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TOURISME : DES STATISTIQUES À REVOIR !

Comme pour tout développement d’un secteur économique, celui du tourisme a besoin de statistiques fiables et rapides. Ces données permettent, le cas échéant, de réagir à une situation particulière, d’anticiper le cas échéant, et de mesurer la performance. Lacunes.

L’Isee, Institut des Statistiques et des Etudes Economiques, est un organisme compétent, mais qui, à l’évidence, manque de moyens. Or, au moment où la crise rend prégnantes les nécessités de relance ou de développement, les responsables ont besoin de ces chiffres. Du moins en théorie, lorsque le développement économique est appréhendé de manière professionnelle …

PAS ENCORE DE RÉSULTATS POUR DÉCEMBRE 2018
Pour ce qui est des chiffres du tourisme, ceux de … décembre ne sont toujours pas connus. Cela va faire 3 mois que les données de Tontouta ont été recueillies. Pour un petit pays comme la Calédonie, et une activité somme toute modeste comme le tourisme, cette lenteur interroge.

14 000 « TOURISTES » DES ÎLES DU PACIFIQUE …
Tout comme l’analyse économique de ces chiffres pose question.

Selon les données cumulées du mois de novembre, 106 552 « touristes » ont séjourné sur le territoire, contre 106 798 en 2017. Ces chiffres n’intègrent pas moins de 14 021 personnes en provenance des îles du Pacifique. L’Isee ne gagne pas en crédibilité quand son analyse conclut à classer les visiteurs wallisiens, vanuatais et polynésiens parmi les touristes …

BAISSE DES CROISIÉRISTES
Autre chiffre intéressant, celui des croisiéristes. Pour la seconde fois depuis le record de 2016, les chiffres sont en baisse. Pour 2018, cette diminution est de 50 000 visiteurs. Une tendance suffisamment importante pour justifier une étude économique sur le sujet. La dépense des croisiéristes est en effet de plusieurs centaines de millions aux Îles Loyauté et à l’île des Pins, et supérieure à 2 milliards à Nouméa.

Des montants qui ne peuvent laisser indifférent alors que l’économie et les finances publiques sont en crise.

LA SMSP ACHÈTERA LE MINERAI DE LA SLN

Christel Bories l’avait annoncé : la reconstitution d’une trésorerie en chute libre pour la SLN passe par une vente à l’exportation de ses minerais non utilisables pour les fours de Doniambo.

Finalement, André Dang a annoncé que la SMSP achèterait l’intégralité des 4 millions de tonnes dont l’extraction est envisagée par la Société le Nickel.

Les minerais dont la teneur est supérieure à 2% seront expédiés en Corée du Sud, vers l’usine dont la majorité est détenue par SMSP. Le reste, de plus basse teneur (jusqu’à 1,4%), sera destiné à l’usine chinoise que la société de la province Nord négocie avec le groupe Jinchuan.

VIE CHÈRE : ENFIN UNE PERFORMANCE MONDIALE CALÉDONIENNE !

La revue internationale prestigieuse The Economist, qui fait autorité, vient de publier le classement des villes les plus chères au monde. Dans le peloton de tête, Singapour, Hong Kong, Zurich, Tokyo, Osaka, Séoul, Genève, Paris. Mais Nouméa apparaît dans le Top 20 !

UN INDICE INTÉGRANT LES DÉPENSES DE LA VIE QUOTIDIENNE
Cette étude se base sur les prix moyens à New-York, établie comme le référentiel avec un score fixe de 100, et compare avec les autres villes pour voir si les prix des mêmes produits sont plus ou moins élevés. Par exemple, avec le prix moyen d’un kilo de pain : 4,98 euros (594 FCFP) à Paris, 13,72 à Séoul, 7,33 à New-York, mais 2,99 à Singapour. L’indice comprend la nourriture, les boissons, les vêtements, les articles ménagers et les articles de soins personnels, les loyers des maisons, les transports, les factures de services publics, les écoles privées, l’aide aux ménages et les frais de loisirs.

NOUMÉA GAGNE … 33 PLACES ET FIGURE DANS LE TOP 20 MONDIAL
On savait que Paris était une ville chère. Mais la surprise française vient de chez nous, puisque Nouméa occupe la … 20e position des villes les plus chères au monde, et fait un bond de 33 places !

