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USINE DU SUD : MARCHER SUR LA TÊTE

Les Américains ont marché sur la lune. Et nous, sur la tête ? Alors que le territoire devrait connaître une fin d’année indemne du Covid, et jouir d’une situation économique enviable par rapport à bien d’autres pays, les indépendantistes ont mis en marche une machine infernale pour que tout s’écroule. Avec une réflexion devenue désormais célèbre : « tant pis ».

CHERCHER UN REPRENEUR À VALE NC … ALORS QU’IL EN EXISTE UN – C’est devenu une obsession pour les indépendantistes : le pire plutôt que Trafigura. Or cette société qui fut, tout comme Glencore, sous le feu des projecteurs pour des pratiques illégales (Glencore fut assigné aux Etats Unis dans une affaire de corruption, Trigura fut impliqué dans une affaire d’exportation de déchets vers la Côte d’Ivoire) est désormais, tout comme Glencore, revenue dans le giron des compagnies internationales respectables.

Aujourd’hui, Trafigura est un géant du négoce pour les matières premières comme le pétrole. Trafigura a même investi en Finlande dans une mine de nickel et a développé des unités entrant dans le traitement du minerai et la fabrication des batteries électriques. La Finlande n’est pas connue pour accepter des investissements douteux …

DES INDÉPENDANTISTES QUI APPELLENT LA FRANCE À L’AIDE
Tout comme Calédonie Ensemble, les indépendantistes entrevoient une solution temporaire qui consisterait, pour l’Etat, à prendre le contrôle de Vale NC. Par quel processus financier, par quelles astuces pour relancer l’exploitation de l’usine, et comment négocier la production du NHC ? La France n’est ni l’URSS, ni la Corée du Nord.

Mais dans le fond, pour les indépendantistes, il s’agit d’un aveu d’impuissance. Certes, ils ont les moyens de faire définitivement fermer l’usine du Sud. Ils peuvent détruire le patrimoine technologique et industriel de cette installation. Mais pour construire, ils se montrent incapables de proposer une « solution pays », le fameux mot magique.

Pire, peut être pour les militants, ils semblent douter de leur victoire au référendum. Si en effet, l’accession à l’indépendance était aussi inéluctable, ils devraient laisser s’opérer le montage économique et financier prêt à démarrer. Le nouvel Etat Kanak-Nouvelle Calédonie aurait ensuite tout loisir de faire ce que bon lui semblerait avec l’usine du Sud ! Alors pourquoi appeler à la rescousse « l’Etat colonial » ?

LES INDÉPENDANTISTES ONT MENÉ LA CALÉDONIE AU BORD DU GOUFFRE

Jamais la Nouvelle-Calédonie n’a connu un tel péril économique. Fondée essentiellement sur la mine et la métallurgie, l’économie calédonienne est peut être sur le point de perdre deux de ses institutions industrielles, l’usine du Sud et la SLN. L’usine de Goro est à l’arrêt suite aux opérations de guérilla que l’on sait, et qui se poursuivent avec du matériel incendié hier après midi. La SLN est au bord de la rupture industrielle en raison des blocages opérés sur ses mines. En dépit de la « libération » de Népoui et Thiébaghi, elle va se trouver dans un peu plus de 3 mois en état de cessation de paiement. Un bilan catastrophique sans précédent qui résulte des actions indépendantistes entreprises depuis plusieurs semaines.

SITUATION INCERTAINE POUR VALE
Triste Noël que vont passer les employés de Vale NC, alors que leur outil de travail, sérieusement dégradé, a été mis à l’arrêt. Ils ignorent aujourd’hui si leurs emplois seront préservés, ou si, avec les salariés des sous-traitants, ils auront tout perdu.

Tandis que Sébastien Lecornu tente de dialoguer pour trouver une issue à la nécessaire reprise capitalistique de l’entreprise -l’une des plus performantes au monde dans la production de NHC-, Vale attend la conclusion d’un accord de vente, et se tient toujours prêt, en cas d’échec, à mettre l’usine sous cloche.

LA SLN SUR LE FIL DU RASOIR
Pour tenter de faire pression sur la transaction relative à l’usine du Sud, les indépendantistes ont bloqué les approvisionnements en minerai de la SLN. Ce faisant, non seulement ils font prendre des risques démesurés à l’appareil industriel de la « vieille Dame », mais ils enfoncent un peu plus le principal employeurs privé du territoire vers la faillite.

