Archives de catégorie : Economie

Lutter contre la vie chère … en faisant augmenter les prix

Une majorité du Congrès a décidé d’augmenter les taxes à l’importation sur la plupart des produits importés concurrents de production agricoles locales. Une façon de traiter les problèmes économiques en faisant supporter la charge par les consommateurs et les contribuables. Et une nouvelle inflexion à gauche.

Ce n’est un secret pour personne : certains productions locales connaissent des difficultés. Pas toutes, bien sûr. L’eau du Mont Dore est souvent citée en exemple : pas de contingement, une concurrence ouverte, et le produit local ne cesse d’augmenter ses parts de marché.

Source d’inflation

D’autres secteurs sont moins performants, et les explications de manquent pas. Ce sont les solutions qui, depuis des décennies, sont absentes. Et la seule que les responsables ont mis en œuvre est économiquement désastreuse : l’augmentation des protections conduisant à un renchérissement des produits importés. En imaginant qu’une telle pratique va protéger ou faire redémarrer les productions locales.

Ce raisonnement n’est pas toujours impropre. Mais les résultats qu’il génère sont loin d’être favorables au consommateur. Pire, il est source d’inflation, et parfois de frustration. Ainsi par exemple, la cotation de la pomme de terre en métropole au 28 décembre ressortait au « plus haut du mois de décembre autour des 142,5 €/t », soit 17.000FCFP la tonne, ce qui donne aux alentours de 170FCFP le kilo.

90 FCFP le kilo de pomme de terre sur le Carreau d’Agen

Champs de la célèbre "Noirmoutier"
Champs de la célèbre « Noirmoutier »

Mais sur le carreau d’Agen, fin novembre 2014, la pomme de terre « rubis » se vendait en moyenne 0,75€ le kilo, soit aux alentours de 90FCFP. Evidemment, on trouve plus cher. En 1996, Maître Cornette de Saint Cyr a vendu aux enchères à l’hôtel Drouot un lot de 5 kilos de bonnottes à 15.000FF, soit … plus cher que la truffe. Mais c’est une exception d’anthologie, et nous n’en sommes pas encore là !

Vient ensuite le jeu de l’alignement des prix. Plus les prix à l’importation sont élevés, et mieux c’est pour la production locale qui peut se hisser au niveau supérieur. Humain. C’est ainsi que parfois, les prix des légumes locaux atteignent des sommets vertigineux.

Alors bien sûr, le souci de maintenir les agriculteurs « à flot » et louable. La France est en outre la championne du monde de la subvention aux productions, et la Nouvelle-Calédonie est, de ce point de vue, bien française.

Mais soutenir les productions agricoles ne vaut pas que le consommateur trinque encore. D’ailleurs, si l’on calculait le coût économique de la mesure, on s’apercevrait qu’il est disproportionné par rapport à la valeur ajoutée locale.

Au moment où il est fortement question d’encourager l’innovation, il serait bon d’innover en matière économique et fiscale.

BUDGET 2016 AU CONGRÈS – LE VRAI ENJEU : LA RELANCE ÉCONOMIQUE

Anticiper la crise ou la subir
Anticiper la crise ou la subir

Comme chaque année, au mois de décembre, le Congrès va examiner le projet de budget 2016 à l’issue d’un examen par ses commissions spécialisées, et les arbitrages rendus par la commission des Finances. Mais ce budget est particulier : c’est le premier budget de crise économique depuis la fin des événements. L’enjeu en est donc la relance. En d’autres termes : anticiper la crise, ou la subir.

COMMENT RELANCER LA CROISSANCE
DES ENTREPRISES CALÉDONIENNES

Au delà des chiffres qui verront fatalement un équilibre entre les dépenses et les recettes, les membres du Congrès vont devoir effectuer un exercice nouveau : comment impulser une relance économique pour les entreprises calédoniennes au travers des politiques publiques.

Car depuis 2005, date à laquelle le budget a changé de présentation, passant d’une nomenclature comptable à la présentation des politiques publiques, l’enjeu du vote budgétaire annuel a –en théorie !-, évolué. En clair, par exemple, on votait autrefois « le budget de la Direction des TP». A présent, la congrès doit décider, sous la forme d’une « Mission », la Politique Publique de la Nouvelle-Calédonie en matière d’équipements et d’infrastructures publics : routes, ponts, aérodromes, bâtiments, moyens de transports, etc …

Ces politiques publiques, en théorie conformes au « Schéma de Développement et d’Aménagement 2025 », lequel est en chantier depuis les Accords de Nouméa et n’est toujours pas terminé, s’inscrivent –toujours en théorie- dans une perspective à court, moyen et long terme.

