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DÉBAT D’ORIENTATION BUDGÉTAIRE AU CONGRÈS : LA CAMPAGNE ÉLECTORALE DES PROVINCIALES A DÉBUTÉ

Cela n’aura pas échappé aux observateurs politiques : au travers du débat sur le « Dob » (Débat d’Orientation Budgétaire), les arguments de fond comme de forme se sont inscrits dans une échéance somme toute très proche, les prochaines élections provinciales. Avec un enjeu fondamental dans toute démocratie : le Pouvoir. Décryptage.

EMBELLIE GÉNÉRALE ANNONCÉE
Les constats, les difficultés annoncées, les « pistes » de solution amorcées présentaient deux caractéristiques : leur réalité et, parfois, leur pertinence d’une part, leur énoncé quelquefois maladroit et l’absence de stratégie globale d’autre part. Tout est d’ailleurs dans la conclusion : « modèle économique à bout de souffle », « seules l’évaluation des politiques publiques et leur révision, ainsi qu’une contraction majeure de nos postes de dépenses incompressibles (!) permettront d’adapter les dépenses à un cadre contraint », « recherches de nouvelles ressources », « établissements publics qui ne pourront soutenir le rythme qu’imposent nos besoins budgétaires ». L’orientation de fond qui, répétée, prend l’aspect d’une incantation : « la transformation de notre modèle économique favorisant une redistribution mieux équilibrée est inévitable« , reprend l’antienne de la « compétitivité/croissance », confirmée comme le « pilier du modèle économique calédonien » du gouvernement actuel.

Le rapport annonce pourtant « une embellie générale » pour 2018. Celle-ci serait fondée sur la progression du nickel, mais … plus timide dans les autres secteurs. Et d’annoncer pour l’an prochain, l’arrêt de la destruction d’emplois dans le secteur privé. Impasse à l’évidence faite sur le cas de l’usine Vale, dans le sud.

CONSTATS DE SITUATIONS CONNUES DEPUIS PRÈS DE 3 ANS
L’analyse prend en compte notamment l’insoutenabilité du modèle social actuel. « Un déficit attendu du Ruamm très problématique« . Et c’est la faiblesse politique du document. Les constats effectués sont prégnants depuis plusieurs années. Ainsi, le déficit du Ruamm, ses projections catastrophiques pour les 10 années à venir, ont même été exposés publiquement dans des conférences universitaires.

Bien sûr, la baisse des recettes budgétaires, l’augmentation des dépenses publiques, l’endettement presque maximum de la Nouvelle-Calédonie limitant désormais le recours à l’emprunt, tout est inscrit.

TAXE SUR L’ALCOOL AU SECOURS DES PROVINCES ET DU RUAMM
Dans l’urgence, une augmentation drastique de la fiscalité sur les alcools sera proposée au Congrès. Rendement espéré : entre 4,5 et 5,4 milliards. « 3 milliards viendront soutenir les Provinces par la prise en charge des dotations globales de fonctionnement hospitalières« , et le solde « devrait financer une partie du Ruamm à hauteur de 2 milliards environ« .

Cette dernière dotation permettra au Ruamm de surmonter son impasse actuelle de trésorerie. Restera à juguler les déficits du régime qui « plongent » vers les 20 milliards.

Et restera également, comme chacun l’espère, un volet d’actions pour la prévention et la répression des abus d’alcool.

GÉRER LE PIRE EN PÉRIODE ÉLECTORALE
Le referendum de 2018 a tellement mobilisé l’option publique qu’elle pourrait masquer un rendez-vous majeur pour la conservation ou le changement de pouvoir en Nouvelle-Calédonie : les élections provinciales de mai 2019, c’est à dire dans à peine un peu plus d’un an.

Pour la majorité au pouvoir, ce sera la quadrature du cercle. Et le rapport du « Dob » le confirme. Les contribuables, les entreprises, les fonctionnaires ont de quoi se faire du souci, à moins d’un miracle … ou d’un report des solutions au delà de mai 2019.

