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UN TOURNANT POUR LA PRESSE CALÉDONIENNE SI L’ÉDITION PAPIER DES « NOUVELLES » DISPARAÎT

Par Jean-Pierre Ormand

Le 26 avril 2021, le groupe Melchior qui publie « Les Nouvelles calédoniennes » avait été placé en procédure de sauvegarde par le tribunal de commerce. Le 28 avril suivant, le quotidien titrait : « Pourquoi votre journal pourrait disparaître ». Explication : des pertes annuelles importantes en raison, notamment, de la baisse des recettes publicitaires.

Près d’un an après, il semble que le modèle économique qui avait présidé à la création du média n’ait pas réussi son redressement. NC1ère titrait à ce propos, le 17 mars dernier, que son format papier « est menacé ». L’article évoquait l’adoption d’un nouveau modèle économique par le groupe propriétaire, reposant sur une édition quotidienne entièrement numérique, avec la parution d’un hebdomadaire papier le week-end.

LA FRANCE AUSTRALE EN 1889
La presse quotidienne papier calédonienne perdrait ainsi son dernier exemplaire. Déjà, en 1979, après 90 années de parution, la France Australe, quotidien créé en 1889 par Alfred-Ernest Laborde et James-Louis Daly, et appartenant à la SLN, avait baissé pavillon. En grande partie, victime de la concurrence des Nouvelles calédoniennes.

D’autres tentatives avaient fait long feu. Avant la mutation des Nouvelles vers la couleur, l’un de ses fondateurs avait tenté l’expérience de la quadrichromie, une première, sous la direction d’un ancien journaliste des Nouvelles, Jean-Noël Féraud. L’aventure n’avait duré que quelques mois, tout comme le « journal bleu », surnom donné à une autre expérience avortée, celle du Journal de Nouvelle Calédonie dont le titre figurait sur fond bleu.

LES NOUVELLES EN 1971
C’est le 15 juin 1971, en plein « boom », que paraît le premier numéro des Nouvelles calédoniennes, un quotidien concurrent de la France Australe fondé par Roger Brissaud, Jean-Paul Leyraud et Edouard Ventrillon.

Jean-Paul Leyraud est une figure calédonienne, liée à la famille d’Edouard Pentecost, et, notamment, propriétaire d’une librairie. Edouard Ventrillon fait partie d’une famille également connue. En 1948, trois hommes d’affaires calédoniens, messieurs Ventrillon, Pentecost et Minot, font construire au cœur de la ville, rue de l’Alma, un bâtiment ultra-moderne de 4 étages, surplombant le centre-ville. L’immeuble est équipé du premier ascenseur de Nouvelle-Calédonie. Les Nouméens l’appelleront longtemps « l’immeuble Ventrillon ».

Roger Brissaud, lui, est un professionnel de la presse. Originaire de Haute Savoie (son frère était directeur du prestigieux Office du Tourisme de Chamonix et hôtelier), il a créé en 1957 le premier quotidien polynésien « Les Nouvelles de Tahiti », racheté par le groupe Hersant, et disparu en 2014. Ce succès d’alors l’inspire pour trouver des partenaires calédoniens, et dupliquer son aventure polynésienne. Il y avait « Les Nouvelles de Tahiti », il y aura « Les Nouvelles calédoniennes ». 

A cette époque, la presse quotidienne locale est occupée par un mastodonte, la France Australe, propriété de la principale puissance de la Nouvelle Calédonie d’alors, la Société le Nickel du groupe Rothschild. Pour être compétitif, le jeune quotidien fonctionne avec des moyens réduits, mais des équipes rédactionnelles hyper motivées : 4 journalistes de faits divers et d’information générale, 3 reporters photographes éventuellement polyvalents et un journaliste des sports à temps partiel. Le journal est écrit chaque jour sous l’œil vigilant de Roger Brissaud, également rédacteur d’un billet dévoré quotidiennement par les lecteurs, « le billet de l’Affreux Jojo », et dessinateur humoristique. Edouard Ventrillon en assure la direction d’une main de fer, assisté d’un ancien journaliste parlementaire, Roland Chartier, et d’un correcteur d’une grande culture, Hubert Noilhan.

