Archives de catégorie : Politique

MALAISE À L’UNION CALÉDONIENNE

La démission du gouvernement des élus indépendantistes semble laisser quelques traces au sein de l’Union Calédonienne. Le président du mouvement lui-même avait admis qu’elle s’était déroulée avec une certaine précipitation. Il en va de même, apparemment, pour ce qui concerne la composition de la liste dans laquelle la représentation éligible de représentants du sud est inexistante.

L’opinion exprimée par l’ancien membre du gouvernement de l’UC, Gérald Cortot, vient confirmer ces remous internes. « La moindre des choses qu’on peut dire, c’est que il y avait vraiment de l’impréparation dans cette démission et dans ce renouvellement du gouvernement« , a-t-il déclaré à NC1ère, ajoutant « ça fait désordre« .

Désordre ? Impréparation ? Mais à l’issue du plein gré de qui cette démission a-t-elle été décidée ?

L’AVENIR EN CONFIANCE PROPOSE LA PROLONGATION DU CHOMAGE « SPÉCIAL COVID »

Avec le gouvernement pour l’instant paralysé par l’absence de désignation du président, les ennuis commencent. Ce sont les chômeurs, victimes de la crise du Covid dans notamment les secteurs du tourisme et du transport, qui vont certainement en faire les frais. En effet, le régime spécifique, dont les indemnités sont supérieures au montant du chômage partiel « normal », va se clore à la fin du mois de février. Comme sa prolongation ne relève pas des affaires courantes, le gouvernement se trouve dans l’incapacité de mettre en œuvre sa prolongation pour 2 mois, initialement envisagée.

Pour contourner la difficulté et éviter une aggravation de la crise sociale, Virginie Ruffenach a déposé une proposition de délibération visant à « prolonger l’allocation Covid-19, dans les mêmes conditions et les mêmes formes, pour une durée de 2 mois à compter du 1er mars 2021« .

Pour que cette délibération soit examinée et éventuellement adoptés par le Congrès, celui-ci doit être convoqué en session extraordinaire à la demande de 28 de ses membres au moins.

Virginie Ruffenach a donc écrit à tous les chefs de groupe (Générations NC, Calédonie Ensemble, Uni, UC/FLNKS/Nationalistes/Eveil Océanien) pour solliciter leurs participation à la demande de session extraordinaire.

GOUVERNEMENT : « NOUS IRONS JUSQU’AU BOUT » DÉCLARE DANIEL GOA

Premières victimes collatérales des querelles indépendantistes pour la présidence du gouvernement : le chômage partiel et le congrès du FLNKS. Ce dernier devait se tenir à Lifou en fin de semaine. Il a été renvoyé. Il faut dire, d’ailleurs, que ce report évitera aux participants de se trouver confrontés à autre querelle sur l’île concernant les billets d’avions Air Cal dans le système dit de « continuité pays » …

A l’évidence, le retour à une situation normale au gouvernement n’est donc probablement pas pour cette semaine. Interrogé par RRB, le président de l’Union Calédonienne a défendu mordicus la candidature de Samuel Hnepeune, une personnalité, dit-il, qui a accumulé une solide expérience dans les compartiments publics et privés de la Calédonie, et qui, par conséquent, est l’homme de la situation selon l’UC.

Dans cette compétition fratricide entre les indépendantistes, qui va céder ? Faisant valoir par ailleurs la prééminence du futur président du gouvernement dans les discussions avec l’Etat pour avancer sur les questions du troisième référendum, Daniel Goa est catégorique : « nous irons jusqu’au bout« .

Il précise que le retour « à une administration directe de l’Etat » ne l’effraie nullement. Il faisait allusion, bien sûr, à la mise sous tutelle du budget de la Nouvelle-Calédonie. Pour le reste, ce sera au gouvernement intérimaire à gérer les affaires courantes. Pas question, en effet, d’une « administration directe » de l’Etat comme cela s’était pratiqué après la signature des Accords de Matignon, et avant la mise en place du nouveau statut d’alors. Mais en tout cas, tout laisse à penser, désormais, que les douzièmes provisoires seront mis en place par le Haut-Commissaire le 1er avril prochain. Et ce ne sera pas un poisson.

GOUVERNEMENT : BISBILLES EN KANAKY

Les partis politiques indépendantistes se sont réunis séparément, ce week end, pour se lancer quelques critiques acerbes à distance. A l’UPM, Victor Tutugoro, le monsieur « Tant pis », attaque frontalement le Secrétaire général de l’UC, Pierre-Chanel Tutugoro. Le Palika, lui, dénonce le « dénigrement » dont il fait l’objet et s’insurge contre les « propos mensongers » qu’aurait tenu un cadre de l’UC. Ce dernier, quelque peu mis en accusation, appelle à « la solidarité sans faille » de ses partenaires. Ambiance.

