Archives pour la catégorie Politique

SONIA LAGARDE ET ISABELLE LAFLEUR RESPONSABLES « EN MARCHE » EN CALÉDONIE

« Les dirigeants du mouvement à Paris ont décidé de confier à Isabelle Lafleur et Sonia Lagarde le rôle de responsables du Comité politique du mouvement en Nouvelle Calédonie aux côtés du référent Patrick Louis. » C’est en ces termes que La République en Marche met un terme aux quelques spéculations qui avaient notamment suivi quelques récentes adhésions au mouvement, adhésions effectuées à grand renfort de publicité.

De fait, ainsi que le rappelle le communiqué, chacun est libre d’adhérer au mouvement sur le site officiel. L’organisation, en Nouvelle-Calédonie, est une autre affaire.

Il faut comprendre que le Comité Politique local est une « structure fermée », et qu’il ne suffira pas d’avoir adhéré à LREM pour en faire partie.

En clair, si certains avaient dans l’esprit de réaliser un genre d’OPA sur le parti du Président de la République, c’est aujourd’hui peine perdue …

Le communiqué de Presse

Nouméa, jeudi 24 mai 2018

 « La République En Marche est un mouvement politique citoyen qui poursuit une ambition : remettre les français au cœur de la vie politique.

Ce mouvement n’est pas une addition d’individus mais le rassemblement de personnes engagées qui partagent un socle de valeurs et la volonté de regarder la réalité en face pour mieux la transformer…

Nous croyons en l’intérêt général : la politique, telle qu’elle nous anime, doit transcender les intérêts particuliers et se dresser contre tous les corporatismes qui sclérosent notre pays… ».

Ces quelques extraits de la Charte des Valeurs de La République En Marche correspondent à nos convictions, c’est le fondement même de notre engagement au mouvement La République En Marche.

Le but de cette rencontre est d’officialiser notre engagement en rappelant que nous avons affirmé notre soutien au candidat Emmanuel Macron avant le premier tour des élections présidentielles.

Les dirigeants du mouvement à Paris ont décidé de confier à Isabelle Lafleur et Sonia Lagarde le rôle de responsables du Comité politique du mouvement en Nouvelle Calédonie aux côtés du référent Patrick Louis.

Cette confiance nous honore. Il nous appartient désormais de relever ce défi afin de structurer le mouvement localement et de le développer.

Pour ce faire, nous tenons à préciser ce qui est écrit dans la Charte des valeurs de La République En Marche qui dictera notre conduite : « Nous continuerons à faire preuve d’ouverture, à accueillir en notre sein la pluralité des sensibilités et des opinions dès lors qu’elles se reconnaissent dans ce socle des valeurs, et à travailler avec toutes celles et ceux qui souhaitent faire avancer notre pays. Nous nous battons pour que de nouvelles personnes osent s’engager en politique qui ne doit plus jamais être une profession réglementée ».

S’il fallait parler de convictions, celles qui nous animent, là encore nous nous reconnaissons pleinement dans la Charte de La République En Marche qui précise : « notre conviction est que la société ne se transformera pas par injonction.

La réussite de notre pays nécessite un cap et une volonté politique, de nouvelles règles et de grands projets. Mais elle ne sera pas possible sans intelligence collective, sans dialogue avec l’ensemble des acteurs de la société, sans initiatives locales, sans l’engagement des citoyens dans la vie publique… ».

La récente venue du Président de la République et les propos tenus lors de son discours aux Calédoniens a réaffirmé ces valeurs auxquelles nous avons adhéré depuis la création du mouvement.

Structurer la représentation locale, c’est apporter notre pierre à l’édifice, être à la hauteur de l’ambition portée par Emmanuel Macron : celle de réformer la France afin qu’elle redevienne une grande et belle Nation.

Le travail est immense et nous y participerons avec conviction afin d’être à la hauteur des enjeux.

Plus la France sera forte alors plus la Nouvelle-Calédonie sera forte.

Nous invitons les calédoniens à adhérer au mouvement sur le site officiel de La République En Marche : www.en-marche.fr , l’adhésion est gratuite.

SANTÉ/SOCIAL : UN COÛT QUI PEUT « TUER » LA CALÉDONIE

« Sans réforme, les recettes fiscales calédoniennes devraient intégralement être consacrées à l’équilibre des comptes sociaux en 2030 ! ». C’est ainsi que s’exprimait, il y a plus d’un an, un haut responsable de la Cafat lors d’assises à l’UNC. Le coût de la Santé et de la Protection Sociale, actuellement en dérive totale, peut faire sombrer les finances publiques locales. Ou asphyxier les entreprises et les contribuables. Inquiétude ou panique ?

TRANSMETTRE « LA PATATE CHAUDE »
Le gouvernement a transmis « la patate chaude » au Congrès. Dans un catalogue énumérant toutes les mesures susceptibles de redresser les comptes sociaux, et notamment, le déficit abyssal du Ruamm, l’Exécutif demande aux Conseillers du territoire de faire des choix. Le principe de la démarche n’a pas manqué de faire réagir des élus.

C’est le cas des Républicains Calédoniens de Sonia Backes, qui dans un communiqué, dénoncent le fait que « le gouvernement s’est borné à transmettre au Congrès un catalogue confus et désordonné de mesures possibles (…) Le gouvernement est confronté à une situation qu’il ne maîtrise plus et il cherche à transférer sa responsabilité au Congrès« .

UNE PISTE SÉRIEUSE DE REFONTE DU SYSTÈME
La veille, la commission Santé du Congrès avait reçu les deux missionnaires de l’Inspection Général des Affaires Sociales. Jean Louis Rey et Philippe Calmette ont exposé, devant les commissaires, les grandes lignes de leur rapport qui sera déposé début juin. Une mise à plat du système, et des propositions innovantes qui, de l’avis de plusieurs élus, constituent enfin un piste sérieuse de refonte du système de Santé et de Protection Sociale permettant une maîtrise du dispositif.