Selon les auteurs de l’étude, cette « performance » vient d’un manque certain de concurrence.

Le classement prend donc en compte la nourriture, les boissons, les vêtements, les articles ménagers et les articles de soins personnels, les loyers des maisons, les transports, les factures de services publics, les écoles privées, l’aide aux ménages et les frais de loisirs.

TGC ET AUTORITÉ DE LA CONCURRENCE
Ce classement international établi par The Economist est réputé fiable et sérieux. Il vient corroborer deux constats locaux :

  • Il serait temps que les autorités locales tiennent compte des recommandations de l’Autorité calédonienne de la Concurrence
  • La TGC et les mesures de « compétitivité » n’ont pas eu grande influence sur l’augmentation sidérante du coût de la vie en Nouvelle-Calédonie.

VANUATU : LA LEÇON DE TOURISME AVEC UN BUDGET NATIONAL ÉQUIVALENT À CELUI … DU MÉDIPOLE

Avec l’annonce d’achat de quatre nouveaux avions, le Vanuatu met en oeuvre sa stratégie de développement touristique. Un développement fondé sur le réalisme, et assis sur des financements relativement modestes, comparés à sa riche cousine néo-calédonienne. Leçon.

UN BUDGET NATIONAL PROCHE DE CELUI DU MÉDIPOLE
L’archipel voisin dispose d’un d’un budget national relativement proche de celui du Médipôle. Avec donc un impératif : faire au mieux avec les budgets disponibles.

110 000 « VRAIS » TOURISTES
En matière touristique, les résultats sont flatteurs. 110 000 « vrais » touristes, avec des moyens limités, et un produit qui ne cesse de s’améliorer. Et alors que la Calédonie plafonne à un peu plus de 100 000 « vrais » touristes, mais en annonce 200 000 en … 2025, le Vanuatu ambitionne d’en recevoir 300 000 dans tout juste 10 ans.

13 NOUVEAUX APPAREILS D’ICI 2030
La compagnie aérienne nationale est le fer de lance de cette stratégie. L’achat de 2 A220-100 et 2 A220-300 y répond. L’objectif est, pour elle, de se doter au total de 13 nouveaux appareils dont 8 longs et moyens courriers d’ici à 2030.

UNE STRATÉGIE QUI NOUS MANQUE CRUELLEMENT
Irréaliste ? Les commandes fermes ont été passées à Airbus qui avait pris le contrôle du Canadien Bombardier dont sont issus les avions en question. L’avenir dira si l’ambition de l’archipel est excessive ou pas. Mais déjà, sans tambours ni trompettes, le Vanuatu affiche des résultats supérieurs aux nôtres, et met en place une vraie stratégie de développement. Une stratégie qui nous manque cruellement.

SLN : CE QUE SERAIENT LES CONSÉQUENCES D’UN DÉPÔT DE BILAN

 

Depuis plusieurs mois, les dirigeants de la SLN ne cessent d’indiquer que la situation de la société est gravissime. Depuis plusieurs années, et après que le cours du nickel se soit effondré par rapport aux sommets atteints en 2006-2007, l’entreprise tente de sortir de sa situation de déficit en retrouvant un coût opérationnel rétablissant au moins l’équilibre de son exploitation. Dans ce domaine, les performances meilleures de ses concurrents la mettent peu à peu hors compétition. L’approvisionnement incertain de Doniambo, la mise en veilleuse de ses fours, la dégradation accélérée de sa trésorerie rendent crédibles un dépôt de bilan. Eclairages.

UNE DÉGRADATION CONTINUE
Le dépôt de bilan est d’abord une obligation des dirigeants dans un délai précisé par la loi lorsque l’entreprise n’est plus en mesure de faire face à son passif exigible au regard de son actif disponible. Cette appréciation peut également résulter d’une analyse prospective par rapport à sa situation et son historique et conduire à une décision de sauvegarde.

La SLN, aujourd’hui, acquitte ses charges, et notamment ses charges salariales, grâce à la combinaison de deux prêts consentis il y a deux ans. Cet apport de trésorerie est censé accompagner le redressement de l’entreprise et le retour aux profits. Or, sa trésorerie ne cesse de se dégrader et pourrait se tarir cette année.