Dans ces conditions, il serait étonnant qu’un accord soit trouvé en début de semaine sur le nom du futur président du gouvernement. L’UC défend la candidature de Samuel Hnepeune, et une stratégie de « gestion-séduction », tandis que le Palika, soutenu par l’UPM, soutient celle de Louis Mapou.

Pour bon nombre d’analystes, les indépendantistes finiront par s’entendre, « comme d’habitude lorsqu’il s’agit de prôner l’indépendance« . Mais les querelles aujourd’hui apparentes sont de nature à donner une image des conflits à venir si la Nouvelle-Calédonie venait à choisir la voie de la pleine souveraineté …

En attendant, et pour manifester sa mauvaise humeur, le Palika a demandé que soit reporté le congrès du FLNKS initialement prévu le 27 février à Lifou. A défaut de se mettre d’accord sur une problématique présidence du Front de Libération qui dure depuis plus d’une décennie, les indépendantistes s’accorderont-ils sur la présidence du gouvernement ?

PREMIER GOUVERNEMENT INDÉPENDANTISTE : DANS LA SURPRISE DOULOUREUSE ?

Pour la première fois depuis la signature des Accords de Nouméa, les indépendantistes se sont saisis des deux assemblées « interprovinciales » : le gouvernement, hier après midi, après le Congrès, en 2019. L’apport des voix de l’Eveil Océanien dans l’assemblée « territoriale » a permis ce basculement. Mais cette élection a apporté son lot de surprises, d’incertitudes, et s’est opérée dans la surprise et la douleur.

PREMIÈRE SURPRISE : L’UNI À ÉGALITÉ AVEC L’UC/FLNKS/NATIONALISTES/ÉVEIL OCÉANIEN
La seule voix indépendantiste, probablement du Parti Travailliste, aurait suffi pour bouleverser les pronostics qui donnaient la liste conduite par l’UC grand vainqueur. Difficile, dit-on, pour le bras politique de l’USTKE de soutenir l’ex-président du Medef …

En tout cas, voila les deux frères de lutte -Uni et UC-, parfois opposés comme aux municipales, de nouveau face à face. Adophe Digoué, nouvel élu du gouvernement, mais « éjecté » aux élections communales de Yaté par un candidat UC, illustre ces épisodes rugeux.

Louis Mapou a beau évoquer les chemins de la coutume pour trouver une issue à l’élection du président du gouvernement, c’est bien un accord -ou un désaccord- politique de « derrière les fagots » qui viendra dénouer ce schéma un peu rocambolesque.

DEUXIÈME SURPRISE : L’ÉVEIL OCÉANIEN ÉJECTÉ
Second résultat inattendu de l’élection : le parti présenté comme « faiseur de rois » a été éjecté avec une double enseignement. D’une part, cela montre que les va-et-vient politiques entre les grands partis ne doivent pas occulter qu’en politique, 1+1 , cela ne fait pas toujours 2. Et d’autre part, et même si ce camouflet atteint d’abord les dirigeants de l’Eveil Océanien, ses électeurs communautaires de manquent pas de ressentir cruellement ce rejet.

Même présenté sous un aspect sacrificiel et de « don de soi », la douleur est réelle. Alors peut être, des « raccords » pourront être mis en œuvre après l’élection du président de l’Exécutif, -certains évoquent même une démission de la liste élue-, il n’empêche : l’affichage est réel.

Quant à la suite éventuellement « bricolée », l’histoire ne dit pas encore ce que préparent les militants UC du Sud, présents sur le terrain depuis 3 mois, et qui se sentent floués par une élection dont ils sont absents au profit de deux élus des Iles, et un du Nord. Et d’un hypothétique Eveil Océanien …

PATAQUÈS AU CONGRÈS POUR L’ÉLECTION DU GOUVERNEMENT

Ce n’est pas encore le rififi, mais c’est au moins un pataquès : alors que l’ensemble des observateurs prédisaient 4 sièges à la liste UC/FLNKS/Nationalistes/Eveil Océanien et 2 sièges à l’Uni, la répartition des suffrages indépendantistes a bouleversé cette donne.

C’est en effet l’Uni qui fait un score supérieur aux prévisions en engrangeant 2 voix supplémentaires.