350 MILLIONS QUI DEVIENNENT 7 MILLIARDS
Hier matin, en commission plénière, le Congrès a notamment auditionné l’intersyndicale des professions de Santé, puis le gouvernement a exposé ses propositions. Plusieurs demandes d’explications ont été formulées, et en particulier sur un point souligné par l’intersyndicale Santé : une ligne de 350 millions en 2017 qui passe … à plus de 7 milliards dans les comptes de la Cafat relatifs au coût du Ruamm.

CONSULTATIONS
Le Président du Congrès, Thierry Santa, a indiqué que l’assemblée recevrait les organisations concernées qui souhaiteraient être entendues, et au premier chef, la Cafat. C’est le 28 mai qu’une seconde séance en commission plénière sera organisée, sur ce dossier vital aux multiples incidences, des finances publiques à la pression fiscale sur les entreprises et les particuliers. Avec au centre, bien entendu, la santé des Calédoniens et leur protection sociale.

LA CRUELLE LEÇON D’ÉCONOMIE DE MACRON AUX RESPONSABLES CALÉDONIENS

Avec son sourire, son art maîtrisé du « en même temps » et sa réputation d’être « cash », Emmanuel Macron, lors de son discours du Théâtre de l’Île, a déroulé une vision économique du territoire « pour faire davantage », pour « structurer », « pour faire mieux », « pour mieux exploiter le territoire », « pour inventer une ambition nouvelle ». Une façon courtoise de relever les insuffisances économiques de la Nouvelle-Calédonie, et de ceux qui en sont responsables. Pas sûr que tous aient compris le message. Verbatim.

Pour enrober ses recommandations, le Président de la République les a liées à sa « stratégie Indo-Pacifique ». Il a même généreusement employé le « nous », en sachant pertinemment que le développement économique du territoire est désormais de la compétence des élus calédoniens.

FAIRE DAVANTAGE
Ainsi, au gré de son aimable allocution, il a évoqué « une ambition commerciale pour faire davantage, davantage dans toute la région, de l’agriculture à la pêche en passant par l’industrie, de faire de la Nouvelle-Calédonie un territoire exportateur« . En filigranne, « Vous pouvez faire mieux » !

AGRICULTURE : MIEUX EXPLOITER
En matière d’auto-suffisance alimentaire, rebaptisée « souveraineté alimentaire », le propos est plus précis : « Moins de 20% des besoins alimentaires de l’archipel sont couverts par la production, et l’espace ne manque pas (…) c’est à dire de mieux exploiter le territoire pour le bien de tous, c’est à dire de mieux nourrir la population, mais dans des règles et avec des pratiques qui permettront la aussi d’être cohérents avec nos propres ambitions en matière climatique (…)de construire une vraie stratégie protéinique, de construire et de développer un élevage à la mesure de nos besoins et de structurer nos filières agricoles« . C’est clair, net et précis : il y a du pain sur la planche !

INDUSTRIE : INVENTER UNE AMBITION, STRUCTURER
Pour Macron, le secteur du nickel -c’est à dire, le job de ses entreprises-, est plutôt exemplaire : « Le nickel, c’est une filière qui s’est structurée, qui s’est développée de manière exemplaire, (…) c’est un élément stratégique de « notre » développement« . Ça, c’est le côté pile. Côté face, : « Il nous faut continuer à structurer des filières industrielles, les filières industrielles de production et de transformation, les filières de service dans la transformation finale, mais pas uniquement (…)Il y a des filières aussi, comme le bois, qui ont un avenir sous-exploité, … ici aussi, nous devons être capables d’inventer une ambition nouvelle pour celle ci« . Messieurs, au travail, recommande le Président.

TOURISME : FAIRE MIEUX
En matière de tourisme, dont le potentiel n’a probablement pas échappé à l’expert économique qu’il est, le constat est encore moins équivoque. « Penser la stratégie économique de la Calédonie, c’est aussi penser le tourisme. Mais faisons nous assez bien, Pouvons nous faire mieux, sans doute oui (…) développer davantage les commerces, les installations, les infrastructures qui permettent d’accueillir davantage, de tirer parti de cette manne touristique, de créer des emplois pour nos jeunes afin que ce tourisme soit une chance assumée et que ces perspectives s’ouvrent« . Sympa, le Président quand il dit « nous ». Alors qu’il n’y est pour rien …

ÉNERGIE : UNE SOUVERAINETÉ  À CONSTRUIRE
A construire, selon lui : l’auto-suffisance énergétique. « L’énergie doit être également au cœur de cette ambition – biomasse – énergie marine – Il y a la aussi une souveraineté énergétique à construire – Du solaire en passant par les énergies marines et la biomasse, il y a toutes les voies et moyens d’une souveraineté énergétique de la Nouvelle-Calédonie« . Mais qu’avez-vous fait depuis tout ce temps, avec ce bois, ce soleil, cette mer que vous avez ?

TIRER DAVANTAGE PARTI DE LA MER
Enfin la mer.  » Et puis il y a la mer … Le mer, ici, est une chance qu’il faut pleinement reconnaître et qu’il faut pleinement transformer. La pêche est encore à développer bien davantage, la Nouvelle-Calédonie pourrait tirer parti bien davantage de ses ressources halieutiques, qui sont nombreuses, avec une capacité à exporter jusqu’en Europe (…) Thon de qualité dont les pratiques de pêche ne sont pas comparables avec les autre puissances de la région (…) Ce que je sais c’est que nous pouvons créer beaucoup plus d’emplois (…) algues, innovations, croissance bleue, il y a un continent de possibles« . Allez, braves gens, réveillez vous !

