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NOUVELLE-CALÉDONIE : L’IMPASSE

La Nouvelle-Calédonie, à l’issue du deuxième référendum, est comme un funambule amateur en équilibre incertain sur un fil agité, pouvant autant conserver un équilibre instable que basculer dans le vide. Le rapport de force possède deux faces : électoralement, le territoire est coupé en deux, démographiquement, la partie indépendantiste est moins nombreuse que la partie favorable au maintien de la Calédonie dans la République. Quant à la France, elle se trouve dans l’obligation de respecter la loi organique, et d’éviter une décolonisation ratée en pleine campagne présidentielle. Toutes conditions réunies pour que les trois « partenaires historiques » soient aujourd’hui dans une impasse.

Les indépendantistes ont le vent en poupe, mais la suite présente bien des dangers pour eux. Ils réclament, à bon droit, l’organisation du troisième référendum, convaincus de leur victoire future dans les urnes. La victoire, comme la défaite, présentent toutes deux des risques majeurs.

En cas de victoire, les indépendantistes auraient rapidement à rendre compte des assurances apportées à leurs partisans dans des matières qui touchent à la vie de chacun. Or, les affirmations de campagne devraient alors faire place à la cruelle réalité : la chute brutale, à court terme, du niveau de vie, du niveau d’enseignement, du niveau de santé, de l’emploi, ainsi que du système de couverture sociale. En cas d’indépendance, Kanaky-Nouvelle Calédonie ne devra compter que sur ces seules ressources. Possible, mais avec d’inévitables remises en cause des « droits acquis », quant les électeurs auraient cru que tel ne serait jamais le cas. Et qui pourraient alors demander des comptes à leurs dirigeants.

En cas de défaite, un scénario toujours possible, ils devraient subir l’ouverture du corps électoral, hypothèse admise par toutes les juridictions française, européenne et onusienne. Les scrutins ayant été suivis et validés par l’ONU, difficile, alors, de se mettre hors la loi internationale.

Les loyalistes ont gagné, et en démocratie, la « petite majorité » et la « grosse minorité » n’existent pas. Seule compte la majorité. En revanche, la réalité est la faiblesse de l’écart entre le refus d’indépendance et la demande d’indépendance. Certes, si la trajectoire indépendantiste est ascendante, un infléchissement de la courbe est possible, compte tenu du niveau exceptionnel de participation au second scrutin.

Exclure une troisième victoire du « non » serait donc une erreur de calcul des probabilités. Mais exclure une victoire du « oui » serait un déni de réalité électorale.

Les uns comme les autres ne pourraient probablement pas gérer leur victoire au troisième référendum tant les rapports de force s’équilibrent. En cas d’un « non », concentré en grande partie sur l’agglomération, comme en cas d’un « oui », démographiquement minoritaire, et couvrant des zones économiquement et fiscalement peu productives, la frustration, comme la peur, pourraient générer « la » situation de tous les dangers ». Quant à la France, comme en 1984, elle risquerait de se retrouver dans un nouveau bourbier. Après les présidentielles et les législatives, dans le moins risqué des cas, pendant la campagne dans l’hypothèse de graves dérapages.

L’exigence de trouver un « nouvel accord » est une lapalissade, mais point de cette perspective si celle de l’indépendance n’est pas sur la table. Ce « ticket » d’entrée est-il évitable ? Jean-Marie Tjibaou a été assassiné pour avoir signé un accord dans lequel ne figurait pas l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie. Qui peut croire un seul instant qu’à trois pour cent de la victoire, ses successeurs renonceront ?

L’Etat, prudent et disposant de quelques chiffres qui lui avaient été fournis avant la tenue du second référendum, a ouvert, par la voix du président de la République, la possibilité d’approfondir les conséquences du « oui » à l’indépendance.

Sur ce sujet sensible, les loyalistes pourraient se diviser un temps. Certains craignent qu’admettre que la Calédonie pourrait devenir indépendante provoquerait la fracture de digues anti-indépendantistes. D’autres estiment qu’un compromis difficile vaut mieux qu’une rupture brutale et catastrophique.

