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RÉFORME DAVANTAGE QUE POUVOIR : L’ENJEU DU PROCHAIN GOUVERNEMENT CALÉDONIEN avec les dangers qui guettent les régimes sociaux et l’économie

En dépit des analyses plutôt rassurantes des organismes officiels sur l’année 2016, la Nouvelle-Calédonie poursuit son mouvement d’enlisement économique et social. En réalité, tous les voyants sont au rouge ou à l’orange : les comptes sociaux, l’emploi, l’économie et donc les recettes fiscales. Sans réforme forcément douloureuse, point de salut. Ce devrait être l’agenda prioritaire du prochain gouvernement. Exigences.

PROCÉDURE D’ALERTE À LA CAFAT ?
Alors que la Cafat ne se rend guère populaire en effectuant des contrôles ostensibles –et malvenus- au premier jour de la Foire de Bourail, ses responsables se demandent si « les politiques » auront le courage de mener les réformes susceptibles d’éviter la faillite du système. Faillite, le terme est approprié. « Ce serait le cas d’une entreprise privée au regard des dettes, de l’impasse de trésorerie et d’absences de perspectives de redressement », déclare ce haut responsable de la Caisse. De fait, la barque est en train de couler : 15 milliards de dettes du Ruamm, un besoin de trésorerie, pour tout juste les dépenses immédiates, de 2 milliards avant la fin de l’année, tous les régimes en déficit structurels à l’exception du régime de retraite. Si les commissaires aux comptes ne lancent pas une « procédure d’alerte », ils pourraient eux-mêmes endosser une part de responsabilité.

A cette situation, point de potion miracle. Juste un remède de cheval, tant les dérives se sont accumulées. Pour éviter la faillite, il conviendra de manier à la fois la réduction des dépenses –les prestations et le train de vie de l’organisme-, et l’augmentation des recettes –prélèvements obligatoires et concours publics-.

TOUTES LES RECETTES FISCALES ENGLOUTIES EN 2030
Mais il n’en va pas que de la Cafat, car les « régimes sociaux » couvrent un champ bien plus vaste : les allocations de solidarité, le plan handicap, les retraites de solidarité, les aides sociales notamment.

Au total, au rythme actuel de la croissance des dépenses, l’ensemble des recettes fiscales de la Nouvelle-Calédonie en 2030 suffira à peine à combler les déficits de l’ensemble de ces régimes, Cafat comprise, bien entendu !

C’EST L’ENTREPRISE QUI CRÉE LA RICHESSE D’UN PAYS
Quant à l’emploi privé, il a entrepris une réduction inquiétante. Dans ce contexte, parler d’une « compensation » par la création d’emplois publics relève d’une farce. Dans un bateau qui fait l’eau, c’est simplement y rajouter l’eau des citernes de la cuisine !

Car en Calédonie comme dans tous les pays du monde, c’est l’entreprise dans une économie de croissance qui crée la richesse. Les services publics, les institutions et les régimes sociaux ne font que vivre de cette richesse.

L’enjeu, pour les mois et les années qui viennent, n’est donc pas seulement la réduction des dépenses. Il est également et surtout, la stabilisation puis l’augmentation des recettes. Or celles-ci ne peuvent croitre d’un secteur pour l’essentiel exsangue, au risque de le tuer. En clair, augmenter les impôts pour augmenter les recettes serait économiquement suicidaire.

L’URGENCE : REDONNER DU SOUFFLE AUX ENTREPRISES
Redonner de la vigueur aux PME ainsi qu’aux grandes entreprises locales, puisque la mine et la métallurgie sont entrées dans un cycle incertain de crise, est l’unique solution pour éviter le naufrage de la Nouvelle-Calédonie. Révisions de la fiscalité, simplifications administratives, soutien des pouvoirs publics et de leurs services aux entreprises, innovations y compris dans des secteurs porteurs déjà en place comme le tourisme, ce sont les réformes à conduire.

D’ailleurs, sans les 160 milliards transférés annuellement par la métropole, véritable « amortisseur » de crise spécifique au Pacifique français, les Calédoniens seraient depuis plusieurs mois dans la tourmente.

Mais à présent, « l’amortisseur » n’est plus qu’un « ralentisseur » tellement l’urgence est prégnante. Assurément, le prochain gouvernement local aura du pain sur la planche.

ACI : LA COMPAGNIE CALÉDONIENNE REMPLACERA SES AVIONS VIEILLISSANTS

L’issue du débat paraissait incertaine sur le feu vert à Aircalin pour remplacer ses avions qui « plombent » son exploitation et pénalisent ses clients, et pour maintenir au tourisme calédonien une desserte de qualité. Hier au Congrès, stratégie, finances, tarifs ont été évoqués, parfois avec des informations à remettre à niveau. Ils traduisent une perception floue du rôle et de la situation réelle de la compagnie. Finalement, les ailes internationales calédoniennes seront modernisées. Économie.

