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GOUVERNEMENT/PROVINCE NORD : QUELS ÉQUILIBRES POLITIQUES ?

Apparemment, les équilibres politiques du gouvernement et ceux de la province Nord n’ont rien à voir. Sauf qu’au gouvernement comme en province Nord, aucun parti politique n’y possède la majorité absolue.

Certes, en mai 2019, Paul Néaoutyne a été élu par l’ensemble des 22 conseillers de l’Assemblée nord, y compris avec les voix des loyalistes. Mais au décompte, l’Uni compte 10 sièges, l’UC 9, et les anti-indépendantistes, 3.

Rien à voir ?

En cas de vote « sensible » en province Nord, l’UC et les anti-indépendantistes peuvent mettre l’Uni en minorité. Inversement, ce dernier est assuré d’une écrasante majorité avec l’appoint de l’UC.

Rien à voir avec le gouvernement ?

A 3 partout, les deux composantes indépendantistes devront bien essayer de s’en sortir. Bien entendu, les belles âmes proclameront que la politique doit s’exonérer des calculs et des accords en coulisse.

Mercredi après midi, un schéma que personne n’envisageait s’est déroulé pour l’élection du 17e gouvernement calédonien. La seule voix supplémentaire indépendantiste qui s’est portée sur la lise Uni aurait suffi pour déjouer les pronostics, prouvant qu’en politique, si tout n’est pas possible, rien n’est impossible.

Rien à voir ? Peut être. Y compris l’angélisme ?…

PREMIER GOUVERNEMENT INDÉPENDANTISTE : DANS LA SURPRISE DOULOUREUSE ?

Pour la première fois depuis la signature des Accords de Nouméa, les indépendantistes se sont saisis des deux assemblées « interprovinciales » : le gouvernement, hier après midi, après le Congrès, en 2019. L’apport des voix de l’Eveil Océanien dans l’assemblée « territoriale » a permis ce basculement. Mais cette élection a apporté son lot de surprises, d’incertitudes, et s’est opérée dans la surprise et la douleur.

PREMIÈRE SURPRISE : L’UNI À ÉGALITÉ AVEC L’UC/FLNKS/NATIONALISTES/ÉVEIL OCÉANIEN
La seule voix indépendantiste, probablement du Parti Travailliste, aurait suffi pour bouleverser les pronostics qui donnaient la liste conduite par l’UC grand vainqueur. Difficile, dit-on, pour le bras politique de l’USTKE de soutenir l’ex-président du Medef …

En tout cas, voila les deux frères de lutte -Uni et UC-, parfois opposés comme aux municipales, de nouveau face à face. Adophe Digoué, nouvel élu du gouvernement, mais « éjecté » aux élections communales de Yaté par un candidat UC, illustre ces épisodes rugeux.

Louis Mapou a beau évoquer les chemins de la coutume pour trouver une issue à l’élection du président du gouvernement, c’est bien un accord -ou un désaccord- politique de « derrière les fagots » qui viendra dénouer ce schéma un peu rocambolesque.

DEUXIÈME SURPRISE : L’ÉVEIL OCÉANIEN ÉJECTÉ
Second résultat inattendu de l’élection : le parti présenté comme « faiseur de rois » a été éjecté avec une double enseignement. D’une part, cela montre que les va-et-vient politiques entre les grands partis ne doivent pas occulter qu’en politique, 1+1 , cela ne fait pas toujours 2. Et d’autre part, et même si ce camouflet atteint d’abord les dirigeants de l’Eveil Océanien, ses électeurs communautaires de manquent pas de ressentir cruellement ce rejet.

Même présenté sous un aspect sacrificiel et de « don de soi », la douleur est réelle. Alors peut être, des « raccords » pourront être mis en œuvre après l’élection du président de l’Exécutif, -certains évoquent même une démission de la liste élue-, il n’empêche : l’affichage est réel.

Quant à la suite éventuellement « bricolée », l’histoire ne dit pas encore ce que préparent les militants UC du Sud, présents sur le terrain depuis 3 mois, et qui se sentent floués par une élection dont ils sont absents au profit de deux élus des Iles, et un du Nord. Et d’un hypothétique Eveil Océanien …

SAMUEL HNEPEUNE 17e PRÉSIDENT DU GOUVERNEMENT CALÉDONIEN ?

Mercredi à 15 heures, les membres du Congrès vont élire à la proportionnelle le 17e gouvernement calédonien. L’Eveil Océanien apportant ses voix au sein du groupe UC-FLNKS-Nationalistes, les indépendantistes devraient emporter la majorité des sièges dans le nouvel Exécutif avec 6 sièges. Dans ces conditions, qui sera élu président ?