Certes, tout laisse à penser que néanmoins, les projets d’augmentations des impôts directs seront mis de côté. Reste la taxe sur les boissons sucrées et la TGC, dont les taux multiples, s’ils sont maintenus, provoqueront les migraines des comptables et du secteur privé.

Côté exonérations fiscales, ce sera un coup de rabot pour récupérer une partie des 36 milliards que coûtent ces incitations.

Les interventions, c’est à dire les aides aux secteurs non publics et aux associations, vont subir une baisse. Comme disait -fort justement- un ancien « ministre des finances et du budget : « quand y’a pas, y’a pas« .

La fonction publique, plus développée en Calédonie que dans la moyenne des pays comparables, devrait également se serrer la ceinture. Masse salariale « contractée« , « réduction des établissements publics » seront probablement d’autant plus nécessaires que les tenants des comptes publics ne disposent plus d’aucune marge de manœuvre.

CAMPAGNE ÉLECTORALE ET DOB
Tous ces sujets feront l’actualité politique de 2018, en plus du scrutin d’autodétermination. Certes, ce dernier est essentiel. Il pourra être émaillé de quelques désordres publics. Il mobilisera tous les électeurs admis à voter. Mais le jour d’après est pratiquement connu, et les institutions continueront à fonctionner tout comme la loi organique .

Or cette dernière prévoit un renouvellement des institutions. Dans 17 mois, c’est à dire, passées les vacances, la rentrée, le premier tiers d’IRPP, demain. La campagne électorale a donc commencé.

Les interventions des élus des Républicains Calédoniens se sont totalement inscrites dans le thème de cette campagne : la situation budgétaire, économique et sociale du territoire. Le parti nouvellement créé joue, sans ses anciens partenaires désormais dans la « plate-forme », la carte de l’opposition tranchée au pouvoir en place.

Ce dernier, quant à lui, va devoir gérer. Toutes les difficultés.

Sur les pistes tracées, jonchées d’épines et de larmes, sans alternative de gestion, il peut entreprendre la réussite. Mais à quel prix électoral ?

LAURENT WAUQUIEZ ÉLU AU PREMIER TOUR

Avec 74,64% des voix, contre 16,11% pour Florence Portelli et 9,25% pour Maël de Calan, le favori Laurent Wauquiez a été élu Président des Républicains.

Au total, 99 597 adhérents de LR ont participé au scrutin, soit 42,46% des inscrits. C’est au-delà de la barre symbolique des 50.000, en dessous de laquelle le scrutin aurait été perçu comme un échec. Pour Laurent Wauquiez, cette victoire dès le premier tour lui permet de consolider la légitimité de sa présidence. Mais ne le protège pas d’un risque d’isolement politique. Au-delà de l’exclusion de quelques élus LR désormais membres de LREM ou d’Agir, les centristes ont pris leurs distances avec le probable vainqueur. «Il n’y aura plus d’alliance avec Les Républicains en tant que parti», a insisté Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, dans Le Parisien

EDOUARD PHILIPPE AU CONGRÈS : ENGAGEMENT PERSONNEL ET MÉTHODE

Foule des grands jours pour la visite du Premier ministre au Congrès. Exceptionnellement, le discours devant le « Parlement » local s’est tenu en fin de séjour. Probablement pour tenir compte des enseignements du premier contact, et de la perception de l’attente des Calédoniens. Méthode et engagement.

Edouard Philippe peut être satisfait de son voyage en Nouvelle-Calédonie. Il y a, à la fois, montré sa connaissance des dossiers, son tact, et affirmé son engagement personnel et de celui de l’Etat. En entraînant les élus locaux dans ce mouvement.

A preuve, la fixation de la date du referendum. Ce n’était pas certain avant sa venue, c’est sûr après son séjour : le Congrès le fera, et prendra ainsi les responsabilités conférées par la Loi Organique.

