix, ils auraient peut être une chance de convaincre leurs concitoyens. Mais tel n’est pas le cas, et « la mouche du coche » risque d’être mortelle pour les élections provinciales de 2019. Les récentes élections législatives ont montré une fois encore leur sensibilité épidermique à la seule idée d’indépendance.

POUR LES INDÉPENDANTISTES DURS, UN « ETAT FÉDÉRAL » RELÈVERAIT DU NÉO-COLONIALISME
Un Etat fédéral n’est pas un Etat pleinement souverain, car il est rattaché ombiliquement à la puissance administrante. La Constitution française –et son principe fondamental d’indivisibilité- devrait d’ailleurs être modifiée pour faire de la France un Etat –un vrai- fédéral. Cette modification permettrait ensuite à la Nouvelle-Calédonie d’être fédérée, processus qui sans aucun doute et accessoirement, « contaminerait » l’ensemble des Outre-mer.

Ce choix serait, bien entendu, un genre de renonciation à l’indépendance.

Le « cordon ombilical » serait considéré par les indépendantistes les plus intransigeants, comme un moyen détourné, pour la France, de conserver ce qu’ils estiment être une « mainmise » de caractère néo-colonial.

De surcroît, un Etat, pour les indépendantistes, dispose d’un vote à l’Onu. Hypothèse inconcevable pour un Etat fédéré.

TJIBAOU ET YEIWENE ONT ÉTÉ ASSASSINÉS POUR AVOIR SIGNÉ UN ACCORD
Mais pourtant, s’interroge esprits cartésiens tout autant qu’esprits rationnels, les indépendantistes savent d’une part qu’ils n’auront pas la majorité pour choisir l’accession à l’indépendance, et d’autre part, que la viabilité économique du territoire n’est pas raisonnablement possible sans la France. Alors ?

Alors, la plupart des indépendantistes savent parfaitement cela. Ils sont d’ailleurs plutôt satisfaits du statut actuel qui a permis l’usine du nord pour le nord, et des fonds publics copieux venant essentiellement du sud pour les Iles. Mais les dirigeants font partie d’une génération qui a connu le drame épouvantable du 4 mai 1989.

Chacun sait que les deux leaders historiques du FLNKS ont été tués par un indépendantiste. Mais se souvient-on de la raison de cet acte ?

Pour son auteur, à la suite de la prise d’otage d’Ouvéa et de son dénouement sanglant, les responsables signataires des premiers accords avaient, ce faisant, renoncé à l’indépendance et donc, trahi « la cause ». Depuis, excuses et pardons coutumiers ont fait leur œuvre au sein des clans et des familles. Mais la mémoire demeure.

Certes, il y a eu 1998, mais la « solution consensuelle » proposée par Jacques Lafleur était une étape d’un long chemin, le « préalable minier » aboutissant au « geste fort » de la cession du massif Koniambo avait fait le reste. Cependant, 1998 a un terme : 2018, et celui là est l’heure irrévocable des choix.

A la fin de ce processus de 30 ans, qui, des leaders indépendantistes, prendra la responsabilité historique de « renoncer à l’indépendance » … et les risques personnels avec ?

Ce sera probablement le lot de la génération ou des générations à venir …

LANDERNEAU AGITÉ, APPROCHE ROCARDIENNE DU GOUVERNEMENT, HAUT-COMMISSAIRE ATTENTIF
De tout cela, le landerneau s’agite. Déjà, certains ont « dégainé » par forme de communiqué.

On sait que le Président de la République tout comme le Premier ministre procéderont à une approche « rocardienne » du sujet. D’abord, parce qu’ils sont partiellement issus cette mouvance, ensuite parce qu’Emmanuel Macron, en préfaçant « C’était Rocard », de Jean-Paul Huchon, a clairement fait l’éloge de la « méthode Rocard », enfin parce que Michel Rocard est lui-même le père des Accords de 1988 qui ont ramené la paix en Calédonie.

Quelle approche ? Un Etat actif, un dialogue dense et complet, une situation ouvrant la voie au consensus, une solution adaptée aux réalités s’appuyant, en tant que de besoin, sur l’innovation.

La première étape de ce processus méthodique a été la visite d’écoute d’Annick Girardin. Le test « innovation » est la communication de Jean-Jacques Urvoas.

La suite sera la préparation, puis la visite du Premier ministre.

Une inconnue, pour ces nouveaux responsables qui ne connaissent pas la complexité calédonienne : le contexte.