C’est qu’au delà du risque de fermeture d’un four, la SLN est au bout de sa trésorerie provenant du prêt de 63 milliards contracté à cet effet. Ses pertes colossales, ajoutées à celles résultant des blocages actuels, va précipiter l’entreprise, déjà sous mandat « ad hoc », vers la cessation de paiement.

PRÈS DE 15.000 EMPLOIS EN JEU DÈS 2021
Si les emplois directs, indirects et induits peuvent faire l’objet d’une estimation, c’est au total aux alentours de 15.000 emplois que se situe l’enjeu des troubles actuels. Il s’agit à la fois des 3000 emplois impactés par l’usine du Sud, des 12.000 emplois impactés par la SLN. De quoi provoquer un séisme social sans précédent en Nouvelle-Calédonie.

LA RUINE DE LA CAFAT ET DES FINANCES PUBLIQUES
Non, l’argent ne pousse pas sur les arbres. Les ressources fiscales, les ressources sociales proviennent de l’activité économique par les impôts et les cotisations qu’elle génère. Une chute des emplois, de tout ou partie de ce schéma catastrophe, entraînerait immédiatement la faillite de la Cafat et des finances publiques.

La Cafat est actuellement sous perfusion. Son déficit structurel approche les 10 milliards par an, et la dette cumulée est du triple …

Quant aux finances publiques, sans le prêt bonifié de l’Etat en début de crise sanitaire, elles n’auraient même pas pu assurer l’exécution normale des budgets des collectivités en 2020. Le projet de budget 2021 de la Nouvelle-Calédonie, normalement déposé sur le bureau du Congrès le 15 novembre, ne l’est toujours pas. La raison ? L’impossibilité d’équilibrer les dépenses et les recettes. En cas de catastrophe économique, ce serait l’effondrement pur et simple.

Quant au troisième facteur de production de richesse, la consommation, évoquer sa situation dans de telles conditions paraît dérisoire.

LE SURSAUT OU UN MALHEUR SANS PRÉCÉDENT
A la veille de Noël, et à la fin du année 2020 marquée pourtant par un maîtrise enviable de la crise sanitaire plaçant la Calédonie parmi les rares pays « Covid Free », un malheur sans précédent risque de s’abattre sur les Calédoniens.

Fruits de l’idéologie, de l’absence de conscience élémentaire que dans toute économie, il est vital de préserver les outils de travail, et probablement du manque de vision sociétale, les conflits qui affectent la Nouvelle-Calédonie ne pourront trouver une issue qu’avec un sursaut de réalisme.

Mais quoi qu’il arrive, ces événements auront apporté bien des réflexions sur les enjeux d’un éventuel troisième référendum. D’ailleurs, en cas de catastrophe, l’aide internationale serait bien dérisoire face à celle qu’une fois de plus, la Nouvelle Calédonie solliciterait de la France …

LE CALÉDONIEN PRONY RESOURCES RACHÈTE L’USINE DU SUD

Après le retrait de Sofinor/Korea Zinc au cours du délai accordé à la suite de la table ronde de jeudi dernier, Vale et Prony Resources ont finalement signé l’accord de vente de l’usine du Sud. Cette cession sera bonifiée par la création de 600 emplois nouveaux générés par les travaux de « Lucy », la zone de stockage à sec prévue et financée par Vale.

Reste à présent à finaliser,  les autorisations préalables et à soumettre, pour consultation, l’opération au Comité d’Entreprise. L’ensemble de la transaction devrait être achevée avant la fin mars 2021.

METTRE EN PLACE L’ACTIONNARIAT CALÉDONIEN
La moitié du capital de la société est détenue par des intérêts publics et privés calédoniens. Au titre des participants publics figurent les 3 provinces présentes dans la Société de Participation Minière du Sud Calédonien. Le schéma initial prévoyait également un actionnariat réservé aux salariés de l’usine, ainsi qu’une souscription ouverte aux Calédoniens.

Cette phase reste à finaliser.

LE PLAN « B » DE LA SOFINOR TOMBE A L’EAU
L’annonce surprenante de la Sofinor pour un plan « B » de substitution à la candidature revendiquée de Kora Zinc est de ce fait nulle et non avenue.

Le manque de sérieux d’un tel montage a certainement paru évident au monde professionnel de l’industrie et de la finance. Dans tous les cas, une transaction était en cours sous un régime d’exclusivité.

