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LA SLN SUR LA VOIE DU REDRESSEMENT AVEC UN NOUVEL ACCORD SUR LE TEMPS DE TRAVAIL À DONIAMBO

Alors que se rapprochent les échéances qui pourraient conduire la SLN à une cessation de paiement, l’horizon semble se dégager pour la « vieille dame », après les déclarations très fermes en forme d’ultimatum de la présidente d’Eramet, Christel Bories. Deux nouvelles étapes.

EXPORTATIONS AUTORISÉES
La première étape de la remise à flot a été l’accord du gouvernement aux exportations de minerai non traitables à Doniambo, dont une partie pour l’usine coréenne de la SMSP. En 3 années, ces exportations pourront atteindre 4 millions de tonnes, apportant une précieuse trésorerie à la Société le Nickel.

RÉORGANISATION DU TRAVAIL À L’USINE
La deuxième étape a été franchie par la signature d’un accord sur des nouveaux horaires de travail à l’usine Doniambo. Dans les semaines à venir, l’usine ne fonctionnera plus à cinq, mais à quatre équipes pour des quarts rallongés de huit à douze heures. Les effectifs vont ainsi baisser de 80 personnes sans licenciements. Les salaires, eux doivent être revus à la hausse de 19,67%.

RESTE LE COÛT DE L’ÉLECTRICITÉ
Reste à présent la question du coût de l’énergie électrique approvisionnant l’usine. Pour l’instant, Enercal ne semble pas disposée à concéder le tarif sollicité, mais des solutions de tarifications liées au cours du LME semblent faire leur chemin.

MESSAGE POSITIF
Au total, il n’est pas faux de constater que la société est sur la voie du redressement et que ses perspectives de durabilité semblent se construire. Leur confirmation serait, en outre, un message très positif au monde économique calédonien, après le lancement du chantier hors norme des installations de stockage de l’usine Vale, dans le sud.

PROVINCIALES : AVANTAGE AVENIR EN CONFIANCE POUR LES COMPÉTENCES ÉCONOMIQUES

La situation de la Nouvelle-Calédonie à l’issue de la mandature qui s’achève est marquée par une crise économique sans précédent hors la période des « événements ». Le retour à la croissance économique du territoire est la condition du redressement des finances publiques, des comptes sociaux, et de la création d’emplois.
L’amateurisme économique ne peut donc plus être de mise, dans une classe politique qui brigue les suffrages en mai prochain. Qui, des partis non-indépendantistes susceptibles de passer la barre des 5%, affiche des atouts dans ce domaine vital ?

DES RESPONSABILITÉS EXIGEANT DES COMPÉTENCES
Le statut de la Nouvelle-Calédonie lui confère une autonomie proche de l’indépendance interne. La contrepartie aux immenses responsabilités reposant sur les épaules des élus est une augmentation des compétences. Cela n’a malheureusement pas été le cas, si l’on compare, par exemple, le niveau des élus actuels avec celui affiché par la liste conduite par Jacques Lafleur au début de ce statut, en 1990.

LAISSER-ALLER
Après une quinzaine d’années marquées par une prospérité sans précédent, et l’émergence d’une seconde industrie, le tourisme, le territoire a connu un développement soutenu par les apports extérieurs gigantesques résultant de la construction de deux nouvelles usines de traitement du nickel. Pendant cette période, peu importait la stratégie de développement économique : les investissements coulaient à flot. Ce laisser aller s’est soldé par le délitement du développement touristique entamé entre 1990 et 2004, et par une augmentation sans frein des dépenses publiques.

ABSENCE D’ANALYSE ET D’ACTIONS ÉCONOMIQUES
Depuis un peu plus de 5 ans, le renversement de la conjoncture nickel a provoqué le recul de l’économie, avec comme corollaire, celui des finances publiques et des prélèvements sociaux. Aucune anticipation, aucune stratégie de rechange n’a été mise en place, dénotant une absence d’analyse et d’action économique que le territoire est en train de payer au prix fort.

