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USINE DU SUD, BUDGETS, CAFAT : « QUAND Y’A PAS, Y’A PAS »

La Nouvelle-Calédonie vit une grave crise, mais hormis les entreprises qui meurent en silence, les centaines d’emplois perdus depuis 6 mois sans bruit, le territoire semble vivre à deux doigts de la chute dans le gouffre de manière impassible. Les Caisses sont au plus mal, les perspectives sont bouchées, mais grèves et menaces volontaires sur 3000 emplois sont le carburant nouveau trouvé … pour aller mieux. L’idéologie mortifère face à l’insuffisance de ressources fiscales pour cause de Covid va conduire à cette réalité infranchissable : quand y’a pas, y’a pas !

Il fallait choisir entre des milliers de pertes d’emplois et la hausse de la dépense publique, c’est la préservation du travail qui a été choisie. Or, il n’y avait pas d’autre choix. Mais la Calédonie, déjà affectée d’une crise économique, résultat d’une gestion précédemment désastreuse, a vu ses comptes plonger dans le rouge vif. Seul un emprunt garanti par l’Etat a permis d’éviter le pire.

Un rappel : ce sont les entreprises et non les administrations qui produisent la richesse et alimentent les ressources budgétaires au travers des impôts acquittés. C’est la réalité du fonctionnement économique et fiscal de tous les pays. Contrairement à ce que pensent certains, c’est aussi la réalité pour la Nouvelle-Calédonie.

La stupidité mathématique de la « clé de répartition » ne fait qu’aggraver la crise. Alors que la province Sud accueille les trois-quarts de la population, ses ressources par tête d’habitant sont devenues insuffisantes. Et comme elle produit 92% des la richesse fiscale, tout le monde va progressivement en pâtir. La solidarité, liée au rééquilibrage, commanderait, qu’elle s’exerce au profit du Sud, en détresse. Que nenni. C’est chacun pour soi.

Tous les services, les organismes publics, le système de protection sociale, de santé et les associations vont être touchés. Et si l’usine du Sud ferme, la Caisse d’assurance chômage sera même incapable d’assurer son rôle. Le beau temps, le lagon, l’absence de Covid ne pourront plus masquer cette réalité budgétaire assénée avec un certain bon sens par un ancien « ministre » des comptes : quand y’a pas, y’a pas !

VALE NC : QUEL ACCOMPAGNEMENT DE L’ETAT ?

Calédonie Ensemble a rendu publique sa position selon laquelle « l’Etat doit prendre la main » dans la négociation de reprise de l’usine du Sud. Les députés ont annoncé que lors de la prochaine conférence des participants au « groupe Leprédour », ils formuleraient cet avis qui porte, à la fois, des conséquences politiques et économiques. La télé n’a pas manqué d’établir un parallèle entre cette initiative, et l’opinion plus nuancée du Palika pour qui « l’Etat doit jouer son rôle » dans un contexte de « décolonisation ». Décryptage.

SI L’ETAT GÉRAIT SEUL CE DOSSIER, QUID DES COMPÉTENCES PROVINCIALES ?
Les compétences inscrites dans le statut de la Nouvelle-Calédonie dans la loi organique de 1999 confèrent aux provinces la gestion, pour ce qui les concerne, d’une telle affaire. Le domaine minier, les autorisations de recherche et d’exploitation, la préservation de l’environnement, ce sont des compétences des provinces. Si l’Etat « prenait la main », au lieu d’être un facilitateur et un acteur de ses propres compétences, ce qu’il fait actuellement, il faut comprendre qu’il lui faudrait quasiment écarter la province Sud.

Cela n’est évidemment pas possible juridiquement. En revanche, l’Etat peut « alourdir » son rôle de facilitateur en demandant, par exemple, que soient explicitées, dans une conférence ouverte, les lacunes éventuelles de la proposition Sofinor/Korea Zinc.

LES PRÉCÉDENTS
S’agissant des grandes opérations minières et métallurgiques, quel a été le rôle de l’Etat ?

En 1975, alors que la SLN était en quasi-faillite, l’Etat a répondu au désengagement annoncé du groupe Rothschild en faisant reprendre le capital par Elf-Aquitaine, puis a « convaincu » l’Assemblée territoriale de substituer un régime d’impôt sur les bénéfices en lieu et place d’une taxe sur les exportations de produits et minerais. Il avait, en contrepartie, accordé une avance de 34 milliards au budget calédonien pour compenser ses pertes de recettes. Le remboursement de cette avance a été annulé il y a une dizaine d’années.