QUELLES RÉACTIONS DES OPPOSANTS ?
Après l’éruption de violences survenue dès dimanche matin, et qui a perduré en début de semaine, toutes les interrogations demeurent quant à la volonté du monde indépendantiste de plonger la Calédonie dans un cycle insurrectionnel ou non.

Pour l’heure, seul le Sénat Coutumier, fonctionnant bizarrement comme un organe politique, s’est manifesté. Dans un communiqué menaçant relatif à la sortie de quatorzaine de gendarmes mobiles, l’organe consultatif écrit dans une communiqué « qu’aucun obstacle » ne pourra arrêter « la lutte du peuple Kanak », estimant que la sortie des militaires à pour objet de « casser des manifestants du peuple Kanak ».

Ce sont pourtant les gendarmes qui sont intervenus en protection lors des conflits à Belep ou à Maré …

Côté loyaliste, plusieurs « contre-barrages » ont été érigés. A Païta, à la suite de la mobilisation conduite par Harold Martin, les accès de l’échangeur nord ont été dégagés par les loyalistes. Dans la journée, une négociation s’est ouverte entre les coutumiers et le maire Willy Gatuhau. Elle pourrait déboucher sur une libération des sites bloqués sur la commune.

LE NORD EN PÉNURIE DE CARBURANT
Cela s’appelle se tirer une balle dans le pied. Tout occupés à bloquer les routes pour imposer le rachat de l’usine du Sud par la société financière de la province Nord, les « barragistes » privent le Nord de carburant.

Hier, des pénuries sont apparues dans les stations services de la Côte Est, et devraient s’étendre à la Côte Ouest. Il est vrai que le transport de carburant, dans des conditions précaires de sécurité, peut s’avérer extrêmement dangereux.

La question est même de savoir si les interruptions de ravitaillement ne pourrait pas porter préjudice à l’usine Koniambo …

LE PLAN « B » DE SOFINOR : SÉRIEUX ?

Probablement déconfite par le désistement de Korea Zinc, Sofinor a décidé de présenter en quelques heures à peine, une nouvelle solution pour la reprise d’une des installations industrielles les plus avancées au monde en matière de production de NHC. Est-ce bien sérieux ?

Le groupe candidat à la reprise de l’usine du Sud Sofinor/Korea Zinc a été retoqué pour la simple raison du manque de crédibilité de son offre. La Banque Rothschild a indiqué, sans entrer dans le détail du secret des affaires, que ce candidat n’avait tout simplement pas rempli l’ensemble des « cases » imposées dans le cahier des charge de l’appel à candidature.

A l’évidence, Korea Zinc ne tenait pas spécialement à investir en Nouvelle-Calédonie. D’ailleurs, étrangement, ce métallurgiste ne s’était jamais exprimé directement sur cette question.

Dans la foulée, et alors que les plus radicaux des indépendantistes demandent l’arrêt de l’usine de sud, et la mise au chômage de 3000 salariés, Sofinor sort du chapeau son Plan B …

Dans le monde industriel international comme celui des milieux financiers, cela doit prêter à sourire. Décidément, hormis les grands professionnels extérieurs qui portent les dossiers métallurgiques, la Calédonie doit vraiment être classée dans la catégorie « amateurs ».

DASSONVILLE AVAIT SANCTUARISÉ LE PORT DE NOUMÉA ET L’AÉROPORT DE TONTOUTA

Les années se suivent et ne se ressemblent pas. Dès son arrivée à Nouméa le 9 novembre 2007, nommé Haut Commissaire par Christian Estrosi alors secrétaire d’Etat à l’Outre mer sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Yves Dassonville avait annoncé le retour de l’Etat.

Il avait fait appliquer les décisions de Justice pour la libération des entreprises dont les blocages illégaux se succédaient depuis des mois. Pas de semaine, alors, sans cadenassage, blocage, menaces, occupations de tous ordres.

Les tensions avaient atteint un paroxysme avec l’USTKE, et la Justice était passée. Suite aux débordements liés à un conflit très dur opposant la centrale syndicale à la compagnie Aircal, le successeur de LKU avait été placé en détention.

En clair, la part des choses avait alors été faite entre le droit de grève, le droit de manifester, et les méthodes de voyous.

Dans le même temps, pendant cette période de 2006-2007, le gouvernement et la direction du travail avaient initié l’ouverture d’une nouvelle procédure de dialogue social. Les blocages incessants avaient considérablement reculé, ce qui avait redonné une forme de normalité au climat social.