Encore une fois, l’Etat jouera le rôle majeur. D’abord, c’est lui qui possède les clés essentielles pour chacune des parties calédoniennes. Le maintien de l’ordre, d’abord, avec, si nécessaire, des unités spécialisées. Les finances, ensuite, quel que soit la suite du processus, parce qu’une intervention d’un pays étranger tiers pour un montant de 1,3 milliard d’euros relève de l’incantation, et que, notamment, l’essentiel des budgets de l’enseignement relève aujourd’hui de la générosité de la France. La compétence de la monnaie, par ailleurs, si précieuse pour les équilibres économiques et le niveau de vie. Enfin, parce dépendent de lui les conditions de nationalité française en cas d’indépendance, c’est à dire notamment, l’accès à l’Europe et aux enseignements français et européens.

Cette écrasante responsabilité de l’Etat n’est pas nouvelle. Elle s’est présentée en 1988, à Matignon, en 1998, à Nouméa. Comme un hoquet de l’Histoire, elle est de retour en 2020.

CE QU’AVAIT INDIQUÉ EDOUARD PHILIPPE EN CAS DE « OUI » À L’INDÉPENDANCE ET EN CAS DE « NON »

Le FLNKS souhaite que l’Etat indique quel « processus d’accompagnement » il mettrait en place en cas de « Oui » à Kanaky le 4 octobre prochain.

Ce sujet a déjà fait l’objet d’une note en octobre 2018, publiée par le Premier ministre d’alors, Edouard Philippe. Elle résume assez clairement ce que ferait la France en cas de victoire du « Oui » à Kanaky le 4 octobre prochain. Dans cette note, il était, de la même manière, indiqué ce qui se passerait en cas de victoire du « Non » à l’indépendance.

PÉRIODE DE TRANSITION LIMITÉE DANS LE TEMPS
En cas de vote favorable à l’indépendance le 4 octobre, une période de transition permettrait, d’accord parties, de « fixer un calendrier et les modalités du transfert des compétences de la France au nouvel Etat. »

 » A une date qui sera choisie de concert », le Parlement fançais serait amené à adopter une loi fixant « la fin de l’appartenance de la Nouvelle-Calédonie à l’ensemble français, tandis que les autorités du nouvel Etat devront procéder à une déclaration unilatérale d’indépendance sur la scène internationale en vue d’établir des relations diplomatiques avec les autres Etats. »

Le document précise toutefois que cette période « serait limitée dans le temps« .

LES COMPÉTENCES RÉGALIENNES À LA CHARGE DE KANAKY
Les compétences régaliennes (la justice, la défense, la monnaie et le crédit, le maintien de l’ordre, le droit pénal, les conditions d’entrée et de séjour des étrangers, la sûreté et la sécurité maritime et aérienne) et certaines compétences non transférées à ce jour (les règles relatives à l’administration des collectivités, l’enseignement supérieur, la communication audiovisuelle), seraient transférées au nouvel Etat qui en aurait la charge.

FIN DES MÉCANISMES ACTUELS DES FINANCEMENTS DE L’ETAT
La note indique que  » les mécanismes actuels des financements de l’Etat, reposant sur l’Accord de Nouméa, n’auront plus de fondement juridique, et seront donc caducs. »

Il en va donc ainsi du financement de l’exercice des compétences régaliennes citées ci-dessus (notamment les dépenses des forces armées, du RSMA, de la police nationale et de la gendarmerie), auxquelles s’ajoutent toutes les participations financières aux dépenses des collectivités : enseignement secondaire public et privé, services mixtes comme les douanes ou la météo, dispositif Cadre Avenir, dotations aux communes, contrats inter-collectivités, interventions directes des ministères français ou encore dispositif de continuité territoriale. Au total, 160 milliards FCFP qui ne seraient plus versés, par divers canaux, à Kanaky.

AIDE AU DÉVELOPPEMENT POUR KANAKY
 » Les relations financières entre la France et la Nouvelle-Calédonie seront établies dans le cadre de la politique publique d’aide au développement« ,  ce qui signifie, en clair, que les interventions financières de la France seraient de l’ordre de celles consenties aux pays africains, aux Comores ou au Vanuatu.

