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TGC TROP COMPLEXE, CONTRÔLE DES MARGES : L’ÉCHEC D’UNE POLITIQUE ÉCONOMIQUE

Les commerçants de Lifou réunis en collectif contre les effets du contrôle des marges

Lancée dans une volonté de contrôler l’économie et d’imposer une baisse des prix, la majorité du gouvernement et du Congrès a oublié les principes fondamentaux de l’économie qui prévalent dans une société non-marxiste.

Depuis plus de deux ans, la théorie de la reprise économique repose sur une relance de la consommation grâce à la baisse des prix. Pour obtenir cette baisse, la TGC a été présentée comme l’outil miracle. Le calcul était de lui adjoindre des dispositions permettant au pouvoir politique et aux pouvoirs publics de comprimer les marges d’une monde économique évoluant dans un milieu plutôt libéral, et donc de la contraindre à afficher des prix à la baisse.

Objectif partiellement réussi sur la fameuse Mousseline et quelques produits alimentaires et ménagers. Mais globalement, les consommateurs restent sur une impression … d’augmentation des prix, et d’un coût de la vie excessif.

Ont-ils tort ?

Récemment, la revue « The Economist » a attribué à la Calédonie le record d’augmentation des prix en une année !

Après quelques mois d’application compliquée, le pouvoir politique ne peut que constater l’échec de cette conception de l’économie. Pire, fermetures d’établissements et licenciements menacent ou sont malheureusement devenus réalité pour des entreprises noyées dans la complexité de la TGC, et incapables de couvrir leurs charges avec la marge imposée.

L’entêtement ne peut rien y faire : cette stratégie économique d’un autre âge est un échec. Sa réforme est donc urgente pour éviter à bien des entreprises et des commerces de sombrer corps et bien.

EDITO : LA FRANCE RÉFORME, LA CALÉDONIE S’ENFONCE

La France a-t-elle entrepris des réformes importantes ? Oui. Certes, on en connaît les plus émergentes : celle de la SNCF, renvoyée depuis 25 ans par tous les gouvernements de gauche comme de droite, celle -partielle- du droit du travail pour donner la souplesse aux entreprises, celle du prélèvement de l’impôt sur le revenu à la source. Il faut y ajouter de multiples mesures de rationalisation et de simplification de procédures administratives et deux nouveaux chantiers : la réforme de l’assurance chômage et celle des retraites.

En Nouvelle-Calédonie, plusieurs réformes de rationalisation ont été effectuées, telles la fusion de l’Erpa et de l’Apican. La grande réforme fiscale a été l’instauration de la TGC, avec tous les couacs et les lourdeurs que les assujettis connaissent. Les autres ont été « annoncées », y compris par le vote d’un cadre général. C’est aussi bien la santé avec Do Kamo, le « projet éducatif » ou encore le sport.

Sur ces derniers, cependant, tout reste encore à faire, puisque ces grands plans présentent, pour l’heure, la forme d’incantations, voire de vœux pieux. La lutte contre les abus d’alcool ou encore la lutte contre l’insécurité, plans dont les effets sont nuls, en sont les illustrations.

Au total, en matière de réforme, deux constats s’imposent.

Le premier, c’est que la Nouvelle-Calédonie prend soin de ne pas s’inspirer du programme de réformes Macron, dont certaines, pourtant, sont nécessaires. Les gouvernements successifs ont été pourtant prompts à effectuer du « copié-collé » avec les règles métropolitaines …

Le second, c’est qu’à force d’annonces tous azimuts, aucune réforme en profondeur n’a été lancée dans les domaines où la faillite guette le territoire. Il s’agit, en particulier, des secteurs de l’économie -où la thèse actuelle de la « compétitivité » est hors sujet-, des comptes sociaux, du tourisme, de la mine et de la métallurgie.

Au total, la Nouvelle-Calédonie semble perdue au milieu de la crise, sans feuille de route claire pour tenter d’en sortir. Et sans s’inspirer de ce qui pourrait être bon, pour elle -une fois n’est pas coutume-, de certaines réformes métropolitaines.

GB

SLN : LE MARXISME ÉCONOMIQUE DE L’UC

L’Union Calédonienne, le plus vieux parti politique en Nouvelle-Calédonie, a connu plusieurs « saisons » depuis sa création en 1953. Fondé sur la réunion de deux grandes associations religieuses, l’une catholique, l’autre protestante, elle s’apparentait alors à un courant chrétien-démocrate.

C’est à la suite des « événements » des Foulards Rouges et l’emprisonnement de Nidoishe Naisseline, en 1968-69, qu’un premier clivage racial s’est opéré dans le parti à la devise « Deux couleurs, un seul peuple ». A la suite de la prise de position en faveur de l’indépendance kanak et socialiste, en 1977, le mouvement politique a consolidé sa structure monoraciale.

