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LA SLN DEVIENT « L’ENNEMIE » DU GOUVERNEMENT

imgresAlors que les pertes abyssales s’accumulent pour Eramet et la SLN et que le « différé » de la construction de la centrale électrique fragilise l’avenir de la production de Doniambo, le gouvernement calédonien vient de prendre une mesure « hostile » à la plus vieille entreprise métallurgique calédonienne.

L’argument selon lequel le veto à une exportation de un million de tonnes vers un client japonais porterait atteinte « aux générations futures » et qu’il faut « garder le nickel pour les usines pays » semble même être une provocation à l’égard du Conseil d’administration d’Eramet tant il est grossier.

Les réserves en nickel métal, recensées par les propres services du gouvernement calédonien, sont en effet estimées à 180 années de production maximale, c’est à dire en considérant que les usines en place ont atteint leur pleine capacité. De quoi rassurer les générations futures, d’autant que dans 180 ans, un substitut au nickel, moins coûteux, aura sûrement été mis au point …

Quant aux « usines pays », qui peut croire que l’unité délocalisée en Corée du Sud en est une ?

Les conséquences de cette hostilité marquée de la Nouvelle-Calédonie à l’encontre des entreprises françaises vont probablement trouver un premier prolongement lors d’un Conseil d’Eramet qui pourrait se tenir en décembre prochain.

D’ores et déjà, on sait que la non-construction de la centrale électrique prive les entreprises calédoniennes d’une part importante du budget de 100 milliards que coûte cet équipement.

La réduction de l’activité des Bessmers, et peut être l’évocation de la cession d’actifs parmi lesquels le nickel pourraient y être un sujet de discussion.

En tout cas, le bras de fer est engagé. Curieux pays que le nôtre qui maltraite les entreprises créatrices de richesse au moment où celles-ci sont en difficulté.

A ce jeu là, à part les Calédoniens, qui peut être perdant ?

BUDGET 2016 : LE GOUVERNEMENT « À CÔTÉ DE LA PLAQUE » ?

Tout ne peut être dit, dans une interview, ce qui laisse le bénéfice du doute. Mais il n’empêche. Les réponses du Président du gouvernement aux journalistes des Nouvelles « pour relancer une économie atone » ont de quoi laisser perplexe. Il y manque l’essentiel : les moyens de la croissance des entreprises. Décryptage.

interview Ph GermainLe traitement du budget 2016, le premier de la plus grave crise économique que la Calédonie ait à affronter depuis 25 ans, sera, au terme de l’entretien visé, technocratique et habituel : réduction des dépenses, et ouverture de pistes … de réflexion. Il faut toutefois y ajouter l’appel à l’Union Sacrée. Une union qui, sans doute aucun, serait nécessaire, mais un appel peu crédible, après les polémiques provoquées par les autorisations d’exportation de latérites vers la Chine.

… La fiscalité est une compétence de la Calédonie
depuis longtemps …

Plusieurs constats indiqués par le Président de l’Exécutif reflètent cependant la réalité. Parmi ceux là, le manque de « financement dédié » pour financer le régime handicap et les minima vieillesse et retraite. Sauf qu’il convient de compléter l’information en rappelant que le gouvernement Martin avait proposé un financement … refusé par  ses ex partenaires de l’Avenir Ensemble.

Ou encore lorsqu’il acquiesce à la question « les politiques se sont-ils trop occupés d’avenir institutionnel et pas assez d’économie ». Cependant « ça tient à l’histoire » parce que « les transferts de compétence sont récents » n’expliquent pas tout. La fiscalité est une compétence de la Calédonie depuis longtemps. Le transfert du droit du travail date de près d’une décennie. Le dialogue social a commencé sa réforme en 2006. Et les réglementations économiques sont de la compétence du territoire depuis plusieurs années.

Mais il faut rendre cette justice à Thierry Cornaille, responsable du budget au gouvernement : depuis sa prise de fonction, il ne cesse de pointer du doigt le cycle inquiétant dans lequel les finances publiques se sont inscrites.