PAS DE DOUBLE NATIONALITÉ AUTOMATIQUE
 » Le nouvel Etat déterminera également les critères permettant d’avoir ou d’obtenir sa nationalité. La population qui aura la nationalité du nouvel Etat obtiendra alors un passeport délivré par les autorités du nouvel Etat et pourra demander la protection de son nouvel Etat à l’étranger. Une loi française déterminera enfin les conditions dans lesquelles un maintien dans la nationalité française de certains ressortissants du nouvel Etat serait possible. »

Si l’on se réfère à ce qui s’est passé lors de l’accession à l’indépendance des pays africains, des Comores et du Vanuatu, et ainsi que l’indique la note, il appartiendra d’abord au nouvel Etat de fixer les règles d’accession à sa nationalité. C’est ensuite lui qui devra assurer la protection, à l’étranger, des titulaires du passeport Kanaky.

C’est enfin le Parlement français qui examinera, éventuellement, la question du maintien de la nationalité française « à certains ressortissants du nouvel Etat« , à l’effet de fixer les conditions dans lesquelles ce maintien serait « possible« .

EN CAS DE « NON » À L’INDÉPENDANCE, la situation actuelle de la Nouvelle-Calédonie perdurerait et un troisième référendum pourrait être organisé dans les mêmes conditions que les deux premiers.

CETTE FOIS, PAS DE DÉSINFORMATION !

Les journalistes, en majorité de gauche, des années 84 avaient caricaturé les troubles en Nouvelle-Calédonie comme étant le résultat d’un conflit entre Kanak et Caldoches. Dans de nombreux articles, le « Caldoche » était présenté comme le bras de l’asservissement du « Kanak » dans un régime décrit comme colonial.

Il avait fallu l’engagement de personnalités mélanésiennes comme Dick Ukeiwe et Maurice Nenou pour démontrer l’absurdité de ce raccourci.

Aujourd’hui, d’une part, si les Kanak se sont prononcé majoritairement pour l’indépendance, nombreux demeurent les Mélanésiens attachés à la France,  notamment pour les valeurs de liberté et d’émancipation qu’elle garantit.

Quant aux « Caldoches », s’ils restent porteurs d’une histoire pionnière d’une époque coloniale « faite d’ombres et de lumières », comme le rappelle le préambule de l’Accord de Nouméa, ils sont désormais fondus dans une population marquée par une extraordinaire diversité.

Certes, le racialisme, importé de métropole, peut tenter de qualifier racialement les acteurs des grands enjeux politiques. Mais en Nouvelle-Calédonie, 60% de la population est issue des 5 océans et de métropole, brassés par d’intenses métissages. Quant aux 40% restants, qui peut affirmer que dans la population dite « kanak », le métissage est absent ?

Prétendre donc que le référendum est une confrontation entre « Kanak et Caldoche » serait … « une grosse connerie », pour justement employer un qualificatif local.

Le 4 octobre, les électeurs, et parmi eux, des Caldoches, souhaitant que la société calédonienne devienne Kanaky voteront « Oui ». Les électeurs, et parmi eux des Mélanésiens, qui ne le souhaitent pas, voteront « Non ».  Point de raccourci racial, là-dedans.

RÉFÉRENDUM : LES VERTUS SUPPOSÉES DE KANAKY v/s L’AMOUR AFFICHÉ DE LA FRANCE

A l’évidence, la campagne pour le référendum est lancée entre les deux camps qui s’affrontent. Ceux qui veulent l’instauration de l’Etat indépendant Kanaky et qui en chantent les vertus, et ceux qui veulent que la Calédonie ultra-autonome demeure au sein de la fondatrice des Droits de l’Homme et affiche son amour de la France.

LES DEUX CAMPS QUI S’AFFRONTENT AVEC DES NUANCES EN LEUR SEIN
Certes dans les camps existent des nuances. Chez les indépendantistes, le Palika prône une indépendance avec partenariat avec la France. L’UC, de son côté, veut l’indépendance tout court. Pour les liens avec la France, on verra après. La nouvelle entité MNSK n’a pas une position encore très claire. On connaît les thèmes radicaux de LKU, et le leader du MNIS quant à lui parle de « souveraineté partagée ».

Le FLNKS a livré une version « bonifiée » de ce qu’il propose pour Kanaky. Assez élaboré pour ce qui concerne les institutions, le document est plutôt fruste pour ce qui relève des ressources du nouveau pays, et ses capacité à financer les politiques publiques. Ce point est pourtant essentiel pour que les éventuels futurs citoyens de Kanaky envisagent leur vie au quotidien.

