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COUP DE TONNERRE A HIENGHÈNE : CHUTE DU CONSEIL MUNICIPAL – RIFIFI ENTRE L’UC ET LE PALIKA

Daniel Goa Président de l’Union Calédonienne

C’est le désamour dans la commune de Hienghène entre l’Union Calédonienne et le Palika. En effet, 8 élus Palika sur 19 ont démissionné alors qu’un conflit social perturbe la mairie depuis 3 semaines.

Les conseillers avaient pourtant bâti une liste commune en 2014. Mais dès 2015, des fissures se sont fait jour, notamment à l’occasion de la récente grève.

Cette situation est particulière en raison des fonctions politiques du maire de Hienghène, Daniel Goa. En effet, le successeur de Jean-Marie Tjibaou, de Daniel Fisdiepas et de Jean-Pierre Djaiwe, est le Président de l’Union Calédonienne. Un parti qui s’était déjà désolidarisé du Palika lors des élections législatives et sénatoriales, Daniel Goa ayant quant à lui, et « à titre personnel », soutenu les candidats du partir frère.

Des nouvelles élections municipales devraient donc être organisées dans cette commune phare de la côte Est.

Décidément, avec un gouvernement pas encore « en service », une commune de Nouméa sans majorité, une prochaine dissolution de la commune de Hienghène, la Nouvelle-Calédonie connaît une période d’instabilité institutionnelle plutôt marquée.

SÉNAT : FROGIER-POADJA AU PREMIER TOUR

C’est le ticket Frogier (suppléante Léontine Ponga) et Poadja (Suppléante Nina Julié) qui l’a emporté dès le premier tour des élections sénatoriales de dimanche.

Pierre Frogier, sénateur sortant, a recueilli 255 suffrages et Gérard Poadja, 258. Tous deux se présentaient au titre de la « plate-forme » loyaliste.

120 suffrages se sont portés sur les deux candidats du Palika, Emile Nechero et Jean Creugnet, soit davantage que les seules voix des délégués du parti. L’Union Calédonienne prônait le vote blanc.

Egalement candidate loyaliste, mais hors « plate-forme », Isabelle Lafleur a obtenu un score de 95 voix, « davantage que ce que je pouvais espérer » a-t-elle déclaré. Quant à Manuel Millar, 9 bulletins se sont portés sur sa candidature.

COMBIEN DE TEMPS LE GOUVERNEMENT PEUT-IL RESTER SANS PRÉSIDENT ?

Une deuxième tentative d’élection du Président du gouvernement local s’est soldée par un échec mardi matin. Convoqués par le Haut-Commissaire comme le prévoit la loi organique, les 11 membres n’ont pu trouver la majorité minimale de 6 voix pour désigner Philippe Germain, seul candidat.

Alors que les loyalistes disposent de cette majorité, le représentant des Républicains Calédoniens a renouvelé la demande du groupe d’une discussion, préalable à l’élection, sur les orientations économiques, sociales et sécuritaires du gouvernement « pour améliorer le quotidien des Calédoniens« .

Plusieurs questions se posent évidemment à l’issue de ce tour « pour rien ».

La première est : jusqu’à quelle date cette situation peut-elle perdurer ?

La deuxième est naturellement : l’Institution que constitue le gouvernement calédonien correspond-elle, dans sa composition, dans son fonctionnement, dans ses attributions, à la situation politique de la Nouvelle-Calédonie 20 ans après sa création ?

UN PRÉCÉDENT DE 3 MOIS
A la première question, la loi Organique n’apporte pas de réponse. Elle prévoit que selon le principe de continuité du service public, l’ancien gouvernement puisse gérer « les affaires courantes ». Pour le reste, on peut se référer à la situation déjà connue qui avait suivi la chute du gouvernement présidé par Cynthia Ligeard.

Le 14 décembre 2014, les élus de Calédonie Ensemble avaient démissionné. Motif : un désaccord au sein des signataires du « contrat de gouvernance solidaire ». Ces divergences portaient notamment  sur les augmentations fiscales envisagées, refusées par les autres groupes loyalistes.