AVANTAGE À L’AVENIR EN CONFIANCE
Les élections du 12 mai seront l’une des clés majeures, soit au redressement économique, soit à la chute vers une faillite collective. Qui, dans les prétentions à l’exercice du pouvoir, peut prétendre à une bonne connaissance de ce sujet vital ?

Pour n’évoquer que les principaux partis, c’est sans aucun doute dans les rangs de l’Avenir en Confiance que l’on trouve de probables futurs élus pour qui le langage de l’économie est compréhensible, alors que Calédonie Ensemble affiche des connaisseurs de la fiscalité et de l’agronomie.

HEC, SCIENCES ÉCO, FINANCES D’ENTREPRISE
Philippe Blaise, d’abord, est diplômé d’HEC, la prestigieuse école française de commerce. Il a entamé une carrière professionnelle qui l’a conduit dans les arcanes d’une banque, la BCI.

Thierry Santa, ensuite, est titulaire d’une maîtrise en sciences économiques. Il a ensuite obtenu un DESS de gestion des entreprises à Bordeaux.

Christopher Gyges, enfin, a suivi des études d’économie à Montpellier, et obtenu un master 2 en finances d’entreprise à Paris.

Certes, les institutions devront faire appel à des spécialistes pour l’approfondissement des études sectorielles, dans la perspective d’une relance de la croissance. Mais les politiques publiques qui président à cette croissance relèvent d’abord de la compréhension des élus de la matière économique.

Incontestablement, dans ce domaine, au moins, l’avantage est à l’Avenir en Confiance.

MENACE DE CENTAINES DE LICENCIEMENTS DANS LE BTP

Le BTP a plusieurs fois tiré la sonnette d’alarme. La contraction des investissements s’est traduite par une baisse d’activité. Résultat : le secteur a enregistré 2500 destructions d’emplois au cours des 5 dernières années.

DE LA « COM »
Il semble bien que la réponse du gouvernement, réponse qui se voulait rassurante, n’ait été que de la communication. Des chantiers aux lancements imminents avaient été annoncés.

Dans son programme, Calédonie ensemble a fait miroiter « 200 milliards de projets ».

NoumeaPost avait récemment recadré un certain nombre de ces projets dans leur vrai calendrier. Peut être jusqu’en 2024, pour certains d’entre eux …

DES CENTAINES D’EMPLOIS MENACÉS
Malheureusement, le carnet de commande des entreprises demeure presque vide. C’est l’annonce d’une catastrophe qui, après le SLN, le commerce, les comptes sociaux, pourrait toucher un secteur vital de l’économie, celui du bâtiment.

Un dossier de plus sur la table des éventuels nouveaux dirigeants.

TOURISME : LE MASSACRE DU MARCHÉ JAPONAIS

Après l’effondrement des trafics touristiques dû aux événements, le redécollage du secteur avait été entamé dès 1990 sous l’impulsion de Jacques Lafleur, président de la Province, et qui avait confié l’exécution des orientations prises au président du Gie « Destination Nouvelle-Calédonie » Gaby Briault. Dès cette époque, aux côtés des marchés australien et néo-zélandais, c’est le marché japonais qui avait été ciblé. Un marché en expansion phénoménale, avec le plan « Ten millions », « 10 millions de touristes japonais vers l’extérieur du Japon ». La province Sud, notamment, avait lancé un programme sans précédent de rénovations et de constructions de nouveaux hôtels. Avec succès, puisqu’en 1997, la barre des 30 000 touristes japonais était franchie, pour atteindre 35 420 japonais en 1998. Depuis le milieu des années 2000, ce marché s’est effondré. Géré politiquement avec beaucoup d’amateurisme, délaissé, victime d’un succession d’erreurs stratégiques. Massacre.

TOURISTES JAPONAIS PRÉSENTS MÊME PENDANT LES ÉVÉNEMENTS
Un des tous premiers à avoir cru au marché japonais est Kolka Muller, gérant du Turtle Club à l’île Ouen, en fin des années 60. Puis cette idée prend corps avec l’ouverture de la desserte de Tokyo par UTA en 1974. Elle est intensifiée en fin des années 8O, avec un DC10 effectuant une, puis 2 rotations par semaine entre Tokyo et Nouméa.