Au cœur du débat : la caution de la Nouvelle-Calédonie sur 5 milliards d’un emprunt bancaire de 20. En arrière-plan : la défiscalisation sollicitée auprès de Berçy (10 milliards). En lumière : les tarifs.

FINANCES PUBLIQUES ET TARIFS
Ce qui a changé depuis les premiers échanges en commissions plénières du Congrès, c’est la situation économique et budgétaire, bien sûr. Avec au passage, des élections législatives … En tout cas, pour les indépendantistes comme pour les Républicains Calédoniens, les 5 milliards de caution ne doivent cacher l’étendue de la responsabilité financière du territoire qui pourrait être appelé pour la totalité du prêt en cas de défaillance de l’emprunteur, en l’espèce, la compagnie.

Et cheval de bataille de plusieurs conseillers : les tarifs, notamment en période scolaire, sujet sensible auprès du public calédonien.

PLAIDOIRIE ET CRITIQUES
Philippe Michel paraissait bien seul, pour rappeler, sans nier quelques réalités comme les critiques tarifaires, des fondamentaux économiques pour la compagnie comme pour la Nouvelle Calédonie. Les avions actuels entrent dans un cycle de pannes ruineuses pour la compagnie qui perd de surcroît du crédit auprès de ses clients. Si le territoire n’assure pas le transport des Calédoniens et de ses touristes, personne d’autre ne le fera, tant l’étroitesse du marché local condamne tout espoir de réel profit. Et de citer Air Micronesia, AOM, Corsair et plus récemment Air Austral qui sont venus et repartis « parce qu’ils perdaient beaucoup d’argent », a rappelé le chef de groupe de la plate-forme.

Et de souligner également que le retard à meilleure fortune de l’Adanc, actionnaire presqu’unique d’ACI, permettra à l’agence de se substituer en garantie dès 2022.

Les critiques, en général enrobées dans un « nous ne visons pas la gestion d’Aircalin qui est bonne, ni le personnel qui a fait de grands efforts », ont fusé de tous les autres camps, parfois sans ambages. « Il manque un épisode : la politique tarifaire », « on ne peut pas dépenser l’argent qu’on n’a pas », « la compagnie doit être présidée par le membre du gouvernement chargé des transports », « il faut une seule compagnie aérienne et un seul handling », « il faut mettre en œuvre les recommandations de la Chambre des Comptes ».

Au passage, quelques actualisations informatives ont eu lieu. « La compagnie n’achète plus de block-sièges à Air France qui paie ses sièges comme les autres compagnies ». « Il n’existe pas de monopole au profit d’Aircalin. Toutes les compagnies peuvent demander à atterrir à Tontouta. Une compagnie low-cost avait été autorisée, mais elle n’est pas venue ». Et enfin « Aircalin ne perd plus d’argent sur la desserte Japon qui est équilibrée ».

ÉCONOMIE : LES LEVIERS DE CROISSANCE
Au delà des arguments qui méritent presque tous d’être approfondis dans un débat complémentaire, ce qui ressort des échanges nombreux est de deux ordres :

  • la compagnie n’est pas comprise comme elle le souhaiterait, ce qui l’interpelle sur sa communication,
  • beaucoup oublient qu’il s’agit d’une entreprise, essentielle puisque la Nouvelle-Calédonie est une île et que sa desserte n’intéresse personne, qui recherche pour elle-même des leviers de croissance, et constitue également pour le tourisme – 5000 emplois actuels !- un levier de croissance fondamental.

Or, si la Nouvelle-Calédonie veut affronter la crise qu’elle subit dans les conditions les moins mauvaises, elle a besoin de soutenir son économie et de mettre en place des leviers de croissance.

C’est l’Union Calédonienne, par la voix de Rock Wamytan, qui a fait basculer le débat en offrant une alternative au vote négatif : appliquer les recommandations de la Chambre des Comptes, parler de la politique tarifaire, de l’emploi local, du tourisme, évaluer la situation financière de l’Agence pour la Desserte Aérienne, actionnaire ultra-majoritaire d’Aircalin, réintégrer la stratégie de desserte aérienne dans le Plan NC 2025. Propositions acceptées par le gouvernement et la compagnie.

Quant à Kotra Uregei, rappelant qu’Aircalin avait été créée sous le magistère de Jean-Marie Tjibaou, il avait indiqué que son groupe « prendrait ses responsabilités pour l’avenir de la compagnie« .

Finalement, l’intergroupe Calédonie Ensemble-Rassemblement-MPC, l’UC et les élus nationalistes ont apporté leurs 37 voix à la caution, contre 15 de l’Uni et des Républicains Calédoniens. ACI pourra annoncer à Bercy que son actionnaire presqu’unique la soutient, et confirmer ses commandes à Airbus.

Dans la foulée, le Congrès a donné son accord pour 2 ATR au profit d’Aircal.

