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COMMENT ÉVITER LE RISQUE DE FAILLITE ÉCONOMIQUE CALÉDONIENNE : Le dernier livre de JCG Briault

Deux risques nous séparent de l’échéance de 2018 : l’article 27 et la situation économique.

En s’appuyant sur les travaux d’un grand juriste, spécialiste en droit constitutionnel, l’auteur pointe du doigt les risques présentés par un transfert mal maîtrisé de l’article 27 : la mainmise d’un petite oligarchie sur la Calédonie. Quelles précautions s’imposent ?

couve 4e LivreRégimes sociaux en déficit, pour certains, structurels, finances publiques en grande difficulté, métallurgistes du nickel en pertes d’exploitation par dizaines de milliards et dont la capitalisation boursière s’est effondrée, entreprises calédoniennes inquiètes, taxées hier, imposées encore plus demain et dont la croissance est au point mort : cette situation n’est pas sans rappeler celle de l’Espagne et du Portugal hier, et plus récemment, celle de la Grèce. Toutes proportions gardées évidemment.

Depuis 25 ans, la Nouvelle-Calédonie est portée par la prospérité. Elle est à présent « en revers de fortune ».

couve LivreCette situation est inédite, parce que nullement comparable aux multiples épisodes de « crise » et de rebonds qu’elle a connu. Seule pourrait être évoquée la crise de 1973-1975, caractérisée par la quasi-faillite de la SLN qui a imposé d’une part, une réforme fiscale locale, sa cession et son nouveau statut de filiale d’Imétal d’autre part, et une aide de l’Etat équivalente à 100 milliards de nos francs actuels, enfin.

La crise dans laquelle entre la Calédonie ne pourra pas se résoudre de la même manière.

Le « pays » devra d’abord compter sur lui-même, et seulement sur lui-même. C’est le prix de l’autonomie qu’il a voulue

Bientôt, les politiques publiques seront bientôt, dans le cadre du projet de budget 2016.

Elles concerneront aussi bien la fiscalité, le droit du travail, le dialogue social, l’enseignement, la formation, les équipements et les investissements publics, que l’appréhension des dépenses budgétaires.

Une seule voie existe pour éviter cette faillite dramatique qui s’annonce. Cet espoir est réel grâce à des potentiels propres à la Calédonie : ses ressources minérales, son capital humain, la maîtrise de ses compétences qui lui permettra d’éviter les erreurs de la métropole.

La Nouvelle-Calédonie devra mettre en œuvre, comme tous les pays développés en crise aujourd’hui, dont la France, la seule recette adaptée aux contraintes d’une économie mondialisée : fonder un modèle de développement économique qui place la croissance des entreprises calédoniennes au cœur des politiques publiques.

Hors ce sursaut qui s’accompagne de l’indispensable réhabilitation de la réussite entreprenariale, la Calédonie va de plus en plus vivre au rythme des informations justifiant les craintes exprimées.

C’est le thème du livre que JC Gaby Briault viens de publier, et que l’on peut trouver dans plusieurs librairies, parmi lesquelles As de Trèfle Quartier Latin, Géant Sainte Marie, Carrefour, Librairie Michel Ange et Calédolivres.

QUE SE SONT DITS LA MINISTRE DES OUTRE MER ET LE DIRECTEUR NICKEL DE GLENCORE ?

« Rien n’a filtré » de l’entretien entre la Ministre des Outre Mer, Georges Pau-Langevin, et Kenny Rives, le directeur de la branche nickel de Glencore. Les deux interlocuteurs ont indiqué que cet entretien s’inscrivait dans les relations normales entre le trader et le gouvernement. S’il s’agit d’un entretien « normal », pourquoi donc ne pas en donner la teneur ? Commentaires.

TOUTE LA VALEUR DE GLENCORE POURRAIT S’EVAPORER
D’abord, cet entretien n’est pas anodin. Il se situe au moment où les analystes de la banque britannique Investec ont estimé que « presque toute la valeur de Glencore pourrait s’évaporer ».

Le journal Le Monde écrit : « il fut un temps où Ivan Glasenberg (le PDG de Glencore-Ndlr) était un des rois du charbon, du cuivre et du zinc, qui avaient fait de lui un multimilliardaire en dollars, puissant et redouté. Un temps pas si lointain, en 2010, où Glencore (Global Energy Commoditity Resources) affichait déjà un chiffre d’affaires supérieur à celui d’un autre géant suisse plus connu, Nestlé. Plus dure est la chute ».