Il s’était alors instauré ce que le président du Medef plaidait hier, une sorte de sanctuarisation des outils vitaux pour la Nouvelle-Calédonie, le port de Nouméa, et l’aéroport de Tontouta.

Depuis, cette fermeté a reculé avec les successeurs d’Yves Dassonville. Le Haut-Commissaire actuel qui a déjà fait preuve d’une certaine fermeté, va-t-il sonner « le retour de l’Etat » et le respect du droit, malmené par une poignée comparée aux 200.000 habitants de la province Sud ?

USINE DU SUD, BUDGETS, CAFAT : « QUAND Y’A PAS, Y’A PAS »

La Nouvelle-Calédonie vit une grave crise, mais hormis les entreprises qui meurent en silence, les centaines d’emplois perdus depuis 6 mois sans bruit, le territoire semble vivre à deux doigts de la chute dans le gouffre de manière impassible. Les Caisses sont au plus mal, les perspectives sont bouchées, mais grèves et menaces volontaires sur 3000 emplois sont le carburant nouveau trouvé … pour aller mieux. L’idéologie mortifère face à l’insuffisance de ressources fiscales pour cause de Covid va conduire à cette réalité infranchissable : quand y’a pas, y’a pas !

Il fallait choisir entre des milliers de pertes d’emplois et la hausse de la dépense publique, c’est la préservation du travail qui a été choisie. Or, il n’y avait pas d’autre choix. Mais la Calédonie, déjà affectée d’une crise économique, résultat d’une gestion précédemment désastreuse, a vu ses comptes plonger dans le rouge vif. Seul un emprunt garanti par l’Etat a permis d’éviter le pire.

Un rappel : ce sont les entreprises et non les administrations qui produisent la richesse et alimentent les ressources budgétaires au travers des impôts acquittés. C’est la réalité du fonctionnement économique et fiscal de tous les pays. Contrairement à ce que pensent certains, c’est aussi la réalité pour la Nouvelle-Calédonie.

La stupidité mathématique de la « clé de répartition » ne fait qu’aggraver la crise. Alors que la province Sud accueille les trois-quarts de la population, ses ressources par tête d’habitant sont devenues insuffisantes. Et comme elle produit 92% des la richesse fiscale, tout le monde va progressivement en pâtir. La solidarité, liée au rééquilibrage, commanderait, qu’elle s’exerce au profit du Sud, en détresse. Que nenni. C’est chacun pour soi.

Tous les services, les organismes publics, le système de protection sociale, de santé et les associations vont être touchés. Et si l’usine du Sud ferme, la Caisse d’assurance chômage sera même incapable d’assurer son rôle. Le beau temps, le lagon, l’absence de Covid ne pourront plus masquer cette réalité budgétaire assénée avec un certain bon sens par un ancien « ministre » des comptes : quand y’a pas, y’a pas !

VALE NC : QUEL ACCOMPAGNEMENT DE L’ETAT ?

Calédonie Ensemble a rendu publique sa position selon laquelle « l’Etat doit prendre la main » dans la négociation de reprise de l’usine du Sud. Les députés ont annoncé que lors de la prochaine conférence des participants au « groupe Leprédour », ils formuleraient cet avis qui porte, à la fois, des conséquences politiques et économiques. La télé n’a pas manqué d’établir un parallèle entre cette initiative, et l’opinion plus nuancée du Palika pour qui « l’Etat doit jouer son rôle » dans un contexte de « décolonisation ». Décryptage.

SI L’ETAT GÉRAIT SEUL CE DOSSIER, QUID DES COMPÉTENCES PROVINCIALES ?
Les compétences inscrites dans le statut de la Nouvelle-Calédonie dans la loi organique de 1999 confèrent aux provinces la gestion, pour ce qui les concerne, d’une telle affaire. Le domaine minier, les autorisations de recherche et d’exploitation, la préservation de l’environnement, ce sont des compétences des provinces. Si l’Etat « prenait la main », au lieu d’être un facilitateur et un acteur de ses propres compétences, ce qu’il fait actuellement, il faut comprendre qu’il lui faudrait quasiment écarter la province Sud.

Cela n’est évidemment pas possible juridiquement. En revanche, l’Etat peut « alourdir » son rôle de facilitateur en demandant, par exemple, que soient explicitées, dans une conférence ouverte, les lacunes éventuelles de la proposition Sofinor/Korea Zinc.