UNE ÉLECTION THÉORIQUEMENT RAPIDE
Immédiatement après la désignation des « ministres », ceux-ci devraient se réunir sur convocation du Haut-Commissaire, et sous la présidence du doyen d’âge. Ils devront alors élire leur président, ainsi que le vice-président.

Le président devrait être issu des rangs du groupe le plus nombreux, c’est à dire de celui de l’UC-FLNKS-Nationalistes-Eveil Océanien. Traditionnellement, le candidat en tête de liste est positionné pour être le candidat.

Quant à la vice-présidence, on peut supposer qu’un accord préalable a été établi lors des négociations qui ont suivi la chute du gouvernement Santa.

Les indépendantistes disposant de la majorité absolue, cette première séquence devrait, en théorie, être rapide.

DÉBATS INTERNES
Cependant, des débats internes existent entre les activistes qui font valoir l’action militante des candidats, ou même la présence de deux candidats des Iles Loyauté éligibles contre un seul de la Grande Terre.

Sous cet éclairage, la désignation de Gilbert Tyuienon serait en conformité avec le principe de représentativité.

Mais dans ce cas, pourquoi alors Samuel Hnepeune aurait-il été positionné en tête de liste, alors que les votes paraissent acquis quelle que soit la composition de liste comprenant un candidat de l’Eveil Océanien ?

C’est peut être ce dernier qui aurait lié sa participation et son vote à une tête de liste et une présidence moins marquées politiquement, et une présidence plus rassembleuse, et économiquement, moins idéologiste. Une participation qui est la clé de la majorité …

SAMUEL HNEPEUNE 17e PRÉSIDENT ?
Dans une élection, les résultats n’arrivent qu’après qu’elle ait eu lieu, et jamais avant ! C’est donc mercredi que le 17e président du gouvernement sera élu. Les certitudes absolues sont que la présidence sera assurée par un des membres de la liste UC-FLNKS-Nationalistes-Eveil Océanien, et ne sera pas occupée par une femme.

Pour le reste, beaucoup d’éléments militent pour que l’ex-président du Medef, et bientôt ex-PDG d’Aircal soit désigné.

Pas de problème, en tout cas, entre Gilbert Tyuienon et lui : après avoir été banquier, Samuel Hnepeune a entamé son parcours politique au Cabinet du premier, été nommé au secrétariat général sur proposition du maire de Canala, pris les commandes d’Aircal avec l’appui du même membre du gouvernement chargé du secteur. Gilbert Tyuienon l’avait même présenté comme candidat à la Direction générale d’Aircalin face à Martine Lagneau.

Mercredi, on saura si cette fulgurante ascension trouve son épilogue à la présidence de l’Exécutif calédonien. Si tel était le cas, peu de doute : apaisement, rassemblement, gestion raisonnable et victoire au 3e référendum seront la feuille de route du frère de Neko Hnepeune, l’ancien Vice-président de l’UC, ancien Président de la province des Iles et ancien maire de Lifou.

4 LISTES POUR LE GOUVERNEMENT CALÉDONIEN

4 listes ont été déposées au Congrès dans les délais légaux :

  • Une liste pour le groupe « Union Nationale pour l’Indépendance » qui est celle des élus du Palika
  • Une liste pour le groupe  » UC-FLNKS et Nationalistes et l’Éveil Océanien »
  • Une liste pour le groupe « Calédonie Ensemble »
  • Une liste pour le groupe « Avenir en Confiance »

Les 4 élus sortants de l’Avenir en Confiance -Thierry Santa, Christopher Gyges, Isabelle Champmoreau, Yoann Lecourieux- sont à nouveau candidats.

Actuellement, 7 regroupements ou partis politiques sont représentés au Congrès : l’Avenir en Confiance (18), l’UC-FLNKS-Nationalistes auquel se sont joints les 3 élus de l’Eveil Océanien (13+3=16), l’Uni (12), Calédonie Ensemble (6), Générations NC (1) et le Parti Travailliste (1).

Deux points sont à noter : le Parti Travailliste a pris position pour le « Oui » lors du second référendum, tandis que Dynamique Autochtone (LKS), a prôné le « Non ».

Il semble que des changements importants aient eu lieu au sein des candidatures indépendantistes, par rapport aux membres de gouvernement démissionnaires.

La seule interprétation de ces chiffres rend aujourd’hui plausible un basculement du Congrès dans le camp de l’indépendance, ce qui pourrait se traduire, au gouvernement, par une présidence indépendantiste.

Cette hypothèse constituerait évidemment un séisme pour la Nouvelle-Calédonie dont la majorité de la population s’est prononcée contre l’indépendance et pour le maintien de l’archipel dans la République lors du second scrutin d’autodétermination.