DANS LES PAS DE MICHEL ROCARD
Le Premier ministre, comme le Président de la République, n’ont jamais caché une certaine proximité avec Michel Rocard, de sa perception de la politique et de sa méthode. « Il figure dans mon Panthéon personnel« , ajoutant dans les « géants » de la solution calédonienne, Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur. Libération avait d’ailleurs titré, avant son départ pour la Calédonie : « Edouard Philippe dans les pas de Michel Rocard ».

Reprenant habilement les réflexions des uns, les propositions des autres, Edouard Philippe a d’abord placé l’expérience calédonienne à un très haut niveau : « expérience unique », sans précédent dans l’histoire d’une décolonisation en marche, et un exemple à méditer. Propos qui ne sauraient déplaire aux Calédoniens …

LA MÉTHODE PHILIPPE
Puis, concrètement, il a annoncé sa méthode :

1) constituer une équipe resserrée d’une dizaine de personnes chargée d’échanger sur 5 thèmes : le bilan des Accords entre « maintenant et la fin du mois de janvier« , la situation des compétences transférées, la place de la Nouvelle-Calédonie dans le monde, c’est à dire au delà de son espace régional, et enfin le socle des valeurs et des projets en commun, « substrat de la Calédonie de demain« . L’ensemble de ces échanges devraient avoir pour terme la fin du premier trimestre 2018.

2) tenir un Comité des Signataires à la première quinzaine de mars, qu’il présiderait « personnellement ».

3) sur la consultation. Premier principe dit le Premier Ministre : « elle aura lieu« . Deuxième principe : son résultat devra être incontestable et sincère. Enfin, s’agissant de la date de la consultation, le Premier ministre a su trouver les mots pour « convaincre » le Congrès de la fixer, conformément à la lettre et à l’esprit de l’Accord de Nouméa. Il « forme le voeu » que le Congrès se prononce également sur la question qui sera posée lors du scrutin, même si cela ne relève pas strictement de sa responsabilité.

4) sur cette question, Edouard Philippe a été sans ambiguité : elle sera binaire, condition de simplicité et de clarté.

5) le travail de préparation comprendra également la campagne et le déroulement du scrutin. « Il faudra innover pour assurer la sérénité des jours d’avant« . Un comité des sages, différent des autorités de contrôle, devra veiller à l’éthique des propos lors de la campagne.

IL Y AURA UNE VIE APRÈS LE REFERENDUM
Enfin, ainsi qu’il l’avait fait lors de l’inauguration de l’antenne de l’UNC à Koné, « Le débat institutionnel ne doit pas occulter le quotidien« , suggérant que « la vie » continuera après le referendum. En responsable, il souligne quelques points relatifs au développement durable, indiquant le soutien de l’Etat pour la construction d’un hôtel à Lifou, le renforcement des contrats de développement ou encore la sécurité et la prévention de la délinquance des jeunes.

Il a annoncé que le dispositif de police de proximité sera mise en place à Nouméa et dans l’agglomération.

Dans ce registre, il a également annoncé qu’une deuxième unité du SMA sera ouverte en Province sud, et probablement à Nandai.

S’agissant du nickel, il a assuré que l’Etat sera présent pour garantir la pérennité de cette industrie en Nouvelle-Calédonie, et accompagnera la mise au point d’une stratégie nickel. Il a toutefois suggéré que le tourisme devait requérir l’intérêt soutenu des responsables. Tout en respectant les compétences presqu’entièrement locales dans ces matières.

« Mesdames Messieurs, notre monde est en train de se transformer, a-t-il déclaré. Nous le transformons. Nous devons être à la hauteur de cette transformation, tous autant que nous sommes » et de conclure : « j’ai confiance« .

LA CALÉDONIE DOTÉE D’UN « VRAI » GOUVERNEMENT CE MATIN

C’est Rock Wamytan qui l’avait annoncé sur RRB : des discussions étaient en cours pour parvenir à l’élection du Président et du Vice-président du gouvernement nouvellement élu.

D’abord lancées au sein du camp indépendantiste, ces négociations ont été ensuite portées entre les indépendantistes et les loyalistes de la « plate-forme ».