… difficile de trouver
les voies concrètes du développement …

Pour ce qui concerne la relance expliquée par le Président du gouvernement, c’est à dire la reprise de la croissance, les choix de l’agriculture, du foncier et du logement aidé sont difficilement convaincants. « L’idée est de développer la production locale créatrice d’emplois et d’activités induites. L’économie de comptoir doit être remplacée par la création de valeur ajoutée ». Même s’il est question du statut de l’agriculteur, du Smag, du droit de préemption, difficile de trouver les voies concrètes du développement agricole.

Quant au bâtiment, si le logement social et la défiscalisation sont des éléments importants de l’activité, comment réduire la croissance du secteur à ces seuls sujets ?

… Les questions reflètent des interrogations fondées.
Mais le rôle des autorités est justement d’y répondre …

L’analyse des filières de production se traduit essentiellement par des questions. « Des contrats de compétitivité sont en cours de négociation ». Certes. Mais le reste est pétri d’interrogations : en agro-alimentaire « Comment réduit-on les coûts de ces produits ? Que peut faire la politique publique ? Comment la filière peut-elle améliorer son organisation ? » Et les questions se poursuivent. Pour les produits de grande consommation. Pour l’automobile et le transport. « Comment peut-on faire mieux dans la filière ? ». Pour le logement « Comment faire pour que la filière s’organise mieux, afin que les coûts des normes, des études, des matériaux, du gros œuvre et du second œuvre, de la promotion, puissent être réduits ? ».

Quant à l’exportation, des pistes sont tracées. Mais « il faut que » demeure, en général, l’expression d’un voeu.

Certes, toutes ces questions reflètent des interrogations fondées. Mais le rôle des autorités est justement d’y répondre.

L »économie du Tourisme
est de la compétence
des Provinces

Quant au tourisme, il s’agit simplement un remake. « Il faut une offre suffisante d’au moins 5000 chambres ». « Il faut aussi un offre complète allant du 4 étoiles au gîte ». « La visibilité et la qualité de services sont aussi indispensables ».

Sauf que tout cela avait été écrit, professé, annoncé dans le Plan de Développement Touristique Concerté de Nouvelle-Calédonie … en 2005.

Mais à la décharge du Président du gouvernement, il faut rappeler que l’économie du tourisme est de la compétence des Provinces. La Nouvelle-Calédonie gère le transport aérien et la fiscalité, ce qui en matière de développement touristique, n’est pas rien. Mais n’est pas tout.

L’enjeu est la réforme
de ses politiques publiques,
celles qui seront votées en décembre

Les recettes éculées ne pourront répondre aux difficultés sans précédent auxquelles la Nouvelle-Calédonie doit faire face dès 2016. Les régimes sociaux appellent à l’aide, les finances publiques sont dans le rouge, les entreprises métallurgiques baignent dans le marasme boursier des matières premières, Eramet songe -peut être- à se séparer de sa branche SLN et reporte l’investissement de 100 milliardsFCFP pour la construction de sa nouvelle centrale électrique, Glencore ne répare pas le deuxième four de Koniambo, Valé perd près de 40 milliardsFCFP. Et les entreprises calédoniennes sont en plein doute, orientées vers une croissance zéro. Ou pire.

Ce n’est donc pas seulement en réduisant -même de manière drastique-les dépenses budgétaires des collectivités, en suscitant des questions qui, au demeurant, sont fondées, en indiquant ce qu’il conviendrait de faire ou en reprenant ce qui a échoué il y a 10 ans, que la Calédonie évitera la faillite économique qui s’annonce.

Le Président du gouvernement évoque des sujets importants dans la recherche du redressement des finances publiques. Mais l’essentiel n’y est pas : ce sont les entreprises qui créent la richesse d’un pays, et leur propre croissance provoque l’amélioration des ressources fiscales et sociales.