La Nouvelle-Calédonie avait fonctionné ainsi sans gouvernement jusqu’au 1er avril 2015, Philippe Germain ayant, à cette date, réussi à obtenir une majorité grâce à la voix d’indépendantistes. Dewe Gorodey avait alors déclaré : « L’élection de Philippe Germain à la présidence n’est que justice parce que ce sont les partis qui ont recueilli le plus de voix aux dernières élections », ajoutant : « C’est très démocratique ».

Cette expérience montre en tout cas que la situation actuelle a eu un précédent qui a duré 3 mois. Cette durée peut-elle être plus longue ?  Aucune limite n’est en tout cas fixée par la loi Organique autre que celle du fonctionnement normal des Institutions et des services publics. Si un blocage de ce fonctionnement se produisait, le gouvernement de la République serait alors amené à dissoudre les assemblées et à organiser de nouvelles élections provinciales. Hypothèse tout de même hasardeuse dans le contexte institutionnel de 2018.

LE GOUVERNEMENT EST UNE INSTITUTION À RÉFORMER
La réponse à la seconde question est évidente, et celà, depuis plusieurs années.

En effet, les concepteurs des Institutions de la Nouvelle-Calédonie, aussi bien à travers les Accords de Matignon que ceux de Nouméa, n’ont pas imaginé que les équilibres politiques seraient à ce point bouleversés.

En clair, ces institutions avaient été formatées pour deux grands partis : le RPCR, majoritaire, et le FLNKS, minoritaire, mais à qui d’importantes concessions avaient conféré des responsabilités politiques plus grandes que leur représentativité.

Pour ce qui concerne le gouvernement, une gestion « à deux » était possible. À 5, c’est progressivement « Mission Impossible » !

En cause, principalement, mais pas exclusivement : le mode d’élection à la proportionnelle, fondé philosophiquement, mais surréaliste du point de vue du fonctionnement.

L’actualisation des Institutions, voilà d’ailleurs un menu de choix pour les discussions d’après référendum …

6 CANDIDATS AUX SÉNATORIALES ! QUI SIÈGERA AU PALAIS BOURBON ?

Ce sont finalement, avec la candidature ultime de Millar, 5 candidats et une candidate qui brigueront les suffrages des 552 grands électeurs le 24 septembre prochain pour occuper les deux postes de sénateurs réservés à la Nouvelle-Calédonie.

Pierre Frogier, sortant, est candidat à sa succession. Gérard Poadja, candidat de Calédonie Ensemble, brigue la suite d’Hilarion Vendegou dans le cadre de la « plate-forme ».

Candidate surprise, Isabelle Lafleur, représentera les Républicains Calédoniens dont elle estime qu’ils ont été écartés de la plate-forme. Défendant également le maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la République, elle rappelle, dans ses arguments, la profonde divergence avec Calédonie Ensemble sur la politique économique menée localement depuis 2 ans. Autre surprise, elle a pour suppléant Marc Ziesel, adjoint à la Maire de Nouméa.

Une candidature indépendantiste était l’objet de diverses supputations. Le Palika y répond en présentant 2 candidats issus de ses rangs : Emile Néchero et Jean Creugnet. L’Union Calédonienne, ainsi qu’elle l’avait annoncé, s’en est abstenu.

Le résultat final sera-t-il impacté par ces multiples candidatures ?

Pierre Frogier et Gérard Poadja font figure de favoris, mais les récentes élections législatives vont-elles laisser des traces lors de ce scrutin ? Si tout se passe au premier tour, les favoris ne connaîtront pas de difficulté. Si les électeurs sont appelés à un second tour, quelle importance prendra la « fâcherie » entre le Palika et Calédonie ensemble ? Pierre Frogier, de son côté, bénéficie d’un sentiment favorable auprès de l’UC, notamment après son initiative de reconnaissance du drapeau de l’identité kanak. Il fait figure, en outre, de partenaire historique des Accords auprès des électeurs.