C’est également le temps de la machine à écrire reporter, du développement maison des pellicules photo, de début de la composition moderne, et de l’insolation des plaques pour l’imprimerie. Cette dernière est installée au rez-de-chaussée du bâtiment, rue de la République, regroupant tous les départements du journal.

SEULES LES NOUVELLES SURVIVENT EN 1979
Pour la France Australe, l’affaire se corse avec les difficultés économiques de la Nouvelle Calédonie. Le territoire a connu le « boom » du nickel en 1970, puis la récession due à la crise pétrolière à partir de 1973.

En 1975, la Société le Nickel, au bord du gouffre, est reprise par l’Etat au travers du groupe Elf Aquitaine. Le gouvernement central impose la création de l’impôt sur les bénéfices des sociétés qui se substitue à de lourdes taxes à l’exportation que la SLN est contrainte de payer en dépit de ses pertes abyssales. « Le Nickel » peut ainsi poursuivre son exploitation et surtout assurer des revenus pour des milliers de familles calédoniennes.

Cependant, pour le métallurgiste calédonien, toujours à la peine, le maintien d’un quotidien déficitaire n’est évidemment pas l’une des priorités. Au contraire, en 1979, il en décide la fermeture. Les Nouvelles calédoniennes se retrouvent ainsi en situation de monopole. A la rédaction générale pour ce moment d’histoire, toujours une équipe resserrée : Jacques d’André pour les chroniques du Palais, les relations police gendarmerie, Henri Lepot, pour le Port et les faits divers en lien avec d’André, Jean-Noël Féraud (qui fera ensuite un tour par le journal Le Monde) et Gaby Briault pour les informations générales. Côté photo et reportages de terrain, un team très actif est mené par Gérard Dinet.

CRISE ET RÉVOLUTION 2.0
Depuis cette époque prospère, les Nouvelles calédoniennes ont plusieurs fois changé de propriétaire. Le journal a gagné naturellement en volume. Mais surtout, l’apparition d’Internet, et le prodigieux développement de l’information de toutes natures, véhiculée par le numérique, a changé l’économie de la presse mondiale. La crise du Covid n’a fait qu’aggraver cette situation. En Australie, par exemple, le groupe Murdoch a dû fermer plusieurs dizaines de journaux papier. La presse Outre-mer française connaît de graves difficultés. Les modèles économiques de l’après-guerre sont désormais révolus.

La Nouvelle Calédonie n’échappe évidemment pas à ces évolutions. Ses difficultés économiques ont, de surcroît, frappé en priorité les « budgets pube » des annonceurs privés. Avec la disparition de l’édition papier des Nouvelles, une page de l’histoire de la presse calédonienne se tournera probablement définitivement. Mais la nature ayant horreur du vide, il ne fait pas de doute qu’une page nouvelle, sûrement innovante, fondée sur un modèle économique différent, accentuera son émergence. Titres nouveaux, information plus instantanée, mais également dossiers et nouvelle répartition entre factuel et décryptage, la révolution 2.0 fait aussi son chemin en Calédonie.

LIBÉ CONSACRE UN LONG ARTICLE SUR LA CALÉDONIE

Sous la plume d’Isabelle Merle, historienne spécialiste de colonisation, -et dont le premier livre, édité en 1995, « Expériences coloniales. La Nouvelle-Calédonie, 1853-1920 », fut consacré à la Calédonie comme l’indique son intitulé-, le journal Libération consacre un long article sur la Nouvelle Calédonie.

En fait, l’historienne donne son avis sur le référendum en Nouvelle Calédonie, et sur la position du gouvernement français face à l’éventuel maintien de la date du 12 décembre dans le contexte de la crise sanitaire que traverse actuellement le territoire.

Trois points émergent de cet article : d’abord, dans ce le contexte actuel, la campagne sera « précipitée et abimée », ensuite, si le « non » l’emporte, « on peut s’inquiéter de l’avenir du pays et des risques pour la paix civile », et enfin, « l’Etat français n’a-t-il pas tout intérêt à défendre un projet d’association ? ».