Sur le plan économique, l’Union Calédonienne a, de manière constante, montré sa préférence pour la solidarité collective. La création de la Cafat, au début des années 60, en est l’illustration la plus parlante. Mais la ligne du parti se situait entre la défense des intérêts patrimoniaux du territoire, et une forme de libéralisme contrôlé de l’économie.

Lors de la prise de position pour l’indépendance, à l’origine « kanak et socialiste », la théorie économique s’est davantage « socialisée », sans pour autant rejoindre les thèses clairement marxistes du Palika.

Depuis les durcissement des discours dans la période pré-référendaire, une orientation parallèle à celle du Palika-Uni s’est dessinée. Cette évolution est d’ailleurs logique avec une revendication idéologique d’indépendance, et la volonté pour les adeptes de la construction d’un nouvel Etat, de contrôler tous les leviers de la future Nation.

Le durcissement constaté dans la déclaration du Président de l’UC, Daniel Goa, dans son discours du dernier week end, correspond totalement à cette situation. Dans son idéologie, l’UC ne retient que les ferments d’une nouvelle souveraineté : Eramet est acteur « étranger » qui peut -ou doit- partir, le domaine minier, dont elle tire sa ressource, fait partie du patrimoine « national ».

L’ennui, dans cette saillie idéologique d’essence marxiste, c’est qu’elle se situe en dehors de la réalité économique de la Nouvelle-Calédonie. Cette dernière n’est plus un territoire « riche » comme pouvaient le laisser supposer les illusions de prospérité des années 2006-2007.

Le territoire est sous perfusion, avec les 160 milliards de l’Etat. Pour le reste, l’économie locale est en crise, et les régimes sociaux au bord de la faillite.

Demander la prise de contrôle de 76% de la SLN en quasi-faillite, ajoutée à la gigantesque dette de la SMSP, et donc de la province Nord relève d’une pétition idéologique sans fondement économique sérieux. Entre le respect des intérêts locaux, et l’utilisation de capitaux extérieurs nécessaires, il existe un marge raisonnable.

Dans cette affaire, deux questions sont essentielles  :

Est-ce qu’Eramet a pris la décision de laisser la Calédonie à son sort ou non ?

La province Sud, où se trouve l’usine Doniambo, peut-elle survivre en se laissant dicter sa politique économique et sociale par une minorité de la population ?

GB

REFERENDUM : COMBIEN DE « OUI », COMBIEN DE « NON » ?

 » Il ne faut jamais vendre la peau de l’Ours qu’on ne l’ait mis par terre », écrivit La Fontaine dans sa fable « L’ours et les deux compagnons ». Une fable, dit-on, inspirée de « de deux amis et de l’ours » écrit par l’auteur grec, Esope. En tout cas, ces morales pourraient utilement être rappelées à la veille du referendum où la victoire du « non », qui ne paraît pas faire de doute, est donnée parfois à 70%. Humilité.

Bien sûr, si le score du « non » atteint les 70%, ceux qui l’ont prédit, parfois en se raccrochant à des sondages, pourront crier victoire … de leur estimation. Mais cela est si souvent dit que l’on oublierait que la victoire de Bolsonaro, le nouveau Président brésilien, a été jugée « éclatante » avec un score de 55%.

Une chose est certaine : les indépendantistes ont mené une campagne de terrain, en brousse et aux Îles, très active. Sur la côte Est, par exemple, en dehors des agglomérations, c’est maison par maison que maires, responsables et militants séparatistes sont allés battre la campagne. Des milliers d’emblèmes indépendantistes en sont les témoins.

Pour autant, numériquement, même si tous les électeurs indépendantistes allaient voter, cela ne serait pas suffisant pour renverser ce qui est davantage qu’une tendance : les sondages grandeur nature que sont les élections provinciales depuis trente ans.

La question est donc : la mobilisation des partisans du « non » à l’indépendance sera-t-elle maximale ?

La réponse ne pourra être donnée que dimanche soir. Pas avant.

AUTREFOIS, ON ADMIRAIT LA RÉUSSITE D’EDOUARD PENTECOST,

métis de Maré à l’intelligence prodigieuse, qui avait réussi, à la force du poignet, à bâtir localement un très grand groupe.

D’autres Calédoniens, en général parti de rien ou presque, ont connu en plusieurs décennies, et pour certains, en plus d’un siècle, des réussites remarquables dans le commerce et l’industrie.

L’ESPRIT « DES AMÉRICAINS » D’APRÈS GUERRE
Après guerre, et alors que la Nouvelle-Calédonie n’avait pas encore été imprégnée des idées gauchisantes de la métropole, diffusées d’ailleurs à gauche comme à droite, on admirait ces succès. L’esprit « des Américains », il est vrai, flottait dans un pays qui avait découvert, au travers de la guerre, les formidables évolutions du 20e siècle. Celles qui, au 21e siècle, ne repose pas sur l’assistance permanente des Etats-Providence, mais en majeure partie, sur la réussite économique libérale associée à une solidarité exercée sous l’égide de la puissance publique.