Ces analyses font suite à l’effondrement, le 28 septembre, des valeurs du groupe aux bourses de Londres et de Hong Kong. « Le groupe joue désormais sa survie » prédisent de nombreux experts.

Glencore a publié un communiqué selon lequel l’entreprise « n’a aucun problème de solvabilité ». Cette prise ee position a redonné quelques couleurs à sa valeur. Mais la multinationale traîne une dette colossale de 3.500 milliards de FCFP, c’est à dire bien plus que ses concurrents Rio Tinto, BHP Billinton ou Anglo American.

Le groupe a lancé une réduction de cette dette à hauteur de 20 milliards de dollars, ce qui l’a conduit a fermer des mines en Zambie et en République Démocratique du Congo, et plus récemment, Falcondo en République Dominicaine.

Quel rebond possible ? Les cours du zinc, du charbon, du cuivre et du nickel demeurent déprimés. La Chine, qui tire vers le haut la croissance mondiale depuis plusieurs années, premier consommateur de matières premières au monde, s’essouffle. Sa réorientation industrielle vers son marché intérieur ne connaît pas le succès escompté en raison d’un pouvoir d’achat qui est demeuré faible pour la majorité de la population.

LE MARCHÉ A-T-IL SURRÉAGI ?
Glencore, société qui fut controversée, n’est pas un inconnu pour le gouvernement français, ainsi que le rappelle le Monde : «  Créée en 1994 par le roi du trading Marc Rich sous le nom de Marc Rich + Co, elle a été critiquée – et parfois poursuivie et condamnée – pour ses pratiques fiscales, sociales et environnementales douteuses. Metaleurop, une filiale spécialisée dans les métaux non ferreux qui avait fermé du jour au lendemain son usine de Noyelles-Godault (Pas-de-Calais) en 2003, avait alerté sur ses méthodes. Jacques Chirac, alors président de la République, avait stigmatisé les « méthodes de patrons voyous » de cette entreprise qui avait brutalement licencié 831 salariés et laissé à la charge de la collectivité les énormes coûts de décontamination du site pollué par la dioxine et le plomb ».

Les analystes de Sanford C Berstein, société londonienne de recherche et consulting, sont quant à eux moins pessimistes. Le secteur du négoce, unique par rapport à ses concurrents, de Glencore, selon eux, peut difficilement être valorisé. 25 milliards de dollars ? 100 milliards ? Ils estiment que le marché à surréagi.

ET EN NOUVELLE-CALÉDONIE ?
images-1Question pour la Nouvelle-Calédonie : cette situation inquiétante peut-elle avoir des conséquences pour l’usine KNS ?

Incontestablement, oui. On comprend déjà ainsi pourquoi la réparation du second four a été mise en stand-by. La cession des actifs pourrait être envisagée. Mais en raison des surcoûts considérables de l’usine, leur valeur est actuellement surévaluée. Et puis, le trader a la main sur un domaine minier gigantesque …

Cependant, nul aujourd’hui ne peut prédire l’évolution du marché chinois, et donc celle des matières premières. La SMSP doit prier pour que l’usine demeure opérationnelle parce qu’elle même est sur le fil du rasoir.

Autre aspect : Glencore est-il le trader des exportations de minerai latéritique calédonien vers la Chine ? Si oui, dans le contexte actuel, la multinationale va-t-elle peser … pour les autorisations d’exportation dont les demandes sont actuellement sur le bureau du gouvernement calédonien ?

Une chose est sûre. Pau-Langevin et Rives n’ont pas du échanger que des banalités. Le gouvernement français est désormais informé de la situation difficile de Glencore. L’est-il de ses intentions en Nouvelle-Calédonie ?

CONFLIT DES ROULEURS : QUELLE ISSUE POUR GOA ?

Curieuse Calédonie. A certains moments, l’opinion se déchaîne pour dénoncer telle ingérence du politique dans l’économie. Ou pour fustiger une trop grande politisation de tel ou tel conflit. Cette fois, les rouleurs, en conflit avec le gouvernement, ont sollicité une médiation … du Président de l’Union Calédonienne. Derrière l’arbre, la forêt.