Sur le référendum, il aurait été pertinent de souligner qu’il s’agit … de la troisième consultation consécutive sur le même thème, avec la même question posée aux électeurs ! Le seul fait nouveau, dans la campagne, est le document de l’Etat. Mais ce document n’apporte pas d’informations nouvelles : il ne fait que confirmer les conséquences pour la Nouvelle Calédonie, d’une séparation d’avec la France sur la nationalité, les relations financières, économiques, éducatives, ainsi que sur les relations d’un Etat indépendant avec les autres territoires français du Pacifique et avec la France.

Sur les risques éventuels « pour la paix civile » en cas de victoire du « non », que n’y a-t-on pensé en 1998, lors de l’écriture de l’Accord de Nouméa prévoyant … 3 référendums, et donc 3 victoires potentielles du « non » ?

Quant au « projet d’association », déjà proposé en1985 par Edgar Pisani avec les conséquences que connaît l’historienne, il est tout, sauf un projet « innovant » pour la Nouvelle Calédonie. En cas de victoire du « non », une recherche sur un lien renouvelé avec la France s’imposera. Mais après les différentes solutions, réfléchies et pour certaines mises en place depuis quarante ans, ne serait-il pas temps d’innover vraiment, y compris dans le camp de la gauche française ?

LES NOUVELLES CALÉDONIENNES PLACÉES EN PROCÉDURE DE SAUVEGARDE

La Nouvelle-Calédonie va-t-elle perdre son seul quotidien papier ? C’est la question qui est désormais posée par la mise en procédure de sauvegarde des Nouvelles Calédoniennes.

Ce journal est la dernière « institution » locale dans la presse privée. Créé dans les années 1970 par Roger Brissaud,  homme de presse arrivant de Polynésie et originaire de Haute Savoie -son frère, hotelier réputé, était Directeur général de l’Office du Tourisme de Chamonix-, par Jean Paul Leyaud et Edouard Ventrillon, tous deux de vieilles familles calédoniennes, il avait conquis les lecteurs par un ton libre, parfois insolent, et moins académique que son concurrent.

Le concurrent ? C’était l’époque de « La France Australe », un des plus anciens quotidiens français, appartenant à la puissante SLN ! Un sacré morceau.

Peu à peu, présent sur tous les fronts de l’actualité, avec une équipe de journalistes très réduite -5 journalistes !-, mais incroyablement active dans un « esprit maison », avec un nouveau commentateur satirique au quotidien, « l’Affreux Jojo » écrit par Roger Brissaud lui-même, un propriétaire directeur habile aux dessins humoristiques sous la signature de son surnom, « Boss », Les Nouvelles Calédoniennes avaient gagné la partie en milieu des années 70. Cette période, il est vrai, était marquée par « la crise », et la situation de quasi faillite de la SLN qui allait passer des mains du groupe Rothshild à celles d’un consortium emmené par l’Etat au travers d’Elf-Aquitaine.

Depuis la disparition de La France Australe, « Les Nouvelles » ont assuré l’information quotidienne des Calédoniens, du nord au sud en passant par les Iles Loyauté.

Cependant, depuis ces époques épiques, de nouveaux médias sont apparus, et ces dernières années, Internet a révolutionné l’accès à l’information. Les annonceurs publicitaires ont diversifié leurs supports, au détriment du quotidien. Or, la recette publicitaire est indispensable à la survie d’un tel média, comme partout dans le monde. Ainsi, en Australie, le groupe Murdoch a été contraint de fermer plusieurs dizaines de journaux en raison du tarissement de la manne publicitaire lié notamment au Covid.

Les Nouvelles Calédoniennes pourraient-t-elles disparaître ? Personne ne peut le souhaiter en ces temps agités où le pluralisme de l’information est plus que jamais nécessaire.

NC1ère : programmes 2021 et difficile mission de service public

« Jamais la société calédonienne n’a été aussi fragmentée« , laisse tomber Walles Kotra qui a suivi professionnellement l’évolution de l’archipel depuis son diplôme de journalisme, une première pour un jeune kanak d’alors. Aujourd’hui, patron de cette « filiale » du géant France Télévisions dont il a été lui même l’un des principaux dirigeants, il mesure la difficulté à trouver en permanence un équilibre entre les multiples fragments de notre société.