L’enjeu est la réforme des Politiques Publiques, celles qui seront votées en décembre. L’exigence est de mettre, au cœur de ces politiques, ce qui est nécessaire à la croissance des entreprises calédoniennes. En matière fiscale, en droit du travail, en dialogue social, en formation professionnelle, en réglementation économique, en investissements publics.

Dans le cas contraire, il y a fort à craindre que le vote du budget 2016 ressemble aux débats du Sénat romain qui traitait de procédure alors que l’invasion barbare était aux portes de Rome.

EXPORTATION DE NICKEL VERS LA CHINE : LA DECISION UBUESQUE DU GOUVERNEMENT

 

 

Alors que la Nouvelle-Calédonie s’apprête à entrer plus rapidement que beaucoup le pensent dans une des plus graves crises économiques de ces 25 dernières années, le gouvernement refuse aux mineurs, à l’exception de MKM, au mieux, une légère croissance, au pire, le maintien de leur activités. Et des emplois. Commentaires.

C’est donc MKM, dont le patron est proche de l’Union Calédonienne, qui a gagné à la tombola des exportations de minerai pauvre vers la Chine. L’affaire a ainsi traîné plusieurs mois, entrecoupée par la rocambolesque convocation du congrès en session extraordinaire, contestée par le Haut Commissaire et la juridiction, puis finalement aboutie sur injonction de l’Etat.

Entretemps, plus de 3 millions de tonnes d’exportation vers la Corée a été votée par l’Exécutif au projet de la SMSP.

« NIET »

Ce mardi matin, il s’agissait donc de statuer sur les demandes des mines Montagnat, Ballande, Maï, et SLN, pour exporter ce que les mineurs estiment être des « déchets », minerais pauvres poussés au rebut, vers la Chine.

Compte tenu des faibles volumes sollicités, les conséquences au regard des réserves considérables de saprolites et de latérites étaient sans conséquence aussi bien dans l’immédiat que pour le futur à moyen et à long terme.

La réponse de l’Exécutif a été un « niet » sans appel.

Sa décision est difficilement explicable autrement que par des règlements de compte, ou par la volonté d’une appropriation de l’économie du nickel par la puissance publique.

SANCTION POUR LA SLN

search-1Elle sera sans nul doute lourde de conséquences. D’abord pour la pérennité de l’emploi au sein des entreprises minières privées. Elle est ensuite un mauvais signe pour l’économie de marché et la liberté d’entreprendre. Elle vient enfin pénaliser des entreprises minières au moment où la quasi totalité des entreprises calédoniennes va entrer en crise.

Il faut enfin souligner le message adressé à la SLN et à Eramet. C’est, à n’en pas douter, une sanction. Alors qu’ Eramet, en difficulté, vient de différer 100 milliards d’investissements pour la nouvelle centrale électrique, au moment où certains de ses actionnaires seraient favorables à la cession –pour ne pas dire l’abandon- de la SLN, ce message risque peut être de précipiter des décisions catastrophiques pour la Nouvelle-Calédonie.

ERAMET VA-T-ELLE CÉDER LA SLN AU TITRE DE LA « CESSION DES ACTIFS » ?

« CENTRALE : QUESTION DE VIE OU DE MORT
POUR LA SLN »

search-1C’est l’Usine Nouvelle qui l’écrit à propos de la suspension du remplacement de la centrale électrique Doniambo. « D’après nos informations, indique l’Usine Nouvelle, cette suspension inclut le projet de nouvelle centrale électrique de la SLN, que Pierre Gugliermina (Président du Conseil d’administration de la SLN-NDLR) qualifie de « question de vie ou de mort pour le site »: « C’est un investissement prioritaire pour Eramet. Le choix est clair, c’était une question de vie ou de mort pour le site de Doniambo » (Nouvelle-Calédonie). « Le premier projet de remplacement de la centrale date de 2007-2008, mais c’était la crise, il a été repoussé. La centrale actuelle a 45 ans et elle a toujours, comme au démarrage, moins de 3% de pannes aléatoires. Par contre elle ne passera pas la cinquième décennale. »

« TOTALEMENT SACRIFIER LA SLN »

 Alors, si la centrale électrique nouvelle est « une question de vie ou de mort » pour la SLN, cette décision d’Eramet est-elle le prélude à un désengagement de plus grande envergure ?