LE « LEADER OF FREE MARKETS » REDÉCOUVRE LE BLOCAGE DES PRIX
Il faut dire que les notes que le Président de la République a eu entre les mains, sur l’économie de la Nouvelle-Calédonie, a du provoquer, chez lui, quelques froncements de sourcils. Favorable à un modèle plutôt libéral -il a été présenté par le magazine Forbes comme le « leader of the free markets »-, il a redécouvert, en Nouvelle-Calédonie, la pratique du blocage des prix, la théorie du contrôle des marges des entreprises, de la relance par la consommation sans relance de la croissance des entreprises, le contrôle ou la volonté de contrôle par la puissance publique d’entreprises industrielles majeures, ou encore le monopole de l’OPT. Il a constaté que ses décisions concernant l’allègement et la modernisation du Code du Travail n’avait guère fait école. Il a découvert, ici aussi, les dérives de la dépense publique, et en particulier, celles des dépenses sociales et de santé.

Mais il a su, pour ce qui le concerne, donner son sentiment sur le futur institutionnel du territoire. « La France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie » est une jolie formule qui a plu aux Calédoniens, et qui ne manque pas de sens. N’était-ce pas l’essentiel ?

DISCOURS DE MACRON À NOUMÉA : DÉCRYPTAGE EN 10 POINTS

Quels sont les éclairages que le Président de la République a voulu apporter sur sa perception du contexte calédonien ? Quelle est sa position intime sur le referendum d’autodétermination ? Quel rôle la France veut-elle jouer en Asie Pacifique ? Les réponses étaient présentes dans son remarquable discours prononcé samedi soir, au Théâtre de l’Île, à Nouméa. Décryptage.

Point n°1 – Réconcilier tous les passés pour se projeter dans l’avenir
Quand le Président parle du passé, c’est pour « la réconciliation des mémoires et des racines« , « pour se décharger d’un fardeau« , mais dans une perspective plusieurs fois répétée :  » se projeter dans l’avenir« . Le cœur de son discours réside dans ce tryptique : Emmanuel Macron se situe déjà dans l’après referendum. En clair, il a un coup d’avance !

Point n°2 – Tourner la page de colonisation qui fait place à un choix libre et démocratique
Il reprend les thèmes du préambule de l’Accord de Nouméa des « ombres et des lumières« , « sans déni et sans repentance« , mais pour indiquer que l’échéance du 4 novembre, doit tourner la page de la colonisation. Et une fois encore, se projeter vers l’avenir.

Dans cet esprit, la restitution de l’acte de prise de possession n’est pas un renoncement. Il marque la fin d’une « décision unilatérale » pour faire place à « un lien réinventé« . En clair, l’acte de colonisation va faire place à un libre choix démocratique. C’est, en quelque sorte, au travers du referendum d’autodétermination, l’ultime étape de la décolonisation.

Or, le scrutin d’autodétermination est organisé avec la participation de l’ONU. Le Président ne pourra manquer de présenter son résultat à l’instance internationale, et au cas où le choix des Calédoniens serait de demeurer dans la France, de faire constater leur choix libre et démocratique de décolonisation …

Point n°3 – Chacun a sa place place dans l’avenir de la Nouvelle-Calédonie
Dans le cheminement de l’Histoire de la Nouvelle-Calédonie, jalonné « d’étapes« , il indique que tous ont leur place dans cet avenir, dans une énumération sans faille. Un peu à la manière de Paul Dijoud, un ancien ministre de l’Outre mer, qui, lors de ses visites,  s’adressait à chaque composante de la société calédonienne.

Il nu manque pas d’inclure, dans la société locale, les « pieds noirs et des harkis« . Une attention à l’égard de ceux qui furent particulièrement choqués par les déclarations du candidat Macron en Algérie, parlant de crimes contre l’humanité lors de la colonisation.

Kanak, pionniers, missionnaires, ouvriers des mines, commerçants, personnels de santé, militaires, pieds noirs et des harkis « arrivés dans l’angoisse des événements en Algérie« , européens, hommes et femmes venus du Pacifique. « C’est cela, la Nouvelle-Calédonie« .

Point n°4 – Referendum : le Chef de l’Etat ne prend pas parti, mais … exprime son sentiment
Président de la République, il indique qu’il se gardera de prendre parti pour le referendum, parce « ce n’est pas au Chef de l’Etat de prendre position sur une question qui n’est posée qu’aux seuls Calédoniens« . C’est sans appel.

MAIS, de manière subliminale et romantique, il indique clairement sa préférence par deux formules habiles, après avoir rappelé les sacrifices et les liens de sang entre la France et ce territoire lointain : « La France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie« . « Sans la Calédonie, la France ne serait pas la même« .

Point n°5 – Un processus dont la France est fière
Le Chef de l’Etat a voulu rappeler le processus exemplaire de la Nouvelle-Calédonie -Accords, Institutions, rééquilibrage-, fierté de la France, et processus inventé et admiré par le monde entier, affirme-t-il. En en attribuant une partie de la paternité aux Calédoniens.

Point n°6 – Des noms cités : choisis avec soin …
Quelques noms ont été cités, par le Président de la République : les « géants », Jacques Lafleur et Jean Marie Tjibaou, puis Marie-Claude Tjibaou, Isabelle Lafleur qu’il a remerciées pour la poursuite d’un engagement, Jacques Iekawe, Jean Lèques et encore Christian Karembeu.

Point n°7 – La souveraineté dans la souveraineté
« La souveraineté dans la souveraineté » : les Calédoniens vont s’exprimer souverainement le 4 novembre prochain, une expression s’inscrivant dans la souveraineté de la France.