Finalement, un accord semble avoir été trouvé et la fameuse élection devrait se dérouler ce matin à 8h, heure à laquelle les membres du gouvernement ont été convoqués par le Haut-Commissaire. Philippe Germain serait reconduit à la présidence, et Jean-Louis d’Anglebermes à la Vice-présidence.

Le bras de fer politique semble donc avoir connu un terme grâce à la venue du Premier ministre à qui les partis politiques indépendantistes ainsi que ceux de la « plate-forme » ont souhaité présenter des institutions locales en ordre de marche.

De leur côté, les Républicains Calédoniens, dont le Congrès fondateur est programmé le 7 décembre prochain, a publié un communiqué dans lequel il déclare savoir qu’un « accord privé » concernant « de nouveaux transferts de compétence » aurait été conclu pour parvenir aux élections attendues. Ils affirment ne pas cautionner de qu’ils qualifient « d’accords occultes« .

C’est donc, à quelques heures de l’arrivée d’Edouard Philippe, et alors que le Congrès et entré dans la période de session budgétaire que l’Exécutif territorial va pouvoir exercer la plénitude de ses compétences. Ainsi, après sa complète installation suite aux élections attendues, il pourra effectuer son rôle de « contrôle et d’animation » des différents secteurs constitués par les directions et les services administratifs, et prendre, soit à titre individuel pour le Président, en formation collégiale pour les délibérations et la plupart des arrêtés, les décisions qui relèvent de sa compétence.

Les observateurs seront évidemment attentifs à la répartition des secteurs entre les différents acteurs. Une répartition sensible alors que des dossiers très lourds correspondant à une situation de crise vont s’imposer aux institutions : le projet de budget 2018 et ses équilibres, les politiques publiques répondant à la situation de crise économique dans de nombreux secteurs, la situation périlleuse de la Cafat et celle des régimes sociaux, les dépenses de santé supplémentaires liées notamment au Médipôle et à l’ouverture prochaine de l’hôpital de Koné, la situation sociale qui pourrait résulter de la diminution d’emplois à l’usine Vale-NC.

Au plan politique, c’est le fameux article 27 qui va prendre une place plus prégnante sur le devant de la scène. Déclarations et communiqués ont montré à quel point ce sujet devenait sensible, y compris au sein de la plate-forme.

UN PRÉSIDENT DU GOUVERNEMENT ÉLU PROBABLEMENT LORS DE L’ARRIVÉE DU PREMIER MINISTRE

Elle court, elle court la rumeur, selon laquelle des discussions se dérouleraient entre différents partis politiques en vue d’élire un président du gouvernement calédonien avant l’arrivée du Premier ministre.

Edouard Philippe doit arriver le 2 décembre, et s’exprimer devant le Congrès le 5 décembre. Artisan majeur de l’accord politique sur les listes électorales lors du dernier Comité des Signataires, il bénéficie de soutiens importants localement, déclarés ou non.

Les discussions se seraient d’abord déroulées entre indépendandistes.

L’Union Calédonienne, du moins une partie de l’UC, se montrerait très désireuse de « faire preuve de responsabilité« . Rock Wamytan a été  le plus clair, lors d’une émission diffusée récemment par RRB. Quant à Neko Hnepeune, Président de la Province Îles et Vice-président de l’UC, il a, à plusieurs reprises, pointé du doigt les difficultés de gestion budgétaire de la collectivité qu’il dirige du fait de l’absence d’un gouvernement en ordre de marche.

Du côté du Palika, soutien d’Emmanuel Macron lors de élections présidentielles, et en dépit des tensions avec Calédonie Ensemble issues des élections législatives, pas de ferme opposition au règlement des difficultés institutionnelles par un parti séparatiste.

Le sort du gouvernement pourrait ainsi être réglé avant, ou lors de la visite d’Edouard Philippe, ce qui viendrait, accessoirement, ajouter à l’autorité qui lui a été reconnue lors du Comité des Signataires.