Dans l’implantation d’Inco et la construction de l’usine du Sud, c’est Jacques Lafleur qui a joué un rôle majeur. C’est à son invitation que le patron du leader mondial nickel de l’époque, Scott Hand, était venu en province Sud. Puis le RPCR avait conduit, au Congrès, l’instauration du régime fiscal privilégié nécessaire à cette implantation

S’agissant de l’usine du Nord, le préalable au discussions de la « solution consensuelle » proposée par le même Jacques Lafleur, dénommé « préalable minier », a été levé par la pression exercée par l’Etat, puissant actionnaire de la SLN, pour l’échange du massif du Koniambo à la SMSP, en contrepartie d’une soulte d’une vingtaine de milliards FCFP versée à la Société le Nickel.

LE REFUS D’INTÉRÊTS PRIVÉS CALÉDONIENS DANS UNE ENTREPRISE MÉTALLURGIQUE RÉPOND À UN MODÈLE ÉCONOMIQUE
En affirmant que « les intérêts calédoniens doivent être des intérêts publics (et non privés) », Calédonie Ensemble exprime une conception analogue à celle de la province Nord et confirme les orientations économiques appliquées durant la présidence gouvernementale de Philippe Germain.

L’interventionnisme public répond ainsi à une conception de l’économie qui s’oppose, en ce qui concerne la reprise de l’usine du Sud, à l’actionnariat des salariés, l’actionnariat populaire et celui des clans coutumièrement concernés.

LE PRÉCÉDENT DE L’ILE DES PINS
Il est remarquable que l’inverse de ce modèle économique fut appliqué, par exemple, en province Sud, à l’Ile des Pins.

Dans ls années 1990, tout le développement touristique de Kunié fut accompagné par la province Sud, mais avec pour finalité la propriété privée individuelle ou collective.

L’exemple le plus frappant est le Méridien de l’Ile des Pins où, dans la SCI propriétaire des murs, la majorité est détenue par les propriétaires coutumiers

En dépit de vives oppositions sur l’île (lieu tabou, barrages, déclarations publiques, et pressions de toutes sortes), et avec l’assentiment du Grand Chef, l’hôtel avait été construit et géré par la SHN. Sans problèmes particuliers.

MODÈLE ETATIQUE ET MODÈLE LIBÉRAL
Le principe d’une participation publique majoritaire dans de tels investissements métallurgiques est que le risque est porté par le contribuable. C’est à dire, pour la petite Nouvelle-Calédonie, impossible à porter.

Dans la SLN, la STCPI, portant les intérêts publics locaux, serait incapable de « verser au pot » pour le sauvetage de la société.

Si demain, Glencore jetait l’éponge dans l’usine du Nord, sans repreneur, ce serait un effondrement économique.

Dans l’usine du Sud, les provinces ont été incapables de financer leur participation et l’achat des actions du BRGM.

Qu’en serait-il, si d’une manière générale, les collectivités calédoniennes étaient appelées en responsabilités financières dans de telles entreprises ? C’est la question de fond.

USINE DU SUD : LES JEUX DANGEREUX

Ont-ils réellement les capacités à gérer un pays indépendant ? On ne conduit pas les destinées de toute une population en oubliant la clairvoyance et le bon sens au profit de l’idéologie et de l’utopie. C’est pourquoi le jeu dangereux, auquel se livrent les forcenés de  la reprise de l’unité industrielle et métallurgique de Prony par Sofinor-Korea Zinc, s’affiche de plus en plus ouvertement au mépris des 3000 emplois en danger. Et donc des 3000 familles dont les revenus sont menacés.

Le bon sens et la clairvoyance n’ont pas besoin de slogans creux, mais du respect de la démocratie. Vouloir imposer par la force la solution d’une minorité à une majorité s’appelle la tentation de la dictature. La province Sud n’est pas la province Nord. Les trois quarts des habitants sont attachés aux valeurs de la République, pas au régime des barrages, des menaces, de l’anti-économie.

Les opposants à une reprise de l’usine du Sud par une entité calédonienne n’en veulent pas parce qu’elle est essentiellement du Sud. La Sofinor et la Sodiles y sont pourtant présents, au travers du portage public de la SPMSC. Mais cela n’est pas suffisant, preuve que la province Nord ambitionne, ni plus ni moins, de faire sa loi minière dans le Sud.