Côté loyaliste, 6 partis se sont regroupés au sein d’un formation baptisée Les Loyalistes : les Républicains Calédoniens, le Rassemblement, le MPC, le Rassemblement National, Tous Calédoniens et Générations NC. Calédonie Ensemble a décidé de faire bande à part. Motif, le « non » des Loyalistes n’est pas le même que le sien. Mais au total, tous prônent le non à Kanaky.

Le « non » des partis hostiles à l’indépendance a tout de même une signification commune : plutôt que de faire le saut dans Kanaky, conserver des institutions, une économie, un système de santé et de protection sociale, un système éducatif que les Calédoniens connaissent bien puisqu’ils vivent aujourd’hui dans cette société. L’avantage évidemment mis en avant : être dans la cinquième puissance mondiale, dans l’Europe, et bénéficier des garanties et des progrès liés à cette situation et la faire évoluer dans ce cadre stable et rassurant.

LE CAS DE L’ÉVEIL OCÉANIEN
Un parti est en marge : l’Eveil Océanien dont le leader, au titre de ce qu’il appelle l’équidistance, laisse le choix à ses électeurs, essentiellement Wallisiens et Futuniens.

LA CAMPAGNE EST EN MARCHE
Côté indépendantiste, quelques drapeaux ont été agités dans l’agglomération, et la communication s’est intensifiée avec des réunions, une publication, des déclarations. Côté Les Loyalistes, un rassemblement festif est organisé samedi à Gatope, dans la commune de Voh, pour les électeurs de la province Nord qui préfèrent que le territoire demeure au sein de la République.

LA POSITION DE L’ETAT
Reste l’Etat. Sébastien Lecornu est le nouveau ministre de l’Outre-mer, et il est visiblement  en charge du dossier référendum. Evidemment, le Président de la République et le Premier ministre en suivent l’évolution. Evidemment, les ministères de l’Intérieur et de la Justice sont concernés. L’Etat fera tout pour que le second scrutin se déroule dans la sérénité et la régularité, en dépit de la crise du Covid.

Les indépendantistes attendent, disent-ils, des réponses à leurs questions pour ce qui relèverait de l’accompagnement de la France en cas d’indépendance. Réponse précise impossible en l’absence d’un Etat souverain. Quelques banalités pourraient être servies. On connaît, en revanche, l’accompagnement de la France aux indépendances africaines ou au Vanuatu.

POUR RÉSOUDRE LES CRISES ACTUELLES : KANAKY OU BIEN LA FRANCE ?
Ainsi, la campagne référendaire est bel et bien lancée avec sur le bureau des Institutions, des sujets brûlants comme la survie de la SLN et de Vale, le devenir de KNS avec ses 1000 milliards de dettes, la crise sanitaire et ses effets désastreux sur l’économie.

Une façon de démontrer comment les solutions de ces affaires sérieuses, qui échappent aux incantations du moment, pourront se trouver plus facilement : dans la France ou dans Kanaky ?

LE MNSK, UN AUTRE PARTI INDÉPENDANTISTE

Photo Facebook

Au cours de l’assemblée générale du parti travailliste a été officialisé le rapprochement de ce parti avec le Mouvement Nationaliste Indépendantiste et Souverainiste pour former le Mouvement Nationaliste pour la Souveraineté de Kanaky.

La nation prônée est donc Kanaky formée du « peuple kanak » et de ceux « qui vont venir vivre avec le peuple kanak« , selon les termes du président du Parti Travailliste.

Indépendance rupture avec la France ? On pourrait le penser après les nombreuses déclarations du parti Travailliste. Cependant, s’exprimant sur le « oui » au référendum, le leader du MNIS envisage la campagne comme une « vocation à faire le bilan des 30 ans, mais à la fois le bilan des loyalistes et des indépendantistes« . Regrettant ce qu’il appelle le bipolarisme entre loyalistes et indépendantistes, il indique également :  » le oui nationaliste, c’est de dire qu’on peut transgresser tout ça, on peut sortir du bipolarisme, et puis avancer ensemble vers une souveraineté partagée« .

Outre le fait que la situation de « souveraineté partagée » est considérée comme la situation actuelle de la Nouvelle-Calédonie, on peut donc imaginer que la « souveraineté de Kanaky » défendue par le MNSK, et en son sein par le MNIS, serait différente de celle prônée par l’UC, et plus proche de « l’indépendance avec partenariat » vue par l’Uni-Palika.