LES PRÉCÉDENTS
S’agissant des grandes opérations minières et métallurgiques, quel a été le rôle de l’Etat ?

En 1975, alors que la SLN était en quasi-faillite, l’Etat a répondu au désengagement annoncé du groupe Rothschild en faisant reprendre le capital par Elf-Aquitaine, puis a « convaincu » l’Assemblée territoriale de substituer un régime d’impôt sur les bénéfices en lieu et place d’une taxe sur les exportations de produits et minerais. Il avait, en contrepartie, accordé une avance de 34 milliards au budget calédonien pour compenser ses pertes de recettes. Le remboursement de cette avance a été annulé il y a une dizaine d’années.

Dans l’implantation d’Inco et la construction de l’usine du Sud, c’est Jacques Lafleur qui a joué un rôle majeur. C’est à son invitation que le patron du leader mondial nickel de l’époque, Scott Hand, était venu en province Sud. Puis le RPCR avait conduit, au Congrès, l’instauration du régime fiscal privilégié nécessaire à cette implantation

S’agissant de l’usine du Nord, le préalable au discussions de la « solution consensuelle » proposée par le même Jacques Lafleur, dénommé « préalable minier », a été levé par la pression exercée par l’Etat, puissant actionnaire de la SLN, pour l’échange du massif du Koniambo à la SMSP, en contrepartie d’une soulte d’une vingtaine de milliards FCFP versée à la Société le Nickel.

LE REFUS D’INTÉRÊTS PRIVÉS CALÉDONIENS DANS UNE ENTREPRISE MÉTALLURGIQUE RÉPOND À UN MODÈLE ÉCONOMIQUE
En affirmant que « les intérêts calédoniens doivent être des intérêts publics (et non privés) », Calédonie Ensemble exprime une conception analogue à celle de la province Nord et confirme les orientations économiques appliquées durant la présidence gouvernementale de Philippe Germain.

L’interventionnisme public répond ainsi à une conception de l’économie qui s’oppose, en ce qui concerne la reprise de l’usine du Sud, à l’actionnariat des salariés, l’actionnariat populaire et celui des clans coutumièrement concernés.

LE PRÉCÉDENT DE L’ILE DES PINS
Il est remarquable que l’inverse de ce modèle économique fut appliqué, par exemple, en province Sud, à l’Ile des Pins.

Dans ls années 1990, tout le développement touristique de Kunié fut accompagné par la province Sud, mais avec pour finalité la propriété privée individuelle ou collective.

L’exemple le plus frappant est le Méridien de l’Ile des Pins où, dans la SCI propriétaire des murs, la majorité est détenue par les propriétaires coutumiers

En dépit de vives oppositions sur l’île (lieu tabou, barrages, déclarations publiques, et pressions de toutes sortes), et avec l’assentiment du Grand Chef, l’hôtel avait été construit et géré par la SHN. Sans problèmes particuliers.

MODÈLE ETATIQUE ET MODÈLE LIBÉRAL
Le principe d’une participation publique majoritaire dans de tels investissements métallurgiques est que le risque est porté par le contribuable. C’est à dire, pour la petite Nouvelle-Calédonie, impossible à porter.

Dans la SLN, la STCPI, portant les intérêts publics locaux, serait incapable de « verser au pot » pour le sauvetage de la société.

Si demain, Glencore jetait l’éponge dans l’usine du Nord, sans repreneur, ce serait un effondrement économique.

Dans l’usine du Sud, les provinces ont été incapables de financer leur participation et l’achat des actions du BRGM.

Qu’en serait-il, si d’une manière générale, les collectivités calédoniennes étaient appelées en responsabilités financières dans de telles entreprises ? C’est la question de fond.

USINE DU SUD : LES JEUX DANGEREUX

Ont-ils réellement les capacités à gérer un pays indépendant ? On ne conduit pas les destinées de toute une population en oubliant la clairvoyance et le bon sens au profit de l’idéologie et de l’utopie. C’est pourquoi le jeu dangereux, auquel se livrent les forcenés de  la reprise de l’unité industrielle et métallurgique de Prony par Sofinor-Korea Zinc, s’affiche de plus en plus ouvertement au mépris des 3000 emplois en danger. Et donc des 3000 familles dont les revenus sont menacés.