En attendant, Président de la République et chef du gouvernement disposent, sur place, d’un Haut-Commissaire professionnel et connaisseur, qui observe, rapporte, compte les points, peut-être en souriant intérieurement. Ses proches n’ont pas oublié un surnom : « le snake » …

YOANN LECOURIEUX ÉLU 1er VP DU CONGRÈS-L’émergence d’un homme discret

 Yoann

Yoann Lecourieux est un élu qui a la particularité d’être hyperactif, omniprésent mais dont la présence pour n’être jamais ostentatoire est toujours discrète. Émergence.

Ancien Secrétaire général de la mairie de Dumbéa, de nombreuses années Vice-président du CTOS, cet élu est chef de groupe à la Province sud, et préside également aux destinées de la Secal.

Son « parlé posé » et plutôt libre ne l’empêche pas d’avoir des convictions solides, lesquelles l’amènent parfois à exprimer des opinions qui peuvent interpeler jusqu’à ses pairs.

Hier matin, après que Sonia Backès ait annoncé que le groupe des Républicains Calédoniens retirait ses candidats aux vice-présidences du Congrès, la voie était ouverte pour  l’accession de Yoann Lecourieux à la première Vice-présidence.

A mi-chemin entre l’ancienne et la nouvelle génération, son parcours laisse à penser qu’il fait partie des élus qui compteront de plus en plus dans la mandature actuelle. Et probablement dans la prochaine.

Thierry Santa réélu Président du Congrès

 

Thierry Santa entouré des président des groupes du Congrès

En ouverture de scrutin pour le renouvellement des instances du Congrès, 3 candidats étaient en lice comme attendu : Thierry Santa pour le nouvel intergroupe Calédonie Ensemble-Rassemblement-MPC, Grégoire Bernut pour les Républicains Caledoniens et Rock Wamytan pour l’ensemble des indépendantistes, UC-Uni-Nationalistes.

Personne n’ayant obtenu la majorité absolue au premier tour, Thierry Santa a été élu au second tour, Grégoire Bernut n’ayant pas maintenu sa candidature. Le président sortant a recueilli les voix de l’intergroupe et des Républicains Calédoniens.

Pour prononcer son discours, le Président du Congrès a invité les chefs de groupes à le rejoindre au perchoir. Dans son allocution, il a assuré ses collègues de la conduite de sa présidence sous le signe de l’impartialité, garante de la circulation démocratique de la parole.

Mettant en relief l’importance de la période qui sépare les calédoniens du scrutin d’autodétermination prévu par la loi organique, il a réaffirmé son attachement à ce qui constitue pour lui des préalables au déroulement paisible de ce scrutin.

LEGISLATIVES : CARTON PLEIN POUR CALÉDONIE ENSEMBLE

La mobilisation a été faible dans les deux circonscriptions de la Nouvelle-Calédonie : 38% dans la première, et un peu plus dans la seconde avec 52,5%. Grâce à un bon report des voix consécutif à la signature d’une déclaration commune du Rassemblement, de Gael Yano, de Pascal Vittori et de Calédonie Ensemble, Philippe Dunoyer conforte son avance sur Sonia Backes, et Philippe Gomes fait plus que combler son retard sur Louis Mapou. Au total, les deux candidats de Calédonie Ensemble sont élus, Philippe Dunoyer dans la première où il prend la suite de Sonia Lagarde, et Philippe Gomes dans la seconde où il se succède à lui-même.

Quels enseignements tirer de ce scrutin ?

DÉSINTERÊT DES ELECTEURS
D’abord, le désintérêt d’une majorité d’électeurs, notamment à Nouméa et aux Iles, pour ces législatives, et peut-être, pour la chose politique. Si le taux de participation n’est pas très étonnant aux Loyauté, il interpelle en revanche à Nouméa. Quant aux résultats, en considérant que les reports se sont correctement effectués pour les partenaires de la « plate-forme » (+7000 à Philippe Dunoyer), c’est Sonia Backes qui a trouvé des réserves nouvelles, et probablement chez des abstentionnistes du premier tour. Elle passe ainsi, à Nouméa,  de 6.000 voix à 11.500 avec le seul appui du MRC et du FN.

Dans la seconde circonscription, « l’effet plate-forme » semble avoir joué pleinement, et Philippe Gomes fait un bond dans toutes les communes à fort électorat loyaliste. Il peut ainsi, non seulement refaire son retard du premier tour sur Louis Mapou, mais s’assurer une confortable avance pour être élu.

SUCCÈS DE CALEDONIE ENSEMBLE
Après le succès des candidats de Calédonie Ensemble, c’est l’avenir de la « plate-forme » et la perspective des élections provinciales de 2019 qui constituent les enjeux électoraux à venir. Avec dans l’intervalle, les élections sénatoriales, et le scrutin d’autodétermination.