Au total, si en raison de la dilution des voix indépendantistes, l’issue ne laisse planer que peu de doute, une élection ne répond qu’à une seule règle : c’est après le dépouillement que l’on connaît le résultat, ainsi que le rappellerait Monsieur de La Palisse.

REFERENDUM : LE 7 OCTOBRE 2018 ?

Les Républicains Calédoniens ont déposé une proposition de délibération fixant au 7 octobre 2018 la date de consultation des Calédoniens sur la sortie de l’Accord de Nouméa.

Rappelant que si la date du referendum n’est pas fixée par les élus calédoniens, c’est l’Etat qui s’en chargera ainsi que le prévoit la loi organique, Sonia Backes, chef du groupe Les Républicains Calédoniens au Congrès a déclaré : « Nous souhaitons que ce soit les élus du Congrès qui fixent cette date que nous proposons au 7 octobre 2018« . S’inquiétant des « tentatives de modifier la question posée aux Calédoniens« , elle souhaite que cette question soit la plus claire possible, « celle du maintien ou non de la Nouvelle-Calédonie dans la République, ou l’accession à l’indépendance« .

Cette proposition de délibération sera examinée lors de la prochaine session ordinaire, ou lors d’une session extraordinaire si 28 élus le demandent.

FROGIER-POADJA : UN TICKET LOYALISTE POUR LE SÉNAT

 

 

 

 

 

 

 

Ce n’est pas une surprise, mais désormais, l’information est devenue officielle :  Pierre Frogier, sénateur sortant et Gérard Poadja, tous deux candidats issus de la « plate-forme » regroupant Calédonie Ensemble, le Rassemblement, le MPC et Tous Citoyens, formeront un « ticket » pour les élections sénatoriales du 24 septembre prochain.

Pierre Frogier a mis en relief le bouleversement politique intervenu lors des dernières élections nationales : ni le nouveau Président de la République, ni le nouveau Premier ministre, ni la nouvelle majorité parlementaire n’ont participé aux évolutions locales, ni ne connaissent bien la situation calédonienne.

C’est en effet la première fois depuis les événements de 1984, puis les Accords de Matignon et de Nouméa, que les représentants historiques de l’Etat ne sont plus présents sur la scène politique. « Disparus« , a souligné le Sénateur, s’inquiétant d’une indispensable continuité dans le processus de paix et de construction mis en oeuvre depuis près de 40 ans.

« Il est donc primordial que du côté de la Nouvelle-Calédonie, a poursuivi Pierre Frogier, il y ait des personnalités qui ont participé au coeur des Accords de Matignon et aux Accords de Nouméa pendant toutes ces années ».

Evoquant la sortie de l’Accord de Nouméa, il estime « qu’il nous reste quelques mois pour préparer de la meilleure des façons la sortie de l’Accord. Ce qui m’a déterminé à me représenter à cette élection sénatoriale, c’est qu’il y a encore une étape déterminante en 2018« . Pierre Frogier a déclaré ne pouvoir se résoudre à abandonner la tâche entreprise avant « que la Calédonie ne trouve  sa place dans la France  et dans la Paix, et pour longtemps« .

De son côté, Gérard Poadja s’est dit honoré pour lui même, pour la Province Nord et pour la Brousse calédonienne, de ce choix. « Je souhaite que l’on apporte le mieux pour notre pays, et que notre pays soit au sein de la République et dans la Paix« .

Leurs suppléants sont respectivement Léontine Ponga, du Rassemblement, et Nina Julié, de Calédonie Ensemble.