Le bon sens et la clairvoyance n’ont pas besoin de slogans creux, mais du respect de la démocratie. Vouloir imposer par la force la solution d’une minorité à une majorité s’appelle la tentation de la dictature. La province Sud n’est pas la province Nord. Les trois quarts des habitants sont attachés aux valeurs de la République, pas au régime des barrages, des menaces, de l’anti-économie.

Les opposants à une reprise de l’usine du Sud par une entité calédonienne n’en veulent pas parce qu’elle est essentiellement du Sud. La Sofinor et la Sodiles y sont pourtant présents, au travers du portage public de la SPMSC. Mais cela n’est pas suffisant, preuve que la province Nord ambitionne, ni plus ni moins, de faire sa loi minière dans le Sud.

Mais le jeu de ces parties est dangereux. Il menace non seulement les emplois, mais les équilibres budgétaires et sociaux, ce qui porterait préjudice à tous les Calédoniens. Ils défendent l’idéologie du pire alors que la Calédonie est incapable de boucler son budget, que la Cafat est à nouveau au bord de la cession de paiement, et que la SLN est sous le mandat ad hoc d’Hélène Bourbouloux, c’est à dire en situation de quasi redressement.

Dans 38 jours, l’usine fermera peut être, victime de la fuite de Trafigura après celle de New Century Resources. Les employés de Vale NC comme les sous-traitants n’auraient alors que leurs yeux pour pleurer, et au lieu d’être actionnaires d’une usine déjà rentable, ne seraient que 3.000 à la recherche d’un emploi. Magnifique cadeau de Noël, offert par qui ? Par tous ceux dont ils devraient alors se souvenir.

UN ÉMINENT ÉCONOMISTE FRANÇAIS PARLE DE L’USINE DU SUD dans un article d’Alain Jeannin, spécialiste nickel-Outre mer 1ère

Philippe Chalmin, né le 22 octobre 1951, est un historien et économiste libéral français, spécialiste des marchés de matières premières. Diplômé d’HEC, Agrégé d’histoire et Docteur es lettres, il est professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine où il dirige le Master Affaires Internationales. Il est le président fondateur de CyclOpe, le principal institut de recherches européen sur les marchés des matières premières qui publie chaque année le rapport CyclOpe sur l’économie et les marchés mondiaux. Nommé en Octobre 2010, Président de l’Observatoire de la Formation des prix et des Marges Alimentaires auprès du Ministre de l’Agriculture et du Ministre de l’Économie et des Finances, il a été membre du Conseil d’Analyse Économique auprès du Premier Ministre, du Haut Conseil des Biotechnologies et du Conseil des Ventes Volontaires.

Il a répondu aux questions d’Alain Jeannin, d’Outre mer 1ère, sur l’offre de reprise de l’usine du Sud présentée par Prony Resources. Morceaux choisis de cet article éclairant.

Sur Trafigura (extraits de l’article d’A. Jeannin) :…  » Trafigura, est-ce un financier rapace ? Philippe Chalmin, professeur d’histoire économique réfléchit brièvement, puis déclare, « peut-être moins que Glencore ou d’autres investisseurs » …  » Puis il rappelle l’affaire qui l’a marqué. Celle du Probo Koala, un scandale environnemental impliquant le négociant suisse. Une affaire survenue en Côte d’Ivoire, c’était en septembre 2006. « J’ai tenu sur Trafigura des propos pires que ceux du FLNKS en Nouvelle-Calédonie, mais c’était il y a presque quinze ans. Aujourd’hui, dans l’univers des négociants en matières premières, le nouveau Trafigura a vraiment changé. »…

…  » « Trafigura est devenu, l’une des boîtes de négoce les plus transparentes du secteur des matières premières, je ne dirais pas la même chose de Glencore. Les deux mille cadres dirigeants salariés de Trafigura ont adopté une charte de développement durable et éthique dans leur rapport d’activité annuel et ils sont quasiment les seuls à le faire «  poursuit Philippe Chalmin. « Ils sont actionnaires de leur entreprise qui n’est pas côtée en Bourse, c’est aussi ce qui les a séduits dans la capitalisation du consortium calédonien Prony Resources »…

Sur Antonin Beurrier (extrait de l’article d’A. Jeannin) : …« Le personnage est étonnant, brillant, honnête et visionnaire. Son actionnariat salarié est une excellente idée, de même que l’implication majoritaire de la Nouvelle-Calédonie dans le consortium Prony Resourcesc’est ce que je pense et c’est sans doute l’opinion du directeur financier de Trafigura, qui va participer au séminaire de mes étudiants de Paris-Dauphine » …

Sur l’offre (extrait de l’article d’A. Jeannin) : …« c’est un deal gagnant-gagnant, pour la Nouvelle-Calédonie qui s’adosse à un négociant international qui va vendre son nickel et son cobalt au meilleur prix du marché, et pour Trafigura qui assurera, en accord avec Vale et ses partenaires de Prony Resources, la commercialisation du produit destiné aux batteries électriques »…

Pour lire l’article complet d’Alain Jeannin, cliquer sur l’image

MANIFS ET RÉACTIONS. QUELLES ISSUES ?