SEULES LES POLITIQUES PUBLIQUES
PEUVENT RELANCER L’ECONOMIE

En ce mois de décembre, alors que les finances publiques sont en difficulté, les comptes sociaux dans le rouge, le nouvel hôpital sur le Médipôle en passe de faire croître les dépenses de santé, les entreprises métallurgiques en plein marasme et les entreprises calédoniennes en « mode croissance zéro », seules les Politiques Publiques peuvent donner des signes positifs en faveur d’une relance économique.

Manuel Valls "J'aime l'entreprise"
Manuel Valls « J’aime l’entreprise »

A cet égard, la situation calédonienne n’est aujourd’hui pas très différente de celle de la métropole, où le Premier ministre s’est plu a déclarer « j’aime l’entreprise ». Normal : la Calédonie a importé de Paris … le mauvais modèle.

DROIT DU TRAVAIL, FISCALITÉ,
RÉGLEMENTATION ÉCONOMIQUE

Il en va ainsi du droit du travail, dont la complexité paralyse la croissance, et dont le copié-collé du droit métropolitain a abouti à un droit local ne correspondant plus à une économie de 270 000 consommateurs, installés sur une île dont l’avion et le bateau sont les seuls liens avec l’extérieur.

Il en va ainsi de la Politique Publique fiscale. Essentielle pour la relance, tout comme la métropole en fait l’expérience. Taxer les entreprises sans discernement sera mortel pour la croissance, et pire pour l’économie. Remettre la relance des entreprises au cœur du dispositif fiscal est à présent indispensable, à la fois dans le but de gommer les entraves au développement et l’investissement, et aussi pour mesurer les impacts économiques de la fiscalité.

Autre politique publique en relief : la formation professionnelle. Depuis une décennie, la totalité du Fond Européen de Développement y est consacrée, ce qui fait, avec les budgets locaux, plusieurs milliards chaque année.

Or, les entreprises constatent dans trop de secteur une inadéquation entre la formation … et les besoins des entreprises. Les ateliers manquaient ainsi de carrossiers. Les hôtels, eux, sont toujours en attente de gouvernantes locales qualifiées.

AUTORITÉ DE LA CONCURRENCE
CALIBRÉE POUR 65 MILLIONS D’HABITANTS

La réglementation économique est également une Politique Publique essentielle à la relance. Or celle-ci passe par l’investissement. Ce dernier est paralysé par la « menace » d’une Autorité de la Concurrence, dont l’action ne va pas réguler la concurrence, mais dissuader les quelques investisseurs locaux.

Une telle autorité est en effet calibrée pour des pays de plusieurs dizaines de millions de consommateurs. La France métropolitaine en compte 65 millions ! Elle est aussi dimensionnée pour réguler l’action d’entreprises souvent côtées en bourses, dont les capacités d’investissement se chiffres par centaines de milliards de FCFP.

Rien de tel, évidemment en Calédonie. Les quelques entreprises susceptibles d’investir doivent jouer sur la synergie de leur groupe ou de leur holding. Avec l’Autorité de la concurrence, elles devront peut être, au contraire, vendre une partie de leurs actifs !

imgresMais la cerise sur la gâteau a été, ces derniers mois, l’interprétation en matière de réglementation d’exportations minières. Tout pays rêve d’exporter. Surtout les détenteurs de minerais en pleine crise des matières premières. Pas la Calédonie, qui l’a interdit !

Décision difficile à qualifier, dont la justification –la préservation de quelques millions de tonnes de nickel pour les générations futures, ou encore une doctrine décidée par une collectivité dont un représentant affiche clairement son marxisme- est difficilement recevable.

ANTICIPER LA CRISE
OU LA SUBIR

Autre politique publique sensible pour la relance : les équipements et les infrastructures. Dans un contexte budgétaires contraint, elle doit viser le meilleur rendement « qualité-prix » au regard de ses Unknowneffets économiques. Par exemple, la poursuite du chantier autoroutier de Nouméa vers Tontouta devrait constituer une priorité. Il ne s’agit pas que d’une simple route. Cette voie de communication est indispensable au regroupement des liaisons aériennes intérieures et internationales à Tontouta, générant d’importante économies d’exploitation ; elle facilitera la communication, et donc les échanges, entre le Nord et le Sud ; elle ouvrira de nouvelles zones à l’urbanisation pour le logements et les implantations industrielles.