LE GOUVERNEMENT EST CONNU : « 6 TRAVAUX D’HERCULE » L’ATTENDENT

Depuis le dépôt des listes de candidats pour l’élection du prochain gouvernement, on connaît mécaniquement la composition du prochain gouvernement. Il sera composé de 5 membres de la « plate-forme », Philippe Germain, Cinthya Ligeard, Hélène Iékawé, Bernard Deladrière et Nicolas Metzdorf, d’un membre des Républicains Calédoniens, Christopher Gyges, de 3 membres de l’UC, Gilbert Tyuienon, de Jean-Louis d’Anglebermes et de Didier Poadyaliwane, de 2 membres du Palika, Dewe Gorodey et Valentine Eurisouké.

Ont été ainsi levées les interrogations sur la reconduction de Dewe Gorodey et Antony Lecren.

Cependant, pour les futurs élus lors de la séance du Congrès jeudi prochain, « tout » reste à faire, et probablement le plus dur. La moitié des travaux d’Hercule …

ÉLIRE LE PRÉSIDENT
Il leur faudra d’abord former officiellement le gouvernement pour qu’il fonctionne, en élisant, au moins, le Président. Les loyalistes, en majorité, ne le pourront qu’avec la voix de Christopher Gyges. Et là, les conditions émises – une inflexion de la politique économique -, n’ont pas reçu de réponse. La situation est d’ailleurs ambigüe. En effet, les partenaires de Calédonie Ensemble dans la plate-forme n’ont-ils pas, depuis 3 ans, critiqué la politique économique conduite sous l’égide de Philippe Germain ? Mais au total, les chances d’une élection de ce dernier, candidat à sa succession, jeudi prochain, sont infimes.

RÉPARTIR LES SECTEURS
Dans l’intervalle, les élus tenteront probablement de se mettre d’accord sur la répartition des secteurs. Pour les sortants, la solution la plus probable sera la reconduction des directions à animer et contrôler. Restera le secteur sensible de la fiscalité et du budget, placé jusque là sous la responsabilité de Philippe Dunoyer. S’il reste dans le giron de Calédonie Ensemble, seul Philippe Germain paraît susceptible de l’assumer. Mais sera-ce considéré comme une trop grande concentration des pouvoirs ?

REFONDER LA COLLÉGIALITÉ
Le nouveau gouvernement devra probablement s’interroger sur le retour à un fonctionnement collégial normal. Nombreuses ont en effet été les critiques sur la gouvernance solitaire du Président sortant. La composition de l’Exécutif, les suites des législatives feront qu’un tel exercice, s’il se perpétue, fera l’objet de remous permanents au sein de l’institution.

AFFRONTER LES DÉFICITS ABYSSAUX DES RÉGIMES SOCIAUX
Il en va de la pérennité des régimes sociaux en Nouvelle-Calédonie. Tous sont dans le rouge, à l’exception, pour la Cafat, du régime des retraites. La situation est explosive, et sans des réformes en profondeur, les régimes exploseront, et une partie des finances publiques avec.

Il en faudra, du courage politique, car la recette est sans alternative : maîtrise draconienne des dérives des coûts de la santé et des couvertures sociales, réduction des prestations, augmentation des prélèvements, interventions fiscales.

INFLÉCHIR LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE ET FISCALE
Chez les loyalistes, il existe une majorité favorable à une solide inflexion de la politique économique et fiscale de la Nouvelle-Calédonie. Ce sera donc un bras de fer interne, ou rapidement, un délitement de la solidarité au sein de la plate-forme aussi bien au gouvernement qu’au Congrès.

L’urgence sera la définition d’un nouveau modèle de développement car l’échec de la recette liée à la relance de la consommation par le contrôle des marges des entreprises est patent.

Rien ne permet, par ailleurs, d’affirmer que l’usine du sud restera en activité au delà du 1er janvier 2018. Et si elle poursuivait ses opérations, qui peut douter que ce serait au prix d’une réduction drastique de sa masse salariale ?

Quant au reste, en dépit des conclusions quelque peu lénifiantes de l’IEOM et du Cerom sur la situation économique, la Nouvelle-Calédonie s’enfonce de plus en plus dans une crise se traduisant par des pertes d’emploi, des fermetures de commerces et d’entreprises ainsi que par une absence d’anticipation d’investissements.