« De toute évidence, Philippe Gomès détient des informations qui lui permettent de penser qu’Eramet va totalement sacrifier la SLN », affirme un commentateur qui souhaite rester anonyme », poursuit l’Usine Nouvelle.

EN DÉCEMBRE

Un prochain conseil d’administration de la société pourrait, début décembre, préciser de possibles cessions d’actifs dans la branche nickel et manganèse.

Au sein de la compagnie, depuis plusieurs exercices, certains administrateurs critiquent les choix opérés par Bernard Buffet, le Président d’Eramet. Les tensions entre Romain Zaleski, deuxième actionnaire avec 13% du capital et représenté au conseil par Jacques Bacardats, et Bernard Buffet sont qualifiées « d’historiques ». Le premier reproche aux dirigeants actuels un manque de pertinence des investissements consentis par le groupe Eramet dans ses activités historiques (le nickel, le manganèse et les alliages) ainsi que des « projets de diversifications en tous genres », allusion à Weda Bay (nickel) et à Moanda .

« DÉCISION PAR LES ACTIONNAIRES »

Cette fois, avec un marché terrifiant, des déficits qu’il sera difficile de combler, Eramet pourrait en effet prendre des décisions radicales, facilitées par les critiques en tout genre venant d’une partie de la classe politique calédonienne, et la volonté affichée pour un administrateur au sein même d’Eramet, de faire monter les collectivités publiques à 51% dans le capital de la SLN.

Cela va-t-il aller jusqu’à la cession de la SLN, de son usine affublée d’une centrale électrique obsolète, en recherche de compétitivité, sous le coup d’un risque de « nationalisation » de la société, mais d’un autre côté, dotée d’un des plus beaux domaines miniers nickel au monde ? C’est la majorité des actionnaires qui, le cas échéant, le décidera.

Report de la centrale Doniambo 100 milliards d’investissements en moins

 

« Brut de décoffrage », la décision de reporter la construction de la centrale électrique de Doniambo a pour conséquence de supprimer, pour l’instant, un investissement de 100 milliards FCFP en Nouvelle-Calédonie. En plus des conséquences économiques, cette décision est un révélateur pour les Calédoniens. Explications.

UNE TRES MAUVAISE NOUVELLE POUR LES ENTREPRISES
La richesse d’un pays vient de l’activité de ses entreprises, et plus particulièrement de leur bonne santé financière. Une entreprise qui réalise des profits investit et crée des emplois. La construction de la centrale électrique de nouvelle génération était une aubaine pour tous les corps d’état : construction, second œuvre, fournisseurs, intermédiaires. Une grande partie de l’investissement, c’est à dire plusieurs dizaines de milliards, devait se traduire par des retombées locales.

Image SLN
Image SLN

Désormais, il faut réviser les plans de charge espérés. Cette situation est d’autant plus préoccupante que l’énorme chantier du Médipôle s’achève, et que se clôt le carnet de commandes lié à cette construction.

Difficile de mesurer l’impact négatif du report de la réalisation de la centrale électrique de Doniambo. Mais il est sûr que deux effets sont à prévoir : l’impact direct traduit par un chiffre d’affaires espéré qui disparaît, et l’impact indirect en ce sens que beaucoup d’anticipations d’investissements des entreprises et même des ménages calédoniens est lié à la dynamique de l’activité mine et métallurgie.

UN REVELATEUR
La décision du Conseil d’administration d’Eramet est-elle une réponse du berger à la bergère, suite aux différentes attaques subies par la société par plusieurs acteurs politiques locaux ?