Le résultat n’est pas mineur : les deux groupes indépendantistes se retrouvent à égalité, 3 sièges chacun, et le candidat de l’Eveil Océanien … se retrouve sur le carreau.

Beaucoup de spéculations sont désormais permises, depuis l’élection du Président, jusqu’à une éventuelle démission d’un membre de l’UC/FLNKS/Nationalistes/ Eveil Océanien pour « faire monter » Vaimua Muliava au gouvernement.

Dans un premier temps, il s’agira pour les indépendantistes de se mettre d’accord sur la présidence. Seront-ils sortis de l’auberge rapidement ?

BUDGET, RELANCE : QUELLES MESURES FISCALES ENVISAGÉES ?

« Il faut se faire mal », avait déclaré un futur membre du gouvernement à majorité indépendantiste. En clair, l’équilibre du budget global de la Nouvelle-Calédonie, celui des collectivités et des établissements publics, va être recherché sur la voies et moyens du budget local. Cela comprend, a priori, d’une part des économies de dépenses -masse salariale, interventions, fonctionnement-, et d’autre part, des recettes supplémentaires, notamment fiscales. Du côté indépendantistes, des propositions ont déjà été formulées. Elles devraient logiquement être mises sur la table de la nouvelle majorité. Sans pour autant être exhaustives.

RÉDUCTION DES DÉPENSES DES ADMINISTRATIONS
Partant du principe que les salariés sont en train de payer leur tribut à la crise, et que les contribuables vont être sollicités, des réductions seraient envisagées pour réduire les dépenses des établissements et des services publics : restructuration, gel des avancements, et à terme, orientations vers une réduction des effectifs.

AUGMENTATION DES RESSOURCES FISCALES
Dans une fiscalité au total peu complexe, les capacités d’augmentation des prélèvements est relative facile à déterminer.

La Taxe Générale sur la Consommation, la TGS, est, en quelque sorte, l’arme atomique budgétaire. Compte tenu de son assiette, une faible augmentation entraîne immédiatement des rentrées fiscales importantes, d’autant que la consommation ne fait que croître en raison, notamment, du « confinement » de la population qui ne peut dépenser à l’extérieur du territoire. Pour limiter l’impact social d’une augmentation, il pourrait être procédé à une extension du nombre de produits exemptés. Par ailleurs, les indépendantistes envisagent sérieusement une augmentation du SMG.

Les dépenses fiscales seraient minorées. Parmi elles, plusieurs crédits d’impôts, des mesures de réductions d’impôt et des charges déductibles, notamment du Revenu Global, seraient dans le collimateur.

Plusieurs autres pistes peuvent également être envisagées. Elles concerneraient des plafonnements d’avantages fiscaux, aussi bien que des réductions d’abattement fiscal, ou de nouvelles taxations comme celle des revenus occasionnels provenant des locations d’hébergements sur la plate-forme internet Airbnb.

Pour ce qui concerne la protection sociale et la santé, avant d’évoquer à nouveau la TGC sociale et une éventuelle réduction de la part salariale de cotisation, la taxe comportementale sur le sucre, l’augmentation du tabac au niveau de l’Australie et la Nouvelle Zélande, ainsi que des mesures d’encadrement de l’alcool devraient voir le jour.

LUTTE CONTRE LA VIE CHÈRE
Les indépendantistes veulent poursuivre ou relancer les actions de lutte contre la vie chère. Il ne serait donc pas étonnant qu’ils se saisissent de l’important rapport de l’Autorité calédonienne de la Concurrence sur le mécanisme de formation des prix des produits de grande consommation en Nouvelle-Calédonie.

RELANCE PAR DES GRANDS TRAVAUX
C’est d’abord sur une politique de grands travaux que s’appuieraient les éléments de relance de l’économie calédonienne. Par quels financements ? Des emprunts sollicités auprès d’organismes comme la BPI (Banque Publique d’Investissement) et la BEI (Banque Européenne d’Investissement).

LA MINE
On connaît les principes de la stratégie minière défendue par le camp indépendantiste. Ils seront appliqués. Et si, pour l’instant figure sur la table les projets de taxation à l’extraction et à l’exportation, les questions urgentes qui demeurent sont celles de la sauvegarde de la SLN, et de la reprise de l’usine du Sud. Curieusement, la production de Kouaoua est annoncée au redémarrage, tandis que le collectif Usine du Sud veut entamer des négociations.