Cette séquence de retour à la normale porterait deux conséquences institutionnelles et politiques : la mise à l’ordre du jour urgente du projet de budget 2018 et la très épineuse question de l’équilibre des comptes sociaux ainsi que la situation économique d’une part, les commentaires au sein du camp loyaliste alors que la campagne pur les futures élections provinciales est d’ores et déjà lancée, d’autre part. A moins que l’adhésion du membre du gouvernement des Républicains Calédoniens à La République en Marche ait eu une incidence …

SEISME À HIENGHÈNE : GOA BATTU – L’ANALYSE D’UN SCRUTIN

Hienghène n’est pas une commune comme une autre. Longtemps administrée par Yves de Villelongue, du RPCR, elle a été conquise par Jean-Marie Tjibaou, Président de l’Union Calédonienne. Cruellement marquée par les événements, la municipalité s’est ensuite inscrite dans la continuité UC avec Daniel Fizdiepas, puis Daniel Goa. La conquête que vient de réaliser le Palika a de nombreuses conséquences. Analyse.

Daniel Goa n’est pas « que » maire de Hienghène, fonction déjà hautement symbolique dans la liturgie de l’UC. Il y a tout juste une semaine, il s’est fait littéralement plébisciter à la tête de l’Union Calédonienne à l’issue d’une campagne très dure à l’égard de « la puissance coloniale », l’objectif de souveraineté « du peuple kanak », et un fracassant « niet » à tout accord sur le sortie … des Accords.

DEUX SIGNIFICATIONS
Sa défaite porte, pour cette raison, deux significations évidentes.

D’une part, les électeurs de Hienghène ont répondu en majorité à la proposition de changement municipal prônée par André Levy du Palika. Exit le successeur de Tjibaou à la magistrature de la commune. D’autre part, la majorité des électeurs a montré sa non-adhésion au discours du Président de l’Union Calédonienne. Exit l’UC.

Mais sur l’échiquier politique, les conséquences sont d’une autre nature.

UNE FORME DE RÉGLEMENT DE COMPTE
Paul Néaoutyne, fâché avec les acteurs de la « plateforme », poursuit un dialogue constructif avec l’Etat -pas forcément avec ses « partenaires » locaux- et se trouve renforcé dans sa démarche. Et comme pendant la campagne présidentielle récente, il a été le seul à soutenir Emmanuel Macron, son poids n’en sera que renforcé à Paris.

Au plan local, il fait également payer à l’UC son absence de soutien officiel aux candidats du Palika aux élections législatives et sénatoriales, même si Daniel Goa, « à titre personnel », leur avait apporté sa voix.

Enfin, au sein de l’UC, le choc est rude. Désaveu proche de l’humiliation, l’échec de Daniel Goa pourrait mettre du baume au coeur des battus du Congrès du parti ainsi qu’à plusieurs comités du sud. Mais ce serait une erreur de croire que seul le Président du plus vieux parti calédonien est atteint. C’est tout le mouvement qui subit un échec.

PRÉSIDENCE DU GOUVERNEMENT
Au plan local, enfin, l’élection de Hienghène peut-elle apporter un élément nouveau à celle du Président du gouvernement ?

Difficile d’imaginer qu’après cette défaite et après les déclarations récentes de son Président, l’UC, parti indépendantiste, apporte une voix aux loyalistes pour sortir de la crise.

Difficile d’imaginer, tout autant, que fort de son succès et peu oublieux de l’épisode tendu des législatives, Paul Néaoutyne décide d’apporter son soutien à un Président de Calédonie Ensemble.

Mais en politique, si tout n’est pas possible, en revanche, tout peut arriver. Une chose est sûre cependant : dans un climat d’incertitude croissante, la défaite de Goa et la victoire du Palika ajoute aux interrogations sur le casse-tête calédonien.

POLITIQUE : « ETAT COLONIAL », « NIET » À UN NOUVEL ACCORD, QUE SIGNIFIE LA RADICALISATION DE L’UC ?