Le Président évoque également, à plusieurs reprises, un autre type de souveraineté : la souveraineté économique ou encore la souveraineté énergétique. Mais pas d’équivoque constitutionnelle qui irait au delà du concept de la « souveraineté partagée » inscrit dans l’Accord de Nouméa.

Point n°8 – La « stratégie Indo-Pacifique » de la France
Géopolitique, Economie, lutte contre le Réchauffement Climatique sont au cœur de la stratégie Indo-Pacifique développée par Emmanuel Macron, probablement en Australie la semaine dernière et à New Delhi lors de son récent voyage en Inde.

Le Président de la République énonce clairement un « axe Paris-New Delhi-Canberra« .

Territoires français du Pacifique et de l’Océan Indien, présence militaire, échanges économiques et désormais seule porte de l’Europe depuis le retrait de la Grande-Bretagne, Cop21 et leadership pour la lutte contre le réchauffement climatique, remise en cause d’accords économiques conclus avec les USA en cette zone du monde, voilà les éléments qui justifient une « nouvelle ambition » pour la France : ce que le Président désigne par la « stratégie Indo-Pacifique« .

Point n°9 – Le Président inscrit déjà la Nouvelle-Calédonie dans la « stratégie Indo-Pacifique »
Le jour d’après, la vie continuera. Apprenez à conjuguer au futur, dit le Président, plutôt que l’imparfait. C’est sur ce chapitre qu’il laisse percer une pointe d’enthousiasme. Il décrit l’avenir de cette région du monde, et surtout l’ambition de la France qui demeure la seule puissance européenne présente. « La Chine est en train de construire son hégémonie« . Partenaire, certes, mais « si nous ne nous organisons pas, cette hégémonie réduira nos libertés« . Et d’intégrer la Nouvelle-Calédonie dans le grand projet de la France en « Indo-Pacifique ».

Dans cette ambition, la Nouvelle-Calédonie doit organiser et développer son développement économique, « sa souveraineté économique« , que le Président inclut dans sa « stratégie Indo-Pacifique » : les filières de services, les filières industrielles, l’entreprenariat, la filière numérique, le bois, l’énergie, la mer, la pêche, et bien sûr le nickel. « Penser le développement économique, c’est aussi penser le tourisme« .

En clair, et sans cruauté, ce qui reste à faire, et donc, qui n’a pas été fait …

La lutte contre le réchauffement climatique, en partenariat avec nos grands voisins, demeure un projet porté par la France. Le Président a souligné cette ambition pour le Pacifique, nourrie « des pratiques ancestrales », et mariées avec les innovations du 21e siècle.

Dans cette ambition, Emmanuel Macron pratique habilement la conjugaison du projet de la France en y associant directement la Nouvelle-Calédonie de l’après-referendum. « Nous pouvons faire davantage » et non pas, « vous pouvez faire davantage« .

Point n°10 – Nouvelle-Calédonie, Terre de Regards
Terre de Parole, Terre de Partage : à la devise de la Nouvelle-Calédonie, le Président de la République ajoute une autre locution.

« C’est une Terre de Regards », a-t-il conclu, en évoquant sa perception des émotions ressenties, et qu’il a constatées lors de son séjour. Et une nouvelle fois, l’allusion au jour d’Après : « J’aimerai que ces regards se tournent vers l’avenir. » Tout, ou presque, est dit dans cette conclusion.

« CONSTRUIRE LA SOUVERAINETÉ DANS LA SOUVERAINETÉ » – MACRON SUGGÈRE UNE DÉCOLONISATION ACCOMPLIE

C’est donc à 16h16 que le Président de la République s’est posé hier à Tontouta. Il était accompagné du ministre des Affaires Etrangères, Jean-Yves Le Drian, ancien ministre de la Défense, de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education Nationale, et d’Annick Girardin, ministre des Outre-mer. Visite de trois jours.

UN DISCOURS INHABITUEL
Dès son arrivée, Emmanuel Macron a prononcé une allocution, ce qui, somme toute, est assez inhabituel. Comme s’il voulait dessiner, dès l’abord, le cadre politique de sa visite.

Il a d’abord exhalté « l’histoire commune », un thème largement repris par la presse métropolitaine, évidemment nombreuse à être du voyage. Un équilibre entre « les ombres » et « les lumières », et parmi ces dernières, les 30 dernières années des Accords. Un hommage qui se dessine pour Michel Rocard, et avec lui, Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur.

Pour les Calédoniens, et pour l’audience nationale, après sa visite réussie en Australie, il a, bien sûr, rappelé et consacré le rôle de la France dans cette région du monde. Un rôle stratégique, et une place largement souhaitée par l’Australie et les Etats Unis.

Mais c’est évidemment tout ce qui se rattache au referendum, qui retient l’attention des Calédoniens.

LE REFERENDUM ET « EN MÊME TEMPS »,  LE JOUR D’APRÈS
De ce point de vue, les sondages publiés par Kantar/TNS et par I-Scope pour le compte de la télé Caledonia ne sont pas neutres. En arrivant sur un territoire où l’attachement à la République sera probablement confirmé par un scrutin d’autodétermination placé sous le regard des Nations Unies, le Président de la République peut confirmer sa neutralité, et « en même temps », impulser une vision politique de la Nouvelle-Calédonie d’Après.

Il ne prend cependant pas de risque. Ses citations, ses évocations, il les puise dans l’Accord de Nouméa et notamment, dans son préambule. Le cas échéant, il rappellera certainement qui sont les signataires originels de cet accord : Pour le FLNKS : Roch Wamytan, Paul Neaoutyine, Charles Pidjot, Victor Tutugoro, Pour le RPCR : Jacques Lafleur, Pierre Frogier, Simon Loueckhote, Harold Martin, Jean Leques, Bernard Deladriere.