Toutes ces mesures, déjà évoquées, ne constituent évidemment pas le programme du nouveau gouvernement. Celui-ci sera normalement dévoilé lors de la déclaration de Politique Générale. Mais une certitude se fait jour, y compris dans la gestion future des affaires : la campagne pour le troisième référendum est lancée, et il faut s’attendre à ce que toutes les décisions soient pesées et ciblées.

LES LOYALISTES PROPOSENT UN »PACTE DE GOUVERNANCE PARTAGÉE » pour le prochain gouvernement

Dans un communiqué, les Loyalistes estiment qu’en faisant tomber le gouvernement, les indépendantistes poursuivent une politique de déstabilisation du territoire, notamment au plan économique avec la volonté de s’opposer à la vente de Vale NC, et au plan social avec les conséquences d’une économie chancelante.

Ils mettent également en exergue la nécessité de voter le budget avant le 31 mars, sous peine de mettre les finances locales sous tutelle de l’Etat.

En précisant que leur démarche n’est pas fondée « sur la base d’une répartition de postes mais sur un projet fondé sur la préservation de la santé des Calédoniens et d’un retour à la croissance économique« , Les Loyalistes proposent à l’Eveil Océanien et à Calédonie Ensemble un « Pacte de gouvernance partagée » dont les orientations seraient :

• « Protéger les Calédoniens en poursuivant la stratégie menée contre l’introduction de la COVID-19.

• « Rétablir les comptes publics en établissant un plan d’économies à la fois sur les collectivités et sur les dépenses de santé et en se fondant sur les bonnes retombées fiscales liées à la mise en place des mesures de soutien à l’économie

• « Lancer un nouveau plan de relance fondé sur la consommation, l’investissement, la simplification et la concurrence.

• « favoriser le sauvetage des entreprises métallurgiques et les emplois (directs et indirects) qui y sont liés et adopter les textes visant à favoriser la valorisation de la richesse calédonienne.

Réuni hier soir en « rencontre citoyenne » à l’Université, Calédonie Ensemble déplore que ce pacte ait été, selon leurs responsables, « proposé à la presse » mais « jamais évoqué auprès de Calédonie Ensemble« .

Toujours sur sa page Facebook, le parti de Philippe Gomes affirme : « Calédonie Ensemble tentera, dans ce nouveau gouvernement – comme il l’a toujours fait – de dialoguer et de construire un projet partagé avec les autres partenaires pour sortir la Nouvelle-Calédonie de ces impasses….« 

LE NOUVEAU GOUVERNEMENT : QUAND ET QUI ?

Maintenant que le gouvernement Santa est tombé, des questions sont sur toutes les lèvres : quand sera mis en place le nouveau gouvernement ? qui sera le prochain président ? À quelle formation politique appartiendra-t-il ? Que pourra-t-il faire pour sortir du bourbier actuel ?

Quand ? Dans un premier temps, le Congrès devra fixer le nombre de membres de l’Exécutif, le maximum étant onze. Puis viendra le dépôt des listes, ce qui donnera vraisemblablement la composition du gouvernement II de l’actuelle mandature. Le Congrès sera alors convoqué pour procéder à l’élection des membres du gouvernement selon un scrutin de liste à la proportionnelle. Seuls les groupes régulièrement constitués peuvent présenter une liste, ce qui pose un problème à l’Eveil Océanien. Le parti de Mila Tukumuli ne possède pas un nombre suffisant d’élus pour former un groupe, et pour l’heure, il a intégré la formation indépendantiste UC-FLNKS-Nationalistes.

Les « ministres » étant désignés, le gouvernement sera convoqué par le Haut Commissaire dans les 5 jours pour élire son président. Puis son Vice-président.

Une fois constitué, le gouvernement devra procéder à la répartition des secteurs que chacun doit « animer et contrôler », le président disposant seul de pouvoirs individuels. Ce n’est qu’une fois l’ensemble de la procédure accomplie que l’Exécutif sera concrètement en fonction.

Dans l’intervalle, le précédent gouvernement -en l’espèce, le gouvernement présidé par Thierry Santa- demeure en fonction. Il est chargé de « l’expédition des affaires courantes ». Toutefois, en cas d’urgence ou de circonstances graves, il peut exceptionnellement intervenir. Ce qui, manifestement, est la situation de l’usine du Sud dans laquelle 3000 emplois sont en péril.

Pour quelle durée ? Depuis la modification de la loi Organique due aux démissions à répétition des membres de Calédonie Ensemble au gouvernement, qualifiées de « manœuvres électorales », aucune nouvelle démission collective ne pourra intervenir pendant une période de 18 mois, soit jusqu’en juillet 2022.