Pour en faire profiter au mieux les entreprises, le marché public peut prévoir dans ses conditions un partage entre les entreprises du nord et celles du sud.

Tel est, derrière son appellation, l’enjeu du budget 2016. Les effets de la crise se feront durement sentir à la prochaine rentrée. En attendant, par le vote des Politiques Publiques, le Congrès va déterminer deux choix : le premier est d’anticiper cette crise, le second est de la subir.

LA SLN EN DANGER ? L’ACTION ERAMET CONTINUE DE BAISSER

 

imgresLe dernier conseil d’administration du 9 décembre en a pris acte : Eramet doit intensifier ses efforts non plus de redressement, mais de colmatage de l’hémorragie dont la « petite » entreprise française est victime. Mais le cours de la bourse est impitoyable : l’action Eramet continue de « dévisser », entraînant dans la chute, la SLN. Danger ?

UNE VALEUR EN BAISSE DE 60%

Face aux géants Glencore et Valé, Eramet ne pèse pas lourd. Mais dans le contexte de marasme des matières premières, la compagnie française n’attire pas les prédateurs. D’autant qu’un pacte d’actionnaires est censé la mettre à l’abri d’une OPA hostile.

Mais le français est en mauvaise posture. Le 24 décembre, le cours de son action a enregistré une nouvelle baisse de -2,23%, clôturant à 27,66 euros. Certes il a connu pire : 23,05 euros. Mais par rapport au 94,39 euros qui fut sa plus haute cotation, quelle dégringolade. La baisse est de 60% par rapport à la valeur du début 2015 !

Dans ces conditions, la récente décision de ne plus produire de mattes à Doniambo n’apparaît pas comme une action de simple gestion. Elle génère certes des économies de production, mais surtout ouvre la voie à une fourniture non-calédonienne. Une première pour l’usine hydrométallurgique de Sandouville.

Ces mattes devraient être fournies par le groupe étatique finlandais Terrafame, lui même propriétaire de la mine de nickel de Telvivaara. Cette dernière était en difficulté financière, mais le gouvernement finlandais, après avoir envisagé la mise en faillite du groupe minier, a finalement décidé de la soutenir en procédant à une nationalisation. Le minerai de Telvivaara est notamment traité par l’usine de Harjavalta, au sud-ouest de la Finlande, qui appartient au géant russe Norilsk.

Pour faire simple, on peut dire que la Nouvelle-Calédonie ne fabriquera plus jamais de mattes, et que ses fours Bessmer seront définitivement éteints.

Mais au travers de cette décision, plusieurs questions se posent naturellement.

ERAMET A-T-IL BESOIN D’ÊTRE PRODUCTEUR DE NICKEL ?

La première concerne la stratégie d’approvisionnement d’Eramet.

images-3Le groupe français raffine des mattes et des ferro-nickels pour une production d’alliages spécifiques de haute rentabilité. A-t-il besoin d’être lui même producteur de nickel ?

La gouvernance de Patrick Buffet n’est pas exempte de critiques de la part de certains actionnaires. Ceux-ci lui reprochent notamment les dépenses considérables de Weda Bay, en Indonésie, dépenses réalisées en pure perte pour justement tenter de consolider la production nickel du groupe.

Quant à la SLN, elle apporte beaucoup de soucis à Eramet. Certes les accords de prix entre la filiale et la maison mère sont favorables à cette dernière. Sauf que les prix ne sont pas suffisamment compétitifs, et le seront d’autant moins que la nouvelle centrale électrique est renvoyée aux calendes. Et sauf que cette filiale est source d’ennuis sociaux et politiques, pour un domaine minier certes très riche, mais dont la rentabilité industrielle et financière pose question.

La seconde a trait à la responsabilité d’un actionnaire dans une société capitalistique.

En évoquant la participation de la STCPI locale au financement de la nouvelle centrale, la direction d’Eramet a rappelé le rôle des actionnaires -et plus encore, d’un administrateur- d’une société : être solidaires en cas de difficulté, ou pire, de menace, et … mettre la main au portefeuille en cas de besoin.