PRÉPARER LES ÉLECTIONS PROVINCIALES
Officiellement, le scrutin majeur est celui d’autodétermination. Et pour la Nouvelle-Calédonie, c’est une réalité. Mais il s’agit d’un scrutin majeur pour le devenir institutionnel du pays, pas pour les enjeux de pouvoir.

Le véritable enjeu de pouvoir, ce sera le scrutin des prochaines provinciales, en mai 2019 ou plus tard. Le résultat de cette consultation déterminera en effet la majorité en Province sud, au Congrès, au gouvernement. Bref, dans les centres de décision du pays.

Or, les résultats des dernières élections législatives, et notamment le nombre impressionnant d’électeurs qui ont boudé les urnes, doivent être au centre de toutes les analyses. Désintérêt générationnel de la politique, défiance à l’égard des partis « traditionnels », volonté silencieuse de changement ? Seuls quelques sondages permettront de mieux cerner l’état de l’opinion publique locale, et notamment, des sentiments de ceux qui votent aux provinciales.

Cette échéance est déjà au cœur des calculs. Elle deviendra de plus en plus prégnante au cours de 19 mois prochains …

RÉFORME DAVANTAGE QUE POUVOIR : L’ENJEU DU PROCHAIN GOUVERNEMENT CALÉDONIEN avec les dangers qui guettent les régimes sociaux et l’économie

En dépit des analyses plutôt rassurantes des organismes officiels sur l’année 2016, la Nouvelle-Calédonie poursuit son mouvement d’enlisement économique et social. En réalité, tous les voyants sont au rouge ou à l’orange : les comptes sociaux, l’emploi, l’économie et donc les recettes fiscales. Sans réforme forcément douloureuse, point de salut. Ce devrait être l’agenda prioritaire du prochain gouvernement. Exigences.

PROCÉDURE D’ALERTE À LA CAFAT ?
Alors que la Cafat ne se rend guère populaire en effectuant des contrôles ostensibles –et malvenus- au premier jour de la Foire de Bourail, ses responsables se demandent si « les politiques » auront le courage de mener les réformes susceptibles d’éviter la faillite du système. Faillite, le terme est approprié. « Ce serait le cas d’une entreprise privée au regard des dettes, de l’impasse de trésorerie et d’absences de perspectives de redressement », déclare ce haut responsable de la Caisse. De fait, la barque est en train de couler : 15 milliards de dettes du Ruamm, un besoin de trésorerie, pour tout juste les dépenses immédiates, de 2 milliards avant la fin de l’année, tous les régimes en déficit structurels à l’exception du régime de retraite. Si les commissaires aux comptes ne lancent pas une « procédure d’alerte », ils pourraient eux-mêmes endosser une part de responsabilité.

A cette situation, point de potion miracle. Juste un remède de cheval, tant les dérives se sont accumulées. Pour éviter la faillite, il conviendra de manier à la fois la réduction des dépenses –les prestations et le train de vie de l’organisme-, et l’augmentation des recettes –prélèvements obligatoires et concours publics-.

TOUTES LES RECETTES FISCALES ENGLOUTIES EN 2030
Mais il n’en va pas que de la Cafat, car les « régimes sociaux » couvrent un champ bien plus vaste : les allocations de solidarité, le plan handicap, les retraites de solidarité, les aides sociales notamment.

Au total, au rythme actuel de la croissance des dépenses, l’ensemble des recettes fiscales de la Nouvelle-Calédonie en 2030 suffira à peine à combler les déficits de l’ensemble de ces régimes, Cafat comprise, bien entendu !

C’EST L’ENTREPRISE QUI CRÉE LA RICHESSE D’UN PAYS
Quant à l’emploi privé, il a entrepris une réduction inquiétante. Dans ce contexte, parler d’une « compensation » par la création d’emplois publics relève d’une farce. Dans un bateau qui fait l’eau, c’est simplement y rajouter l’eau des citernes de la cuisine !