La différence entre les indépendantistes et les loyalistes dans le conflit sur la reprise de l’usine du Sud, c’est que les indépendantistes visent un objectif politique, alors que les loyalistes s’attachent à l’emploi et l’économie. Hier, blocage du port et manifestations de quelques centaines de personnes à Nouméa et en divers points du territoire, mais refus des discussions proposées. Réactions de la présidente de la province Sud et des Loyalistes. Quel est l’objectif des uns et des autres  et quelles issues possibles ?

Rassemblements et marches pour les « anti ».
Alors qu’une période de négociation exclusive s’est ouverte avec Prony Resources  pour la reprise de l’usine du Sud, les « anti », accompagnés désormais par le FLNKS, ont réuni quelques centaines de personnes à Nouméa, à Koné et à Wé. Ils ont demandé à rompre l’exclusivité de la négociation en cours pour tenter d’imposer un candidat Sofinor-Korea Zinc. Le port, quant à lui, est resté bloqué malgré une décision de Justice enjoignant sa libération.

Prises de position loyalistes
Sonia Backes, au nom de la province Sud, a réagi vigoureusement. « Les indépendantistes cherchent dans ce combat à permettre à la province Nord de faire main basse sur les ressources du Sud ». Et d’ajouter : « nous ne laisserons pas faire », rappelant que les 3000 emplois en jeu « ne sont pas moins « pays » que ceux du Nord ».

Les Loyalistes, de leur côté, avaient, la veille, déclaré que « force doit rester à la loi » et appelé au dialogue dans les institutions. Un dialogue écarté par l’Ican/Collectif.

Politique versus Economie
Refus de dialogue avec les institutions locales, refus des règles de liberté du commerce, les indépendantistes ne paraissent guère sensibles aux arguments relatifs à la préservation de 3000 emplois et d’une usine de très haute technologie. Leur objectif est d’abord politique : montrer leur force à un Etat hésitant, s’approprier les ressources et les moyens de production, aboutir à une indépendance aux accents de la suprématie d’une minorité.

Du côté loyaliste, la réflexion est essentiellement économique et rationnelle. L’échec des négociations actuelles entraînerait la fermeture de l’usine et son cortège de catastrophes sociales, économiques et financières.

Quels risques ?
C’est aujourd’hui un bras de fer qui se joue. Face à un Etat inexpérimenté sur le dossier calédonien, les indépendantistes jouent de leur expérience. Les images diffusées sur le « préalable » minier, manipulation habilement orchestrée, viennent à l’appui de leurs positions. Mais leur pari est risqué car si, -comme visiblement ils n’en ont cure-, l’usine était mise sous cocon, cette bombe risquerait de leur péter à la figure.

C’est qu’en effet, les ressources budgétaires locales sont à l’agonie, et le trou de la Cafat s’élargissant, les régimes sociaux et de santé demeurent au bord de l’effondrement. La fermeture de l’usine de Prony générerait une déflagration telles que la population comme les institutions seraient à terre. 3000 emplois, une panique économique, le désespoir de milliers de familles seraient une catastrophe nucléaire.

Comment, dans ces conditions, convaincre davantage les Calédoniens que Kanaky serait un Etat juste et … prospère, administré pour le bien de ses populations, et constitutionnellement démocratique ?

Quelles issues ?
Face à un conflit opposant une idéologie agressive à la rationalité démocratique, il existe généralement deux issues.

La première, c’est qu’en dépit des pressions exercées, la transaction sur l’usine du Sud aboutisse et que, après ces tensions, les choses reprennent leur cours qui demeure tout de même périlleux.

La seconde, si le chaos s’abattait, est un retour aux urnes, précédé d’une campagne où devraient être soumises au peuple, les solutions crédibles pour en sortir. L’épreuve des faits, après l’ivresse des mots …