Une façon également de souligner que vouloir 51% du capital d’une société, c’est justement devoir assumer encore plus de responsabilité en qualité d’actionnaire majoritaire. Peut être un avant-goût de la finalité d’une stratégie nouvelle.

TVA calédonienne : seul moyen de renflouer les caisses sans douleur

 

La TVA calédonienne était un serpent de mer. Didier Leroux s’y était collé, alors qu’il était « ministre » en charge de la fiscalité dans le TVAgouvernement Thémereau dominé par l’Avenir Ensemble. Il s’était alors heurté à de fortes réticences, et n’avait pu faire aboutir ce dossier sensible. Ses successeurs n’ont guère fait mieux. Mais aujourd’hui, face aux difficultés colossales que les finances publiques doivent affronter, les opposants doivent s’y résoudre : le principe fiscal de la TVA est un « jackpot » pour le budget. Et le seul et dernier moyen de ramener quelque équilibre sans trop de douleur.

BRAS DE FER
De multiples études, d’innombrables consultations ont accompagné pendant près de 10 ans la gestation de la TVA locale, baptisée d’abord Taxe Générale sur l’Activité (TGA). En 2011, les Nouvelles Calédoniennes annonçaient son adoption imminente et indiquaient « Entrée en vigueur prévue en janvier 2013 ».

La fin de la décennie 2004-2014 s’était soldée par un bras de fer entre Calédonie Ensemble, plutôt hostile au projet, et les autres partis loyalistes qui réclament l’instauration de cette fiscalité depuis plusieurs années. Puis la création de la TVA calédonienne avait trouvé sa place dans « l’agenda partagé ». Entretemps, elle a été rebaptisée Taxe Générale sur la Consommation (TGC), désormais parée de bien des vertus.

RENDEMENT COLOSSAL

La première affichée de celles-ci est la simplification fiscale. Logique avec l’esprit de la TVA. La TGC va se substituer à plusieurs impôts : taxes à l’importation (TGI, TBI, Taxe de péage), TSS, Taxe sur le Frêt Aérien alimentant l’Agence de la Desserte Aérienne, et des centimes additionnels au profit des Provinces.

La seconde, dont on parle peu, est le rendement exceptionnel d’une TVA … Bâtie sur l’assiette la plus large possible –l’ensemble des consommateurs, c’est à dire la quasi-totalité de la population-, la TGC sera un impôt dont le « rendement » va être colossal.

La troisième vertu est son caractère indolore. Perçue sur l’essentiel des services et des livraisons de bien, adoucie par les substitutions de taxes, elle sera, dans un premier temps, presqu’imperceptible par le consommateur.

Mais ensuite, et en tant que de besoin, la variation du curseur permettra l’alimentation efficace des budgets publics. Compte tenu des déficits affichés et inscrits dans une conjoncture nickel déprimée laquelle, selon certains experts, durera quelques années encore, la TGC est le seul moyen de renflouer les caisses sans trop de dommages collatéraux.

La crise actuelle l’a fait comprendre à tout le monde.

SELON DES EXPERTS, GLENCORE PREPARE LE TERRAIN AVANT DE QUITTER LA CALEDONIE

Capture d’écran 2015-12-12 à 19.10.40Il s’agit d’un échange de propos entre un investisseur et le PDG de Glencore, Ivan Glasenberg. L’investisseur le rapporte au « Bulletin Nickel », considéré comme la Bible du marché du métal et de l’acier. On ne peut évidemment imaginer que cet investisseur ait livré la teneur de son échange sans avoir reçu l’aval du patron de Glencore. Coup de gueule ou intention dévoilée ? Commentaires.

DES PROPOS EXPLOSIFS
Le personnage d’abord. Ivan Glasenberg n’est ni un tendre, ni quelqu’un qui s’exprime pour ne rien dire. Ce sud-africain, qui possède plusieurs nationalités dont celles de Suisse, d’Australie et d’Irael, est hors norme. Ancien champion de marche athlétique, expert comptable puis MBA obtenu au USA en poche, il intégre Glencore en 1984. Gravissant les marches du pouvoir, achetant un gros paquet d’actions de la compagnie, il en devient le PDG en même temps que l’homme le plus riche au monde dans la communauté du négoce. Car faut-il le rappeler, Glencore est un géant du négoce en même temps qu’un industriel.

Qu’a-t-il confié, et qui est rapporté par le très sérieux Bulletin Nickel ?