L’Union Calédonienne vient de se prononcer sur cette situation : Eramet est libre de s’en aller, la Nouvelle-Calédonie doit obtenir 76% du capital de la SLN, et les mines de la société doivent revenir aux provinces ! Lire notre article.

VERS UNE RISQUE DE CESSATION DE PAIEMENT
Aujourd’hui, le retour à la compétitivité est un échec. Pire, la situation s’est dramatiquement aggravée avec les exactions à répétition de Kouaoua, la suppression de l’autorisation d’exploiter des gisements nouveaux dans cette région, et récemment, le blocage de l’approvisionnement de l’usine de traitement par l’USTKE et la CSTNC.

La société perd chaque mois des sommes colossales, sans perspective sérieuse de retour à l’équilibre. Sa trésorerie fond comme neige au soleil.

Si la dégradation perdure, comment éviter de se retrouver brutalement dans l’incapacité de payer près de 2000 salariés, ses fournisseurs, ses charges de maintenance minimale de l’outil de production sans le déclenchement d’une procédure pouvant constituer l’ultime sauvegarde ?

RISQUE DE FERMETURE OU ESPOIR DE POURSUITE ?
Hypothèse la plus optimiste : les voyants se mettent au vert dans les 6 mois qui viennent, avec des signes positifs forts rapidement, et la SLN poursuit ses opérations.

Hypothèse pessimiste : le dépôt de bilan.  Dans ce cas, et d’une manière générale, il reste aux entreprises deux possibilités : la procédure de redressement ou la liquidation judiciaire.

On entre alors dans le champ des plus vastes hypothèses …

Le redressement ouvrirait la voie d’un retour à marche forcée vers l’équilibre financier. Il placerait l’entreprise en situation de protection vis à vis de ses créanciers, et soumettrait clairement le personnel à l’obligation d’efforts … pour sauver leur emploi ou le perdre.

En cas de liquidation judiciaire, la dissolution de la société serait prononcée. L’objectif serait alors de vendre les actifs de payer les dettes.

QUI SERAIT L’ÉVENTUEL REPRENEUR ? …
Lors d’une liquidation, des offres de reprises peuvent être formulées. Dans le cas évoqué, il pourrait alors être envisagé la cession globale ou partielle de l’entreprise.

La reprise devrait alors assurer le maintien d’activités susceptibles d’exploitation autonome, tout ou partie des emplois qui y sont attachés ainsi que l’apurement du passif.

En tout cas, la procédure prévoit que le plan de cession est arrêté par le tribunal. L’offre retenue est celle qui permet dans les meilleures conditions d’assurer le plus durablement l’emploi attaché à l’ensemble cédé ainsi que le paiement des créanciers tout en présentant les meilleures garanties d’exécution.

Des hypothèses cauchemardesques ! Mais la Calédonie vit dans une espèce de rêve depuis des années, sans anticipation de ses dégradations économiques, sociales, et même sociétales.

Il n’y a pas pire réveil que celui on l’on constate que le cauchemar, c’est la vraie vie.

ERAMET : RÉSULTAT POSITIF MAIS EN CHUTE DE 74% – « Etat d’urgence pour la SLN » titrent Les Echos

(L’Usine Nouvelle) – Le groupe minier et métallurgique français Eramet a publié le 20 février des résultats contrastés, avec un chiffre d’affaires en hausse de 5% porté par la hausse des cours des métaux et un résultat net positif pour la deuxième année, mais en chute de 74%. Un résultat pénalisé notamment par des défauts de qualité chez Aubert & Duval et par la contre-performance de sa branche nickel.

Lorsqu’Eramet avait rendu publics les défauts de conformité constatés sur son système de contrôle dans la production d’alliages haute performance, en décembre 2018, le groupe avait anticipé des conséquences financières significatives, chiffrées alors « au-dessus de 25 millions ». La provision pour y remédier est finalement portée à 65 millions d’euros, et s’ajoute à la dépréciation passée sur Aubert & Duval au premier semestre (200 millions d’euros).

Cette charge exceptionnelle, qui a pesé lourdement sur les résultats 2018, n’est que partiellement compensée par un résultat positif pour la branche de 147 millions d’euros, qui comprend la cession de Guilin, son usine chinoise d’alliages de manganèse. A la fin du premier semestre, Christel Bories reconnaissait déjà que « les ventes d’Aubert & Duval (avaient) connu un net recul dans les secteurs de l’aéronautique et de l’énergie ».