Mais le jeu de ces parties est dangereux. Il menace non seulement les emplois, mais les équilibres budgétaires et sociaux, ce qui porterait préjudice à tous les Calédoniens. Ils défendent l’idéologie du pire alors que la Calédonie est incapable de boucler son budget, que la Cafat est à nouveau au bord de la cession de paiement, et que la SLN est sous le mandat ad hoc d’Hélène Bourbouloux, c’est à dire en situation de quasi redressement.

Dans 38 jours, l’usine fermera peut être, victime de la fuite de Trafigura après celle de New Century Resources. Les employés de Vale NC comme les sous-traitants n’auraient alors que leurs yeux pour pleurer, et au lieu d’être actionnaires d’une usine déjà rentable, ne seraient que 3.000 à la recherche d’un emploi. Magnifique cadeau de Noël, offert par qui ? Par tous ceux dont ils devraient alors se souvenir.

UN ÉMINENT ÉCONOMISTE FRANÇAIS PARLE DE L’USINE DU SUD dans un article d’Alain Jeannin, spécialiste nickel-Outre mer 1ère

Philippe Chalmin, né le 22 octobre 1951, est un historien et économiste libéral français, spécialiste des marchés de matières premières. Diplômé d’HEC, Agrégé d’histoire et Docteur es lettres, il est professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine où il dirige le Master Affaires Internationales. Il est le président fondateur de CyclOpe, le principal institut de recherches européen sur les marchés des matières premières qui publie chaque année le rapport CyclOpe sur l’économie et les marchés mondiaux. Nommé en Octobre 2010, Président de l’Observatoire de la Formation des prix et des Marges Alimentaires auprès du Ministre de l’Agriculture et du Ministre de l’Économie et des Finances, il a été membre du Conseil d’Analyse Économique auprès du Premier Ministre, du Haut Conseil des Biotechnologies et du Conseil des Ventes Volontaires.

Il a répondu aux questions d’Alain Jeannin, d’Outre mer 1ère, sur l’offre de reprise de l’usine du Sud présentée par Prony Resources. Morceaux choisis de cet article éclairant.

Sur Trafigura (extraits de l’article d’A. Jeannin) :…  » Trafigura, est-ce un financier rapace ? Philippe Chalmin, professeur d’histoire économique réfléchit brièvement, puis déclare, « peut-être moins que Glencore ou d’autres investisseurs » …  » Puis il rappelle l’affaire qui l’a marqué. Celle du Probo Koala, un scandale environnemental impliquant le négociant suisse. Une affaire survenue en Côte d’Ivoire, c’était en septembre 2006. « J’ai tenu sur Trafigura des propos pires que ceux du FLNKS en Nouvelle-Calédonie, mais c’était il y a presque quinze ans. Aujourd’hui, dans l’univers des négociants en matières premières, le nouveau Trafigura a vraiment changé. »…

…  » « Trafigura est devenu, l’une des boîtes de négoce les plus transparentes du secteur des matières premières, je ne dirais pas la même chose de Glencore. Les deux mille cadres dirigeants salariés de Trafigura ont adopté une charte de développement durable et éthique dans leur rapport d’activité annuel et ils sont quasiment les seuls à le faire «  poursuit Philippe Chalmin. « Ils sont actionnaires de leur entreprise qui n’est pas côtée en Bourse, c’est aussi ce qui les a séduits dans la capitalisation du consortium calédonien Prony Resources »…

Sur Antonin Beurrier (extrait de l’article d’A. Jeannin) : …« Le personnage est étonnant, brillant, honnête et visionnaire. Son actionnariat salarié est une excellente idée, de même que l’implication majoritaire de la Nouvelle-Calédonie dans le consortium Prony Resourcesc’est ce que je pense et c’est sans doute l’opinion du directeur financier de Trafigura, qui va participer au séminaire de mes étudiants de Paris-Dauphine » …

Sur l’offre (extrait de l’article d’A. Jeannin) : …« c’est un deal gagnant-gagnant, pour la Nouvelle-Calédonie qui s’adosse à un négociant international qui va vendre son nickel et son cobalt au meilleur prix du marché, et pour Trafigura qui assurera, en accord avec Vale et ses partenaires de Prony Resources, la commercialisation du produit destiné aux batteries électriques »…

Pour lire l’article complet d’Alain Jeannin, cliquer sur l’image

MANIFS ET RÉACTIONS. QUELLES ISSUES ?