On ne peut nier que la situation économique d’Eramet et de la SLN est aujourd’hui préoccupante pour les actionnaires. Entre 30 et 40 milliards FCFP de pertes pour l’exercice en cours, un cours du nickel en berne, des perspectives plus que floues, il convenait d’arrêter l’hémorragie.

Eramet n’est pas un service public, c’est une entreprise ! Ses actionnaires ont le devoir de protéger la bonne santé, voire l’existence de la société, en la gérant dans le respect de son intérêt. D’ailleurs, un actionnaire qui agirait délibérément contre lesdits intérêts pourrait avoir maille à partir avec le droit des sociétés.

Mais cette décision de gestion économique remet en perspective certaines réalités.

Sur la centrale, d’abord. On peut discuter à l’infini sur les vertus ou les vices de ce nouvel équipement destiné à remplacer une installation obsolète et à améliorer la rentabilité de la SLN, il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui, ces querelles semblent bien futiles. L’investissement n’aura pas lieu. Fin des débats, et chacun peut en mesurer les conséquences concrètes.

Sur la réalité économique ensuite. On voit bien que pour une installation métallurgique de cette ampleur, les pouvoirs publics locaux sont un nain financier. Encore faut-il ajouter que les finances publiques sont « à la ramasse » et que la Nouvelle-Calédonie s’oriente doucement vers un schéma espagnol ou grec*. A charge pour elle de se reprendre d’urgence.

Dans le nouvel espace économique mondialisé, les « doctrines » promouvant la prééminence des acteurs publics ou des collectivités dans les grands appareils de production apparaissent clairement comme une vue de l’esprit.

La décision d’Eramet sera-t-elle de nature à rappeler aux décideurs que le cœur de la vie économique d’un pays, c’est la croissance des entreprises ? Réponse lors du vote des « politiques publiques » par le congrès, lors de l’examen du budget 2016

* Lire « Echéance 2018 – les dangers / Risques d’ersatz de République bananière et de faillite économique/ Plaidoyer pour un modèle de développement économique calédonien » . Chez Calédolivres, As de Trèfle quartier Latin, Géant, Carrefour, librairie Michel Ange.

COMMENT ÉVITER LE RISQUE DE FAILLITE ÉCONOMIQUE CALÉDONIENNE : Le dernier livre de JCG Briault

Deux risques nous séparent de l’échéance de 2018 : l’article 27 et la situation économique.

En s’appuyant sur les travaux d’un grand juriste, spécialiste en droit constitutionnel, l’auteur pointe du doigt les risques présentés par un transfert mal maîtrisé de l’article 27 : la mainmise d’un petite oligarchie sur la Calédonie. Quelles précautions s’imposent ?

couve 4e LivreRégimes sociaux en déficit, pour certains, structurels, finances publiques en grande difficulté, métallurgistes du nickel en pertes d’exploitation par dizaines de milliards et dont la capitalisation boursière s’est effondrée, entreprises calédoniennes inquiètes, taxées hier, imposées encore plus demain et dont la croissance est au point mort : cette situation n’est pas sans rappeler celle de l’Espagne et du Portugal hier, et plus récemment, celle de la Grèce. Toutes proportions gardées évidemment.

Depuis 25 ans, la Nouvelle-Calédonie est portée par la prospérité. Elle est à présent « en revers de fortune ».

couve LivreCette situation est inédite, parce que nullement comparable aux multiples épisodes de « crise » et de rebonds qu’elle a connu. Seule pourrait être évoquée la crise de 1973-1975, caractérisée par la quasi-faillite de la SLN qui a imposé d’une part, une réforme fiscale locale, sa cession et son nouveau statut de filiale d’Imétal d’autre part, et une aide de l’Etat équivalente à 100 milliards de nos francs actuels, enfin.

La crise dans laquelle entre la Calédonie ne pourra pas se résoudre de la même manière.