Les périodes électorales sont toujours marquées par une radicalisation des discours, car chaque parti veut marquer sa différence. Pour l’Union Calédonienne, l’enjeu est de redevenir le fer de lance de l’indépendance, quitte à retrouver les accents de début 1984 pour l’accession à l’indépendance kanak et socialiste. Et à gommer les avancées immenses enregistrées depuis la signature des Accords. Referendum, luttes intestines et élections municipales et provinciales, dékryptage.

Bien sûr, il faut comparer ce qui est comparable. En novembre 1984, les partis du Front Indépendantiste alors transformé en Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste, avaient boycotté « activement » les élections. Plus de 100 maisons et mairies brûlées, le territoire paralysé, des assassinats. En novembre 2018, pour l’heure, l’Union Calédonienne prépare une participation démocratique. Eventuelle, prétendent les plus pessimistes.

HARO SUR L’ETAT COLONIAL
Pourtant, au moins dans les discours, le ton de 1984 est de retour. Cible principale : « l’Etat colonial », alors que la Nouvelle-Calédonie a, depuis 1988, accédé à une situation de quasi-indépendance association. « Etat passéiste qui ne tient pas parole et se cramponne à des schémas réducteur d’antan« , c’est la menace de dénonciation internationale si la question des listes électorales n’est pas réglée comme le souhaite l’UC. Le Président de l’UC demande même des actes de repentance, rappel de la stratégie du « geste fort » de 1998 sur le domaine minier. Il dénonce la « cécité coloniale depuis 164 ans« .

« UN NOUVEL ACCORD, C’EST NIET »
Cette radicalisation du discours est également dictée en partie par les contestations internes qui sont cette fois publiquement évoquées « Je suis contesté par une fronde militante« . Rock Wamytan est-il visé, lui qui déclare au préalable que « plus aucune concession » ne sera accordée dans le cadre de la préparation au referendum ?

Exit également tous les espoirs de discussions avant l’échéance, stratégie notamment défendue par la plus grande partie des loyalistes pour préparer une suite qu’ils n’envisagent qu’au sein de la République. « Pour ceux qui espèrent un nouvel accord, c’est Niet ! »

LE CHAUD ET LE FROID
Le président de l’UC souffle le chaud et le froid. Mais davantage le froid ! Pour lui, la finalité sera la reconnaissance de la souveraineté du « peuple kanak » : « Notre revendication s’inscrit dans le temps de l’Histoire et la Parole Donnée pour restituer au peuple kanak son identité confisquée et reconnaître sa souveraineté« . Pour ce qui est du « chaud », il déclare que pour cette consultation, il n’y aura « ni vainqueurs ni vaincus », ajoutant -et cette affirmation est essentielle-, qu’au delà de l’Accord de Nouméa, « les indépendantistes ne seront plus liées par leur parole« . Sous-entendu, par l’acceptation des deux préambules des accords de 1988 et 1998. Et en clair : la lutte continuera …

UNE STRATÉGIE À TROIS COUPS
Que signifie cette radicalisation du discours au lendemain du Comité des Signataires ? Il faut analyser trois éléments.

D’abord, une situation interne où les rivalités nord-sud de l’UC ne sont pas éteintes depuis la disparition de Charlie Pidjot, et l’accession d’un président issu du Nord. Dans ce contexte, Rock Wamytan qui a regretté l’éviction du gouvernement d’un proche -Antony Lecren- et son remplacement par un élu qui, de surcroît, n’est pas du Sud, se montre à la fois actif et idéologue. La présence, à Paris, de Kotra Ureguei, en est un signe évident. Face à la base militante, Daniel Goa doit montrer à la fois la permanence de ses convictions et sa détermination à les appliquer.

Une situation interne, ensuite, mais cette fois, au sein du FLNKS. Le Conseil municipal de Hienghène -hautement symbolique parce que Tjibaou en était le maire- a été renversé par une initiative du Palika. Dans le concert local autant que dans la sphère indépendantiste, et alors que Paul Néaoutyne semble se montrer plus conciliant sur la sortie des accords, Daniel Goa joue la carte du Saint Just séparatiste. Son objectif bien sûr : battre le Palika en conservant la mairie et se doter du discours « dans la ligne de la souveraineté ».