En ce qui concerne les sénatoriales, les effets de la plate-forme devraient, là aussi, assurer une victoire des loyalistes. Le résultat du scrutin d’autodétermination, quant à lui, ne fait guère de doute. C’est donc la préparation de l’échéance, puis sa suite qui en sont le véritable enjeu. Avec un pouvoir central peu au fait des Accords et d’une manière générale, de la question calédonienne, la réunion des loyalistes prendra tout son sens. Question : intégrera-t-elle les électeurs qui se sont portés hier sur Sonia Backes ?

LES ENJEUX DE LA « PLATE-FORME »
Reste à connaître les attentes de la cohorte des abstentionnistes, et même au delà si l’on considère que l’amélioration de la participation est essentiellement due au réflexe anti-indépendantiste. Manifestement, l’abstention marque un déficit d’adhésion à la politique conduite en Nouvelle-Calédonie. Les états-majors devront donc s’intéresser à cette insatisfaction pour « corriger le tir ».

C’est un des enjeux de la « plate-forme », à moins qu’elle ne se limite qu’à des décisions concernant ce qu’il est convenu d’appeler « les postes ». Réponse dans les semaines  à venir.  Et dans l’immédiat, la répartition des secteurs au prochain gouvernement …

COUP DE THEÂTRE AUX LÉGLISLATIVES : LES PARTIS LOYALISTES SE REGROUPENT

C’est ce qui marquera le second tour des élections législatives : Pierre Frogier, Philippe Gomes, Gael Yanno et Pascal Vittori ont signé une plate-forme d’union pour préparer la sortie de l’Accord de Nouméa. Pas de consigne de vote explicite, en revanche pour dimanche, mais la dynamique va, à l’évidence, jouer en faveur des candidats issus de cette union, c’est à dire Philippe Gomes et Philippe Dunoyer.

Selon les signataires, cette initiative répond à plusieurs constats qu’ils jugent alarmants : le désintérêt des Calédoniens pour le scrutin mesuré par le taux exceptionnellement élevé d’abstentions, la persistance de la division des loyalistes, la crise économique et, souvent citée, la position d’Harold Martin sur le vote de dimanche dans la seconde circonscription. Point d’orgue : la proximité du scrutin de sortie, et la volonté exprimée des partenaires de préparer cette sortie, et pour la majorité d’entre eux, de construire « une sortie apaisée ».

« Nous avons, tous les quatre, a déclaré Pierre Frogier, une préoccupation depuis toutes ces années : c’est de faire en sorte que nos populations ne subissent pas une sanction lors de cette consultation. Mais bien au contraire, que ce soit une nouvelle étape, une nouvelle opportunité pour ancrer le vivre ensemble », précisant, après avoir rappelé ce qui s’était passé « il y a 30 ans » : « il n’est pas question, pour nous, de préparer cette consultation de la sortie de l’Accord de Nouméa dans la confrontation ».

Pour Philippe Gomes, aborder l’échéance de 2018 en ordre dispersé chez les loyalistes, c’est prendre le risque à la fois « de fossoyer la France et la paix ». « Il faut, poursuit-il, avec nos sensibilités non-indépendantistes, avec nos différences, essayer de mettre des passerelles entre nous pour aborder, avec une approche partagée, cette échéance de 2018 ».

Pas de consigne expresse de vote, mais « dans les deux circonscriptions, les candidats qui se reconnaissent, qui se sont engagés dans cette ligne de discussion, de dialogue, non seulement avec la famille non-indépendantiste, mais aussi ce dialogue approfondi avec les indépendantistes, ce sont ces candidats que nous soutiendrons ».

L’accord évoque « la stabilité des Institutions », et suggère qu’il concerne notamment le gouvernement lequel, en cas d’élection de Philippe Dunoyer, devra être recomposé.

Interprétation toute autre, en revanche, du côté de Sonia Backes qui évoque une « tambouille politique », de Philippe Blaise qui ne cautionne pas la démarche et réaffirme son soutien à Sonia Backes, et d’Harold Martin, candidat malheureux dans la seconde circonscription.

LES CONSIGNES DE VOTE DU SECOND TOUR : RIFIFI ET DESACCORDS

Couac au Front National. Le siège parisien invite ses électeurs à voter Philippe Gomes dans la seconde circonscription et Sonia Backes dans la première. Mais Bianca Hénin, candidate dans la deuxième et responsable locale du Front National ne l’entend pas de cette oreille. Dans un propos très dur, elle affirme : « Moi je voterai blanc parce que j’ai une certaine morale à garder devant les électeurs que j’ai rencontrés et à qui j’ai dit que Monsieur Gomes était en train de vendre la Calédonie ».