Pourtant, l’entreprise doit constamment aller de l’avant, avec cette responsabilité quotidiennement lourde à porter d’assumer 90% de l’audience télé locale, et une bonne moitié de l’audience radio.

En fin d’année 2020, des critiques se sont faites jour, pointant du doigt ce que les détracteurs considéraient comme un virage partisan. Subtilement, la ligne éditoriale est revenue dans un ordre apparemment satisfaisant, puisque les critiques se sont estompées. Des nouveaux visages ont été mis en avant, la pluralité a été traitée avec toute l’attention nécessaire. Ce rétablissement s’est accompagné d’un renouvellement de la grille des programmes.

Donner la parole, refléter la réalité du terroir sont les maîtres mots. La nouvelle grille des programmes 2021 porte cette ambition. Ainsi, Alphonse Koce, chef kanak non pas d’un district ou d’une tribu, mais de l’art de la gastronomie française, et ancien du prestigieux parisien Hôtel Meurice, va ainsi présenter de nouvelles recettes locales chaque dimanche, avec des produits du pays.

Ainsi encore, « Les petits cailloux », émission déjà en place, nous font découvrir des personnages calédoniens hauts en couleur ou des lieux bien particuliers.

La radio n’est évidemment pas en reste. « Ligne directe » demeure l’émission au service du public, tandis que les auditeurs peuvent suivre Marilyn Déas et Jean-Krist Ukeiwe dans le Cercle de midi.

Mais c’est dans le numérique que NC1ère explose, résultat d’une impulsion personnelle voulue par Walles Kotra il y a près de 5 ans, largement partagée par Gonzague de la Bourdonnaye. Bien vu. 186.500 abonnés Facebook avec une progression de … 116% en 2020, et 985.000 vue du JT en replay. Avec une jeune calédonienne aux commandes, les éditions numériques vont s’attacher à viser désormais le qualitatif.

NC1ère, parfois loué, parfois critiqué, ne pourra pas subir le reproche du refus de remise en cause pour tenter de s’améliorer. Dotée d’une telle audience, « quasiment stalinienne ! », reconnaît Walles Kotra, c’est un véritable devoir. En portant de nouvelles voix en radio ou de nouveaux visages à la télé comme celui de Lorelei Aubry, le devoir se poursuit avec succès.

NCNEWS « LA TÉLÉ QUI VOUS REGARDE » NOUVEAU PORTAIL D’INFORMATION

Actu.nc a lancé un nouveau portail qui rend une information, d’une part télé dite « WebTv », et d’autre part écrite, accessible à tous sur le Net. Pour s’y rendre, il suffit de composer http://www.ncnews.nc, ou de télécharger l’application sur Google Play. Celle d’Apple Store sera prochainement disponible.

UNE LARGE GAMME D’ÉMISSIONS
Plusieurs types d’émissions sont d’ores et déjà disponibles, des émissions télé au format YouTube. La grille proposée comprend des émissions politiques -dont la première, animée par Nicolas Vignoles, sera diffusée ce dimanche-, des émissions à caractère économique, des micro-trottoirs, des interviews, des actu, bref, la gamme de produits offerts par une télé d’information. L’audio-visuel est complété par un fil d’actualité écrit.

LA TÉLÉ SUR LE WEB
Tous les médias ont subi une révolution avec l’arrivée d’Internet. Aujourd’hui, des centaines de millions de téléspectateurs ont accès à des programmes de toutes natures, à l’image de Netflix, par le web. En ce qui concerne les portails d’information, l’accès direct sur les télévisions n’est pas encore fréquent, mais cette conquête du Net qui sera singulièrement boostée par la 5G, s’inscrit dans l’histoire de l’information dans un avenir très proche. Son avènement sera accéléré par les nouvelles télés connectées qui sont l’avenir technologique de la télévision.

DÉJÀ SUR LES SMARTPHONES, ces « téléphones intelligent », véritables ordinateurs, il est possible d’accéder à des nombreux chaînes en direct ou en replay. L’application bien connue « Molotov » propose ainsi des replays ainsi que des accès en direct à plusieurs chaînes parmi lesquelles TF1 et … 123 autres chaînes françaises et étrangères dans sa version la plus large !