Car en Calédonie comme dans tous les pays du monde, c’est l’entreprise dans une économie de croissance qui crée la richesse. Les services publics, les institutions et les régimes sociaux ne font que vivre de cette richesse.

L’enjeu, pour les mois et les années qui viennent, n’est donc pas seulement la réduction des dépenses. Il est également et surtout, la stabilisation puis l’augmentation des recettes. Or celles-ci ne peuvent croitre d’un secteur pour l’essentiel exsangue, au risque de le tuer. En clair, augmenter les impôts pour augmenter les recettes serait économiquement suicidaire.

L’URGENCE : REDONNER DU SOUFFLE AUX ENTREPRISES
Redonner de la vigueur aux PME ainsi qu’aux grandes entreprises locales, puisque la mine et la métallurgie sont entrées dans un cycle incertain de crise, est l’unique solution pour éviter le naufrage de la Nouvelle-Calédonie. Révisions de la fiscalité, simplifications administratives, soutien des pouvoirs publics et de leurs services aux entreprises, innovations y compris dans des secteurs porteurs déjà en place comme le tourisme, ce sont les réformes à conduire.

D’ailleurs, sans les 160 milliards transférés annuellement par la métropole, véritable « amortisseur » de crise spécifique au Pacifique français, les Calédoniens seraient depuis plusieurs mois dans la tourmente.

Mais à présent, « l’amortisseur » n’est plus qu’un « ralentisseur » tellement l’urgence est prégnante. Assurément, le prochain gouvernement local aura du pain sur la planche.

ÉTAT FÉDÉRAL CALÉDONIEN : LES OBSTACLES à l’hypothèse développée par Urvoas

Après avoir été battu par une candidate La République en Marche aux dernières élections législatives, Jean-Jacques Urvoas, ancien Garde des Sceaux, député pendant 10 ans, élu dont la réputation de sérieux est associée à sa compétence de juriste –Il est Maitre de Conférence à l’Université de Bretagne Occidentale-, est venu plusieurs fois en Nouvelle-Calédonie. Sa publication, dans le Club des Juristes, intitulée : « État Associé ou Fédéré, des pistes pour l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie » suscite beaucoup de commentaires. Commentaire supplémentaire.

CHRISTNACHT, URVOAS ET … LATASTE
En « spécialité Nouvelle-Calédonie », il y a l’ancien et le nouveau. L’ancien, c’est évidemment Alain Christnacht qui a vécu en direct les événements » de 1984 et la genèse des statuts révolutionnaires qui ont suivi. Le nouveau, c’est, semble-t-il, Jean Jacques Urvoas. Tous deux se prévalent d’une pensée rocardienne, mais Urvoas, lorsqu’il avait remplacé Taubira Place Vendôme, avait « viré » Christnacht, directeur de Cabinet de cette dernière …

Enfin, ce serait une erreur d’oublier un autre grand connaisseur de l’histoire récente du territoire, ancien directeur de Cabinet du ministre de l’Outre-mer comme Alain Christnacht lors des périodes « chaudes » : Thierry Lataste. Hors ses fonctions de Haut-Commissaire, il a, de manière constante, été en prise directe avec le dossier calédonien : en qualité de directeur de Cabinet du ministre de l’Intérieur puis en qualité de directeur de Cabinet du Président de la République !

L’autre différence, c’est que lui … est en poste sur le lieu du débat, et, semble-t-il, pour une longue séquence !

ÉTAT ASSOCIÉ ET ÉTAT FÉDÉRAL
Pour Jean-Jacques Urvoas, la solution institutionnelle répondant aux querelles calédoniennes repose dans deux concepts : l’Etat associé, et l’Etat fédéré.

Il ne retient guère la solution « Etat associé », à la fois pour des difficultés constitutionnelles, mais surtout parce que le territoire devrait passer par la case «indépendance » avant tout contrat d’association. D’où les incertitudes et les inquiétudes suscitées par les décisions futures –et par définition imprévisibles- de l’Etat souverain calédonien. Exit donc l’Etat associé.