PARTAGE DE SOUVERAINETÉ AVEC LA FRANCE
Le préambule de 1998 stipule que  » Dix ans plus tard, il convient d’ouvrir une nouvelle étape, marquée par la pleine reconnaissance de l’identité kanak, préalable à la refondation d’un contrat social entre toutes les communautés qui vivent en Nouvelle-Calédonie, et par un partage de souveraineté avec la France, sur la voie de la pleine souveraineté. », et concrètement,  » Au terme d’une période de vingt années, le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, l’accès à un statut international de pleine responsabilité et l’organisation de la citoyenneté en nationalité seront proposés au vote des populations intéressées. »

Nous y sommes. Et par le fait démocratique, Emmanuel Macron, aussi, mais cette fois, en qualité de Chef de l’Etat.

Les sondages indiquant un écart considérable en faveur d’un population qui souhaite que la Nouvelle-Calédonie demeure au sein de la République, Macron ne fait que tracer une perspective pour l’après referendum.

« CALCULER LES INTERDÉPENDANCES »
Au cas, probable, où la « pleine souveraineté » traduite par « indépendance » dans la question finalement adopté lors du dernier Comité des Signataires, est rejetée par la Calédoniens, que reste-t-il à imaginer ?

A construire ce que le Préambule de l’Accord dénomme « la souveraineté partagée avec la France », la souveraineté dans la souveraineté. Le terme n’est pas hors sujet.

Il aura un avantage non négligeable, pour le Président, et notamment aux yeux de Paul Néaoutyne qui fut le seul à défendre « la candidature Macron » lors des dernières élections présidentielles : la souveraineté est un terme qui convient bien aux indépendantistes, même si elle n’est « que » interne. C’est en grande partie ce que Jean-Marie Tjibaou évoquait en déclarant : « C’est la souveraineté qui nous donne le droit et le pouvoir de négocier les interdépendances. Pour un petit pays comme le nôtre, l’indépendance, c’est de bien calculer les interdépendances. »

L’issue du referendum risque bien d’être cette forme d’interdépendance, mais sans passer par la case souveraineté pleine et entière. Cependant, issue d’un choix « souverain » des Calédoniens.

CRITÈRES ONUSIENS DE DÉCOLONISATION
Pour la France, cette présentation pourrait être conforme à une demande de constat, auprès de l’ONU, que la Nouvelle-Calédonie serait alors dans une situation ne relevant plus des critères onusiens de « colonisation ». De quoi demander un retrait du territoire de la liste des pays à décoloniser.

Au plan local, hormis des ajustements institutionnels qui s’avèrent aujourd’hui indispensables, la situation ne serait pas fondamentalement différente, mais sa perception, elle, interne comme externe, serait davantage conforme à son régime juridique de « souveraineté partagée ».

SOUVERAINETÉ, PEUPLE, NATION
Est-ce à dire que le territoire serait alors « une petite Nation dans une grande Nation » ? Le Président de la République se garde bien de confondre les deux concepts juridiques. Parlera-t-il alors de « peuple calédonien » élément constitutif d’une « nation » ? Ce serait, de sa part, méconnaître les clivages profonds de la société calédonienne, en dépit des slogans comme  » destin commun » ou « communauté de destin ». C’est, d’ailleurs, peut être ce que souhaiteraient gommer les tenants de l’affirmation de valeurs communes aux Calédoniens.

En attendant, le referendum impose deux choix : un destin au sein de la France, ou un destin hors de la France. Par « la souveraineté dans la souveraineté« , Emmanuel Macron tente de mettre « en même temps » entre les deux.

ENTRE 66% ET 73% CONTRE L’INDÉPENDANCE – Sondage Kantar/TNS

(Source RRB) Premier sondage sur les intentions de vote lors du scrutin d’autodétermination du mois de novembre prochain : il a été réalisé par l’Institut Kantar/TNS au mois d’avril.

Résultat de ces premières estimations : entre 66% et 73% contre l’indépendance.

15% des personnes interrogées déclarent ne pas encore savoir ce qu’elles vont voter, et 12% ne souhaitent pas répondre.

Ces extrapolations sont issues d’un « socle ferme » de 58% de personnes qui sont certaines de voter contre l’indépendance, et de 15% de personnes qui sont sures de voter en faveur de l’indépendance.

Ces estimations majorent les résultats constatés lors de précédentes élections ou de précédents sondages, concernant le nombre de personnes contre l’indépendance. Cette fois, le caractère définitif du choix semble faire pencher la balance vers la crainte d’une rupture sans retour avec la France.

De nombreux indécis ont été constatés dans les Provinces nord et Iles.

Quant au taux de participation, il est estimé très élevé : 86% des personnes interrogées déclarent être certaines d’aller voter.

Autre sondage, réalisé cette fois par I-Scope pour la chaîne télé Caledonia, le Non à l’Indépendance recueillerait entre 54,2% et 65,2%, et le Oui à l’Indépendance, entre 17,9% et 27,2%.

Les indécis sont dans ne fourchette comprise entre 13,5 et 22%.

Il sera intéressant, après le 4 novembre, de revenir sur ces estimations …

POURQUOI MACRON VIENT DANS LE PACIFIQUE

Emmanuel Macron et Malcolm Turnbull à Paris

Ce n’est pas un voyage en province qu’effectue cette fois-ci le Président de la République. L’Australie, la Nouvelle-Calédonie, c’est aux antipodes, dans la région Asie-Pacifique où se sont déplacées la dynamique économique et les enjeux de puissance. L’Australie, mais surtout la Chine, le Japon, les deux Corée, les Etats-Unis, l’Indonésie, entourent les petites îles qui seront les premières victimes du réchauffement climatique. Billard à multiples bandes.