Harold Martin, en l’absence d’une rencontre avec Philippe Gomes, est lui aussi très dur. « Je ne vous dis pas que je vais voter pour Monsieur Mapou, mais au bout du compte, je préfère avoir un Monsieur Mapou à l’Assemblée Nationale parce qu’on ne sera pas étonné avec lui. Il a une position parfaitement claire, lui, il veut l’indépendance, il ne nous « fera pas dans le dos ». Tandis que Monsieur Gomes, il va se précipiter chez Macron et dans cette grande auberge espagnole, il va nous enfumer ! ». Philippe Gomes qui a immédiatement réagi en déclarant « C’est de la part d’Harold Martin une trahison, une trahison de son électorat, une trahison de la Calédonie française. On ne peut pas, à certains moments, privilégier des réglements de compte personnels par rapport à l’intérêt supérieur du pays ».

Dans la première circonscription, Alain Descombels appelle à voter pour Sonia Backes, tandis que Macate Wenehoua, candidat indépendantiste, appelle à voter pour Philippe Dunoyer.

Le Rassemblement et le MPC devraient donner leur position dans la journée. Mais Philippe Blaise, membre de l’UCF, s’est d’ores et déjà prononcé en faveur de Sonia Backes dans la première, et appelle à faire barrage au candidat indépendantistes dans la seconde.

LEGISLATIVES NOUVELLE-CALEDONIE : DUNOYER/BACKES DANS LA 1ère, MAPOU/GOMES dans la seconde


Les législatives en Nouvelle-Calédonie ont été marquées par une abstention record : 34% de participation dans la première circonscription, et 37% dans la seconde ! C’est le parti des abstentionnistes qui est ultra majoritaire.

Dans la première, 28.000 votants sur 85.000 électeurs ! En réalité, aucun ne franchit la barre des 12,5% des inscrits, et ce sont les deux candidats en tête qui sont admis au second tour.

Philippe Dunoyer totalise 27,88% des suffrages, et Sonia Backes, 17,27%.

A Nouméa, le candidat de Calédonie Ensemble recueille 7020 voix, et celle de la candidate du groupe Les Républicains, 4697 voix.

Gael Yanno est troisième avec 4359 voix, à peu de distance de Sonia Backes.

Bernard Deladrière qui portait les couleurs du Rassemblement et bénéficiait de l’investiture du parti national Les Républicains est quatrième avec 3675 voix.

Dans la seconde circonscription, aucun candidat, également, ne franchit la barre des 12,5% des inscrits. Louis Mapou est en tête avec 30,10% des suffrages (11.262 voix) suivi de Philippe Gomes, 23,93% (8.963 voix) et ce sont les deux candidats admis au second tour.

Le troisième est Harold Martin avec 15,36% 5.752 voix) . Il est suivi de Bianca Hénin (11,69% – 4.378 voix) et de Gil Brial (10% – 3.746 voix).

DESCOMBELS vs CALEDONIE ENSEMBLE : un regard sur les turpitudes politiciennes de l’après Lafleur

L’ATTAQUE
La campagne électorale connaît son lot de déballages, et celui entrepris par Alain Descombels, candidat dans la première circonscription, est particulièrement violent. Il s’en est pris successivement à la Maison de la Calédonie à Paris, à Philippe Gomes pour ses notes de voiture avec chauffeur, à la gestion du Sheraton de Gouaro-Deva dont les comptes cumuleraient des déficits abyssaux, au président de la Société des Hotels de Nouméa.

Après avoir annulé son meeting de fin de campagne en raison, affirme-il, de menaces et de caillassage, il promet néanmoins d’apporter des pièces supplémentaires au dossier plutôt nauséabond.

LA RIPOSTE
La réponse n’a pas tardé, au travers du site Internet de Calédosphère. Publication de factures de multiples voyages jusqu’à l’ile Maurice, d’hôtels jusqu’à « environ 420.000 francs CFP » la nuit, d’hélicoptère pour un week-end à l’ile des Pins. Des chiffres qui doivent donner le vertige aux smicards.

LA MORALE
Les deux parties ont visiblement une documentation et des informations particulièrement riches. Rien d’étonnant : les uns et les autres se connaissent bien, puisqu’ils faisaient partie de la même majorité qui avait conduit à la défaite de Jacques Lafleur en 2004.

A cette époque, Alain Descombels occupait le poste important de Président de Promosud. Il était l’inspirateur de la politique économique de la majorité et avait impulsé le plan de développement touristique qui devait amener 235.000 touristes à l’aune de 2015.

Aujourd’hui, les intérêts des uns divergent de l’intérêt des autres. Cela ne fait guère de doute ! A un point tel que la campagne prend davantage les apparences dun règlement de compte à OK Corral.

Et c’est ainsi que les Calédoniens, ébahis, découvrent une petite partie du « système » qui avait été mis en place … par ceux-là mêmes qui dénonçaient le « système » précédent.

Sébastien M.