L’UNION CALEDONIENNE EN PHASE AVEC SON PRESIDENT ?th-3
Daniel Goa avait fait acte d’autorité pour engager l’Union Calédonienne en faveur de l’élection de Philippe Germain à la Présidence du gouvernement. Pourtant, tous les élus gouvernementaux n’étaient pas présents pour le scrutin. On se souvient même de déclarations pour le moins ombrageuses du Secrétaire général du mouvement.

Puis tout était apparemment rentré dans l’ordre.

Sur le conflit des rouleurs, Daniel Goa s’est montré prudent. Pas de prise de position publique tranchée. Au congrès, lors de l’accueil des représentants de Contrakmine, et avant la sortie de l’hémicycle de Calédonie ensemble pour protester contre cette audition, Rock Wamytan et Caroline Machoro ont adopté une attitude favorable à un règlement du conflit tenant compte de l’intérêt des parties.

Mais la sortie de l’ancien Président de l’UC, Pascal Naouna, cette fois au nom de « l’UC de l’aire Paici » a montré qu’une partie du mouvement ne l’entendait pas de cette oreille. « Nous défendons la doctrine de la Province nord » a-t-il déclaré publiquement. La doctrine de la Province nord étant clairement le refus d’accorder toute autorisation, même temporaire et limitée, vers la Chine. Situation quelque peu confuse.

UN SECTEUR NICKEL AU BORD DE LA FAILLITE, AVEC LA CALEDONIE
« Alors que les hordes de barbares étaient aux portes de Rome, le Sénat délibérait ». Personne ne semble se rendre compte que la Calédonie est au bord de la faillite !

Toutes les usines perdent des milliards, Glencore vient de suspendre la réparation du second four de KNS, on évoque ouvertement d’hypothétiques reprises d’installations métallurgiques par des groupes chinois. Et le gouvernement calédonien met son veto à un marché nouveau d’exportation de minerai non traitable en Calédonie vers la Chine ! Marché qui pourra d’ailleurs être différé compte tenu de la chute des cours de matière première.

La Calédonie est-elle en plein délire ?

Elle encourt, ce que l’on pourrait appeler « le risque grec » …

SAUVER LA FACE MAIS ECHEC POUR L’UNE DES PARTIES
Si Pascal Naouna veut réussir aux yeux des rouleurs, il doit obtenir une autorisation d’exportation vers la Chine quelle que soit la forme et le contenu de cette autorisation. Mais il doit aussi sauver la face du gouvernement.

S’il veut réussir aux yeux des opposants aux exportation vers la Chine, il doit convaincre rouleurs et petits mineurs de renoncer à leur demande. Comment alors leur sauver la face ?

Or, peut-il faire renoncer aux rouleurs leur demande d’exportation vers la Chine ? Pas plus que de demander à Philippe Germain de tourner casaque. Mais en politique, tout n’est pas possible, mais rien n’est impossible.

Il peut en revanche « externaliser » la décision vers une assemblée de sages, genre GTPS, après que le gouvernement ait accepté de s’y soumettre pour l’intérêt général et le retour au calme.

Il peut également trouver une majorité UC-Républicains au gouvernement, qui devra alors s’y soumettre, sauvant ainsi le face du Président qui appliquerait naturellement à une « décision collégiale ».

Mais tout cela semble bien idéal. La sortie de crise, en l’état, sera, en réalité, un mise en échec, ou des rouleurs, ou du gouvernement.

NICKEL : DES RÉSERVES POUR 180 ANS !

Beaucoup de chiffres fantaisistes circulent sur les réserves de nickel en Nouvelle-Calédonie. La réalité montre que celles-ci sont considérables, et qu’aucune décision de protection stricte et précipitée n’est justifiée. Seul s’impose un plan de gestion selon les principes de développement durable.

Si l’on raisonne en tonnes de nickel métal, contenu dans notre minerai, deux cas de figure sont à prendre en considération : les latérites, aux alentours de 1% de métal contenu, et les saprolites, aux alentours de 2% de nickel contenu.

imgresSur cette base, les besoins d’extraction de minerai annuels du territoire doivent correspondre à une production d’environ 300.000 tonnes de nickel métal : 60.000 tonnes pour chacune des usines en Calédonie, 60.000 tonnes pour l’usine délocalisée de Corée du sud, et grosso mode 60.000 tonnes contenues dans les exportations de minerai brut.

