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LE « DESTIN COMMUN » DEVAIT ÊTRE LA PIERRE PHILOSOPHALE. ELLE A EXPLOSÉ LE 4 NOVEMBRE 2018 !

Les Accords de Matignon ont ramené la paix en Nouvelle-Calédonie, après 6 mois de guerre civile et 3 ans de troubles et de violence. De ce point de vue, ce fut un succès. Les accords Oudinot ont créé, pour le territoire et la République, un statut d’autonomie à nul autre pareil, salué comme une novation juridique. Les Accords de Nouméa ont prolongé et accentué cette novation. Nouveaux succès. En revanche, l’objectif du « destin commun » entre deux grandes communautés politiques est un fiasco d’autant plus grand que le referendum du 4 novembre confirme un clivage ethnique. C’est un échec.

UNE AMBITION DÉMESURÉE
Les fameux « Accords » ont affiché une ambition démesurée, « sacralisée » dans le préambule habile de 1998 : construire une communauté de destin entre deux populations défendant chacune un objectif inconciliable : l’indépendance pour l’une, le maintien de l’appartenance à la République pour l’autre.

Pour cela, une architecture et un projet exceptionnels ont été bâtis dès 1988 dans le consensus entre l’Etat et les deux « adversaires-partenaires ».

DES INNOVATIONS POUR DÉSAMORCER LES ANTAGONISMES
Pour désamorcer les antagonismes, le pouvoir politique a été partagé en tordant le cou aux règles démocratiques habituelles : une structure fédérale interne avec des provinces découpées sur mesure et dotées de compétences considérables, un Congrès aux pouvoirs d’un parlement, une répartition inégale des richesses avec le principe novateur du rééquilibrage, une formation dans le principe d’une discrimination positive en faveur des kanak.

La reconnaissance identitaire du « peuple premier » est devenue, en 1998, une obligation légale et morale.

DES MILLIARDS DÉVERSÉS
L’Etat a déversé des milliards en faveur des deux provinces indépendantistes, et a soutenu, par des subsides publics, l’industrialisation tant attendue du nord.

Ces principales mesures ont été complétées par une pléthore d’autres dispositions, toutes à vocation de paix, et d’une réduction des inégalités entre les trois provinces qui est une réalité .

L’ÉCHEC CUISANT DU « DESTIN COMMUN »
Mais bien au delà, les « Accords » visaient à rassembler les deux camps antagonistes dans un concept de « destin commun », claironné à longueur de mois pendant une trentaine d’année. C’est ce qui importe pour la paix durable de la communauté calédonienne.

Or, après ces trente années, le résultat est terrifiant : les équilibres politiques, et donc les antagonismes politiques, en proportion, n’ont pas varié d’un iota ! Pire, le vote du 4 novembre est quasiment ethnique -« identitaire », pourrait-on dire pudiquement- : les Kanak d’un côté, les « non Kanak » de l’autre. « Peuple kanak » versus Caldiens.

Dans la communauté calédonienne d’avant les événements, il existait une proportion sensible, minoritaire mais réelle, de Kanak favorables aux partis dits « loyalistes ». Quasiment disparue …

Il n’y aura donc pas de « destin commun », terrible constat.

La réalité calédonienne, par delà les incantations du politiquement correct, s’appelle coexistence pacifique. Obligée, pour l’instant.

UN CONCEPT INSTITUTIONNEL DÉPASSÉ
Les positions inconciliables s’étant confirmées après 30 années, le concept même des institutions issues des « Accords » est désormais dépassé par cet échec cuisant. Même revisitée, améliorée, étendue à davantage d’autonomie, l’architecture juridique construite en 1988 puis en 1998 ne peut répondre à la situation créée par le referendum du 4 novembre 2018. Ce ne sont pas de retouches ni de simples novations dont la Calédonie a désormais besoin, mais d’une vraie « révolution » juridique à imaginer
.

ET APRÈS ?
Quoi qu’il advienne, c’est vrai qu’il sera sage -et impératif- de revenir aux affres de la quasi-faillite de l’économie, des comptes sociaux et de la vie chère.  Ces difficultés représentent le quotidien d’une majorité de Calédoniens. De ce point de vue, le Président de la République et le Premier ministre parlent d’or.

L’insécurité grandissante vient se rajouter à ces tourments.

Quant aux deux autres referendum, inscrits par ceux-la mêmes qui ont signé les Accords de Nouméa, ils vont probablement être organisés.

Mais après ?

JC Gaby Briault

PEUPLE CALÉDONIEN : UN PEUPLE SANS NATION C’EST POSSIBLE, UNE NATION SANS PEUPLE ÇA NE L’EST PAS.

 

Que de salive et d’encre autour de la locution « le peuple calédonien ». Sans se limiter aux interprétations juridiques, voire constitutionnelles, quelles sont, d’une part, sa réalité, et d’autre part, sa « charge » politique ?

DESTIN COMMUN
OU VIE COMMUNE OBLIGÉE ?

Existe-t-il un « peuple calédonien » ? Au delà du slogan ou de l’opération de communication, l’affirmer serait bien présomptueux. Il existe, en Nouvelle-Calédonie, une population somme toute très clivée. Le destin commun, rabâché à toutes les sauces, est davantage une incantation qu’une profonde volonté. En ces temps de referendum, vivre ensemble apparaît plutôt comme une obligation que comme une aspiration.

D’ailleurs, une partie de cette population n’envisage son destin que dans la République française, tandis que l’autre ne la conçoit que dans un pays souverain et indépendant.

Lorsque les deux parties se seront accordées sur une situation institutionnelle définitive, il sera alors temps de parler de « destin commun ».

UNE COMMUNAUTÉ

À dire vrai, il n’est pas stupide de parler d’un peuple, fut-il à l’intérieur d’une nation, dès lors que ses composantes forment une ou des identité solidaires. Ce n’est pas le cas de la Nouvelle-Calédonie où la majeure partie des habitants, non kanak, ne revendiquent aucune identité !

On voit bien ainsi que les 280 000 habitants du territoire, qui vivent sur un même archipel, forment davantage une communauté qu’un peuple, et que le seul peuple politiquement reconnu est le peuple kanak.

LA MESSE EST LOIN D’ÊTRE DITE

Quant à la charge politique du mot, elle prend tout son sens si on l’intègre dans la notion de nation. Une nation, c’est généralement un pays avec des frontières, une langue commune et … un peuple.

Certes, cette définition n’est pas absolue.

Il existe ou il existé des peuples sans nation. Le peuple juif, avant la fondation de l’Etat d’Israël, ou encore le peuple Kurde.

Elle peut être également plus explicative, voire intellectuelle et affective. Disraeli et Renan ont publié des paragraphes fameux sur le sujet alors que l’Angleterre et la France constituaient des nations fortes en Europe. « Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent, avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple« , écrivit le célèbre philosophe, homme de lettres français.

Au delà, c’est la politique qui peut prendre la main, soit en forçant le trait, soit en privilégiant, ou le virtuel, ou le réel.

De ce point de vue, en Nouvelle-Calédonie, la messe est encore loin d’être dite. C’est le moins que l’on puisse dire …

JC Gaby Briault