Le « pays » devra d’abord compter sur lui-même, et seulement sur lui-même. C’est le prix de l’autonomie qu’il a voulue

Bientôt, les politiques publiques seront bientôt, dans le cadre du projet de budget 2016.

Elles concerneront aussi bien la fiscalité, le droit du travail, le dialogue social, l’enseignement, la formation, les équipements et les investissements publics, que l’appréhension des dépenses budgétaires.

Une seule voie existe pour éviter cette faillite dramatique qui s’annonce. Cet espoir est réel grâce à des potentiels propres à la Calédonie : ses ressources minérales, son capital humain, la maîtrise de ses compétences qui lui permettra d’éviter les erreurs de la métropole.

La Nouvelle-Calédonie devra mettre en œuvre, comme tous les pays développés en crise aujourd’hui, dont la France, la seule recette adaptée aux contraintes d’une économie mondialisée : fonder un modèle de développement économique qui place la croissance des entreprises calédoniennes au cœur des politiques publiques.

Hors ce sursaut qui s’accompagne de l’indispensable réhabilitation de la réussite entreprenariale, la Calédonie va de plus en plus vivre au rythme des informations justifiant les craintes exprimées.

C’est le thème du livre que JC Gaby Briault viens de publier, et que l’on peut trouver dans plusieurs librairies, parmi lesquelles As de Trèfle Quartier Latin, Géant Sainte Marie, Carrefour, Librairie Michel Ange et Calédolivres.

QUE SE SONT DITS LA MINISTRE DES OUTRE MER ET LE DIRECTEUR NICKEL DE GLENCORE ?

« Rien n’a filtré » de l’entretien entre la Ministre des Outre Mer, Georges Pau-Langevin, et Kenny Rives, le directeur de la branche nickel de Glencore. Les deux interlocuteurs ont indiqué que cet entretien s’inscrivait dans les relations normales entre le trader et le gouvernement. S’il s’agit d’un entretien « normal », pourquoi donc ne pas en donner la teneur ? Commentaires.

TOUTE LA VALEUR DE GLENCORE POURRAIT S’EVAPORER
D’abord, cet entretien n’est pas anodin. Il se situe au moment où les analystes de la banque britannique Investec ont estimé que « presque toute la valeur de Glencore pourrait s’évaporer ».

Le journal Le Monde écrit : « il fut un temps où Ivan Glasenberg (le PDG de Glencore-Ndlr) était un des rois du charbon, du cuivre et du zinc, qui avaient fait de lui un multimilliardaire en dollars, puissant et redouté. Un temps pas si lointain, en 2010, où Glencore (Global Energy Commoditity Resources) affichait déjà un chiffre d’affaires supérieur à celui d’un autre géant suisse plus connu, Nestlé. Plus dure est la chute ».

Ces analyses font suite à l’effondrement, le 28 septembre, des valeurs du groupe aux bourses de Londres et de Hong Kong. « Le groupe joue désormais sa survie » prédisent de nombreux experts.

Glencore a publié un communiqué selon lequel l’entreprise « n’a aucun problème de solvabilité ». Cette prise ee position a redonné quelques couleurs à sa valeur. Mais la multinationale traîne une dette colossale de 3.500 milliards de FCFP, c’est à dire bien plus que ses concurrents Rio Tinto, BHP Billinton ou Anglo American.

Le groupe a lancé une réduction de cette dette à hauteur de 20 milliards de dollars, ce qui l’a conduit a fermer des mines en Zambie et en République Démocratique du Congo, et plus récemment, Falcondo en République Dominicaine.

Quel rebond possible ? Les cours du zinc, du charbon, du cuivre et du nickel demeurent déprimés. La Chine, qui tire vers le haut la croissance mondiale depuis plusieurs années, premier consommateur de matières premières au monde, s’essouffle. Sa réorientation industrielle vers son marché intérieur ne connaît pas le succès escompté en raison d’un pouvoir d’achat qui est demeuré faible pour la majorité de la population.