L’ancien ministre de la Justice penche donc pour l’Etat fédéré. Avantage incontestable : la Nouvelle-Calédonie devient un Etat sans être indépendante, de quoi théoriquement satisfaire tout le monde :

  • les loyalistes ont une solution qui ne les détache pas de la République,
  • les indépendantistes parviennent à obtenir un statut d’Etat pour la Nouvelle-Calédonie avec l’aval des loyalistes. C’est le consensus qui permet, de surcroît à la France, de faire constater par l’Onu la décolonisation de l’ancienne possession au terme de l’option délibérée en 1970 par les Nations Unies sur les processus possibles de décolonisation.

Et la Nouvelle-Calédonie est retirée de la liste des pays à décoloniser.

L’exercice intellectuel, juridique et même politique est, sans conteste, passionnant. Jean-Jacques Urvoas a d’ailleurs l’honnêteté de rappeler que Jean-Yves Faberon, professeur d’Université, avait localement, étudié cette piste. Certains partis politiques, certains élus avaient également évoqué cette hypothèse. Urvoas la théorise avec le retentissement qui tient à ses anciennes fonctions nationales, et à sa proximité avec le nouveau pouvoir.

Mais aussi séduisante que puisse apparaître la formule pour certains, elle fera face à des obstacles chez une majorité de calédoniens à l’issue d’un exercice que les pédagogues de l’Education nationale appellent « la contextualisation » …

POUR LES ÉLECTEURS LOYALISTES, UN « ÉTAT », C’EST … UN ETAT !
La Nouvelle-Calédonie n’est pas peuplée de juristes et les Calédoniens –« les gens », comme dirait Mélenchon- , non-indépendantistes comme indépendantistes, aiment la simplicité dans les mots comme dans les actes.

Pour le vulgum pecus loyaliste, un « Etat fédéral », c’est forcément indépendant. Ou ça va le devenir un jour !

Cette prévention vaut encore plus par les divisions politiques. Si tous les partis loyalistes étaient capables de s’accorder pour parler d’une seule voix, ils auraient peut être une chance de convaincre leurs concitoyens. Mais tel n’est pas le cas, et « la mouche du coche » risque d’être mortelle pour les élections provinciales de 2019. Les récentes élections législatives ont montré une fois encore leur sensibilité épidermique à la seule idée d’indépendance.

POUR LES INDÉPENDANTISTES DURS, UN « ETAT FÉDÉRAL » RELÈVERAIT DU NÉO-COLONIALISME
Un Etat fédéral n’est pas un Etat pleinement souverain, car il est rattaché ombiliquement à la puissance administrante. La Constitution française –et son principe fondamental d’indivisibilité- devrait d’ailleurs être modifiée pour faire de la France un Etat –un vrai- fédéral. Cette modification permettrait ensuite à la Nouvelle-Calédonie d’être fédérée, processus qui sans aucun doute et accessoirement, « contaminerait » l’ensemble des Outre-mer.

Ce choix serait, bien entendu, un genre de renonciation à l’indépendance.

Le « cordon ombilical » serait considéré par les indépendantistes les plus intransigeants, comme un moyen détourné, pour la France, de conserver ce qu’ils estiment être une « mainmise » de caractère néo-colonial.

De surcroît, un Etat, pour les indépendantistes, dispose d’un vote à l’Onu. Hypothèse inconcevable pour un Etat fédéré.

TJIBAOU ET YEIWENE ONT ÉTÉ ASSASSINÉS POUR AVOIR SIGNÉ UN ACCORD
Mais pourtant, s’interroge esprits cartésiens tout autant qu’esprits rationnels, les indépendantistes savent d’une part qu’ils n’auront pas la majorité pour choisir l’accession à l’indépendance, et d’autre part, que la viabilité économique du territoire n’est pas raisonnablement possible sans la France. Alors ?