Pendant les événements de 1984, et jusqu’en 1990, le marché japonais est le seul à se maintenir, -même pendant la période du couvre-feu – à une hauteur de 15 000 visiteurs par an, démontrant la force de l’image sur le marché.

L’ILE LA PLUS PROCHE DU PARADIS
Cette image résultait d’un best seller de l’écrivaine Morimura, publié au début des années 80, et intitulé « L’île la plus proche du Paradis« . Tous les japonais de cette génération ont lu ce livre, en ont entendu parler, et en parlent encore. Et donc, maintiennent la Nouvelle-Calédonie dans une image de destination de rêve.

Cette situation est unique sur l’ensemble des marchés touristiques du territoire : la Nouvelle-Calédonie, une destination qui fait rêver !

UNE CROISSANCE CONTINUE JUSQU’EN FIN DES ANNÉES 90
Avec la construction de nouveaux hôtels, notamment à Nouméa, la destination balnéaire « New Caledonia », enrichie de son cachet de « ville française », ne cesse de croître au Japon grâce, à la fois, à une belle image implantée, et une promotion adaptée. Les cibles principales : les femmes émancipées voyageant seules (les « offices ladies), et le marché des voyages de noces.

Le produit, enrichi notamment du Méridien en 1995, bien desservi par UTA, puis par Air France qui ouvre une route en continuation vers Paris via Tokyo, connaît un succès grandissant dans l’empire du Soleil Levant.

Dans le rapport annuel du « Japan Travel Bureau », notre destination figure régulièrement parmi les 15 destinations les plus désirées par les voyageurs japonais. Et en 2001, les Japonais élisent Kuto, la merveille de l’île des Pins, 2ème plage la plus belle du monde.

LE MARCHÉ LE PLUS RÉMUNÉRATEUR
Avec un produit considérablement amélioré, la clientèle est plutôt aisée. Dans les quelques boutiques de luxe, le niveau des achats est élevé. Des ventes de sacs – à cette époque-, entre 500 000F et 700 000 francs ne sont pas exceptionnelles ! La moyenne de dépense des touristes japonais hébergés en hôtel oscille entre 350 et 500 000F par personne. Ce que prévoyaient les responsables du tourisme se réalise : la Calédonie touche enfin un marché potentiellement immense, fortement rémunérateur.

2000 : FERMETURE DU CLUB MED
Mauvaise nouvelle au tout début des années 2000 : le Club Med, sous l’impulsion d’Henri Giscard d’Estaing, décide de quitter les destinations peu bénéficiaires et loin des marchés. Dont la Nouvelle-Calédonie. La Province propose pourtant de financer un Village à l’îlot Sainte Marie, et à Gouaro Deva, sur un domaine de 100 hectares, rien n’y fait. Or le Club Med, à lui seul, représentait un accueil de 12 000 clients, dont de nombreux japonais.

ET OUVERTURE DE LA LIGNE OSAKA-NOUMÉA
C’est également l’année où, Air France ayant décidé de retirer ses avions sur la ligne de Tokyo, Jacques Lafleur prend la décision de doter Aircalin d’avions long-courrier, notamment pour assurer la desserte du Japon, et préserver l’accès à ce marché touristique majeur.

L’Agence pour la Desserte Aérienne de la Nouvelle-Calédonie est ainsi imaginée pour financer les avions d’Aircalin, et les statuts, mis au point par un trio composé de Marianne Devaux, alors Vice-présidente de la province, Geneviève Falco et Gaby Briault, voient le jour. Un accord-cadre est signé avec Air France pour la desserte du Japon par les avions d’ACI.

Dans la foulée, et pour compenser la fermeture du Club Med, la Nouvelle-Calédonie demande à Aircalin d’ouvrir une ligne Osaka-Nouméa. La compagnie rechignant quelque peu, le Congrès accepte de financer le déficit annoncé par une subvention d’un milliard.