Selon les derniers chiffres collectés par les services de la Nouvelle-Calédonie, les réserves connues de latérites et de saprolites permettent la production d’environ … 50 millions de tonnes de nickel métal !

Encore faut-il préciser que toutes les réserves du territoire n’ont pas encore été étudiées. Ce chiffre est donc en deçà de la capacité réelle de la Nouvelle-Calédonie …

Autrement dit, la Nouvelle-Calédonie, en satisfaisant ses consommateurs actuels, pourrait sans difficultés extraire, transformer, exporter son nickel pendant 180 années !

UNE CALÉDONIE SOCIALISTE ?

Pierre Frogier a lancé un pavé dans la mare en portant le conflit rouleurs/gouvernement au niveau d’un choix de société économique et sociale. Exporter un minerai inutilisable en Nouvelle-Calédonie en Chine ou ailleurs, avec en contrepartie le maintien ou la création d’emploi, ou protéger un futur monopole de société publique –comprenant certains intérêts privés-, tel et l’enjeu que le Sénateur met en relief. Liberté d’entreprendre et de commercer ou économie dirigée par des politiques et des fonctionnaires, c’est la question de fond. Commentaires.

ILS SONT FOUS CES CALÉDONIENS
Quel chef d’une entreprise tournée vers l’exportation ne se réjouirait d’une ouverture sur le plus grand, le plus convoité des marchés au monde ?

Aucun. Sauf peut être en Calédonie !

Les européens, les américains, les australiens, les néo-zélandais, les japonais font la queue pour y accéder. La monnaie chinoise a un rhume, et c’est la planète qui tousse. Les économistes observent à la loupe l’évolution de la croissance de l’Empire du Milieu. Cette année, les deux chiffres ne seront pas atteints. Inquiétude.

Vue de l’extérieur, seule la Calédonie est indifférente a ce phénomène qui a transformé le commerce mondial ces dix dernières années.

Des marchés à l’export en Chine ?

Inopportun ? Et peut être même dangereux …

Ils sont fous ces calédoniens.

UNE ÉCONOMIE DIRIGÉE … DU NORD
Dangereux pour qui ? Apparemment, pour une seule société, la SMSP. Est-ce bien raisonnable ?

Clin d’œil de l’histoire : c’est au moment où Cuba, dernier modèle d’économie totalement dirigée, est en train de se réconcilier avec les Etats Unis, et inévitablement avec l’économie de marché, que certains semblent s’inspirer … du modèle cubain.

Bien entendu, il est légitime que la SMSP possède sa propre stratégie de développement. Toutes les entreprises industrielles font de même. Qu’en revanche, elle veuille l’imposer à tout un pays rappelle les pressions de quelques grandes sociétés américaines en Amérique du sud. Dans des circonstances où les intérêts commerciaux se sont imposés aux décideurs politiques.

frogier_2Des rouleurs, des exploitants miniers exercent aussi leur activité en Province sud. Ils devront, au terme des prétentions du directeur financier de la SMSP, se soumettre au « modèle économique » de cette société.

Pierre Frogier a donc raison. « La question posée est celle des valeurs de notre modèle économique et social ».

IMPORTÉ DE MÉTROPOLE
La Calédonie a été, comme nulle part ailleurs dans la République, un pays d’entrepreneurs. Avec parfois, au bout, le succès et la fortune. Le rapport à l’argent des calédoniens n’était guère français. Il était davantage celui que les anglo-saxons entretiennent avec la réussite individuelle.

Puis, insidieusement, l’argent est devenu une sorte de gêne pour les héros de « success stories », un sujet d’envie et de jalousie pour les autres. En oubliant trop souvent que l’entreprise, c’est miser ses propres fonds, prendre des risques personnels, et non dépenser les impôts des contribuables, et faire supporter les risques éventuels par les collectivités.

Avec des gouvernements de gauche comme de droite, la France s’est progressivement engluée dans un socialisme affiché ou rampant, installée dans une détestation du capital. Ce fut l’archaïsme d’Edith Cresson alors Premier ministre, déclarant « la Bourse, j’en ai rien à cirer ».

Aujourd’hui, avec son fameux « j’aime l’entreprise », Manuel Valls a « viré sa cuti », contraint par les nouvelles règles économiques mondiales.