La différence entre les indépendantistes et les loyalistes dans le conflit sur la reprise de l’usine du Sud, c’est que les indépendantistes visent un objectif politique, alors que les loyalistes s’attachent à l’emploi et l’économie. Hier, blocage du port et manifestations de quelques centaines de personnes à Nouméa et en divers points du territoire, mais refus des discussions proposées. Réactions de la présidente de la province Sud et des Loyalistes. Quel est l’objectif des uns et des autres  et quelles issues possibles ?

Rassemblements et marches pour les « anti ».
Alors qu’une période de négociation exclusive s’est ouverte avec Prony Resources  pour la reprise de l’usine du Sud, les « anti », accompagnés désormais par le FLNKS, ont réuni quelques centaines de personnes à Nouméa, à Koné et à Wé. Ils ont demandé à rompre l’exclusivité de la négociation en cours pour tenter d’imposer un candidat Sofinor-Korea Zinc. Le port, quant à lui, est resté bloqué malgré une décision de Justice enjoignant sa libération.

Prises de position loyalistes
Sonia Backes, au nom de la province Sud, a réagi vigoureusement. « Les indépendantistes cherchent dans ce combat à permettre à la province Nord de faire main basse sur les ressources du Sud ». Et d’ajouter : « nous ne laisserons pas faire », rappelant que les 3000 emplois en jeu « ne sont pas moins « pays » que ceux du Nord ».

Les Loyalistes, de leur côté, avaient, la veille, déclaré que « force doit rester à la loi » et appelé au dialogue dans les institutions. Un dialogue écarté par l’Ican/Collectif.

Politique versus Economie
Refus de dialogue avec les institutions locales, refus des règles de liberté du commerce, les indépendantistes ne paraissent guère sensibles aux arguments relatifs à la préservation de 3000 emplois et d’une usine de très haute technologie. Leur objectif est d’abord politique : montrer leur force à un Etat hésitant, s’approprier les ressources et les moyens de production, aboutir à une indépendance aux accents de la suprématie d’une minorité.

Du côté loyaliste, la réflexion est essentiellement économique et rationnelle. L’échec des négociations actuelles entraînerait la fermeture de l’usine et son cortège de catastrophes sociales, économiques et financières.

Quels risques ?
C’est aujourd’hui un bras de fer qui se joue. Face à un Etat inexpérimenté sur le dossier calédonien, les indépendantistes jouent de leur expérience. Les images diffusées sur le « préalable » minier, manipulation habilement orchestrée, viennent à l’appui de leurs positions. Mais leur pari est risqué car si, -comme visiblement ils n’en ont cure-, l’usine était mise sous cocon, cette bombe risquerait de leur péter à la figure.

C’est qu’en effet, les ressources budgétaires locales sont à l’agonie, et le trou de la Cafat s’élargissant, les régimes sociaux et de santé demeurent au bord de l’effondrement. La fermeture de l’usine de Prony générerait une déflagration telles que la population comme les institutions seraient à terre. 3000 emplois, une panique économique, le désespoir de milliers de familles seraient une catastrophe nucléaire.

Comment, dans ces conditions, convaincre davantage les Calédoniens que Kanaky serait un Etat juste et … prospère, administré pour le bien de ses populations, et constitutionnellement démocratique ?

Quelles issues ?
Face à un conflit opposant une idéologie agressive à la rationalité démocratique, il existe généralement deux issues.

La première, c’est qu’en dépit des pressions exercées, la transaction sur l’usine du Sud aboutisse et que, après ces tensions, les choses reprennent leur cours qui demeure tout de même périlleux.

La seconde, si le chaos s’abattait, est un retour aux urnes, précédé d’une campagne où devraient être soumises au peuple, les solutions crédibles pour en sortir. L’épreuve des faits, après l’ivresse des mots …

QUELQUES VÉRITÉS ACCABLANTES SUR LA REPRISE DE L’USINE DU SUD selon une note de Prony Resources

Prony Resources a diffusé une note « en réponse aux contre-vérités diffusées par le collectif Usine Pays ».  Celle-ci contient des précisions fort intéressantes

LE DOMAINE MINIER RESTE LA PROPRIÉTÉ DE LA PROVINCE SUD
Une concession de 30 ans serait accordée, et aucun actionnaire ne serait propriétaire de titres miniers en cas de reprise de Vale NC par Prony Resources.

UNE ENTREPRISE RENTABLE
Grâce au nouveau modèle économique et à la demande croissante de NHC pour les batteries électriques, l’usine du Sud, innovante, sera rentable et « en capacité d’auto-financer ses investissements », « meilleure façon de contribuer à la création de valeur » pour la Nouvelle-Calédonie.