En revanche, mais c’est généralement ce qui ressort des déclarations constitutives de Kanaky, rares sont les informations relatives au quotidien du futur « peuple de Kanaky » en ce qui concerne les réalités économiques, sociales, financières et de solidarité.

MAJORITÉ INDÉPENDANTISTE AU CONGRÈS : QUELLE PLACE POUR LES LOYALISTES ?

Le ralliement de l’Eveil Océanien au groupe UC-FLNKS-Nationalistes au Congrès enlève toute surprise pour l’élection à la présidence, le renouvellement du bureau, la présidence de la Commission permanente. Restent les commissions où les présidences ont reflété, jusqu’à présent, la représentativité des groupes. Avec en toile de fond, plusieurs sujets brûlants.

Ce matin, Boulevard Vauban, il ne devrait pas y avoir de surprise pour l’élection du président du Congrès : Roch Wamytan sera sans aucun doute reconduit dans ses fonctions, l’Eveil Océanien partageant désormais son groupe. Pour les Vice-présidences de l’Institution et le Bureau, le seul calcul de la proportionnelle devrait assurer une place partout à l’Eveil Océanien. Seule inconnue : la présidence des commissions.

Bien entendu, les deux points fondamentaux demeurent la présidence de l’Institution et la majorité dans son assemblée.

Le Président, dans le fonctionnement des débats, ne fait que garantir leur bonne tenue et une prise de parole équitable. Mais surtout, il est maître de l’ordre du jour et assure la représentation intérieure et extérieure du Congrès.

La majorité, au sein de l’assemblée, est autrement plus importante. Le Congrès est en effet un véritable parlement monocaméral, qui vote des lois et des règlements -les délibérations- organisant pratiquement toute la gestion interne de la Nouvelle-Calédonie.

La fiscalité, les lois du travail, la réglementation économique, l’enseignement, le sport, les infrastructures, bref, tout ce qui ne relève pas du régalien dépend du Congrès. Sans oublier la réglementation minière. La Nouvelle-Calédonie a ceci de particulier qu’au sein de la République, elle possède des compétences assimilées à une « souveraineté interne ». Même en matière d’enseignement, si elle le voulait, une majorité du Congrès pourrait supprimer ou transformer le baccalauréat !

C’est dire, par conséquence, l’importance de la majorité  dans cette « chambre ».

En théorie, et sur la composition des groupes, les indépendantistes sont au nombre de 29 élus, contre 25 aux loyalistes.

Dans ces conditions, la question du jour concerne la place que cette nouvelle constitution de majorité va « laisser » aux loyalistes, pourtant largement majoritaires en Nouvelle-Calédonie. Viendront ensuite les sujets relevant directement du Congrès comme la mise à l’ordre du jour de l’article 27 conférant une quasi-indépendance à la Nouvelle-Calédonie. Et en toile de fond : le gouvernement.

ROCH WAMYTAN CANDIDAT À SA PROPRE SUCCESSION AU CONGRÈS

La Nouvelle-Calédonie dispose d’un Parlement : il se nomme le Congrès. Situation unique au sein de la République, cette assemblée vote des lois qui relèvent du seul domaine de compétence du territoire, dans des matières qui échappent à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Il en va ainsi de la presque totalité des compétences de gestion interne, de la fiscalité au sport en passant par les lois du travail ou l’enseignement. La présidence de l’Institution est-elle pour autant majeure ? En tout cas, l’actuel président, Roch Wamytan, issu du groupe UC-FLNKS, sera à nouveau présenté par ce dernier pour briguer un nouveau mandat.

UN RÔLE PROTOCOLAIRE
Si le Congrès vote l’ensemble des lois dite « du pays » ainsi que les délibérations d’application, le président est d’abord chargé d’en assurer la sérénité des débats. Hors les réunions d’assemblée, il exerce essentiellement un rôle protocolaire. Il intervient également dans toutes les réunions auxquelles il participe au titre de sa fonction. Il peut par ailleurs, pour tel ou tel cas particulier, apporter un appui ou une recommandation. Enfin, il est le chef des services du Congrès et en est l’ordonnateur du budget.