La Calédonie ne peut, seule, du haut de son fragile piédestal, réfuter ce nouvel « ordre économique ». Aurait-elle pourtant cette prétention ?

CONFLIT DES ROULEURS : CALÉDONIE D’EN HAUT, CALÉDONIE D’EN BAS

Le conflit des rouleurs s’enlise, comme nous l’avions craint dans une publication précédente. Le Président du gouvernement et certain media tentent de déplacer les enjeux de la grève : ce sont les mineurs qui sont désormais visés. La SMSP, quant à elle, déclare publiquement que l’exportation de minerai vers la Chine irait contre « son modèle économique ». Décryptage.

CHANGEMENT DE TON ET DE CIBLE
Ce sont désormais les mineurs qui deviennent les accusés au yeux du gouvernement dans le conflit qui l’oppose aux rouleurs. Les exploitants miniers dont certain media rappelle les profits, sont stigmatisés en leur qualité d’employeurs des rouleurs. « Chair à canon » et autres termes imagés donnent le ton choisi par le Président de l’Exécutif calédonien.

IMG_0284 2C’est probablement mal connaître la mine calédonienne et son esprit. Dans ce pays, il y encore peu d’années, la réussite matérielle et individuelle était admirée. Celle d’Edouard Pentecost, par exemple, ou celle des Montagnat. Ces gens sortis du rang et qui, sans être des délinquants en col blanc, ont réussi à bâtir des entreprises prospères. Et qui, par conséquent, ont créé des centaines d’emplois. Cette mentalité, très anglo-saxonne, venait peut être de l’influence d’une présence américaine importante en Calédonie pendant la seconde guerre mondiale.

DES CHEFS D’ENTREPRISE
Mais la nouvelle cible que constituent les mineurs montrent aussi une évolution idéologique, ou de mentalité, c’est selon. La Calédonie a adopté certains aspects de la mentalité hexagonale de gauche, profondément détestable : celle du rapport à l’argent. Les chefs d’entreprise –car c’est bien de chefs d’entreprises qu’il s’agit-, lorqu’ils réussissent, sont plutôt présentés comme des profiteurs, des exploiteurs, et parfois, pour des affameurs ! Le socialisme est passé par là …

Certes, Manuel Valls semble changer son fusil d’épaule. « Vive l’entreprise », s’exclame-t-il à Paris, et même à Londres, dans la City, capitale financière de l’Europe.

Mais à côté de Valls, il y a Montebourg. Lui, prônait une nationalisation, pour régler le problème de Florange. Keynes est son inspirateur. Certains, de la gauche radicale, pensent encore à Karl Marx.

LE RÉVÉLATEUR DE LA CRISE
Or, les récentes déclaration du directeur financier de la SMSP sont, d’une manière générale, le révélateur de la crise actuelle. Evoquant le projet d’usine en Chine ainsi que gbPost l’indiquait dans un article précédent, il déclare, sans pudeur, que les exportations de minerai de nickel vers la Chine seraient contraires « au modèle économique de la société ».

Cette confirmation est doublement explicite.

D’une part, l’incompréhensible refus d’accorder des autorisations d’exportation vers l’Empire du Milieu trouve là son explication.

D’autres part, il devient plus clair qu’une société veut imposer son « modèle économique » à la Nouvelle-Calédonie à toute la Calédonie. Ce qui est tout à fait étonnant lorsqu’on imagine qu’une telle stratégie devrait faire débat et être décidée par les élus …

On voit bien que dans le conflit qui prend, depuis lundi, une autre dimension, le discours s’oriente vers une opposition de la « Calédonie d’en bas » face à la « Calédonie d’en haut ». Les rouleurs et les décideurs. Avec une incertitude pour les exploitants miniers, en haut par leurs revenus, en bas par leur labeur de terrain. Et parfois, de leur origine.

QUE CACHE L’INTERDICTION D’EXPORTER NOTRE NICKEL EN CHINE ?

La vérité démocratique est … vraie : les compétences dévolues aux institutions doivent être exercées par les élus. Dans le conflit qui oppose le gouvernement et les rouleurs, la pierre d’achoppement est le refus d’autoriser des exportations de latérites en Chine. Pour quelle mystérieuse raison ? Pistes …

En matière de développement économique, indiquer qu’un marché possible ne peut être ouvert vers un pays avec lequel le monde entier commerce parce « les institutions ne sont pas d’accord » n’est pas une explication. C’est une cause. Quelle serait donc l’explication ?