NOUVEAU PLAN DE SAUVETAGE POUR LA SLN
Les déboires s’accumulent dans la branche nickel. Le plan de réduction des coûts de production de la SLN peinait déjà à tenir le rythme de la concurrence internationale, quand la filiale calédonienne a dû faire face à des arrêts de production liés à une situation sociale difficile en Nouvelle-Calédonie (blocage de la SLN, incendies multiples sur les sites, arrêts pour mise en sécurité…). Le groupe parle à nouveau de « plan de sauvetage » pour sa filiale calédonienne, qui estime les pertes liées à ces mouvements sociaux à plus de 11 millions d’euros. La montée en puissance trop lente de l’usine de Sandouville après le remplacement de la matte de nickel calédonienne par de la matte finlandaise a enfoncé le clou d’une piètre performance de la branche.

« Etat d’urgence pour la filiale calédonienne d’Eramet », titrent Les Echos qui indiquent que « Le groupe juge fondamental le plan de sauvetage de la SLN. Faute de quoi, la société calédonienne risque à nouveau la faillite l’an prochain« .

Quant à Zone Bourse, elle cite Christel Bories, PDG du groupe, à propos d’un éventuel échec du plan de sauvetage de la SLN : « Si on n’y arrivait pas, il faudrait probablement réfléchir à d’autres solutions. Mais on ne peut pas imaginer d’avoir systématiquement à renflouer une activité sans qu’elle ait des perspectives de redressement robustes et crédibles« .

 

DE LA VIANDE, DES ROUSSETTES ET DU NAUTOU DU VANUATU EN CALÉDONIE ?

Port Vila

Les gourmets s’interrogent. Si la Calédonie et le Vanuatu s’orientent vers un accord de libre échange entre les deux territoires, hors le kava qui intéresse les nakamals toujours sans réglementation, les taros et les ignames, l’espoir est fort de pouvoir acheter localement, à tarif réduit :

  • la fameuse viande réputée quasiment bio du Vanuatu
  • les roussettes qui existent à profusion dans l’archipel voisin, et qui sont indemnes de maladies
  • les nautous, dont la taille, au Vanuatu, font rêver les amateurs calédoniens
  • le fameux poivre du Vanuatu

Déjà, en sens inverse, les Calédoniens sont de plus en plus nombreux à se rendre à Port Vila, à Santo ou encore à Tanna pour y faire du tourisme. Un dépaysement pratique, en raison de la proximité de la destination, avec une hotellerie satisfaisante et un service avec le sourire. Et guère plus cher que de se déplacer dans nos îles …

ERAMET MISE SUR LA BATTERIE LITHIUM-ION MAIS CE MARCHÉ SERA RÉVOLUTIONNÉ PAR LA BATTERIE SOLIDE

En détenant un gisement de lithium « de taille exceptionnelle » depuis 2014 en Argentine, Eramet s’est placé dans la tendance porteuse de la voiture électrique. Cette dernière utilise la batterie lithium-ion dans une formule électrodes-liquide électrolyte qui est actuellement la plus performante.

LA COURSE À LA FABRICATION DE BATTERIES POUR VOITURES ÉLECTRIQUES
La production des batteries a largement évolué, ces dernières années. Le Japon, qui en était l’incontestable leader mondial en 2013 avec 70%, a vu ses parts de marché attaquées par la Chine qui s’est haussée en 5 ans de 3% à 26% et par la Corée du Sud (Hyundai) qui investit jusqu’en Europe.

La France s’est lancée dans la compétition à une échelle plus modeste. Trois fabriquants émergent : Saft, récemment rachetée par Total, Blue Solutions du groupe Bolloré, et Forsee Power qui fabrique désormais des batteries pour bus électrique à Poitiers.

Ce marché est en pleine croissance, mais les départements recherche-développement sont en quête de la « pierre philosophale » : la batterie rechargeable en quelques minutes, qui ne chauffe pas, et qui donne au véhicule une autonomie de 800 km, soit pratiquement Nouméa-Koumac et retour !