Mais depuis un peu moins de 30 ans, les mentalités ont évolué. En « copiant » la métropole ou 74% de la population jalouse, envie et critique les « riches », mais où 78% de la population … aspire à devenir riche !

UN DÉFAUT : ÊTRE CALÉDONIEN ?
En Calédonie, depuis une certaine émission de télévision où des familles calédoniennes se sont vues pointées du doigt, il est de bon ton, dans certains milieux de stigmatiser « les 10 familles » ! D’ailleurs, ce chiffre, en terme de réussites économiques et financières, est un peu fantaisiste … parce que bien davantage que 10 familles ont investi et prospéré en Calédonie.

Ces investissements, en tout cas, ont généré des milliers d’emplois, ont amélioré les structures économiques calédoniennes, et ont préservé un caractère pionnier de liberté d’entreprendre.

Un seul défaut, aux yeux de certains : cette mutation est le fait … de Calédoniens !

INVESTIR AILLEURS QUE DANS SON PAYS ?
Que des grands groupes locaux aient été bâtis par des familles et des personnalités locales, et qu’ils pèsent dans l’économie locale, quoi d’extraordinaire ? Et quoi de choquant qu’une personnalité,  impliquée dans l’analyse économique de Nouvelle-Calédonie, le constate ?

Dans le cas contraire, il faudrait expliquer « cash » qu’en matière d’entreprise,  les Calédoniens doivent « laisser la place » et investir ailleurs que dans leur pays …

La Calédonie à la croisée des chemins en matière de modèle économique

Les derniers soubresauts relatifs à la mise en œuvre de la TGC accompagnée d’un texte sur le contrôle des marges et des prix « pour éviter l’inflation » et même générer « une baisse des prix de 10 à 15% » dans certains secteurs ne sont-ils pas l’arbre qui cache la forêt ? Conséquences.

QU’EST-CE QUE LA MARGE ?
La marge, pour une entreprise, n’est pas son bénéfice. La marge dégagée sur son chiffre d’affaires lui permet de payer ses charges, et le « bonus » constitue à la fois une réserve pour ses aléas, ses investissements futurs, ainsi que ses bénéfices à distribuer.

Lorsque la marge ne permet pas de payer au moins les charges, pas de bénéfices, et l’entreprise entre « dans le rouge ».

C’est toute la philosophie économique qui sépare, en matière de contrôle des marges, Calédonie Ensemble et les indépendantistes des autres partis politiques loyalistes, et surtout, ce qui est nouveau, des partenaires sociaux. Il faut y ajouter un nouvel acteur, indépendant et jugé compétent au fil de ses premières analyses : l’Autorité locale de la Concurrence.

BAISSE DES PRIX ET EMPLOIS
Calédonie Ensemble, dans cette affaire joue gros. Que quelques prix baissent « à la marge », si l’on peut dire, mais que des emplois soient fracassés, et ce sera, pour le parti, une catastrophe d’autant plus préjudiciable qu’elle interviendrait en pleine campagne électorale provinciale.

Or, une baisse générale des prix est exclue. Ou alors, il faudrait, à la fois, mettre l’ensemble des entreprises importatrices dans le rouge, l’ensemble des producteurs locaux sous le régime d’une imposition des prix à la baisse, et l’ensemble des entreprises de distribution en grande difficulté financière ! Inenvisageable.

Alors dans le paysage économique des semaines à venir, les consommateurs vont scruter les prix, pour voir lesquels vont effectivement baisser.

Quand aux partenaires sociaux et aux acteurs économiques, ils feront les comptes pour savoir si l’emploi est maintenu, ou altéré.

TRÉSORERIE DES ENTREPRISES
En cette fin d’année, les entreprises, en tout cas, ne sont pas au bout de leurs difficultés. Le remboursement de leurs stocks d’avant TGC leur ouvrira, dans certaines conditions, un crédit d’impôt. Elles n’auront, de ce fait, aucune rentrée de trésorerie immédiate.

En revanche, elles devront financer les stocks de fin d’année ainsi que le paiement de la nouvelle taxe.

Leur trésorerie sera-t-elle suffisante, d’autant que les « gels » décidés impactera leurs marges ?

Autre question : les banques, en mal de collecte locale de fonds comme de refinancement par leurs établissements-mères, vont-elles accorder des facilités de trésorerie aux entreprises ou confirmer leur frilosité ?

Le résultat global de tout cela ne devrait pas tarder à être connu.

L’enjeu économique fusionnera avec l’enjeu politique de mai 2019. Un certain renouvellement des provinces et du Congrès, et pour tout dire, du pouvoir …