Le numéro 3 mondial du nickel après Norilsk et Glencore est un métallurgiste chinois, détenu par l’Etat : Jinchuan Ressources Holding Limited.

Créée il y a une cinquantaine d’années au pied de la montagne Longshou au nord-ouest de la Chine, dans une petit village que personne ne pouvait trouver sur une carte, cette entreprise a pris du poids.

Aujourd’hui, Jinchuan dont le siège est situé à Jinchuan City, dans la province de Gansu, est un géant de la production mondiale de nickel et de cobalt. C’est également un producteur de cuivre et de platine parmi les plus importants de Chine.

Le nom de Jinchuan est parfois cité pour une reprise de Vale NC au cas où …

Toujours est-il que Jinchuan Ressources Holding Limited et la SMSP ont récemment signé un « joint venture », c’est à dire que les deux sociétés ont constitué une co-entreprise sous la forme juridique de SAS, dont le siège est à Nouméa, et qui porte le nom de Caledonian Chinese Mining Company.

Cette co-entreprise a pour objet … toutes opérations relatives à l’activité minière pour l’approvisionnement d’une usine en Chine.

Pour boucler la boucle, il est prévu qu’une autre co-entreprise sera constituée dans le sud de la Chine, dans la province de Guanxi, pour la construction d’une usine hydrométallurgique.

IMG_0285Aujourd’hui, pour des raisons non justifiées sur le plan économique, un refus d’exporter un million de tonnes de latérites, non exploitables localement, provoque l’inquiétude et la mobilisation des rouleurs.

Quant aux mineurs indépendants, comme toutes les entreprises exportatrices du monde, ils cherchent de nouveaux débouchés.

La question est : lorsque l’usine produite en Chine par la co-entreprise SMSP-Jinchuan sera construite et que cette nouvelle délocalisation sera effective, la Calédonie va-t-elle interdire l’exportation de ses latérites vers la Chine ?

La réponse à bien des interrogations sur la position des autorités qui décident de l’accord ou du refus d’exportation de nickel est probablement contenue dans la question précédente.

LE DOLLAR AUSTRALIEN À LA BAISSE ?

La Banque Centrale australienne a maintenu son taux directeur à 2% au mois d’août, son plus bas taux historique.

imgresLes experts australiens tablent sur une croissance modeste de 2,1% sur un an, soit à un niveau inférieur à son potentiel de croissance estimé qui est de 3,25%.

Des investissements importants effectués dans la production des ressources ont cependant généré une hausse des volumes exportés. Cette augmentation a contribué de manière positive aux chiffres de la croissance australienne.

Toutefois, l’appréciation du dollar australien est d’autant plus préjudiciable pour le pays que les prix du minerai de fer, son principal produit d’exportation, ont baissé de moitié pour revenir sous les 60 dollars la tonne. A cela s’ajoute, d’une manière plus générale, la baisse de croissance chinoise.

L’intérêt de la Reserve Bank of Australia serait de conforter la tendance constatée par une meilleure compétitivité de sa devise. Par comparaison, le taux de la Banque Centrale Européenne était au mois d’août 2015 de 0,05%.

BAISSE OU PAS ?
Des économistes estiment à 50% la possibilité d’une nouvelle baisse de taux avant le mois d’octobre. Ce pourcentage monte à 80% pour la période précédant Noël.

Cependant, rien n’est moins sûr. Dans sa dernière déclaration, le gouverneur de la RBA s’est abstenu d’évoquer une nouvelle baisse de la monnaie australienne. « Le taux de croissance est resté en deçà des moyennes à long terme mais est associé à une croissance plus forte de l’emploi et à un taux de chômage stable au cours de l’année passée » a-t-il souligné.

 

ROULEURS : RISQUE DE DÉRAPAGE

Les rouleurs représentent la première et la plus emblématique des TPE (très petite entreprise) minière. Ils ont propriétaire de leur outil de travail, ont acquis une forme de liberté d’entreprendre, et sont l’image, à la mine, de ce que le stockman est à l’élevage : Un genre de mythe.

Venus de tous les horizons, issus de toutes les ethnies, ils représentent encore une forme d’aventure dans un décor de western moderne. Entre le salaire de la peur et les routiers sont sympas.