Une des offres les plus riches, permettant à l’internaute de choisir son programme, et même de choisir entre l’info écrite, et l’info audio-visuelle, provient aussi, désormais, des plates-formes proposant instantanément ces différents services.

France Télévision l’a bien compris en lançant sa plate-forme numérique dès 2017, avec un objectif : atteindre 1 milliards de vues de vidéos chaque mois dès 2020.

Dans ces nouveaux usages facilitant le choix et l’accès à l’information sous toutes ses formes en quelques clics, Ncnews.nc joue la carte du numérique par une initiative purement calédonienne.

FRANCE Ô DISPARAÎT mais l’Outre Mer restera visible à France Télévisions

France Ô disparaît ce dimanche à minuit des écrans, comme l’avait décidé il y a deux ans le gouvernement. Une décision qui fait suite aux faibles audiences de cette chaîne publique au profil unique, à la fois vitrine télévisuelle de l’Outre-mer et concentré de diversité.

UNE AVENTURE DE 15 ANS
Ce sera donc la fin d’une aventure de 15 ans, voire 22 si l’on inclut sa prédécesseure: France Ô avait été lancée en 2005, en remplacement de RFO Sat, née en 1998. D’abord cantonnée au câble et au satellite, elle doit attendre 2010 pour accéder à la TNT à l’échelle nationale, gage d’une plus grande notoriété. Las, la chaîne a toujours peiné à trouver son public. Son cahier des charges, qui lui donne pour double mission de promouvoir la diversité culturelle et d’être une vitrine télévisuelle des territoires d’Outre-mer en métropole, est souvent jugé confus et la chaîne se retrouve régulièrement sur la sellette en raison de ses faibles audiences: 0,8% en 2016 puis 0,6% en 2017.

UN ANCIEN PATRON : WALLES KOTRA
Walles Kotra après avoir été successivement chef du service politique de RFO à Paris, directeur de l’information, directeur régional en Nouvelle-Calédonie, directeur des relations internationales du réseau Outre Mer à Paris, directeur régional de RFO Polynésie, devient, en 2005, Directeur délégué de France Ô. En 2016, il est nommé au Comité Exécutif de France Télévisions et directeur exécutif en charge de l’Outre Mer et de France Ô jusqu’en 2019.

« PACTE DE VISIBILITÉ » POUR L’OUTRE MER SUR FRANCE TÉLÉVISIONS
«Force est de constater qu’en dehors de France Ô, la visibilité des Outre-mer sur l’ensemble du paysage audiovisuel est au mieux marginale, au pire inexistante», ont plaidé dans un rapport Maurice Antiste, sénateur socialiste de la Martinique, et Jocelyne Guidez, sénatrice centriste de l’Essonne. Le gouvernement a cherché à parer ces critiques en demandant à France Télévisions de muscler les contenus ultramarins sur ses autres chaînes. Une nouvelle plateforme numérique, baptisée «Outremer la 1ère», a également été lancée en juin. Le tout s’inscrit dans un «pacte de visibilité» signé il y a un an par France Télévisions, qui vise à «garantir durablement la présence des outre-mer au centre de l’offre de l’audiovisuel public», avec des objectifs chiffrés et gravés dans le marbre.

SÉRIE TV « OPJ » : LA SAISON 4 EN CALÉDONIE

La série « OPJ « , troisième à l’audience des feuilletons de France Télévisions, est aussi une fenêtre ouverte par le groupe français sur les Outre-mer, et sur le Nouvelle-Calédonie pour ce qui concerne la saison 1. C’est également un budget de 200 millions dépensé sur place, et le renforcement d’une filière permettant la montée en compétence de techniciens locaux et des artistes. Pour des raisons liées aux contraintes sanitaires, France Télévisions a finalement décidé de renoncer à tourner la saison 2 sur le territoire. Mais pour Walles Kotra, la saison 4 se déroulera ici.

LA RÉUNION SUCCÈDE À LA CALÉDONIE
La Réunion, ayant déjà bénéficié du tournage de la série « Cut » – « La fierté de la Réunion », avait titré Ouest France en 2015-, s’est immédiatement proposée pour remplacer de la Calédonie. Proposition retenue par France Télévisions qui, pour des raisons pratiques également liées au Covid, y produira deux saisons d’OPJ, la 2 et la 3.