LE MARCHÉ A-T-IL SURRÉAGI ?
Glencore, société qui fut controversée, n’est pas un inconnu pour le gouvernement français, ainsi que le rappelle le Monde : «  Créée en 1994 par le roi du trading Marc Rich sous le nom de Marc Rich + Co, elle a été critiquée – et parfois poursuivie et condamnée – pour ses pratiques fiscales, sociales et environnementales douteuses. Metaleurop, une filiale spécialisée dans les métaux non ferreux qui avait fermé du jour au lendemain son usine de Noyelles-Godault (Pas-de-Calais) en 2003, avait alerté sur ses méthodes. Jacques Chirac, alors président de la République, avait stigmatisé les « méthodes de patrons voyous » de cette entreprise qui avait brutalement licencié 831 salariés et laissé à la charge de la collectivité les énormes coûts de décontamination du site pollué par la dioxine et le plomb ».

Les analystes de Sanford C Berstein, société londonienne de recherche et consulting, sont quant à eux moins pessimistes. Le secteur du négoce, unique par rapport à ses concurrents, de Glencore, selon eux, peut difficilement être valorisé. 25 milliards de dollars ? 100 milliards ? Ils estiment que le marché à surréagi.

ET EN NOUVELLE-CALÉDONIE ?
images-1Question pour la Nouvelle-Calédonie : cette situation inquiétante peut-elle avoir des conséquences pour l’usine KNS ?

Incontestablement, oui. On comprend déjà ainsi pourquoi la réparation du second four a été mise en stand-by. La cession des actifs pourrait être envisagée. Mais en raison des surcoûts considérables de l’usine, leur valeur est actuellement surévaluée. Et puis, le trader a la main sur un domaine minier gigantesque …

Cependant, nul aujourd’hui ne peut prédire l’évolution du marché chinois, et donc celle des matières premières. La SMSP doit prier pour que l’usine demeure opérationnelle parce qu’elle même est sur le fil du rasoir.

Autre aspect : Glencore est-il le trader des exportations de minerai latéritique calédonien vers la Chine ? Si oui, dans le contexte actuel, la multinationale va-t-elle peser … pour les autorisations d’exportation dont les demandes sont actuellement sur le bureau du gouvernement calédonien ?

Une chose est sûre. Pau-Langevin et Rives n’ont pas du échanger que des banalités. Le gouvernement français est désormais informé de la situation difficile de Glencore. L’est-il de ses intentions en Nouvelle-Calédonie ?

CONFLIT DES ROULEURS : QUELLE ISSUE POUR GOA ?

Curieuse Calédonie. A certains moments, l’opinion se déchaîne pour dénoncer telle ingérence du politique dans l’économie. Ou pour fustiger une trop grande politisation de tel ou tel conflit. Cette fois, les rouleurs, en conflit avec le gouvernement, ont sollicité une médiation … du Président de l’Union Calédonienne. Derrière l’arbre, la forêt.

L’UNION CALEDONIENNE EN PHASE AVEC SON PRESIDENT ?th-3
Daniel Goa avait fait acte d’autorité pour engager l’Union Calédonienne en faveur de l’élection de Philippe Germain à la Présidence du gouvernement. Pourtant, tous les élus gouvernementaux n’étaient pas présents pour le scrutin. On se souvient même de déclarations pour le moins ombrageuses du Secrétaire général du mouvement.

Puis tout était apparemment rentré dans l’ordre.

Sur le conflit des rouleurs, Daniel Goa s’est montré prudent. Pas de prise de position publique tranchée. Au congrès, lors de l’accueil des représentants de Contrakmine, et avant la sortie de l’hémicycle de Calédonie ensemble pour protester contre cette audition, Rock Wamytan et Caroline Machoro ont adopté une attitude favorable à un règlement du conflit tenant compte de l’intérêt des parties.