Enfin, la préparation de la base militante à un échec référendaire sans qu’une quelconque concession puisse lui être reproché ensuite. Jean-Marie Tjibaou a été assassiné par un indépendantiste pour avoir signé les Accords de Matignon, signature interprétée comme un renoncement à l’objectif d’indépendance. Pour Daniel Goa, comme pour tous les politiques de sa génération, pas d’accord ni de concession préalable au referendum, telle est l’enseignement des drames d’Ouvéa.

Aucune concession donc, et l’annonce que « la lutte continuera » en déclarant qu’au dela de l’échéance de 2018, « les indépendantistes ne seront plus liés par leur parole« . Il s’agit là d’une façon implicite de reconnaître la possibilité d’un échec référendaire pour les séparatistes, et d’une manière de tracer une perspective en maintenant un objectif que le scrutin de 2018 ne pourra éteindre.

LE FAMEUX ARTICLE 27
Rock Wamytan a donné le « la » à Paris, en évoquant l’article 27, le dernier transfert optionnel non régalien qui donnerait à la Nouvelle-Calédonie un statut de quasi-indépendance. Il rappellera qu’en 2015, le Président du Gouvernement s’était engagé à porter ce débat devant le Congrès lors de l’année 2016 …

Ce sera probablement la revendication mise en avant après le baroud concernant l’inscription automatique des kanak sur les listes spéciale et référendaire. L’article 27 sera un sujet que l’Union Calédonienne et les Nationalistes ne lâcheront pas dans les semaines à venir.

LE RETOUR À UNE SITUATION INSURRECTIONNELLE ?
Au delà de ces évolutions radicales, peut-on craindre la retour à une situation insurrectionnelle du type de 1984 ?

La Nouvelle-Calédonie de 2017/2018 n’est pas celle de 1984. Elle en est même profondément différente. Les deux Accords de Matignon et de Nouméa sont passés, et ont bouleversé la société calédonienne, depuis la reconnaissance de l’identité kanak, jusqu’à l’accession aux leviers économiques majeurs de responsables indépendantistes.

La population kanak qui travaille, qui étudie, qui exerce des responsabilités, atteint aujourd’hui un niveau sans précédent dans l’histoire calédonienne. Les leaders de l’UC auront du mal à mettre à bas l’usine du nord, le tourisme aux Iles Loyauté, les emplois partout, l’enseignement et d’une manière générale, une forme de concorde interculturelle qui s’est consolidée. Ils auront également peine à convaincre les instances internationales qu’une situation coloniale perdure localement, et encore moins, que la Calédonie peut devenir un site d’instabilité dans le Pacifique.

Aujourd’hui, la bataille est politique. Certes, des débordements de la voyoucratie seront inévitables, et inévitablement mis au compte de la politique. Certes, en matière de prévision politique, il faut être modeste. Les mois qui viennent seront incertains.

Mais le seront-ils davantage par le référendum que par la faillite des régimes sociaux, les réductions des budgets publics, la suppression attendue d’emplois dans la métallurgie, la montée de l’insécurité, la crise économique et l’élection du futur président du gouvernement ?

 

COMITÉ DES SIGNATAIRES : QUELLE POSITION POUR LES « DURS » INDÉPENDANTISTES ?

Le comité des signataires élargi qui se réunit à Paris a été rejoint par Louis Kotra Uregei au sein de la délégation Union Calédonienne. C’est la marque d’un durcissement dans la position du partenaire indépendantiste du Palika.

LKU, Mélechon et Bové
Déjà, lors de la préparation des dernières élections provinciales, le leader du Parti Travailliste s’était démarqué par sa campagne radicale : « Kanaky 2014, ce n’est pas négociable« .

Pourtant, le résultat s’était soldé par un repli de son parti au lendemain des résultats.

Depuis, au travers du Rassemblement des Indépendandistes et des Nationalistes, le Rin, les thèmes radicaux ont été repris, mais cette fois pour l’inscription automatique des Kanak sur les listes électorales référendaires.