« Les gens (Vale et Eramet ndlr) ont une hémorragie de cash. Ce ne sont pas des petits montants, et tout continue. Nous, nous ne comprenons par cela. Nous ne comprenons pas pourquoi les gens ne réagissent pas comme nous. Mais les autres compagnies poursuivent leurs exploitations en priant pour que les cours s’améliorent ».

S’agissant du Koniambo qui était dans la corbeille de Xstrata, Glasenberg n’y va pas par quatre chemins. Outre Mer 1ère rapporte ses propos : «  je pense qu’à l’avenir nous devons nous abstenir avec des réalisations qui nous coûtent autant et ne respectent pas leurs objectifs. Le Koniambo est le premier de cette catégorie » puis « Nous regarderons le marché du nickel et nous verrons ce que nous pouvons faire pour baisser les coûts de l’usine du Koniambo. Ensuite, nous ferons marcher un four, puis le second, mais uniquement si nous sommes certains d’être rentables. Alors nous irons de l’avant »…

 Et de préciser : « Mais si jamais le four ne marche pas, nous partirons de cet endroit » tout en poursuivant, pour qu’aucune équivoque ne puisse subsister « nous ne sommes pas mariés avec le Koniambo ».

DANS QUEL BUT ?
Que penser de ces « confidences » aimablement rapportées à « la Bible » du marché du métal ?

A l’évidence, ce n’est ni le fruit du hasard, et d’ailleurs, Glencore s’est bien gardé de démentir. Mais si ce n’est pas le fruit du hasard, compte tenu de la crédibilité du Bulletin Nickel, il s’agit bel et bien d’une publication organisée.

Le seule question qui se pose est alors : dans quel but ?

imagesIvan Glasenberg confie, dans les propose rapportés, que, s’agissant des cours du nickel, « ce n’est ni le style ni l’intention de Glencore d’attendre des jours meilleurs ». Il ne peut être plus clair.

D’abord, en direction du marché, il indique que Glencore n’hésitera pas à se séparer de son usine de Nouvelle-Calédonie si la profitabilité n’est pas au rendez-vous rapidement. Ce faisant, il rassure les bourses dans la course engagée pour réduire le désendettement de la multinationale suisse.

D’ailleurs, selon Reuters, jeudi dernier 10 décembre, « l’action Glencore bondissait vers 10h45 GMT de 10,3% à 91,42 pence, signant la plus forte hausse de l’indice Stoxx 600 ».

Ensuite, tout laisse à penser que les recherches d’économies pour l’exploitation du site de KNS se poursuivront de manière drastique, et que Glencore n’y procédera à aucun investissement.

Mais si les cours du nickel demeurent durablement bas, sans perspective de rentabilité de KNS, l’hypothèse d’une cession de cet actif coûteux ne peut désormais être écartée.

Selon Outre Mer 1ère, deux experts européens, contactés, estiment d’ailleurs que « Glencore prépare le terrain avant de quitter la Nouvelle-Calédonie ».

NICKEL : PALMER PERD SON PROCÉS CONTRE LE CHINOIS CITIC – LE RENFLOUEMENT DE YABULU COMPROMIS

imgresClive Palmer, le propriétaire de l’usine de traitement de nickel de Yabulu, réclamait près de 4 milliards FCFP d’avances de royalties à la société chinoise Citic Pacific qui exploite de la magnetite dans le Western Australia. Cette exploitation est située sur une propriété appartenant au milliardaire australien.

RENFLOUEMENT DE YABULU
L’action, introduite devant la Cour Suprême de l’Etat d’Australie Occidentale, avait pour objet déclaré d’obtenir un financement pour le renflouement de l’usine de Yabulu actuellement menacée de faillite. C’est le neveu du magnat, Clive Mensink, qui dirige l’entreprise Queensland Nickel.

Citic Pacific est une filiale hongkongaise du conglomérat chinois Citic, dont les activités vont de l’immobilier à la banque en passant par les mines.

TITANIC, GOLF ET FOOT BALL
Quant à Clive Palmer, il est également connu pour avoir construit une réplique … du Titanic. Il a, récemment, fait l’acquisition de plusieurs golfs sur la Gold Coast –l’ancien golf Robina Woods ou encore l’ancien Colonial-, ou sur la Sunshine Coast, l’ancien golf Du Hyatt Resort. Il est même propriétaire de l’équipe de foot-ball de Gold Coast qui a eu l’occasion de se produire à Nouméa, au stade Numa Daly.