La note n’indique pas si KNS est actuellement rentable.

50% D’ACTIONNARIAT CALÉDONIEN
La note indique « que la province Sud va structurer autour d’elle l’actionnariat calédonien à hauteur de 50% du capital« , et confirme l’innovation de l’actionnariat important des salariés.

Quant à Sofinor-Korea Zinc, plusieurs précision intéressantes sont apportées.

Korea Zinc n’a jamais confirmé directement sa participation financière au projet. Jamais une demande de visite du site n’a été formulée. Les candidats ont eu accès aux 5600 documents de la data room.

Enfin compte tenu de la situation financière de Sofinor et de SMSP, « aucun investissement direct, aucun portage de garantie environnementale, aucun prêt d’Etat ne peut être envisagé par ce groupe« , affirme la note.

UN PROJET DE REPRISE ROBUSTE
Tour de table crédible, lancement du chantier Lucy avec une création de 600 emplois s’ajoutant à ceux préservés de l’usine, c’est l’offre permettant d’évite la fermeture des installations, avec comme seule perspective pour les salariés, quelques mois de salaire en guise d’indemnités.

Enfin, une mission d’experts internationaux pourrait se rendre sur le site avant la clôture de la transaction, afin de valider l’intégrité de l’outil industriel et du barrage dit KO2.

ILS VONT PEUT ÊTRE RÉUSSIR À « CASSER » 3000 EMPLOIS

Avec des manifestations qui dégénèrent, les opposants à la reprise de l’usine du Sud par un consortium à 50% calédonien espèrent gagner. Mais il s’agit, en fait, de faire fermer l’usine, la Sofinor étant dans l’incapacité de reprendre les installations et d’assurer la préservation de l’environnement comme cela a été constaté dans son offre.

L’emploi des 3000 salariés directement ou indirectement concernés n’est, à l’évidence, pas la préoccupation d’un collectif dans lequel des responsables politiques n’hésitent plus à s’afficher. Même le syndicat majoritaire ne semble pas s’émouvoir outre mesure des risques encourus …

Il existe malheureusement une vraie menace pour que, finalement, l’usine soit mise sous cocon par Vale si les négociations actuelles de reprise échouent.

La société brésilienne, d’ailleurs, s’accommoderait bien de cette fermeture. C’est qu’en effet, les nouveaux accords passés par Vale Canada s’inscrivent dans un contexte où paradoxalement, Prony Resources New Caledonia deviendrait … un concurrent de Vale.

Le géant brésilien est évidemment totalement indifférent aux pressions de toutes sortes des opposants locaux. C’est d’ailleurs une des raisons probables pour lesquelles il se désengage de la Calédonie. Ses pertes sont provisionnées. Il ne lui reste plus qu’à mettre la clé sous la porte.

Les indépendantistes, eux, se satisferaient probablement d’une crise sans précédent pour la Nouvelle-Calédonie, espérant que de nouveaux départs favoriseraient le vote du « oui ».

C’est évidemment sans compter sur les effets de toutes natures, budgétaires, économiques et sociales, qu’engendrait la fermeture de l’usine de Prony, et qui toucheraient des familles -et les collectivités- sans distinction du « non » ou du « oui » !

Dans cette hypothèse, la Calédonie, la province Sud comme la Cafat seraient totalement incapables de répondre aux nécessités qu’un chômage d’une telle ampleur produiraient. En revanche, les 3000 familles sauraient alors à qui demander des comptes …

APRÈS LE SURF, L’USINE DU SUD ?

La contestation du sauvetage de l’usine du Sud est devenue clairement politique, et les images diffusées montrent des leaders indépendantistes participer à la mobilisation … qui risque de se solder par 3000 chômeurs !

Il était une fois un hôtel de 250 chambres, géré par Accor, un des meilleurs professionnels de l’hôtellerie au monde. Le Surf Novotel employait plus de 100 personnels, puis Sofinor a racheté l’établissement.

La suite, qui s’en souvient ? Les revendications en tous genres, une gestion soumise aux décisions du propriétaire, des blocages à répétition, et enfin des bâches bleues devant l’hôtel, déserté par les clients.

Le résultat fut un triomphe : l’enseigne Accor a fuit le territoire, l’hôtel a fermé, le personnel a perdu ses emplois.

Cette fois, les ambitions sont plus grandes : il s’agit de s’occuper d’une des usines en son temps la plus innovante au monde, avec les mêmes arguments. Des blocages, des défilés. Il ne manque que les bâches bleues.