Bien lui en prend. Au bout d’une année, plus de 10 000 japonais arrivent du Kansai via Osaka, dépensant 3 à 5 fois plus dans l’économie que le montant de la subvention accordée !

PLUS DE 30 000 JAPONAIS PAR AN
Le dispositif est performant. La nouvelle décennie commence bien, avec un rattrapage de la clientèle japonaise du Club Med perdue, et à nouveau un chiffre supérieur à 30 000 touristes japonais en 2005.

Malheureusement, la gouvernance du tourisme a changé avec la défaite électorale de Jacques Lafleur. Exit un leader qui croit au tourisme, et Briault de la présidence du Gie. Puis survient, en 2005, le fameux Plan de Développement Touristique Concerté de la Nouvelle-Calédonie (PDTCNC), dont le coût s’élève à plusieurs dizaines de millions, et dont les effets vont être catastrophiques.

Première orientation du PDTCNC, fatale au développement du tourisme : Nouméa est frappé d’une recommandation de ne plus y construire d’hôtel. Conséquence : Bercy refuse, sur cette base, toute demande de défiscalisation ! Deux important projets restent ainsi dans les cartons : un Intercontinental équipe de la Thalassothérapie Louison Bobet, et le Sofitel prévu sur l’espace de La Promenade.

UNE DESCENTE VERS … 15 000 JAPONAIS !
Le Gie tourisme de la province Sud est dirigé par un ancien hôtelier de l’Océan Indien, l’équipe du Japon est écartée, la promotion change de stratégie, et le résultat ne se fait pas attendre. A partir de 2006, alors que les finances de la Nouvelle-Calédonie sont au plus haut et que les moyens d’action sont considérables, le nombre de touristes japonais commence à décroître. Il est à 17 430 japonais en 2012. Et la chute ne s’arrête pas là : l’année suivante, le chiffre descend à 15 674. Autant … que pendant les événements.

PAS DE NOUVEAUX HOTELS ET UN PRODUIT QUI SE DÉGRADE
La chute des chiffres de fréquentation n’est pas le seul dégât. La destination stagne, en matière d’offre d’hébergements. Des entreprises d’animation touristique et d’excursions se retrouvent en difficulté. L’attention apportée à la qualité des services baisse. Au total, qualité des hébergements et des services se dégradent. Tandis que celle de nos concurrents -Guam, Bali, Cairns, Gold Coast, Nouvelle-Zélande, Hawai- ne fait que s’améliorer …

LE JAPON N’EST PLUS UNE PRIORITÉ
A l’évidence, dans l’esprit des dirigeants du tourisme calédonien, le Japon n’est plus une priorité. Dans ce contexte, Aircalin se « désengage » du marché nippon.

Le 22 juin 2008, la compagnie calédonienne ouvre la ligne Nouméa-Séoul, capitale de la Corée du Sud.

« Grâce à cette nouvelle ligne, nous allons pouvoir développer fortement le marché touristique coréen, en pleine expansion, sur la Nouvelle-Calédonie et, grâce à notre partenariat avec Air France, renforcer également les fréquences et les capacités offertes aux trafics entre la Métropole et le Territoire », indique, sans rire, Jean-Michel MASSON, le Directeur général de la compagnie.

C’est probablement une bonne affaire pour Air France, mais un gâchis pour le tourisme calédonien.

2 SIÈGES PAR VOL RÉSERVÉS AU 2e TO JAPONAIS …
Non seulement, les touristes coréens ne viennent pas dans notre destination, mais la raréfaction des sièges au Japon est un mauvais signe à l’égard des Tour Opérateurs fidèles de ce marché. Progressivement, en haute saison d’été pour la Calédonie, leurs allotements -sièges qui leur sont réservés sur chaque vol- diminuent jusqu’à atteindre … 2 sièges en décembre 2013 à Osaka pour le TO numéro 2 au Japon, ST World ! Résultat : les prescripteurs de voyage nippons se détournent peu à peu de la Calédonie.