TOURISME : NOUMEA TOUJOURS EXCLU DU DÉVELOPPEMENT HÔTELIER Les élus Les Républicains demandent la fin de cette exclusion

 

Nouméa exclue du développement hôtelier
Nouméa exclue du développement hôtelier

Jean-Claude Briault, appuyé par les élus Les Républicains du Conseil municipal de Nouméa, a déposé un vœu demandant « l’intégration de la Ville de Nouméa au développement touristique de la Province sud ». Est-ce à dire que la capitale en était exclue ? Eclairage.

LES ASSISES DU TOURISME DE 2005 ET LE PDTCNC

 Le 19 octobre 2006, rappelle le texte dans l’exposé des motifs, l’Assemblée de la Province sud adoptait le Plan de Développement Capture d’écran 2015-12-04 à 06.48.58Touristique Concerté de la Nouvelle-Calédonie.
Cette délibération faisait suite aux Assises du Tourisme de 2005 organisées par la Province sud. Les participants à cette réunion établissaient un constat et fixaient des objectifs ambitieux :
« Les Assises du Tourisme ont bien posé l’enjeu du développement touristique de la Nouvelle-Calédonie :
– faire du tourisme une filière économique à part entière,
– en faire un secteur moteur de l’économie calédonienne, alternatif, régulier, durable,
– contribuer ainsi à l’équilibre global du territoire.
A partir de là, 2 voies sont possibles qu’il faudra mener en parallèle – chercher à accroître la fréquentation touristique, qu’il s’agisse de nouveaux clients (new business) ou de fidélisation de clients existants (repeaters),
– chercher à accroître la consommation touristique, en proposant de nouveaux produits (innovation, diversification) et/ou en ajoutant de la valeur aux produits existants (DMS plus longues, enrichissement des offres). ».

2400 CHAMBRES NOUVELLES,
3000 EMPLOIS NOUVEAUX

Le Plan, réalisé par KPMG, indiquait également un délai précis pour l’accomplissement de ce plan, « l’horizon 2015 ». Les objectifs étaient les suivants :

  • création de 3000 emplois
  • ouverture de 2400 chambres
  • plus de 120.000 visiteurs internationaux d’agrément, c’est à dire hors la comptabilisation, par exemple, de nos compatriotes wallisiens et futuniens, pris en compte dans les chiffres de fréquentation touristique
  • et enfin l’installation d’une une image de Destination Globale, via une stratégie d’image de marque internationale.

Le PDTCNC établissait des stratégies et des plans d’action dans tous les domaines : hébergements, produits, organisation interne, desserte aérienne international, transports domestiques, marketing et promotion, formation professionnelle. Et même, l’instauration du suivi sous l’égide d’une équipe projet.
Or, explique Gaby Briault, « nous sommes arrivés au temps que le Plan de Développement Touristiques Concerté désignait par « horizon 2015 ». Le constat est malheureusement qu’à l’exception notable du complexe de Gouaro-Déva, tout est resté lettre morte . Tout cela sauf un élément du Plan qui concerne Nouméa. Nouméa, il est vrai, alors administrée par Jean Lèques et son équipe ».

TOUTE LA CALÉDONIE SAUF NOUMÉA

Et de citer les extraits de texte relatifs à Nouméa. « La zone de Nouméa n’est pas à considérer comme immédiatement contributive à la stratégie de Destination. Toute relance immédiate et globale d’établissements nouveaux n’y serait pas pertinente.
« Au contraire, disposant d’un parc (trop ?) important, et récemment enrichi de nouveaux entrants, la ville-centre de Nouméa devra plutôt se concentrer sur l’absorption des capacités nouvelles et sur la rénovation du parc existant. Cette situation pourra être réexaminée à moyen terme. »
Dans le chapitre particulier intitulé : Le rôle de Nouméa dans la politique des hébergements, le PDTCNC indique que « Nouméa, en tant que destination, ne participe qu’indirectement au socle de redéploiement du tourisme de Nouvelle-Calédonie vers le marché international, socle qui concerne surtout l’émergence de sites et de produits hors centre urbain ».
Conclusion, après une analyse « qui ressemble plutôt à un réquisitoire contre Nouméa », estime l’auteur du vœu : «  Dans le cadre d’une stratégie de développement touristique international (à vocation mer et loisirs) de la DESTINATION Nouvelle-Calédonie, le « site urbain » de NOUMEA n’est pas directement en « front de ligne » … ».