FISKER : 800 KM D’AUTONOMIE, RECHARGE EN UNE MINUTE, POUR 2021
C’est le danois Fisker, ancien designer d’Aston Martin, créateur de la Fisker Karma l’un des premiers véhicule hybride rechargeable au monde, et plus récemment de la sportive e-Motion, qui a provoqué la sensation en annonçant la mise au point d’une batterie solide répondant à ces critères recherchés : un chargement ultra rapide en 1 minute -et possiblement solaire !- ainsi que 800km d’autonomie. Fisker compte parmi ses actionnaires le géant Caterpillar. Côté Allemagne, BMW s’est lancé dans le défi technologique.

Quant au gouvernement japonais, il ne reste pas inactif. Pour tenter de retrouver sa place de leader mondial, il est venu à la rescousse des principaux groupes nippons investis dans ce domaine industriel. Il a créé une nouvelle unité de recherche (Consortium for Lithium Ion Battery Technology and Evaluation Center) et en collaboration avec notamment Panasonic, Honda, Toyota et Yuasa, veut aboutir à la fabrication d’une batterie solide performante avant 2025.

ERAMET INVESTIT EN ARGENTINE
En attendant, Eramet investit 500 millions d’euros en Argentine pour produire annuellement, à partir de 2021, 24 000 tonnes de carbonate de lithium. Soit 10% des besoins mondiaux pendant plusieurs décennies. Pour Christel Borie, la PDG, ce projet d’exploitation est « au cœur de la stratégie du groupe« .

UNE START-UP CHINOISE ANNONCE LA FABRICATION DE BATTERIES SOLIDES
Pourtant, une start-up chinoise vient de jeter le trouble dans ce marché planétaire : Qing Tao Energy Development Co, startup issue de la prestigieuse Université technique de Tsinghua, a annoncé le déploiement de la toute première ligne de production de batteries solides !

Cette prouesse qui selon son responsable a nécessité l’injection de quelques 20 milliards FCFP, va permettre d’alimenter, pour l’instant, des « équipements high-tech haut de gamme ». Mais Nan Cewen, le patron de la start-up, affirme être en pourparlers avec « un certain nombre de grands constructeurs automobiles ».

G Briault

SLN : LE SCENARIO DU PIRE DANS LE SILENCE DE L’ACTIONNAIRE CALÉDONIEN

Depuis plusieurs mois, la dégradation de la SLN s’est accélérée en raison du flottement du plan d’abaissement des coûts de production de l’usine. Pour augmenter la compétitivité de la société, une amélioration très sensible de la compétitivité sur mine, basée sur une augmentation du travail, avait été acceptée par une majorité de syndicats. Mais des mouvements de grève sur les sites miniers enclenchés par des syndicats refusant cette nouvelle augmentation du travail a provoqué le ralentissement de l’approvisionnement en minerai des fours de Doniambo. Ces derniers sont alimentés par les réserves sur le site de l’usine, des réserves qui tendent à l’épuisement.

Conséquence : la puissance des fours a été réduite pour prolonger la durée de traitement des stocks. En cas d’insuffisance prolongée de minerai à traiter, cette première phase devrait être suivie d’une deuxième réduction si le stock devient inférieur à 100 000 tonnes, puis de la « mise à bain nue », opération visant simplement à empêcher le refroidissement des briques, et enfin, de l’extinction d’un des deux fours.

LA FERMETURE
DU SITE DE NÉPOUI

La SLN perd plusieurs centaines de millions chaque mois, et ne doit son salut provisoire qu’à deux prêts – l’un de sa société mère Eramet, l’autre d’un emprunt garanti par l’Etat- d’un montant d’environ 65 milliards FCFP. L’épuisement de cette trésorerie s’accélère avec la chute de rentabilité de la société, à laquelle s’ajoute la déficience de productivité.

Cette situation est aggravée du fait d’un environnement très concurrentiel, formé par des producteurs qui ont été économiquement plus performants que la SLN.

Après le site de Kouaoua, ravagé par de véritables actes de guérilla et dont les pertes sont importantes, c’est le site de Népoui qui est désormais dans le collimateur. Son exploitation est en effet déficitaire en raison notamment de l’éloignement des gisements, et alors que ceux-ci ne sont pas exploités dans les meilleures conditions de compétitivité.

VERS LE DÉPÔT DE BILAN

C’est la Présidente d’Eramet qui avait évoqué cette ultime phase de la chute de la SLN. La société calédonienne demeure une société privée, et les actionnaires privés sont en droit d’exiger des décisions préservant leurs intérêts. Devant le gouffre financier que représenterait l’unité calédonienne, et l’absence de perspectives de redressement, le dépôt de bilan est une hypothèse qui serait de plus en plus crédible.