Mais la sortie de l’ancien Président de l’UC, Pascal Naouna, cette fois au nom de « l’UC de l’aire Paici » a montré qu’une partie du mouvement ne l’entendait pas de cette oreille. « Nous défendons la doctrine de la Province nord » a-t-il déclaré publiquement. La doctrine de la Province nord étant clairement le refus d’accorder toute autorisation, même temporaire et limitée, vers la Chine. Situation quelque peu confuse.

UN SECTEUR NICKEL AU BORD DE LA FAILLITE, AVEC LA CALEDONIE
« Alors que les hordes de barbares étaient aux portes de Rome, le Sénat délibérait ». Personne ne semble se rendre compte que la Calédonie est au bord de la faillite !

Toutes les usines perdent des milliards, Glencore vient de suspendre la réparation du second four de KNS, on évoque ouvertement d’hypothétiques reprises d’installations métallurgiques par des groupes chinois. Et le gouvernement calédonien met son veto à un marché nouveau d’exportation de minerai non traitable en Calédonie vers la Chine ! Marché qui pourra d’ailleurs être différé compte tenu de la chute des cours de matière première.

La Calédonie est-elle en plein délire ?

Elle encourt, ce que l’on pourrait appeler « le risque grec » …

SAUVER LA FACE MAIS ECHEC POUR L’UNE DES PARTIES
Si Pascal Naouna veut réussir aux yeux des rouleurs, il doit obtenir une autorisation d’exportation vers la Chine quelle que soit la forme et le contenu de cette autorisation. Mais il doit aussi sauver la face du gouvernement.

S’il veut réussir aux yeux des opposants aux exportation vers la Chine, il doit convaincre rouleurs et petits mineurs de renoncer à leur demande. Comment alors leur sauver la face ?

Or, peut-il faire renoncer aux rouleurs leur demande d’exportation vers la Chine ? Pas plus que de demander à Philippe Germain de tourner casaque. Mais en politique, tout n’est pas possible, mais rien n’est impossible.

Il peut en revanche « externaliser » la décision vers une assemblée de sages, genre GTPS, après que le gouvernement ait accepté de s’y soumettre pour l’intérêt général et le retour au calme.

Il peut également trouver une majorité UC-Républicains au gouvernement, qui devra alors s’y soumettre, sauvant ainsi le face du Président qui appliquerait naturellement à une « décision collégiale ».

Mais tout cela semble bien idéal. La sortie de crise, en l’état, sera, en réalité, un mise en échec, ou des rouleurs, ou du gouvernement.

NICKEL : DES RÉSERVES POUR 180 ANS !

Beaucoup de chiffres fantaisistes circulent sur les réserves de nickel en Nouvelle-Calédonie. La réalité montre que celles-ci sont considérables, et qu’aucune décision de protection stricte et précipitée n’est justifiée. Seul s’impose un plan de gestion selon les principes de développement durable.

Si l’on raisonne en tonnes de nickel métal, contenu dans notre minerai, deux cas de figure sont à prendre en considération : les latérites, aux alentours de 1% de métal contenu, et les saprolites, aux alentours de 2% de nickel contenu.

imgresSur cette base, les besoins d’extraction de minerai annuels du territoire doivent correspondre à une production d’environ 300.000 tonnes de nickel métal : 60.000 tonnes pour chacune des usines en Calédonie, 60.000 tonnes pour l’usine délocalisée de Corée du sud, et grosso mode 60.000 tonnes contenues dans les exportations de minerai brut.

Selon les derniers chiffres collectés par les services de la Nouvelle-Calédonie, les réserves connues de latérites et de saprolites permettent la production d’environ … 50 millions de tonnes de nickel métal !

Encore faut-il préciser que toutes les réserves du territoire n’ont pas encore été étudiées. Ce chiffre est donc en deçà de la capacité réelle de la Nouvelle-Calédonie …

Autrement dit, la Nouvelle-Calédonie, en satisfaisant ses consommateurs actuels, pourrait sans difficultés extraire, transformer, exporter son nickel pendant 180 années !