LE MIRAGE CHINOIS
A présent, c’est, semble-t-il, le marché chinois qui fait rêver. Tout comme certains ont cru au marché sud-coréen. Va-t-on, une fois encore, lâcher la proie pour l’ombre ?

La Calédonie se berce d’illusions avec les 3 charters de touristes chinois, dont le comportement et la dépense n’ont d’ailleurs rien à voir avec les touristes japonais.

Avec un tissu hôtelier plus que modeste, des services non adaptés à cette nouvelle clientèle, une langue que les Calédoniens ne connaissent pas, dont la pratique est quasiment inconnue, et une image inexistante sur un marché gigantesque qui nécessitera des centaines de millions d’investissements promotionnels pendant des années, on risque de répéter … l’erreur de la Corée du Sud.

Certes, le marché chinois doit être exploré. Son développement prendra au moins une décennie. Mais il ne constitue par la priorité opérationnelle.

5000 CHINOIS APRÈS 10 ANS
Depuis plus de 10 ans, la Polynésie qui offre un produit touristique d’une qualité bien supérieur à sa cousine calédonienne, multiplie ses tentatives d’attirer les touristes chinois. Résultat en 2018 : tout juste 5000 visiteurs en provenance de l’Empire du Milieu.

UN ÉNORME GÂCHIS
Au total, le marché japonais, qui ne cesse de nous tendre les bras, a été quasiment massacré. Un potentiel énorme – 19 millions de voyageurs vers l’extérieur du Japon en 2019, dont plus de 3 millions vers le Pacifique-, toujours disponible, est traité avec amateurisme. Palau fait mieux que nous, avec 29 238 vrais touristes en 2018 !

Même Palau fait mieux que nous !

Pendant ce temps la, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, Bali, Guam et Hawai engrangent des centaines de milliers de touristes japonais, quand ce n’est pas plusieurs millions.

En 15 ans, non seulement la destination Calédonie a régressé sur le marché japonais, mais le revenu de sa clientèle s’est dégradé, et donc, proportionnellement, la dépense unitaire touristique a chuté.

REMETTRE LE TOURISME « À L’ENDROIT »
Il serait temps de tout « remettre à l’endroit » : la stratégie de développement et de promotion touristique, et la stratégie de desserte aérienne, d’ailleurs inexistante, comme le soulignait la Chambre Territoriale des Comptes.

Le tourisme n’a pas vocation à remplacer le nickel, dont les ressources sont quasiment inépuisables. Mais dans la crise sans précédent que travers le territoire, il est urgent de reconquérir le marché japonais. Le seul sur lequel la Calédonie possède une image solide, et où le « trade » -Tour Opérateurs, agences de voyage- ont été « éduqués » sur la destination depuis plus de 30 ans.

La Nouvelle-Calédonie se trouve dans la zone Asie-Pacifique dont la croissance touristique annuelle se situe entre 5 et 6%, une des plus fortes sur la planète. Pourtant, notre destination … est en recul ! C’est dire, a contrario, que nous disposons de marges de progression importantes sous la condition d’un management pertinent et plus professionnel. Un espoir ?

FINANCES PUBLIQUES : DES CLIGNOTANTS ROUGES AUSSI POUR LA PROVINCE NORD

Finalement, seule la province des Iles -celle dont la contribution fiscale au « pot commun » calédonien est la plus faible-, n’a pas d’alerte sérieuse sur ses perspectives budgétaires, bien que ses ressources aient, elles aussi, diminué. En province Sud, c’est l’actualité depuis plusieurs années. Cette fois, c’est la province Nord qui s’enfonce doucement dans les difficultés à venir.

DES DÉPENSES SUPÉRIEURES AUX RECETTES
C’est en 2017 que les premiers déséquilibres sont devenus apparents, en province Nord. Sur un total de 50 milliards, 33 milliards avaient été consacrés au fonctionnement, et 17, aux investissements. Une charge de fonctionnement déjà excessive. Les ratios dits « d’alerte », <équilibre financier, surendettement, rigidité structurelle, risque financier> se sont dégradés, notamment du fait d’une augmentation de l’encours de la dette (qui est passée de 7,2 milliards à 10,8 milliards), alors que les recettes stagnaient.