AUJOURD’HUI ÉTAPE CRUCIALE POUR LE RENOUVELLEMENT DU GOUVERNEMENT

A la suite de la chute du premier gouvernement de la mandature qui s’est ouverte en mai 2019, le seizième en exercice, la procédure de renouvellement va être lancée aujourd’hui avec ses deux premières étapes.

La première est la fixation du nombre de membres du prochain gouvernement. La loi Organique stipule que le nombre maximum est de 11. Jusqu’à présent, c’est généralement ce nombre qui a été choisi, afin de répartir au mieux les tâches d’animation et de contrôle des services qui échoit aux « ministres », mais également pour assurer la meilleure représentation des groupes politiques siégeant au Congrès.

C’est dans ce sens que les élus du Boulevard Vauban devraient trancher ce matin. Le président du Congrès a en effet déposé une proposition de délibération, après avis des membres du Bureau le 5 février dernier, fixant le nombre de membres du gouvernement à onze.

La deuxième est le dépôt des listes de candidats par les groupes constitués. Ces listes donneront déjà une indication précise de la composition du 17e gouvernement calédonien. Deux inconnues subsistent : la reconduction ou non de Philippe Germain pour ce qui concerne Calédonie Ensemble, et la position de l’Eveil Océanien, pour l’heure inscrit dans le groupe UC-FLNKS-Nationalistes.

Plusieurs cas de figure peuvent être envisagés pour ce parti, du maintien de sa position d’équilibriste entre le Congrès et le gouvernement jusqu’à l’absence de candidat, une hypothèse difficilement envisageable. Un choix devra être fait avant la clôture du dépôt des listes.

GOUVERNEMENT DE LA NOUVELLE CALÉDONIE : LA SUITE

A présent que le gouvernement Santa est tombé, et qu’il lui reste à gérer les affaires courantes et urgentes, les négociations en coulisse sont en cours entre les indépendantistes et leurs éventuels alliés. C’est qu’en effet, l’Exécutif ne pourra être mis en place sans une majorité de 6 membres, une majorité que l’UC-FLNKS et l’Uni-Palika ne peuvent atteindre seuls.

QUI VA « SE MOUILLER » ?
Dans un contexte de tensions très fortes entre les indépendantistes et les loyalistes, les réputés non-indépendantistes qui accepteront d’apporter leur voix aux indépendantistes prendront incontestablement un grand risque politique.

En 1982, une séquence politique sensiblement analogue s’était déroulée. Le Conseil de gouvernement alors présidé par Dick Ukeiwe, loyaliste, avait été censuré. Une coalition du Front Indépendantiste s’était constituée avec la FNSC (Fédération pour une Nouvelle Société Calédonienne). Elle avait porté Jean-Marie Tjibaou au pouvoir.

Le résultat, après la péripétie de Nainvilles-les-Roches et un nouveau statut pour la Calédonie, avait été l’enclenchement des événements le 18 novembre 1984.

Ce jour là, date de renouvellement des assemblées calédoniennes, avait vu la disparition définitive de la FNSC.

Dans les deux cas, soit l’élection d’un président du gouvernement indépendantiste, soit l’élection d’un élu ou d’une personnalité « civile » proche d’une future majorité gouvernementale, des non-indépendantistes, devront « se mouiller ».

MISSION IMPOSSIBLE ?
Cette épreuve sera-t-elle franchie rapidement ? C’est ce qu’officiellement souhaite Sébastien Lecornu. Et à n’en pas douter, les partis non-indépendantistes tentés par l’aventure conjointe avec les indépendantistes le consulteront probablement, histoire de voir … D’un autre côté, l’appétit du pouvoir peut donner des ailes à certains !

Restera le volumineux dossier du casse-tête calédonien, au premier chef duquel, la raison des démissions indépendantistes : la vente de l’usine du sud. Ce dossier étant essentiellement du ressort de la province sud, seul un « coup tordu » pourra être envisagé. Et sa responsabilité à endosser.

En second lieu, ex-æquo en quelque sorte : le vote du budget 2021 et la situation de la Cafat, et tout particulièrement de la Caisse d’assurance chômage pratiquement « à sec ».

C’est simple, façon de parler : il suffit de trouver des sous ! Mais comme disait un ancien membre du gouvernement en charge des finances locales : « quand y’a pas, y’a pas » …

Économie et Social : encore un Comité. A quoi donc sert le Conseil Économique, Social et Environnemental ?

NC Éco s’est formé, et c’est une bonne chose. La réunion des 3 chambres consulaires, des organisations d’employeurs, les syndicats de salariés et les « clusters » permettra de mettre en relief, dans le débat institutionnel, la place majeure de l’économie et du social.