IL CONVOQUE LE CONGRÈS
C’est le président qui convoque le Congrès. Ce dernier peut l’être également à la demande du gouvernement ou du Haut-Commissaire. Mais le président fixe le date et l’ordre du jour.

Ce pouvoir peut être déterminant dans certaines circonstances où la date de convocation, ou de non convocation, peut influer sur le vote ou l’avis sollicité. Par exemple sur un avis demandé par le gouvernement central.

Ainsi, lorsque l’Etat a enclenché le processus d’adoption du gel du corps électoral, en dépit des demandes de partis minoritaires, le Congrès de la Nouvelle-Calédonie n’a pas été réuni pour donner un avis.

LA FONCTION EST UNE REPRÉSENTATION POLITIQUE
Le Président du Congrès exerce une mission de représentation évidemment importante, puisqu’il préside le parlement local. L’affichage est donc que cette présidence est actuellement assurée par un indépendantiste.

Ce focus est important à l’extérieur du territoire, ainsi qu’auprès des instances nationales. Il montre qu’en Nouvelle-Calédonie, l’importance de la revendication d’indépendance n’est pas marginale. La façon dont se déroule l’élection est évidemment significative. Obtenue à la majorité, elle résulte d’un rapport de force. Issue d’un consensus, elle relève d’un processus harmonieux.

Mais la situation politique locale est complexe. Dans quelques semaines, les électeurs devront répondre à une consultation sur l’indépendance de la Calédonie ou non. Dans cette perspective, un regroupement loyaliste s’est constitué, mais Calédonie Ensemble ne s’y est pas associé. Par ailleurs, dans les couloirs trainent une rumeur sur une déstabilisation éventuelle du gouvernement dans les mois à venir. Dans ces conditions, l’élection du prochain président du Congrès sera surtout un exercice politique dont l’importance ne peut échapper à personne.

NICKEL : manœuvres du Nord pour prendre le contrôle dans le Sud

En annonçant que le FLNKS voulait que la ressource minière soit gérée par le « pays » plutôt que par les provinces, les indépendantistes reviennent sur un de leurs acquis dans les Accords de Matignon, puis de l’Accord de Nouméa. Le calcul est évident : dépouiller la province Sud d’une compétence gênante pour la conquête entreprise pour le contrôle économique du Sud par la province Nord. Stratégie.

PRENDRE LE CONTRÔLE DES OUTILS MINIERS ET MÉTALLURGIQUES DU SUD
L’annonce de la proposition de reprise de Vale par la SMSP, pourtant criblée de dettes, et le veto à de nouvelles exploitations de la SLN à Kouaoua sont des actions relevant d’une stratégie évidente.

L’annonce indiquant que, finalement, le FLNKS voudrait que le nickel redevienne une compétence « pays » traduit une volonté hégémonique de la province Nord en matière minière et métallurgique.

Toutes ces manœuvres visent, en réalité, à tenter de prendre le contrôle économique de la province Sud.

DES TENTATIONS ANCIENNES
Cette orientation n’est pas nouvelle. Elle avait déjà été initiée en matière commerciale dès l’installation des provinces en dévoyant quelques investissements issus des budgets … de rééquilibrage. C’est en effet grâce aux dizaines de milliards payés par les contribuables de la province Sud que le Nord avait fait l’acquisition d’un grand nombre d’agents économiques … dans le sud. Ces achats avaient intéressé aussi bien le secteur hôtelier avec l’acquisition du Surf ou du Beaurivage, qu’une agence de voyage ou encore … une chaîne de boulangerie-pâtisserie.

Ces tentatives n’ont guère eu de succès. La mauvaise gestion du Surf a abouti, dans un premier temps, au départ de la chaîne Accor, puis dans un second, à la fermeture de l’hôtel, et donc à la perte d’emplois de dizaines d’employés. La plupart des autres affaires ont été revendues, jusqu’à la chaîne de boulangerie.

DU PLUS SÉRIEUX AVEC LA MÉTALLURGIE
En matière minière et métallurgique, les choses ont progressé autrement. Enorme développement de la SMSP, en apparence, avec une réalité plus préoccupante. C’est qu’en effet, le fameux 51%/49% consiste à se prévaloir d’une majorité au capital sans débourser l’équivalent en investissements. Ces derniers sont réalisés par l’actionnaire minoritaire lequel, en contrepartie, détient virtuellement les domaines miniers apportés en garantie.