DEPUIS 2013
D’ailleurs, le « compte de résultat » affichait une dépense de fonctionnement de près de 29 milliards, contre des recettes 27,5 milliards. L’équilibre avait donc été réalisé en ponctionnant les résultats antérieurs qui ont donc diminué d’autant. Dans le document d’orientation budgétaire 2019, il était noté :  » La mise en évidence dans la section d’investissement de l’insuffisance des ressources pour couvrir les dépenses a de fait entraîné une forte mise à contribution du fonds de roulement, entre 2013 et 2017. »

DIFFICULTÉS À ÉQUILIBRER LE BUDGET
Lors du débat d’orientation budgétaire 2019, Caroline Machoro, conseillère de province UC, n’avait pas caché son inquiétude : « Le constat est alarmiste« , « Quant j’entends ce que je viens d’entendre, j’ai peur« .

La réalité, c’est que la province Nord a du mal à équilibrer son budget. Une piste a été soulevée : la restitution de compétences exercées par la province au territoire. Pour une économie chiffrée à 11 milliards.

Mais les choses ne sont pas si simples. Lors de l’installation des provinces, les compétences exercées ont été accompagnées d’un transfert de moyens. Si ces compétences sont restituées à la Nouvelle-Calédonie, il faudra également … restituer les moyens.

1 MILLIARDS EN PROVENANCE … DE L’AUGMENTATION DES ALCOOLS
Dans l’intervalle, c’est l’Agence Sanitaire et Sociale qui a alimenté les provinces, dont la province Nord, à hauteur d’un milliard de francs. Provenant de l’augmentation de la taxe sur les alcools. On est, à l’évidence, bien loin de la prévention des abus d’alcool dont devrait se charger l’Agence Sanitaire, devenant boîte aux lettres pour subventions aux collectivités !

RÉÉQUILIBRAGE COMPRENANT … DES ACHATS D’AFFAIRES EN PROVINCE SUD
L’analyse des comptes de Nord Avenir, filiale financière de la province, laisse apparaître d’autres situations étonnantes. On sait que la principale source de recettes de la province vient du « rééquilibrage », part de recettes fiscales importante (50%) dont se prive la province Sud pour rééquilibrer le Nord et les Iles.

Une partie de ces dotations de « rééquilibrage » a servi à … acquérir des affaires à caractère commercial en province Sud. Les plus emblématiques sont les hôtels du Surf et Beaurivage, ainsi qu’un vaste terrain de 2 hectares à l’Anse Vata. Mais on trouve dans cette escarcelle bien d’autres commerces dont certains ont été revendus comme cette chaîne « gourmande » de boulangerie-pâtisserie.

DES IMPOTS PAYÉS MAJORITAIREMENT PAR LES CONTRIBUABLES DU SUD
Pour autant, ces actifs ne sont pas vendus. Le président de l’UC en qualifiait certains, dans une déclaration récente sur la proposition de vente du Surf, « d’acquis de lutte ». Bien vu pour les contribuables du sud qui viennent d’acquitter le premier tiers provisionnel d’un IRPP en forte hausse sur la tranche moyenne de revenus !

Pour l’avenir des finances de la province Nord, faut-il, comme l’élue de l’Union Calédonienne, « avoir peur » ?

UN CABINET ITALIEN POUR LE NOUVEAU TERMINAL DE CROISIÈRE POUR NOUMÉA

Le nouveau terminal de croisière de Nouméa devrait être livré en 2022

Faisant suite à la visite récente de Jennifer Vandekreeke, Vice-présidente de la compagnie Carnival en Australie, qui a présenté la perspective d’un million de croisiéristes, les autorités locales ont dévoilé le résultat d’un travail effectué pour la réception de ce trafic futur.