LES ENJEUX COMMUNS FRANCE-AUSTRALIE
« Ce ne sont pas que des contrats commerciaux, c’est un enjeu stratégique« . C’est en ces termes que l’ambassadeur d’Australie à Paris, Brendon Berne, avait résumé les relations entre la France et l’Australie et le contexte de la visite d’Emmanuel Macron à Canberra.

La première rencontre entre le Premier ministre australien et le chef de l’Etat, l’an dernier, avait donné le ton. Le Président de la République s’était plu à rappeler le sacrifice des soldats australiens lors des combats de Villers-Bretonneux, tout près de sa ville natale d’Amiens. Un souvenir qui scelle une relation durable.

Les points de convergence, entre les deux pays, sont déjà nombreux : l’économie libérale, au G20, la lutte commune contre DAECH, l’accord sur la COP21. Mais au delà, « l’Asie-Pacifique, zone qui est importante pour nous aussi, compte tenu de nos territoires ultra-marins et de notre présence dans cette zone qui est aujourd’hui la plus dynamique du monde« , avait déclaré Emmanuel Macron au chef de l’Exécutif australien.

Certes, la France a passé, avec l’Australie, le « contrat du siècle » avec la fabrication de 12 sous-marins, représentant un marché de … 4 000 milliards de FCFP ! Mais de surcroît, plus de 600 entreprises françaises sont implantées sur le territoire voisin. C’est considérable. Certaines, comme Thalés ou Airbus – avions ravitailleurs, hélicoptères de combat, transport de troupes, radars-, interviennent dans des secteurs stratégiques.

Cependant, le premier submersible sera construit vers 2022, et pour l’heure, tous les transferts de technologie et de compétences sont en cours. Ils visent à doter l’Australie d’une « totale souveraineté » sur ces navires, pour employer un terme au goût du jour. Un suivi qui sera également à l’agenda de la rencontre d’Etat.

Brendon Berne, ambassadeur d’Australie à Paris

ENJEU ASIE-PACIFIQUE
L’Australie, pour sa part, compte sur son partenaire France sur deux enjeux de taille, l’un dans la zone, l’autre en Europe.

Dans la zone Asie-Pacifique, l’allié français est « désiré ». Il représente, aux côtés des Etats-Unis, l’Occident et son Droit. Même si l’Australie se veut être également un pays asiatique. La lutte contre le terrorisme, le maintien de la stabilité dans le Pacifique, l’équilibre avec le puissant -et envahissant- voisin chinois, premier partenaire commercial de l’Australie, tout cela rend Canberra sensible à la rassurante présence de la France.

D’autant que par ses territoires de Polynésie, de Wallis, et surtout, de Nouvelle-Calédonie, et les accords militaires liant les deux pays, la présence de la France est devenue essentielle.

Enfin, s’agissant de l’avenir politique de la Nouvelle-Calédonie, l’Australie a soutenu le processus des Accords. Elle suit avec attention les approches chinoises sur le nickel et les installations métallurgiques de l’île …

LIBRE ÉCHANGE AVEC L’EUROPE
Le deuxième enjeu est l’accès économique à l’Europe. Avec le Brexit, et le retrait de Londres des instances européennes, La France est un partenaire bienveillant pour l’Australie. Or, celle-ci souhaiterait bénéficier d’une entrée libre sur le marché européen pour ses exportations. Ce contrat de libre-échange fera partie des items de la rencontre.

EN NOUVELLE-CALÉDONIE : LA FRANCE DES DROITS DE L’HOMME
On entend souvent la question : mais que vient faire Macron en Nouvelle-Calédonie ? Première réponse : la Calédonie est toujours collectivité de la République ; alors quoi de plus normal que le Chef de l’Etat nous rende visite ?

Mais il est vrai que cette visite se situe à 6 mois du scrutin d’autodétermination. Convergence des calendriers, peut être. Un partenariat important avec l’Australie, conclu par un « retour » à la visite de Malcolm Turnbull à Paris, d’abord, et dans la foulée, une visite sur le territoire particulier de la Calédonie. Emmanuel Macron vient ici parce qu’il avait prévu une rencontre avec les Australiens, ou l’inverse ?

Peu importe, au fond. Le Président de la République porte avec lui, sa fameuse déclaration sur les crimes contre l’humanité associés à la colonisation de l’Algérie. Une sortie qui avait choqué une grande partie des Français, et qui avait, pendant la campagne présidentielle, été éclipsée par l’annonce de l’Alliance du candidat Macron avec François Bayrou et le Modem. Probablement, un basculement dans la course à la présidence.

Il sera interpelé sur le sujet. Que répondra-t-il ?

POINT FINAL À LA DÉCOLONISATION
Pour le reste, il veut sceller la liberté d’un choix démocratique qui se prépare, en « restituant » les documents de « prise de possession », fondement de la colonisation en Nouvelle-Calédonie. Signifiant ainsi que cette époque fera place, soit à l’indépendance, soit au choix librement consenti de placer le territoire et ses habitants au sein de la République. Une sorte de point final de la décolonisation.

OUVÉA : ÉVITER LA STÈLE MÉMORIAL
Tout cela risque-t-il de se gâter avec la visite contestée par certains à Ouvéa ?

La contestation n’est pas anodine. Elle est menée par le village de Gossanah, au premier rang duquel, Maky Wea. Un nom qui résonne dans l’histoire dramatique de l’île.

Mais le groupe des « 30 », de fait, déclare être opposé à une visite à la stèle des kanak tombés lors de l’assaut de la grotte, « la tombe des 19 ». Pas à un déplacement du Président à Ouvéa.