D’ailleurs, certaines dérives actuelles mettent en danger la liberté du commerce et de l’industrie. Dans la reprise négociée de Vale, la politisation de l’économie prend l’aspect de « diktats », peu compatibles avec un des aspects des libertés fondamentales. Elle nuit, par ailleurs, à la réputation internationale de la Nouvelle-Calédonie pour laquelle, les investisseurs ne sont déjà pas légion. Cela préfigure mal de ce que pourrait être une indépendance du territoire. Lire notre article.

Mais il est question de créer un Comité pour les questions économiques, sociales et financières. Un de plus, dans le cadre d’une bonne tradition française encline à créer, pour résoudre des problèmes, des comités, des commissions, des tables rondes, des assises, et même, parfois, des agences. Le cimetière des sujets difficiles en est plein.

Alors, à quoi sert donc le Conseil Économique, Social, et même Environnemental ? Il regroupe des acteurs du monde économique, social, financier, environnemental, et même coutumier. S’il n’est d’aucune utilité, il faut le supprimer. S’il l’est, il faut le consulter !

Tout cela n’est pas de meilleur augure pour trouver une solution à l’épineux problème calédonien. Après le comité des Sages, création de l’ancien Premier ministre, les nouveaux dirigeants gouvernementaux français vont-ils créer un comité de réflexion sur la solution calédonienne, alimenté par la commission du dialogue, et destiné au comité des futurs institutionnels de la Nouvelle Calédonie ?

Un comité de coordination serait alors de bon aloi. Ce qui le serait moins, ce serait la volonté affichée depuis tant d’années de simplifications de tous ordres aussi bien par la République que par le gouvernement local. Mais au fait, n’existe-t-il pas un comité chargé de la simplification ?

KOUAOUA, SLN : « L’INSOLIDARITÉ » DES PROVINCES

Le nickel de Kouaoua est nécessaire à Doniambo, et Doniambo est un outil économique moteur de la province Sud – Pour des raisons d’ajustements chimiques dans le traitement des minerais dans les fours de Doniambo, le minerai de Kouaoua est essentiel à la SLN. Les multiples opérations de « guérilla » menées contre la Serpentine -en son temps, seul tapis roulant au monde à comporter des courbes- ont affecté la production de l’usine. Cette situation contribue à affaiblir le plan de survie de l’entreprise dont le rôle est majeur en province Sud.

Les exportations de minerai pauvre, non traitable en Nouvelle-Calédonie, sont vitales pour restaurer de la trésorerie à la SLN – De surcroît, des stocks existent, qui pourraient rapidement, et sans extraction supplémentaire, être vendus à des clients extérieurs. En s’y opposant au nom de sa propre « doctrine nickel », la province Nord gêne le plan de sauvegarde de l’installation métallurgique de Nouméa. Le solde l’emprunt de trésorerie accordé à la société arrivera à épuisement dans les mois qui viennent.

La solidarité inter-provinciale des années 90 n’existe plus – A cette époque, celle marquée par Jacques Lafleur et la majorité RPCR au Congrès, un fonds territorial d’aide au développement touristique avait contribué au financement d’hôtels dans les trois provinces : Koulnoué et Malabou dans le nord, Drehu Village aux Iles, et Méridien dans le sud. A cette époque, encore, lorsque la province Nord s’était trouvée en difficulté budgétaire, et alors que statutairement, seule la route reliant les chefs lieux Nouméa et Koné était à la charge du territoire, la majorité avait intégré le tronçon Bourail-Poindimié dans la voirie territoriale. Le budget de la province Nord avait été ainsi allégé de cette charge d’entretien. Aujourd’hui, ce n’est que guéguerre entre provinces, sur la clé de répartition, ou sur les exportations de nickel.

Le territoire fédéral de la Nouvelle-Calédonie est désormais scindé en deux grandes entités : le Nord et les Iles d’une part, le Sud d’autre part – « Territoire fédéral », c’est le préambule des Accords de Matignon qui l’affirme, dans le « Texte n°2 ». L’instauration de provinces, dotées de pouvoirs autonomes considérables, avait déterminé une séparation franche entre les trois entités, en matière économique, culturelle et sociale. Ainsi, les autorisations minières de la SLN à Kouaoua relèvent de l’autorité de la province Nord. Le clivage profond mis en relief par les résultats du premier référendum a accentué cette donne. Le « chacun pour soi » constaté sur les enjeux SLN, et au delà sur la gestion de la crise sanitaire, est révélateur d’un échec : celui de l’unité du territoire qui n’est plus que géographique.