C’est une nouveau terminal de croisière qui sera réalisé sur le grand quai de commerce, afin d’accueillir dans les meilleurs conditions ces clients venus de l’océan. A l’issue d’un appel d’offres international mené par le Port Autonome, c’est le cabinet italien Vincini Architteti qui a été déclaré lauréat.

Reste à présent à finaliser le financement de cette réalisation qui fera l’objet d’un partenariat public-privé. L’ensemble a estimé à 4 milliards de francs.

Les travaux pourraient commencer dès la fin 2020 pour une livraison en 2022.

PLUIE DE MILLIARDS DANS L’IMMOBILIER. IL FAUT RÊVER, MAIS PAS TROP …

Jamais les carnets de commande du BTP n’ont été aussi vides, mais jamais les milliards d’investissements immobiliers n’ont autant été annoncés dans l’agglomération. Serait-ce la fameuse embellie économique annoncée par le gouvernement en 2019 ? Les élections provinciales sont maintenant à moins de 7 semaines …

UN DÉLUGE DE MILLIARDS
10 milliards pour le Carré Rolland, en centre-ville. Et 10 milliards de plus pour le complexe résidences-marinas à Nouré, dans la commune de Dumbéa. Et 10 milliards encore pour la plus haute tour de Calédonie à l’Anse Vata. Ce n’est pas une pluie de constructions, c’est un déluge.

Le déluge se poursuit avec les 200 000 touristes en 2025, un million de croisiéristes en 2025, zéro mort sur les routes quelques années plus tard. Ne manque que la troisième usine, et les 200 milliards CFP que Macron avancerait à la Calédonie sur la demande de Marine Le Pen, sa meilleure amie …

Bon. Le déluge passé, il faut revenir sur terre et observer la programmation de ces réalisations immoblières.

Le Carré Rolland est un projet en discussion depuis 2012. Construction complexe, d’une part, avec des parkings creusés dans les remblais de centre-ville, et donc, dans l’eau de l’ancienne baie, financement lourd, d’autre part, dans une période économiquement difficile, ce projet a reçu de la mairie un accord de prolongation avant le lancement des travaux. Il faut donc un peu patienter.

Le projet de marinas et de résidences hotelières à Dumbéa a obtenu, enfin, ses autorisations provinciales. Les promoteurs sont financièrement solides, et le bouclage du financement est en cours. Il faut attendre l’annonce du démarrage des travaux.

La plus haute tour de Calédonie -115 mètres-, pourrait être construite sur un emplacement distant de quelques dizaines de mètres de ce qui devait être le gigantesque hôtel « Do-Sheraton ». Mais cette fois ci, les investisseurs, off-shore, ont de réels moyens financiers. Pour l’immeuble envisagé sur le terrain … de la province Nord, reste à passer des étapes importantes, notamment les défiscalisations, les procédures d’appel d’offres, et quelques broutilles. Prudents, les promoteurs espèrent au mieux lancer les travaux en 2021.

En attendant …

TOURISME : DES STATISTIQUES À REVOIR !

Comme pour tout développement d’un secteur économique, celui du tourisme a besoin de statistiques fiables et rapides. Ces données permettent, le cas échéant, de réagir à une situation particulière, d’anticiper le cas échéant, et de mesurer la performance. Lacunes.

L’Isee, Institut des Statistiques et des Etudes Economiques, est un organisme compétent, mais qui, à l’évidence, manque de moyens. Or, au moment où la crise rend prégnantes les nécessités de relance ou de développement, les responsables ont besoin de ces chiffres. Du moins en théorie, lorsque le développement économique est appréhendé de manière professionnelle …

PAS ENCORE DE RÉSULTATS POUR DÉCEMBRE 2018
Pour ce qui est des chiffres du tourisme, ceux de … décembre ne sont toujours pas connus. Cela va faire 3 mois que les données de Tontouta ont été recueillies. Pour un petit pays comme la Calédonie, et une activité somme toute modeste comme le tourisme, cette lenteur interroge.