C’est exactement le projet qui se bâtit pour tenter de prendre le contrôle de Vale. Un groupe asiatique financerait, et obtiendrait en garantie le domaine minier.

Problème : si dans le Nord, cela ne semble pas poser de problème, en province Sud, l’assemblée est gérée par une majorité loyaliste dont la conception de l’économie du nickel ne s’inscrit pas dans « la doctrine nickel » chère à la province Nord.

RÉSOUDRE LA QUESTION EN « DÉSAISISSANT » LA PROVINCE SUD
Les faiblesses accumulées ces dernières années par l’ancienne majorité favorisent, semble-t-il, toutes les audaces de la part du FLNKS. Ce qu’il déclare correspond à affirmer qu’il serait arrangeant, pour la « doctrine nickel », que la province Sud n’ait plus sont mot à dire dans le domaine de la mine et de la métallurgie.

Un renversement de gouvernement, une majorité de circonstance au Congrès, et le tour est presque joué.

L’ennui, cependant, c’est que les compétences des provinces relèvent de la loi Organique, et que l’on voit mal le Parlement de la République, alors que la campagne pour l’élection présidentielle est pratiquement lancée, s’amuser à un tel exercice.

Mais le FLNKS sait, par expérience, que semer des petites graines peut faire un jour germe le fruit espéré. N’a-t-il pas progressé ainsi en 30 ans, passant de 30 à 40% ?

Au total, s’ils veulent préserver la société de liberté qu’ils connaissent, les loyalistes seraient bien inspirés de réaliser un bon score au prochain référendum. Ils ont un peu plus de 2 mois pour préparer un coup d’arrêt à la conquête projetée.

Sibeth Ndiaye pourrait quitter le gouvernement au remaniement prochain

Publié par ATLANTICO – L’ADIEU AUX ARMES
Au revoir Sibeth, tu vas nous manquer !

« Je te dis « tu » car, comme Eluard, je dis tu à tous ceux que j’aime. Oui, Sibeth, nous t’avons aimée. Sur la mer plate et ennuyeuse de la macronie tu faisais des vagues belles et tumultueuses. Sans toi ce quinquennat, dont il est à craindre que tu ne vois pas la fin, n’aurait été que ce qu’il est : une étendue d’eau croupissante.

« Nous avons aimé tes robes multicolores qui auraient fait pâlir de jalousie un kaléidoscope. Nous avons adoré que tu aies apporté une tache vivifiante de couleur au sein d’une équipe de mâles blancs. Oui, tu as fait preuve d’une fougue juvénile qui tranchait avec la langue empoulée de ton boss.

« Nous avons été subjugués par tes sorties et saillies rafraîchissantes. Seule toi, oui toi seule, avais eu le courage de dire que tu mentirais pour protéger ton employeur. On s’est alors moqué de toi alors qu’il aurait fallu saluer ton dévouement sans failles. Tu étais un soldat fidèle et ton chef en a profité pour s’abriter derrière toi. Aujourd’hui, cet ingrat, ce goujat, ce misogyne, ce raciste a préféré écouter les conseils de Gilles Le Gendre, un autre suprémaciste blanc, qui t’a rayé de la liste des candidats pour un remaniement ministériel.

« Nous étions tristes et tu as réussi à nous redonner le sourire. Nous avons frémi de joie quand tu as dit que tu étais de tout cœur avec les Parisiens qui souffraient de la grève du métro et que toi tu étais obligée de prendre ta voiture de fonction. Nous avons été éblouis quand tu as déclaré que les enseignants qui ne foutaient rien pouvaient aller travailler à la campagne. Nous avons été subjugués par ta franchise quand tu as dit que tu ne savais pas mettre un masque. Et nous avons écrasé de notre mépris les connards qui ont ricané en prétendant que, eux, n’avaient pas de masques.

« Tu vas, nous le craignons, nous laisser seuls avec ton chef. Nous lui ferons chèrement payer son ingratitude à ton égard. Mais tu pars avec panache. A peine le boss avait-il dit qu’aucun nom ne serait effacé de l’histoire de France, tu t’es dressée contre cet outrage fait aux minorités dont tu es si proche.