Et l’enjeu est d’une autre taille : ce ne sont pas une centaine d’emplois dont il s’agit, mais de plusieurs milliers.

On n’arrête pas le progrès.

22 MESURES POUR RELANCER L’ÉCONOMIE CALÉDONIENNE

La démarche est nouvelle : d’abord, parce qu’élaborée en concertation avec les acteurs sociaux, ensuite, parce que privilégiant la relance économique sans augmentation d’impôts. Le plan, présenté hier, « répond en priorité à l’urgence économique, mais aussi au besoin de réinstaurer la confiance et de relancer la création de richesses et d’emplois » a indiqué Christopher Gyges en charge de l’Économie au gouvernement. L’initiative s’inscrit dans la concertation directe entreprise par le « ministre » en 2019, et précède un Acte III qui sera le programme de modernisation de l’économie calédonienne « dans une dynamique de long terme, plus endogène, durable, moderne et agile ».

UN PLAN CRÉDIBLE ET INNOVANT
Le document et les mesures qui y sont inscrites sont de bon sens économique. La prolongation des soutiens aux entreprises, l’abandon de créances sociales, les mesures de reclassement des personnels licenciés, ou encore les aides à la restauration de la trésorerie des entreprises sont pertinentes.

Le plan est également innovant. La création proposée du crédit-bail immobilier sur le territoire, l’orientation des la commande publique vers les entreprises locales ou la rédaction d’un « contrat social » visant à améliorer la compétitivité des entreprises ouvrent une philosophie économique nouvelle. Mais il en va de même pour la simplification poursuivie des procédures administratives par la numérisation, pour mettre la Nouvelle-Calédonie à l’heure du numérique.

Enfin, le projet de supprimer les droits afférents à certains produits importés d’Australie et de Nouvelle-Zélande était attendu depuis longtemps. Dans la lutte contre la cherté de vie, comment, en effet, continuer à se priver d’un approvisionnement situé à proximité immédiate du territoire ?

LE CONGRÈS DEVRA DÉCIDER
L’étape prochaine de ces mesures de relance s’appelle le Congrès. Toutes les dispositions législatives et réglementaires nécessitant lois et délibérations devront en effet être décidées Boulevard Vauban.

Dans un contexte politiquement tendu, et dans une configuration permettant aux indépendantistes alliés à l’Eveil Océanien de disposer de la majorité absolue, rien n’est encore acquis. D’autant que Calédonie Ensemble, responsable au gouvernement précédent d’une politique économique moins libérale, ne manquera pas de trouver à redire. Affaire à suivre.


LES 22 MESURES

Reprise de Vale NC : Les experts de Bercy ont passé au crible l’offre Sofinor-Korea Zinc

Dans un article pour Outre-mer 1ère, Alain Jeannin révèle le contenu de la note réalisée  par les experts du ministère de l’Economie et des Finances sur l’offre de reprise de Vale NC par un consortium Sofinor-Korea Zinc.

Sur le sujet sensible de la construction de la zone de stockage des déchets dénommée Lucy, et qui représente un enjeu de toute première importance pour les populations environnantes, ainsi que pour la province Sud, compétente en matière de préservation de l’environnement, l’offre, selon l’article, ne propose « aucun engagement sur l’aboutissement du projet Lucy« . La note de Bercy indiquerait même que le consortium «  estime qu’il est nécessaire de revoir le coût du projet Lucy et ses conditions… « 

Sur l’aspect économique et financier de l’offre, les experts de Bercy sont incisifs, selon l’article d’Alain Jeannin : … » aucun modèle financier approfondi n’a été transmis ni aucun chiffrage précis pour le montant des emplois et des ressources »… » seuls deux paragraphes mentionnent les modalités financières de la reprise, sans apporter de précisions sur l’origine des fonds … »

La note serait également critique sur la structure de gouvernance jugée floue, telle qu’indiquée dans l’offre, pour ce qui est de la répartition des rôles entre les partenaires. Une précision d’autant plus importante que la totalité de la production serait au profit du Coréen.

Enfin, la dette de Sofinor, « trop importante sur l’usine qu’elle détient dans le Nord du pays » serait évoquée.

Au total, ainsi que le rappelait le ministre des Outre mer, la transaction est de caractère privé, et les réglementations sont de compétences locales, même si l’Etat intervient tout de même par des dotations à travers les défiscalisations, dont celle incluse dans le dossier Lucy.