CANDIDAT : POUR LA FRANCE – PRÉSIDENT : POUR LA CONSTITUTION
Sur le referendum, le candidat Macron s’était exprimé, en indiquant sa préférence pour que la Nouvelle-Calédonie demeure au sein de la République. Aujourd’hui, les Calédoniens ne doivent pas attendre du Président qu’il prenne position. Il est le garant de du respect de la Constitution.

Mais peut être rappellera-t-il la position de l’Etat sur la suite du scrutin : en cas de choix de l’indépendance, la mise en place de cette rupture, en cas de choix inverse, la mise en place, sous l’égide de l’Etat, d’instances chargées de réfléchir sur les « jours d’après ». Et sur les deux autres scrutins prévus …

RÉFORMES LÀ-BAS, CONSERVATISME ICI
Sur la situation économique, il ne pourra que constater la totale compétence et l’entière responsabilité des autorités calédoniennes. Osera-t-il comparer les réformes lancées sous son égide en métropole, et le conservatisme, parfois rétrograde, de l’économie locale ?

TERRE DE CONTRADICTIONS ?
En clair, des symboles sont attendus, mais pas d’annonces fracassantes. Sauf surprise, bien sûr. Probablement, sa vision de la place de la France dans le Pacifique, et le sort des Français présents dans cet océan. Aux Calédoniens de décider pour le reste.

Sûr que dans ces conditions, certains diront :  » Alors, pourquoi est-il venu« . Les mêmes auraient déclaré, si la visite n’avait pas lieu : « Quand même, il aurait pu venir nous voir !« .

Nouvelle Calédonie, terre de parole, pas sûr. Terre de partage, institutionnel, essentiellement. Terre de contradictions ? A chacun de répondre.

LE 17 AVRIL 1977 NAISSAIT LE RPC DE JACQUES LAFLEUR

C’est lors d’un grand rassemblement à l’américaine, sous un grand chapiteau, que Jacques Lafleur, fédérant plusieurs partis politiques et associations calédoniens, avait créé le Rassemblement Pour la Calédonie, le RPC. C’était le 17 avril 1977, là où se tenait le vélodrome Georges Brunelet.

Quelques mois plus tard, après la visite de Jacques Chirac qui était, à cette époque, son ami, il avait fait rajouter un « R » au signe initial.

La naissance de ce mouvement a durablement transformé la vie politique de la Nouvelle-Calédonie, alors que les principales formations autonomistes avaient progressivement pris parti pour l’indépendance à partir de 1975.

Jacques Lafleur avait réclamé, -et obtenu- une réforme du code électoral pour imposer un seuil en dessous duquel les listes candidates aux élections territoriales de pouvaient participer à la répartition des élus. Cette initiative visait à rationnaliser le débat politique, fragmenté entre une multitude de partis.

Il avait ensuite introduit la nécessité d’opérer une « réforme foncière » thème repris largement par un Secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, Paul Dijoud, ainsi qu’un secteur innovant, celui de la « Promotion Mélanésienne » allant dans le sens de la reconnaissance de l’identité kanak.

Pendant la période dite des « événements », le RPCR et Jacques Lafleur étaient apparus comme le rempart des « loyalistes » face à l’insurrection, puis aux troubles. Au cours d’un discours prononcé en janvier 1985, affiché ensuite dans toutes les mairies de France, le Sénateur Dick Ukeiwé, au nom du RPCR, avait proposé une solution de paix portant les prémisses du statut issu des Accords de Matignon.

En 1988, le RPCR avait été l’un des trois signataires -avec le FLNKS et l’Etat- des Accords de Matignon rétablissant la paix en Nouvelle-Calédonie.

Dès 1991, Jacques Lafleur avait prôné la « solution consensuelle » en lieu et place de ce qu’il nommait « referendum couperet » prévu initialement en 1998. Il avait obtenu gain de cause au travers de l’Accord de Nouméa, signé en 1998 par les mêmes partenaires.

Le RPCR avait obtenu la majorité absolue au Congrès et à la Province sud lors des premières élections provinciales, puis s’était maintenu au pouvoir grâce à une majorité relative jusqu’en 2004. Cette période de mise en place des nouvelles institutions locales, et en dépit de l’assassinat de Jean-Marie Tjibaou et Yeiwene Yeiwene en 1989, a été marqué par une grande stabilité politique, une prospérité économique et des réformes importantes dans l’ensemble des domaines relevant des compétences locales.

EN CALÉDONIE, CRISE OU PROSPÉRITÉ ?

 

Qui croire ? Pour les Républicains Calédoniens, « Tous les voyants sont au rouge » en matière économique et sociale. Pour Calédonie Ensemble, la situation n’a jamais été aussi bonne, et la plupart des voyants sont repassés au vert ! La population ouvre grand ses yeux et ses oreilles et s’interroge. Perplexité.

DEUX CONFÉRENCES DE PRESSE CONTRADICTOIRES
Conférence de presse du parti de Sonia Backès. C’est Grégoire Bernut qui sonne la charge. « Les recettes fiscales continuent de baisser, l’endettement s’envole« . L’emploi ? Le secteur public recrute et alourdit la barque de ses charges, tandis que le secteur privé subit des destructions d’emploi. Quant aux régimes sociaux, « le Ruamm frôle la cessation de paiement« .

Conférence de presse de Calédonie Ensemble, en réponse. « Élucubrations » riposte Philippe Michel. L’indicateur du climat des affaires a rebondi, et les chefs d’entreprises virent à l’optimisme, selon l’IEOM. L’emploi ? Impossible de parler de dégradation : la progression a regagné le niveau de 2015. Les pertes d’emploi dans le secteur privé sont même qualifiées de minimes. La production de nickel atteint des records, tandis que la fréquentation touristique dépasse les 120 000 touristes et que les crédits bancaires se portent bien.