La préparation du référendum de 2018 est au centre de la réunion de Paris, et pour les indépendantistes, la question de l’inscription automatique, au cœur de leur revendication.

La particularité de « LKU », c’est sa proximité avec Jean-Luc Mélenchon et la nébuleuse de la confédération paysanne. Il avait invité José Bové en son temps. De quoi communiquer en métropole …

ACCORD POSSIBLE. SANS DISCRIMINATION ?
La gauche de la gauche va donc probablement donner de la voix, ces jours-ci, d’autant que le contentieux entre Manuel Valls, Président de la mission Nouvelle-Calédonie de l’Assemblée Nationale, et Mélenchon, démissionnaire de cette mission en signe d’hostilité à Vals, va alimenter le débat public.

Pourtant, un accord est peut être possible. Il tient à l’acceptation de l’inscription automatique de tous les électeurs nés en Nouvelle-Calédonie. Si tel était le cas, le tout est de connaître la répartition des contraintes. Égales pour tous, l’accord serait équitable. Automatique pour les Kanak, après justification de intérêts moraux et matériels pour les non-Kanak, et ce serait discriminatoire.

LES PROVINCIALES DE 2019
Paris – Reçus par le Président de la République hier, les participants sont ressortis convaincus que l’Etat serait acteur, et non simple spectateur.

Localement, l’enjeu politique est double : pour le résultat du référendum, c’est évident, pour celui des élections provinciales de 2019, c’est clair.

En réalité, tout ce qui se passe actuellement ressemble à une partie de billard à deux bandes : le première est référendaire, économique, sociale ou politique, la deuxième est clairement le scrutin de 2019. Le vrai enjeu de pouvoir.

COUP DE TONNERRE A HIENGHÈNE : CHUTE DU CONSEIL MUNICIPAL – RIFIFI ENTRE L’UC ET LE PALIKA

Daniel Goa Président de l’Union Calédonienne

C’est le désamour dans la commune de Hienghène entre l’Union Calédonienne et le Palika. En effet, 8 élus Palika sur 19 ont démissionné alors qu’un conflit social perturbe la mairie depuis 3 semaines.

Les conseillers avaient pourtant bâti une liste commune en 2014. Mais dès 2015, des fissures se sont fait jour, notamment à l’occasion de la récente grève.

Cette situation est particulière en raison des fonctions politiques du maire de Hienghène, Daniel Goa. En effet, le successeur de Jean-Marie Tjibaou, de Daniel Fisdiepas et de Jean-Pierre Djaiwe, est le Président de l’Union Calédonienne. Un parti qui s’était déjà désolidarisé du Palika lors des élections législatives et sénatoriales, Daniel Goa ayant quant à lui, et « à titre personnel », soutenu les candidats du partir frère.

Des nouvelles élections municipales devraient donc être organisées dans cette commune phare de la côte Est.

Décidément, avec un gouvernement pas encore « en service », une commune de Nouméa sans majorité, une prochaine dissolution de la commune de Hienghène, la Nouvelle-Calédonie connaît une période d’instabilité institutionnelle plutôt marquée.

SÉNAT : FROGIER-POADJA AU PREMIER TOUR

C’est le ticket Frogier (suppléante Léontine Ponga) et Poadja (Suppléante Nina Julié) qui l’a emporté dès le premier tour des élections sénatoriales de dimanche.

Pierre Frogier, sénateur sortant, a recueilli 255 suffrages et Gérard Poadja, 258. Tous deux se présentaient au titre de la « plate-forme » loyaliste.

120 suffrages se sont portés sur les deux candidats du Palika, Emile Nechero et Jean Creugnet, soit davantage que les seules voix des délégués du parti. L’Union Calédonienne prônait le vote blanc.

Egalement candidate loyaliste, mais hors « plate-forme », Isabelle Lafleur a obtenu un score de 95 voix, « davantage que ce que je pouvais espérer » a-t-elle déclaré. Quant à Manuel Millar, 9 bulletins se sont portés sur sa candidature.