Alors, la plupart des indépendantistes savent parfaitement cela. Ils sont d’ailleurs plutôt satisfaits du statut actuel qui a permis l’usine du nord pour le nord, et des fonds publics copieux venant essentiellement du sud pour les Iles. Mais les dirigeants font partie d’une génération qui a connu le drame épouvantable du 4 mai 1989.

Chacun sait que les deux leaders historiques du FLNKS ont été tués par un indépendantiste. Mais se souvient-on de la raison de cet acte ?

Pour son auteur, à la suite de la prise d’otage d’Ouvéa et de son dénouement sanglant, les responsables signataires des premiers accords avaient, ce faisant, renoncé à l’indépendance et donc, trahi « la cause ». Depuis, excuses et pardons coutumiers ont fait leur œuvre au sein des clans et des familles. Mais la mémoire demeure.

Certes, il y a eu 1998, mais la « solution consensuelle » proposée par Jacques Lafleur était une étape d’un long chemin, le « préalable minier » aboutissant au « geste fort » de la cession du massif Koniambo avait fait le reste. Cependant, 1998 a un terme : 2018, et celui là est l’heure irrévocable des choix.

A la fin de ce processus de 30 ans, qui, des leaders indépendantistes, prendra la responsabilité historique de « renoncer à l’indépendance » … et les risques personnels avec ?

Ce sera probablement le lot de la génération ou des générations à venir …

LANDERNEAU AGITÉ, APPROCHE ROCARDIENNE DU GOUVERNEMENT, HAUT-COMMISSAIRE ATTENTIF
De tout cela, le landerneau s’agite. Déjà, certains ont « dégainé » par forme de communiqué.

On sait que le Président de la République tout comme le Premier ministre procéderont à une approche « rocardienne » du sujet. D’abord, parce qu’ils sont partiellement issus cette mouvance, ensuite parce qu’Emmanuel Macron, en préfaçant « C’était Rocard », de Jean-Paul Huchon, a clairement fait l’éloge de la « méthode Rocard », enfin parce que Michel Rocard est lui-même le père des Accords de 1988 qui ont ramené la paix en Calédonie.

Quelle approche ? Un Etat actif, un dialogue dense et complet, une situation ouvrant la voie au consensus, une solution adaptée aux réalités s’appuyant, en tant que de besoin, sur l’innovation.

La première étape de ce processus méthodique a été la visite d’écoute d’Annick Girardin. Le test « innovation » est la communication de Jean-Jacques Urvoas.

La suite sera la préparation, puis la visite du Premier ministre.

Une inconnue, pour ces nouveaux responsables qui ne connaissent pas la complexité calédonienne : le contexte.

En attendant, Président de la République et chef du gouvernement disposent, sur place, d’un Haut-Commissaire professionnel et connaisseur, qui observe, rapporte, compte les points, peut-être en souriant intérieurement. Ses proches n’ont pas oublié un surnom : « le snake » …

YOANN LECOURIEUX ÉLU 1er VP DU CONGRÈS-L’émergence d’un homme discret

 Yoann

Yoann Lecourieux est un élu qui a la particularité d’être hyperactif, omniprésent mais dont la présence pour n’être jamais ostentatoire est toujours discrète. Émergence.

Ancien Secrétaire général de la mairie de Dumbéa, de nombreuses années Vice-président du CTOS, cet élu est chef de groupe à la Province sud, et préside également aux destinées de la Secal.

Son « parlé posé » et plutôt libre ne l’empêche pas d’avoir des convictions solides, lesquelles l’amènent parfois à exprimer des opinions qui peuvent interpeler jusqu’à ses pairs.

Hier matin, après que Sonia Backès ait annoncé que le groupe des Républicains Calédoniens retirait ses candidats aux vice-présidences du Congrès, la voie était ouverte pour  l’accession de Yoann Lecourieux à la première Vice-présidence.

A mi-chemin entre l’ancienne et la nouvelle génération, son parcours laisse à penser qu’il fait partie des élus qui compteront de plus en plus dans la mandature actuelle. Et probablement dans la prochaine.