« Nous avons essayé de trouver des solutions avec nos partenaires institutionnels, regrette Walles Kotra, le patron de la filiale France Télévisions en Nouvelle-Calédonie, mais c’était très difficile au plan sanitaire« . Le territoire est en effet inflexible sur les procédures de protection de la population, incluant quatorzaine et tests. A raison, lorsque l’on voit la flambée du Covid en Polynésie, contrainte de rouvrir ses frontières pour cause de survie de sa filière touristique.

« IL NE FAUT PAS BAISSER LES BRAS »
Walles Kotra, pour autant, se projette dans le futur et l’après Covid. « Il ne faut pas baisser les bras« . Pour lui, la construction d’une véritable filière calédonienne capable de se placer pour accueillir des tournages de télévision et de cinéma est toujours possible, et demeure un objectif. « Dans le milieu culturel, cette filière peut être l’équivalent à ce que fut, dans le secteur minier et métallurgique, la construction d’une nouvelle usine« .

S’il ne manque pas d’inviter chacun à venir participer à la Fête de la Pastèque dans sa chère île de Tiga, celui qui a été l’un des membres du Comité de Direction de France Télévisions, conserve son exceptionnel réseau de relations dans le premier groupe audio-visuel français, et même au delà. Son ambition : que la Nouvelle Calédonie soit davantage visible sur les chaînes nationales. Et si France Ô, dont il a été le patron, ferme ses écrans dans un an, le « Pacte de Visibilité » permettra l’affichage des territoires ultra-marins sur les différents médias de France Télévisions.

« La saison 4 d’OPJ sera tournée en Calédonie« , affirme-t-il, en ajoutant que tout sera fait pour que les principaux responsables de France TV viennent chez nous, histoire de le découvrir ou de mieux l’apprécier. Et d’obtenir le tournage de documentaires nouveaux sur le territoire. Entretemps, bien sûr, l’épreuve de Covid aura été surmontée par le monde en général. Et par la Nouvelle-Calédonie en particulier.

L’INDÉPENDANCE EST DÉMODÉE par Le Point

Le Point, sous la plume de Luc de Barochez, développe une réflexion intéressante sur l’indépendance de nouveaux pays, en ce début de troisième millénaire, et alors que le phénomène de mondialisation a bouleversé le monde des techniques, de l’économie, de la culture et des échanges humains.

Soixante ans après la vague des indépendances africaines, l’apparition d’un nouvel État n’est plus synonyme d’espoir, mais de discorde.

  • 30 Juillet 2020
  • Par Luc de Barochez
« J’aurais souhaité un geste architectural plus contemporain. »

L’indépendance n’est plus ce qu’elle était ; la naissance d’un État est devenue rarissime. Quand l’accouchement survient néanmoins, il se déroule dans les affres et le nouveau-né complique les conflits plus qu’il ne les résout. Il en allait autrement il y a soixante ans. C’est dans la liesse populaire que les ex-colonies françaises d’Afrique subsaharienne accédèrent à la souveraineté en 1960. Rien qu’au mois d’août de cette année-là se sont succédé le Bénin, le Niger, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Tchad, la République centrafricaine, le Congo et le Gabon. « Le soleil noir des indépendances » se levait, pour reprendre l’expression de l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma. La souveraineté au sein de frontières sûres et reconnues, bien que celles-ci fussent souvent tracées par le colonisateur, était vue comme le préalable à la libre autodétermination des peuples. L’État était gage de paix et de développement.

L’ONU a gagné 44 membres dans les années 1960, 26 la décennie suivante, 7 dans les années 1980 et encore 26 au début des années 1990. La démocratie et la liberté, qui semblaient être sorties gagnantes de la guerre froide, s’accommodaient d’un nombre record d’États. Les guerres qui ont accompagné le démantèlement de la Yougoslavie ont ouvert un chapitre plus sombre. La destruction de Vukovar, le siège de Sarajevo, le massacre de Srebrenica ont marqué au fer rouge les nouvelles indépendances balkaniques. Un État naissant est devenu un témoignage de discorde et de conflit. Depuis un quart de siècle, seuls 7 États sont nés dans le monde. Le dernier en date fut, en 2011, la République du Soudan du Sud, qui a fait sécession du Soudan pour devenir le 193e membre des Nations unies. Ce fut, là aussi, une calamité. La guerre civile sud-soudanaise, émaillée d’épouvantables atrocités, a fait quelque 400 000 morts et déplacé plus de 4 millions de personnes, soit le tiers de la population du pays.