Cette catastrophe économique frapperait en plein l’ensemble du territoire. Certes, la Province sud serait la principale affectée, mais les emplois sur site en Province nord, et les employés originaires des Iles Loyauté sont très nombreux. Encore ne s’agit-il que des emplois directs. Il faut ajouter à l’impact économique les conséquences dramatiques pour les sous-traitants, et les activités induites.

Ainsi que celui sur la Cafat …

LE SILENCE
DE L’ACTIONNAIRE CALÉDONIEN

Les institutions calédoniennes sont présentes au capital de la SLN, aux côtés d’Eramet et de Nisshin Steel. Ce sont les trois provinces, au travers de la Société Territoriale Calédonienne de Participation Industrielle (STCPI) qui possèdent 34% des actions. Quant à l’Etat, il détient une action, celle de l’Agence des Participations de l’Etat.

Dans le plan de redressement financier de la SLN, l’actionnaire calédonien avait déjà été absent, arguant du fait que la mauvaise situation de la société résultait de la gestion d’Eramet, et notamment d’une distribution conséquente de dividendes.

La STCPI avait tout de même empoché sa part de 34% de la distribution …

Depuis plusieurs mois que la situation de la SLN se dégrade à nouveau, lors des « événements » de Kouaoua, et alors que la situation tourne à la catastrophe, les représentants des Calédoniens semblent muets. A croire, soit qu’un trait a été tiré sur « la vieille dame », soit que l’information ne passe pas.

UNE SITUATION PLUS GRAVE
POUR LA CALÉDONIE QUE POUR ERAMET

L’impact économique est social le plus grave serait à inscrire au compte de la Nouvelle-Calédonie. Nul doute que les effets de la déflagration affecteraient également la situation politique locale.

Quant à l’impact sur la Cafat, il serait incalculable, dans une situation de quasi-faillite du Ruamm, et face à plusieurs milliers de pertes de cotisations, de charges nouvelles au régime chômage.

Pour Eramet, les conséquences financières seraient importantes, bien sûr. La bourse ne serait pas insensible à cet échec. Mais le producteur français trouverait facilement des approvisionnements alternatifs, quitte à investir dans le process d’adaptation du traitement d’autres ferro-nickels.

Quant aux actionnaires calédoniens, comprenant Promosud et Nordîles au sein de la STCPI, non seulement ils seraient appelés en responsabilité dans cette déconfiture, mais peut-être leur serait-il proposé de « calédoniser » la SLN en y prenant la majorité. A 51% …

POURQUOI LA SLN POURRAIT NE PAS « TENIR » TRÈS LONGTEMPS

Verra-t-on dans les mois à venir, Eramet proposer à la Nouvelle-Calédonie de « prendre » 51% du capital de la SLN ? Une prise de pouvoir déjà exprimée …

Voila une société minière et métallurgique, la plus ancienne de Calédonie, dans une situation périlleuse : une usine vieillissante, une situation financière qui ne cesse de se dégrader, des sites miniers paralysés par des syndicats hostile à l’un des fondements de la compétitivité, un soutien presqu’inexistant de son actionnaire calédonien, et un domaine minier contrôlé … par son principal concurrent.

Dans quelques mois d’ici, la SLN se trouvera à nouveau en cessation de paiement.

Que doit penser l’actionnaire majoritaire Eramet ?

D’abord, que s’approvisionner à 22 000 kilomètres en ferro-nickel devient, économiquement, mission impossible. Un environnement politique hostile, une entreprise déficitaire qui n’arrive pas à se hisser au niveau compétitif de ses concurrents, et des perspectives peu réjouissantes. En prime, l’approvisionnement le plus productif  au monde … de CO2 !

Ensuite, que comme pour les mattes, un approvisionnement européen, ou en provenance des Caraïbes serait bien plus économique, pratique, et libre de toute contrainte politique et sociale. A des aménagement près du process de traitement de produits nouveaux.

Enfin, que dans un monde extrêmement concurrentiel, la survie de la branche acier-alliages d’Eramet est peut être à ce prix.

51% de la SLN ? Qui dit pire ?