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REFERENDUM : COMBIEN DE « OUI », COMBIEN DE « NON » ?

 » Il ne faut jamais vendre la peau de l’Ours qu’on ne l’ait mis par terre », écrivit La Fontaine dans sa fable « L’ours et les deux compagnons ». Une fable, dit-on, inspirée de « de deux amis et de l’ours » écrit par l’auteur grec, Esope. En tout cas, ces morales pourraient utilement être rappelées à la veille du referendum où la victoire du « non », qui ne paraît pas faire de doute, est donnée parfois à 70%. Humilité.

Bien sûr, si le score du « non » atteint les 70%, ceux qui l’ont prédit, parfois en se raccrochant à des sondages, pourront crier victoire … de leur estimation. Mais cela est si souvent dit que l’on oublierait que la victoire de Bolsonaro, le nouveau Président brésilien, a été jugée « éclatante » avec un score de 55%.

Une chose est certaine : les indépendantistes ont mené une campagne de terrain, en brousse et aux Îles, très active. Sur la côte Est, par exemple, en dehors des agglomérations, c’est maison par maison que maires, responsables et militants séparatistes sont allés battre la campagne. Des milliers d’emblèmes indépendantistes en sont les témoins.

Pour autant, numériquement, même si tous les électeurs indépendantistes allaient voter, cela ne serait pas suffisant pour renverser ce qui est davantage qu’une tendance : les sondages grandeur nature que sont les élections provinciales depuis trente ans.

La question est donc : la mobilisation des partisans du « non » à l’indépendance sera-t-elle maximale ?

La réponse ne pourra être donnée que dimanche soir. Pas avant.

AUTREFOIS, ON ADMIRAIT LA RÉUSSITE D’EDOUARD PENTECOST,

métis de Maré à l’intelligence prodigieuse, qui avait réussi, à la force du poignet, à bâtir localement un très grand groupe.

D’autres Calédoniens, en général parti de rien ou presque, ont connu en plusieurs décennies, et pour certains, en plus d’un siècle, des réussites remarquables dans le commerce et l’industrie.

L’ESPRIT « DES AMÉRICAINS » D’APRÈS GUERRE
Après guerre, et alors que la Nouvelle-Calédonie n’avait pas encore été imprégnée des idées gauchisantes de la métropole, diffusées d’ailleurs à gauche comme à droite, on admirait ces succès. L’esprit « des Américains », il est vrai, flottait dans un pays qui avait découvert, au travers de la guerre, les formidables évolutions du 20e siècle. Celles qui, au 21e siècle, ne repose pas sur l’assistance permanente des Etats-Providence, mais en majeure partie, sur la réussite économique libérale associée à une solidarité exercée sous l’égide de la puissance publique.

Mais depuis un peu moins de 30 ans, les mentalités ont évolué. En « copiant » la métropole ou 74% de la population jalouse, envie et critique les « riches », mais où 78% de la population … aspire à devenir riche !

UN DÉFAUT : ÊTRE CALÉDONIEN ?
En Calédonie, depuis une certaine émission de télévision où des familles calédoniennes se sont vues pointées du doigt, il est de bon ton, dans certains milieux de stigmatiser « les 10 familles » ! D’ailleurs, ce chiffre, en terme de réussites économiques et financières, est un peu fantaisiste … parce que bien davantage que 10 familles ont investi et prospéré en Calédonie.

Ces investissements, en tout cas, ont généré des milliers d’emplois, ont amélioré les structures économiques calédoniennes, et ont préservé un caractère pionnier de liberté d’entreprendre.

Un seul défaut, aux yeux de certains : cette mutation est le fait … de Calédoniens !

INVESTIR AILLEURS QUE DANS SON PAYS ?
Que des grands groupes locaux aient été bâtis par des familles et des personnalités locales, et qu’ils pèsent dans l’économie locale, quoi d’extraordinaire ? Et quoi de choquant qu’une personnalité,  impliquée dans l’analyse économique de Nouvelle-Calédonie, le constate ?

Dans le cas contraire, il faudrait expliquer « cash » qu’en matière d’entreprise,  les Calédoniens doivent « laisser la place » et investir ailleurs que dans leur pays …

La Calédonie à la croisée des chemins en matière de modèle économique

Les derniers soubresauts relatifs à la mise en œuvre de la TGC accompagnée d’un texte sur le contrôle des marges et des prix « pour éviter l’inflation » et même générer « une baisse des prix de 10 à 15% » dans certains secteurs ne sont-ils pas l’arbre qui cache la forêt ? Conséquences.

QU’EST-CE QUE LA MARGE ?
La marge, pour une entreprise, n’est pas son bénéfice. La marge dégagée sur son chiffre d’affaires lui permet de payer ses charges, et le « bonus » constitue à la fois une réserve pour ses aléas, ses investissements futurs, ainsi que ses bénéfices à distribuer.

Lorsque la marge ne permet pas de payer au moins les charges, pas de bénéfices, et l’entreprise entre « dans le rouge ».

C’est toute la philosophie économique qui sépare, en matière de contrôle des marges, Calédonie Ensemble et les indépendantistes des autres partis politiques loyalistes, et surtout, ce qui est nouveau, des partenaires sociaux. Il faut y ajouter un nouvel acteur, indépendant et jugé compétent au fil de ses premières analyses : l’Autorité locale de la Concurrence.

BAISSE DES PRIX ET EMPLOIS
Calédonie Ensemble, dans cette affaire joue gros. Que quelques prix baissent « à la marge », si l’on peut dire, mais que des emplois soient fracassés, et ce sera, pour le parti, une catastrophe d’autant plus préjudiciable qu’elle interviendrait en pleine campagne électorale provinciale.

Or, une baisse générale des prix est exclue. Ou alors, il faudrait, à la fois, mettre l’ensemble des entreprises importatrices dans le rouge, l’ensemble des producteurs locaux sous le régime d’une imposition des prix à la baisse, et l’ensemble des entreprises de distribution en grande difficulté financière ! Inenvisageable.

Alors dans le paysage économique des semaines à venir, les consommateurs vont scruter les prix, pour voir lesquels vont effectivement baisser.

Quand aux partenaires sociaux et aux acteurs économiques, ils feront les comptes pour savoir si l’emploi est maintenu, ou altéré.

TRÉSORERIE DES ENTREPRISES
En cette fin d’année, les entreprises, en tout cas, ne sont pas au bout de leurs difficultés. Le remboursement de leurs stocks d’avant TGC leur ouvrira, dans certaines conditions, un crédit d’impôt. Elles n’auront, de ce fait, aucune rentrée de trésorerie immédiate.

En revanche, elles devront financer les stocks de fin d’année ainsi que le paiement de la nouvelle taxe.

Leur trésorerie sera-t-elle suffisante, d’autant que les « gels » décidés impactera leurs marges ?

Autre question : les banques, en mal de collecte locale de fonds comme de refinancement par leurs établissements-mères, vont-elles accorder des facilités de trésorerie aux entreprises ou confirmer leur frilosité ?

Le résultat global de tout cela ne devrait pas tarder à être connu.

L’enjeu économique fusionnera avec l’enjeu politique de mai 2019. Un certain renouvellement des provinces et du Congrès, et pour tout dire, du pouvoir …