Depuis cette dernière indépendance, neuf ans se sont écoulés. Jamais, depuis la Seconde Guerre mondiale, la carte politique n’était restée aussi longtemps inchangée. Quelques frontières ont bien été culbutées, notamment par le Russe Vladimir Poutine qui a arraché, en 2014, la Crimée à l’Ukraine. Mais de nouvel État, point. Paradoxalement, le chauvinisme étouffe les appétits d’indépendance. « Chaque peuple mérite un État », proclamaient les nationalistes romantiques au XIXe siècle. « Notre État est réservé à notre peuple », répondent aujourd’hui les souverainistes identitaires. La Chine combat sans pitié les aspirations nationales des Ouïgours, les Turcs répriment celles des Kurdes, Israël rejette celles des Palestiniens.

La plupart des États comme des organisations internationales ont adopté une attitude hostile, même lorsque le risque de guerre ou de « nettoyage ethnique » qui résulterait de l’indépendance est proche de zéro, comme en Catalogne, en Écosse ou en Flandre. Le maintien du statu quo est considéré comme la solution préférable. La doctrine qui prévaut est celle de l’ancien chef de la diplomatie américaine d’après-guerre, John

La puissance technologique ou industrielle compte plus maintenant que l’appartenance à l’ONU.

Foster Dulles, qui professait : « Aucun gouvernement n’a un droit à être reconnu. C’est un privilège qui est accordé (…) lorsque nous estimons qu’il correspond à notre intérêt national. »

La mondialisation est passée par là, ainsi que l’émergence de la Chine au rang de puissance mondiale. Les attributs de la souveraineté aujourd’hui ne sont plus tant des frontières sûres qu’un poids économique et politique suffisant pour se faire respecter par les grands pays. La puissance technologique ou industrielle compte plus que l’appartenance à l’ONU. Le Royaume-Uni en fait l’amère expérience, lui qui découvre, depuis qu’il a quitté l’Union européenne, qu’il pèse moins qu’il ne l’imaginait sur la scène mondiale.

Dans ces conditions, les États qui peuvent encore naître se comptent sur les doigts d’une seule main. Le Kosovo, déjà reconnu par une centaine de pays, pourrait devenir membre de l’ONU s’il réussissait à normaliser ses relations avec la Serbie. Pour la République de Chine (Taïwan), la perspective est plus lointaine. Quinze États seulement la reconnaissent. Mais cela pourrait évoluer si les relations entre Pékin et Washington continuaient à se détériorer. Au-delà, il faut être bien idéaliste pour imaginer que les Kurdes, les Palestiniens ou les Catalans puissent exercer une quelconque souveraineté étatique dans l’avenir prévisible. Il y a soixante ans, l’indépendance était la solution. Aujourd’hui, elle est le problème ■

DAVE ET LORELEI : UN PEU DE SOLEIL À NC1ÈRE

Dave Waheo-Hnasson et Lorelei Aubry ont apporté, hier soir, de la chaleur et du professionnalisme dans le journal télé de NC1ère.

Critiqué en interne comme à l’extérieur, l’exercice quotidien a retrouvé, le temps d’un soir, quelques couleurs.

Une diction claire et audible pour les deux journalistes, des questions pertinentes et sans détour sur le délicat sujet foncier, de la culture présentée avec fraîcheur et sourire, un équilibre dans les hommages entre une figure mélanésienne de la Côte Est, et une figure européenne du sport calédonien, tous deux disparus : le JT de jeudi, dense, n’a pas été subi, mais suivi avec plaisir.

Compliments complaisants pour des acteurs protégés par une situation quasi-monopolistique ? Cela ne rimerait à rien ! Mais quand, par force, on doit s’habituer à la pluie, rien n’empêche d’applaudir quand pointe un petit rayon de soleil.