14 000 « TOURISTES » DES ÎLES DU PACIFIQUE …
Tout comme l’analyse économique de ces chiffres pose question.

Selon les données cumulées du mois de novembre, 106 552 « touristes » ont séjourné sur le territoire, contre 106 798 en 2017. Ces chiffres n’intègrent pas moins de 14 021 personnes en provenance des îles du Pacifique. L’Isee ne gagne pas en crédibilité quand son analyse conclut à classer les visiteurs wallisiens, vanuatais et polynésiens parmi les touristes …

BAISSE DES CROISIÉRISTES
Autre chiffre intéressant, celui des croisiéristes. Pour la seconde fois depuis le record de 2016, les chiffres sont en baisse. Pour 2018, cette diminution est de 50 000 visiteurs. Une tendance suffisamment importante pour justifier une étude économique sur le sujet. La dépense des croisiéristes est en effet de plusieurs centaines de millions aux Îles Loyauté et à l’île des Pins, et supérieure à 2 milliards à Nouméa.

Des montants qui ne peuvent laisser indifférent alors que l’économie et les finances publiques sont en crise.

LA SMSP ACHÈTERA LE MINERAI DE LA SLN

Christel Bories l’avait annoncé : la reconstitution d’une trésorerie en chute libre pour la SLN passe par une vente à l’exportation de ses minerais non utilisables pour les fours de Doniambo.

Finalement, André Dang a annoncé que la SMSP achèterait l’intégralité des 4 millions de tonnes dont l’extraction est envisagée par la Société le Nickel.

Les minerais dont la teneur est supérieure à 2% seront expédiés en Corée du Sud, vers l’usine dont la majorité est détenue par SMSP. Le reste, de plus basse teneur (jusqu’à 1,4%), sera destiné à l’usine chinoise que la société de la province Nord négocie avec le groupe Jinchuan.

VIE CHÈRE : ENFIN UNE PERFORMANCE MONDIALE CALÉDONIENNE !

La revue internationale prestigieuse The Economist, qui fait autorité, vient de publier le classement des villes les plus chères au monde. Dans le peloton de tête, Singapour, Hong Kong, Zurich, Tokyo, Osaka, Séoul, Genève, Paris. Mais Nouméa apparaît dans le Top 20 !

UN INDICE INTÉGRANT LES DÉPENSES DE LA VIE QUOTIDIENNE
Cette étude se base sur les prix moyens à New-York, établie comme le référentiel avec un score fixe de 100, et compare avec les autres villes pour voir si les prix des mêmes produits sont plus ou moins élevés. Par exemple, avec le prix moyen d’un kilo de pain : 4,98 euros (594 FCFP) à Paris, 13,72 à Séoul, 7,33 à New-York, mais 2,99 à Singapour. L’indice comprend la nourriture, les boissons, les vêtements, les articles ménagers et les articles de soins personnels, les loyers des maisons, les transports, les factures de services publics, les écoles privées, l’aide aux ménages et les frais de loisirs.

NOUMÉA GAGNE … 33 PLACES ET FIGURE DANS LE TOP 20 MONDIAL
On savait que Paris était une ville chère. Mais la surprise française vient de chez nous, puisque Nouméa occupe la … 20e position des villes les plus chères au monde, et fait un bond de 33 places !

Selon les auteurs de l’étude, cette « performance » vient d’un manque certain de concurrence.

Le classement prend donc en compte la nourriture, les boissons, les vêtements, les articles ménagers et les articles de soins personnels, les loyers des maisons, les transports, les factures de services publics, les écoles privées, l’aide aux ménages et les frais de loisirs.

TGC ET AUTORITÉ DE LA CONCURRENCE
Ce classement international établi par The Economist est réputé fiable et sérieux. Il vient corroborer deux constats locaux :

  • Il serait temps que les autorités locales tiennent compte des recommandations de l’Autorité calédonienne de la Concurrence
  • La TGC et les mesures de « compétitivité » n’ont pas eu grande influence sur l’augmentation sidérante du coût de la vie en Nouvelle-Calédonie.