Il existe donc, aux yeux des deux formations politiques, deux Calédonie différentes : l’une en crise, l’autre en retour à la prospérité. Reste à la population d’apprécier ces déclarations selon ses ressentis, ses situations personnelles et familiales, et aux entreprises d’y retrouver ses petits.

LES MOTS ET LES CHIFFRES
En fait, ces déclarations s’inscrivent dans un contexte de campagne électorale, un contexte qui dessine deux grandes tendances : celle qui désapprouve la politique économique et sociale personnalisée par le Président du gouvernement Philippe Germain, cité par les Républicains Calédoniens, et celle qui la soutient, en l’espèce, Calédonie Ensemble.

Sur la scène politique, c’est la communication qui fait rage. Les mots et les chiffres sont repris par les uns, fustigés par les autres. L’IEOM annonce que l’emploi est en hausse. C’est vrai. Mais ces chiffres recouvrent des recrutements importants dans le secteur public et des destructions d’emplois dans le privé, ce qui fait dire aux opposants -et à de nombreux chefs d’entreprise- qu’alourdir la dépense publique ne fait qu’aggraver la situation économique du territoire. Alors que les pertes d’emploi dans le secteur privé sont le seul véritable indicateur de la santé économique.

La production de nickel est très haute. C’est une vérité et c’est heureux car l’appareil productif a été multiplié par 3. Mais la SLN supprime 300 postes, et son plan compétitivité n’est pas encore abouti pour la rendre bénéficiaire. Quant aux deux autres usines, baisse de production et cours encourageant du nickel leur ont redonné le moral. Mais doit-on dire que la situation est meilleure ou qu’elle est moins pire ?

Les responsables touristiques annoncent des chiffres record : plus de 120 000. C’est vrai. Avec 15 000 Wallisiens, Futuniens, Vanuatais et Polynésiens … Et les hôteliers n’ont enregistré, quant à eux, que moins de 70 000 clients.

Reste les régimes sociaux. Personne ne peut contester qu’ils sont au plus mal, puisque les responsables de la Cafat, eux-mêmes, décrivent la situation comme un état de quasi-faillite.

QUE PENSENT LES AUTRES ?
Voila au moins l’expression de deux partis politiques. Aura-t-on le point de vue des indépendantistes, du Rassemblement Les Républicains et du MPC dans les jours à venir ?

Quant à la population, elle assiste, soit médusée, soit circonspecte, à ces grands duels de chiffres et de mots.

Au gré des débats qui s’annoncent au Congrès sur la TGC, le redressement des comptes sociaux, du budget supplémentaire, et de la nécessaire prise en compte des résultats économique de la Nouvelle-Calédonie, elle pourra sûrement se faire une opinion plus précise.

La population, probablement. Les électeurs, c’est certain.

« INDÉPENDANCE », « PLEINE SOUVERAINETÉ », LES RAISONS DU CHOIX DE L’ETAT

Compromis finalement accepté par la majorité des partis politiques, la question qui sera posée aux Calédoniens lors du referendum d’autodétermination ne répond pas complètement au souhait des loyalistes qui demandaient que le choix de la France y figure. Les indépendantistes, eux, étaient réticents à y inscrire le mot indépendance. L’Etat, compétent pour définir la fameuse question, a choisi entre les deux. Explications.

CONSTITUTION ET ACCORD DE NOUMÉA
La Nouvelle-Calédonie est une collectivité territoriale à nulle autre pareille : les modalités de son statut et du referendum sont citées dans la Constitution et le préambule de l’Accord de Nouméa y est inscrit ! Plus précisément, l’article 77 du texte fondamental de la République stipule que « les conditions et les délais dans lesquels les populations intéressées de la Nouvelle-Calédonie seront amenées à se prononcer sur l’accession à la pleine souveraineté » sont déterminées « dans le respect des orientations » de l’Accord de Nouméa.

Or, à cet égard, que dit l’Accord dans son titre 5 ? « La consultation portera sur le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, l’accès à un statut international de pleine responsabilité et l’organisation de la citoyenneté en nationalité« . Et un peu plus loin : « Une partie de la Nouvelle-Calédonie ne pourra accéder seule à la pleine souveraineté … »

En clair, soit l’Etat rédigeait une question conforme à ces prescriptions, soit … le Président de la République demandait une modification de la Constitution sur le sujet.

RISQUE DE REJET PAR LE CONSEIL D’ÉTAT
Ainsi, la marge de manoeuvre du Premier ministre était relativement étroite. La question figurera en effet dans un décret qui doit être soumis au Conseil d’Etat, lequel vérifiera scrupuleusement sa conformité constitutionnelle.

Cette conformité est devenue encore plus prégnante parce que l’Onu a été associée à la préparation et au résultat du scrutin.

C’est pour cette raison, sans aucun doute, que les souhaits visant à transformer la question pour faire apparaître un choix entre l’indépendance et « le maintien dans la France » a été écarté. Une telle option n’était pas conforme « aux orientations » définies par l’Accord de Nouméa et aurait probablement été retoquée.

CONCESSION AUX « LOYALISTES »
On peut ainsi considérer que l’adjonction du terme  » … et devienne indépendante » est une concession aux loyalistes, concession contre laquelle, d’ailleurs,  les … indépendantistes auraient eu du mal à s’opposer. Ce terme ne figure pas expressément, ni dans l’Accord, ni dans la Constitution, mais s’agissant en quelque sorte d’une synthèse du « transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, (de) l’accès à un statut international de pleine responsabilité et (de) l’organisation de la citoyenneté en nationalité », il y a tout lieu que la rédaction finalement approuvée par le Comité des Signataires sera validée par le Conseil d’Etat.