AUCUN HÔTEL CONSTRUIT DANS LA VILLE
DEPUIS 10 ANS

Conséquences, selon JC Briault : « depuis dix ans, aucun nouvel hôtel ne s’est construit dans notre ville. Dans ce constat, je mets évidemment de côté les rénovations hôtelières. La raison de cette exclusion est simple : en se fondant sur l’exclusion de Nouméa de la stratégie de développement adoptée en 2006, le Ministère des Finances de Bercy a systématiquement refusé les demandes de bénéfice au régime métropolitain de défiscalisation dès lors que le projet se situait dans notre ville ! »
Il rappelle les tentatives infructueuses concernant les projets de Sofitel à la Promenade, et d’Intercontinental à la pointe Magnin, projets auxquels les investisseurs ont du renoncer.
L’objet du vœu est donc, pour le conseiller Les Républicains, « de mettre fin à cette condamnation et de demander à la Province sud que la ville de Nouméa soit désormais considérée comme étant une zone indissociable d’une stratégie de développement touristique de la Province sud et qu’à ce titre, elle puisse être à nouveau éligible à l’ensemble des dispositifs de défiscalisation ».

DAVANTAGE D’HÔTELS,
DAVANTAGE DE TOURISTES

Pour lui, en effet, le développement touristique, et donc la création d’emplois, passe par une augmentation du parc hôtelier dont il souligne la régression : moins de chambres au Méridien, fermetures d’unités au Ramada, au Hilton, et fermeture du Surf. A la question : « faut-il de nouveau hôtels alors que des chambres sont actuellement disponibles », il souligne 2 points. Le premier est qu’en cas de levée de « l’embargo sur Nouméa », il faudra entre 3 et 4 ans pour l’ouverture éventuelle de nouveaux hébergements. Le second, selon lui, c’est qu’on ne peut pas concevoir un développement touristique sans développement des hébergements. « Davantage d’hôtels, dit-il, c’est davantage de touristes ».

MISE EN VEILLE DE L’USINE DU SUD EN 2016 Possibilité avancée par Crédit Suisse selon Outre Mer 1ère

 

imagesInfo ou Intox ? Le Crédit suisse est un prestataire mondial de services financiers, dont le siège principal est à Zurich. Selon Alain Jeannin, dans une information publiée dans Outre Mer 1ère, les analystes du Crédit Suisse privilégient l’hypothèse de « la mise en veille » de l’usine du sud en 2016. Explications.

Il ne s’agit donc pas d’une information provenant de l’industriel. Celui-ci doit néanmoins affronter des difficultés considérables résultant de la crise des matières premières auxquelles viennent de s’ajouter les conséquences de ce que est présenté comme la plus grande catastrophe environnementale d’origine industrielle de l’histoire du Brésil. Cette dernière s’est produite le jeudi 5 novembre à la mine de fer Germano, exploitée par l’entreprise Samarco, filiale de BHP Billiton et Vale.

Dans le domaine du nickel, si les usines de Sudbury au Canada et d’Onca Puma au Brésil ne sont pas en cause, celle de Nouvelle-Calédonie serait en balance «  en raison de ses coûts de production très élevés et de flux de trésorerie négatifs ».

 Selon la banque helvétique, le marché du nickel doit être renforcé par une réduction de production. C’est dans ce processus qu’elle évoque plusieurs sites de production, en Australie et celui de Vale en Calédonie.

LE BUDGET DE LA CALÉDONIE EN DIFFICULTÉ Retard de son dépôt au Congrès

 

imgresAu terme de la Loi Organique sur la Nouvelle-Calédonie, le projet de budget de la Nouvelle-Calédonie doit être déposé chaque année sur le bureau du congrès le 15 novembre au plus tard. Aucune sanction n’est prévue en cas de retard. Mais les gouvernements se sont jusqu’à présent attachés à respecter ce délai. Ce n’est pas le cas cette année. L’équilibre entre les recettes et les dépenses paraît bien difficile à se concrétiser. Explications.