Chez les rouleurs kanak, « rouler sur mine » constitue une des plus anciennes expériences de libre entreprise.

Chez les rouleurs, pas de certificat de maladie pour convenance personnelle. Comme tous les artisans et les tout petits entrepreneurs, le travail quotidien apporte le chiffre d’affaires et le salaire. Rouler est juste une question de vie, et dans les moments difficiles, de survie.

NOURRIR LA FAMILLE ET PAYER LES TRAITES
imagesAujourd’hui, leur revendication n’a rien de politique, même si la politique est la source de leur inquiétude. Pour eux, exporter du minerai et donc le transporter, c’est du travail. Les grandes stratégies, les pions qu’on avance pour imposer sa loi, les retours sur investissement qui se chiffrent par milliards, ce n’est pas leur préoccupation quotidienne. Parce bien avant, il faut nourrir la famille, assurer l’entretien et le fonctionnement du camion, et payer « les traites ».

Il existe donc un fort risque d’incompréhension entre les décideurs et eux. Cette incompréhension ne pourra être levée que si la réponse leur apporte du minerai à rouler. Or, une seule solution, pour l’heure, est sur la table : une diversification des marchés où des clients sont demandeurs : la Chine et encore, le Japon.

PARLER LE MÊME LANGAGE
Le parler français de Calédonie est un français régional, comme l’explique depuis longtemps Christine Pauleau, linguiste à la Faculté de Nanterre, et calédonienne. Il est fait du français « standard » et de mots d’ici : «  le creek », « le stockman », « la station », « le gadin », et aussi « rouler sur mine ». Ainsi, dans les mines de charbon du nord et de l’est de la France, on ne roulait pas sur mine !

Si des décideurs et les rouleurs se parlent, mais ne se comprennent plus, le dialogue sera difficile à instaurer.

Et comme les rouleurs sont tels que décrits, et que leur détermination, accompagnée de poids lourds, peut être celle du désespoir, le conflit actuel peut progressivement et rapidement déraper.

La nouvelle centrale cruciale pour la santé financière d’Eramet SLN

Si Eramet a accusé une perte de 10 milliards FCFP au cours du premier semestre 2015, perte due essentiellement au cours bas de nickel et de manganèse, la société enregistre une amélioration de son chiffre d’affaires à 194 milliards FCFP.

LA CENTRALE DE DONIAMBO
ENJEU CRUCIAL
search-1Point d’autre issue pour le groupe que celle de poursuivre « avec détermination le plan 2014-2017 de réduction des coûts et d’amélioration de la productivité avec l’objectif annoncé de 360 millions d’euros en impact annuel en fin de plan sur le résultat opérationnel courant, par rapport à 2013 ».

C’est dire si la nouvelle centrale électrique de Doniambo, moins coûteuse et même temps plus performante en terme de respect de l’environnement, est un enjeu capital pour SLN comme pour Eramet.

BIEN POSITIONNÉE SUR LES MARCHÉS PORTEURS
La compagnie compte également sur les montées en régime du complexe métallurgique de Moanda, au Gabon, et de TiZir, au Sénégal.

Eramet s’estime « très bien positionné sur des marchés fondamentalement porteurs sur le long terme ».

Le groupe mise aussi sur le renforcement de la première filière européenne de titane aéronautique, crucial pour les avions de nouvelle génération d’Airbus et de Boeing.

PROJET ECO TITANIUM
images-2Dans ce registre, Manuel Valls a inauguré le 27 avril dernier le lancement du projet Eco Titanium, première usine de recyclage de titane en Europe, et qui verra le jour sur le site d’Aubert et Duval en 2016.

Cette unité permettra à l’industrie aéronautique européenne de disposer d’une nouvelle voie d’approvisionnement, indépendante des voies américaine et russe, et ainsi de mieux maîtriser l’approvisionnement en titane, matière première stratégique pour cette filière.

Les actionnaires en sont UKAD, filiale d’Aubert&Duval, porteur industriel du projet (43,5%), l’Etat français, par l’intermédiaire de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) dans le cadre d’une prise de participation pour le Programme des investissements d’avenir (41,3 %), et la caisse régionale de Crédit Agricole Centre France (15,2%), par l’intermédiaire de sa filiale de prise de participation, CACF Développement.