Qui sera candidat ? Côté indépendantiste, on verra d’abord qui sont les partants … Pour ce qui est du Palika, Jean-Pierre Djaiwe et Valentine Eurisouké devraient être reconduits. En revanche, des rumeurs de règlements de compte circulent déjà sur la liste de l’UC.

En ce qui concerne Calédonie Ensemble, ce sera la réponse à une possible divergence de vues entre Philippe Germain et le parti. L’ancien président du gouvernement a pris quelques positions personnelles depuis son élection, dont le vote sur l’autorisation d’exportation supplémentaire de 2 millions de tonnes de minerai sollicitée par la SLN. Réponse dans quelques jours.

Pour ce qui est de l’Avenir en Confiance, la première question concerne la participation éventuelle de l’Eveil Océanien alors que ce parti a intégré le groupe UC-FLNKS au Congrès. Quant aux membres Avenir en Confiance, ils ont acquis une expérience de l’Institution, ce qui pourrait militer en faveur de leur reconduction dans un contexte politiquement explosif et crucial. Thierry Santa en sera-t-il après avoir exercé la présidence et acquis une connaissance approfondie du gouvernement ?  Réponse également dans quelques jours.

Qui sera président ? C’est l’une des questions clés qui se posent aujourd’hui. Un indépendantiste à cette fonction, s’ajoutant à la présidence indépendantiste du Congrès, confèrerait une image forte aux séparatistes au plan intérieur, national et international. Mais les indépendantistes ne possèdent pas seuls la majorité. Alors les regards se tournent vers l’Union Océanienne et Calédonie Ensemble. Qui oserait ?

A moins que les indépendantistes se résolvent à porter à la tête du gouvernement une personnalité extérieure à leurs rangs : soit une personnalité de la société civile réputée proche, soit une personnalité proche d’autres formations ou en faisant partie.

Qui sera Vice-président ? C’est une question qui a toujours fait débat entre l’Uni-Palika, et l’UC-FLNKS. Cette fois, un désaccord ferait désordre dans les rangs indépendantistes.

Quelle répartition des secteurs ? Voilà un sujet qui interpelle particulièrement le monde économique, les contribuables et les autres collectivités.  Le secteur des mines, celui de l’économie et celui de la fiscalité seront au cœur des préoccupations. Les indépendantistes ont critiqué « la persistance des difficultés économiques et sociales », le processus de vente de Vale NC, le retard du vote du budget 2021 et « la crise de confiance ». L’attribution de ces secteurs majeurs apportera une première indication sur la politique qu’ils comptent mettre en œuvre.

Le reste n’est pas anodin pour autant. Quid de l’agriculture, de l’emploi, de l’enseignement, de l’énergie, de la santé et des affaires sociales, avec en toile de fond, la situation de la Cafat ?

Enfin, élu à la proportionnelle, le gouvernement comportera également des membres de l’Avenir en Confiance. Quels secteurs leur seront réservés par la nouvelle majorité ?

Quelles relations avec l’Etat ? Le ministre des Outre-mer a exprimé le vœu que le gouvernement soit constitué rapidement, et a confirmé la volonté de dialogue du gouvernement de la République. Les indépendantistes déplorent « l’absence d’un dialogue constructif avec l’Etat » … mais ce sont eux qui ont quitté la table des discussions en fixant comme « préalable » la vente de Vale NC au repreneur qu’ils désignent eux-mêmes. Persisteront-ils ?

Par ailleurs, s’ils ont également été très critiques des moyens apportés par l’Etat durant la crise du Covid, et mis fin aux discussions avec Sébastien Lecornu, les indépendantistes peuvent-ils se passer de l’aide la France ? Difficile posture pour ceux qui veulent s’en séparer.

Quelles suites pour la Calédonie ? Le territoire connaît une crise sans précédent depuis les années 1975 -date où la SLN était en quasi-faillite-, et 1984, date de blocage du fonctionnement normal de la collectivité pour cause de troubles de la paix civile.

La conquête du pouvoir par les indépendantistes ne correspond pas au pays réel dans lequel les loyalistes sont politiquement majoritaires, et démographiquement, très majoritaires. Cette situation périlleuse est-elle compatible et durable ?

La résolution des immenses problèmes de l’heure contribuerait évidemment à donner de la crédibilité à une majorité de circonstance. Dans le cas contraire, et y compris à l’égard de leurs partisans, les indépendantistes joueront peut-être une partie de leur avenir politique.