« Ainsi  tu as demandé que la plaque avec le nom du maréchal Bugeaud soit enlevée. Une façon de dire à celui que tu avais si loyalement servi « va te faire f… ». Toutes nos banlieues ont alors vibré pour toi, avec toi.

« Dans le temps, sous la IVe République, quand un ministre sentait venir l’heure de partir il s’arrangeait pour « tomber à gauche ». C’était chic, bien vu et prometteur pour l’avenir. Toi, tu as décidé, l’époque ayant changé, de « tomber du côté du 93 ».

« On te comprend, Sibeth. Mais quand même, qu’est- ce qu’une jeune femme de bonne famille sénégalaise irait faire dans des territoires contrôlés par les imams et les dealers ? Sais-tu que là-bas tu ne pourras plus mettre les robes qui font tout ton charme. Non, Sibeth, nous ne voulons pas te voir en burqa !

« Ps : Nous allions oublier l’essentiel. Tu as demandé à ce que les statistiques ethniques soient légalisées en France. Bien sûr que ce n’était pas pour compter le nombre de Noirs dans les prisons. Mais pour corriger à la hausse le nombre scandaleusement insuffisant de Noirs au gouvernement, à l’Assemblée nationale, à l’Académie française. Ca n’a pas plu à ton patron. Et il a envoyé Le Maire et Darmanin dire que ta suggestion était idiote. Ainsi tu mourus avec courage. « 

Païta : Nouvelle « plate-forme » entre Rassemblement et Calédonie Ensemble pour soutenir l’Eveil Océanien contre Willy Gatuhau

La politique n’est pas avare de surprises. Le second tour des élections municipales de Païta confirme cette vérité sans cesse alimentée. Face à la liste conduite par Willy Gatuhau, successeur d’Harold Martin à la magistrature de la ville, un regroupement plutôt hétéroclite s’est constitué. Peut-il remporter la palme ? Le nombre théorique est important, mais l’arithmétique ne fait pas forcément bon ménage avec la politique.

Milakulo Tukumuli, qui conduit cette liste fusionnée, se verrait bien dans le fauteuil de maire. Pour une première, ce serait un coup de maître. Mais pour faire une place à ses nouveaux amis, il a du faire un peu de ménage sur sa liste de l’Eveil Océanien du premier tour. Les co-listiers éliminés, et leur famille, sauront-ils prendre cette éviction avec abnégation et philosophie ? Réponse le 28 juin.

Le Rassemblement et Calédonie Ensemble se sont à nouveau unis pour la circonstance après les déchirements des élections provinciales récentes. On croyait la « plate forme » définitivement oubliée. La voila de retour à Païta. Apportera-t-elle le complément de voix espéré par l’Eveil Océanien ? Réponse le 28 juin.

Pour Calédonie Ensemble, c’est en tout cas bien joué. La liste n’avait pas réussi à passer la barre des 10% et va tout de même se retrouver avec une élue au Conseil. Et même avec une adjointe en cas de victoire.

Génération NC a pris le parti de soutenir la liste de Willy Gatuhau. Pour son leader, Nicolas Fijalkowski, « dans la continuité de notre ligne de conduite durant la campagne : le souhait d’un meilleur avenir pour les habitants de Païta et notre attachement à la France, il n’y a qu’une seule liste qui partage sans ambiguïté nos convictions républicaines ». Attachement à la France ? Tiens donc, Monsieur Tukumuli n’afficherait-il pas cette conviction ?

Willy Gatuhau demeure combatif et confiant. Mais attention, une élection se gagne ou se perd à l’issue du scrutin, pas avant. Pourtant, si l’arithmétique ne fait pas bon ménage avec la politique, le soutien de Générations NC est censé conforter sa position en lui assurant quelques centaines de voix de plus que ses principaux adversaires.

Officiellement, ce coup de canif au contrat de mai 2019 ne remet pas en cause l’existence de l’Avenir en Confiance et demeure spécifique à Païta. C’est tout de même du pain béni pour Philippe Gomes qui cherche un espace de respiration électorale après le gros revers des provinciales, et dans l’attente du résultat emblématique de la Foa. Quant aux indépendantistes, ils peuvent se frotter les mains pour ce qui pourrait apparaître comme un affaiblissement du camp loyaliste. Une aubaine alors que se prépare le référendum d’autodétermination.