UN ÉQUILIBRE PLUTÔT FACILEMENT TROUVÉ JUSQU’À PRÉSENT

Chaque année, la préparation du budget de la Nouvelle-Calédonie fait l’objet d’une lettre de cadrage destinée aux directions territoriales. Objectif : fixer les limites des demandes d’augmentation des dotations. Cette lettre est rarement suivie d’effet … Conséquence : les membres du gouvernement doivent procéder aux ultimes arbitrages sous le contrôle du « ministre » des finances. Le but est évidemment de faire concorder les dépenses et les recettes.

Et ce sont évidemment les recettes qui sont régulièrement inférieures aux demandes des administrations. Depuis pratiquement 25 ans, une gymnastique a été possible pour aboutir à cette concordance. Parfois, au prix de pratiques « limites » consistant à répartir certaines dépenses entre le budget primitif, et le budget supplémentaire.

SITUATION ÉCONOMIQUE DÉGRADÉE
Mais cette fois, l’exercice est plus compliqué. La situation économique du territoire qui ne cesse de se dégrader se conjugue mal avec un certain nombre de dépenses qui continuent d’augmenter. En particulier dans le domaine social, où la Nouvelle-Calédonie tente de pérenniser le régime le plus généreux de l’ensemble du Pacifique, Australie et Nouvelle-Zélande … Cette situation va évidemment peser mécaniquement sur les dotations aux Provinces et aux Communes selon l’actuelle « clé de répartition ».

Les établissements publics bénéficiant de taxes affectées, -et dont certains se sont dotés d’une trésorerie assez confortable-, pourront fonctionner sans problème insurmontable. Mais certains, agricoles par exemple, complétant leur budget par des subventions d’intervention de la Nouvelle-Calédonie risquent de connaître un régime plus sec. Se pose également la question du fonctionnement du Médipôle dont il est difficile de croire qu’il ne sera pas plus coûteux que le CHT Gaston Bourret.

LA NÉCESSAIRE CROISSANCE DES ENTREPRISES
Plus grave, les perspectives ne sont guère rassurantes. La trésorerie du territoire a connu des baisses telles qu’un emprunt a du être contracté pour la première fois depuis fort longtemps. Quant à la conjoncture économique, seuls les responsables autistes peuvent ignorer qu’elle se dégrade dangereusement.

Mais surtout, au delà de la simple arithmétique budgétaire, ce sont les Politiques Publiques qui devront être passées au crible. Tout comme en métropole, elles devraient mettre au cœur de leur élaboration 2016 ce qui doit relancer la croissance des entreprises. Dans le cas contraire, il existera, pour l’économie et donc pour les budgets publics, un réel risque de « descente aux enfers ».

LA SLN DEVIENT « L’ENNEMIE » DU GOUVERNEMENT

imgresAlors que les pertes abyssales s’accumulent pour Eramet et la SLN et que le « différé » de la construction de la centrale électrique fragilise l’avenir de la production de Doniambo, le gouvernement calédonien vient de prendre une mesure « hostile » à la plus vieille entreprise métallurgique calédonienne.

L’argument selon lequel le veto à une exportation de un million de tonnes vers un client japonais porterait atteinte « aux générations futures » et qu’il faut « garder le nickel pour les usines pays » semble même être une provocation à l’égard du Conseil d’administration d’Eramet tant il est grossier.

Les réserves en nickel métal, recensées par les propres services du gouvernement calédonien, sont en effet estimées à 180 années de production maximale, c’est à dire en considérant que les usines en place ont atteint leur pleine capacité. De quoi rassurer les générations futures, d’autant que dans 180 ans, un substitut au nickel, moins coûteux, aura sûrement été mis au point …

Quant aux « usines pays », qui peut croire que l’unité délocalisée en Corée du Sud en est une ?

Les conséquences de cette hostilité marquée de la Nouvelle-Calédonie à l’encontre des entreprises françaises vont probablement trouver un premier prolongement lors d’un Conseil d’Eramet qui pourrait se tenir en décembre prochain.

D’ores et déjà, on sait que la non-construction de la centrale électrique prive les entreprises calédoniennes d’une part importante du budget de 100 milliards que coûte cet équipement.

La réduction de l’activité des Bessmers, et peut être l’évocation de la cession d’actifs parmi lesquels le nickel pourraient y être un sujet de discussion.

En tout cas, le bras de fer est engagé. Curieux pays que le nôtre qui maltraite les entreprises créatrices de richesse au moment où celles-ci sont en difficulté.

A ce jeu là, à part les Calédoniens, qui peut être perdant ?