FERMÉE OU MAINTENUE : L’ANGOISSE REPREND À L’USINE DU SUD

Après les propos rassurants du Soenc nickel qui laissait entendre qu’il était acquis que l’usine Vale du sud poursuivrait ses opérations en 2018, une intersyndicale regroupant notamment l’UTFE-CGC et l’USTKE tire la sonnette d’alarme : la menace de fermeture au 1er janvier 2018 n’est pas écartée.

PRINCIPALE SOURCE DE PERTE DU GROUPE
Alors pour les 1350 employés de Vale, comme pour les quelques 4000 employés des sous-traitants, l’angoisse reprend.

Selon l’intersyndicale qui annonce un suivi hebdomadaire de la situation avec la direction, Vale n’aurait pas encore pris de décision définitive, et s’interroge sur la poursuite des opérations dans le sud calédonien. En cause, plusieurs facteurs : les coûts de production, qui ont déjà coûté 120 milliards FCFP à l’entreprise brésilienne, l’absence de perspectives sérieuses de remontée des cours, ou même de tendance de leur évolution.

Après des pertes colossales, Vale a retrouvé le chemin des profits en 2016, mais l’usine en Province sud est montrée du doigt et apparaît comme la principale source de pertes pour le groupe.

Pour sauver les emplois, les syndicats de l’intersyndicale se disent prêts aux efforts de productivité nécessaires pour atteindre l’équilibre financier. Sans occulter la probable réduction de la masse salariale indispensable à la réduction des charges.

PARTENAIRES PRIVÉS ET « GESTE » DES POUVOIRS PUBLICS
Il semblerait également que Vale attende « un geste » de la part des autorités locales comme de celles de l’Etat.

Les propos du patron de Vale, Fabio Schvartsman sont nuancés sur la fermeture de l’usine ; en clair, la décision de fermer ne sera prise qu’en toute dernière extrémité. Mais ils sont fermes sur les conditions de maintien de l’activité : plus un seul dollar investi, message nécessaire à l’égard de ses actionnaires.

Celà signifie-t-il qu’entre le coût de production actuel -aux alentours de 11.000$-, et les prix de vente -entre 9 et 10.000$-, des partenaires extérieurs, publics -l’Etat, le gouvernement local et la Province sud- ou privés, devront assurer l’équilibre ? C’est probablement la réponse.

Un dossier qui est loin d’être clos, et qui,en arrière plan, menace tout le fragile équilibre social de la Nouvelle-Calédonie, et très directement, celui de la Cafat.

NUMÉRIQUE : UN SECTEUR PRIVÉ DYNAMIQUE, UN SECTEUR PUBLIC EN RETARD

Nouméa organisé la Fête du numérique, cette révolution technologique qui a changé la face du monde. Indispensable au développement de l’économie, notamment, technologie qui génère elle même de nouveaux débouchés, le numérique a un seul handicap localement : un niveau digne des petites îles du Pacifique, mais en retard notable quant au rang auquel prétend le territoire. Commentaires.

Ainsi, noumeaPost écrivait récemment que la société française Ikamo, spécialiste de l’informatisation des process en entreprise, « champion de la croissance 2017 » et qui compte la moitié du Cac 40 parmi ses clients, a choisi, entre la Calédonie et Tahiti, de s’installer en Polynésie. Motif : « motivation affichée des pouvoirs publics et régime fiscal …« 

Niveau du débit, tarifs, offres de service, dans tous ces domaines, la Calédonie ne répond pas à la hauteur de ce qui devrait être ses ambitions. Une seule illustration : Nouméa ne sera peut être équipée entièrement en fibre optique qu’en 2021 ou 2022 !

D’ailleurs dans certains quartiers de la capitale économique, le délai d’attente pour obtenir une ligne téléphonique se situe entre … 3 et 6 mois.

Quant aux tarifs, il suffit de les comparer à ceux affichés sur les pubs des télés françaises, ou à ceux d’Australie et de Nouvelle-Zélande pour comprendre nos handicaps.

En fait, le monopole des télécommunications qui existe en Calédonie doit avoir encore un équivalent à Cuba ! La France a effectué sa révolution libérale il y a déjà 15 ans, au bénéfice de la concurrence, des consommateurs et des performances technologiques et commerciales.

Le temps où le postulat selon lequel seule la puissance publique peut réaliser toutes les infrastructures nécessaires a changé. Sous la pression de la concurrence, France Telecom avec Orange est devenu performante. Si elle veut progresser, la Calédonie, quant à elle, doit désormais, en matière de télécommunications, sortir du 20e siècle pour entrer dans le 21e.

Jean-Louis L.

SCENARIO CATASTROPHE : L’EFFONDREMENT ÉCONOMIQUE ET SOCIAL DE LA CALÉDONIE SI VALE FERME

« Il va se passer quelque chose en août », c’est le sentiment général de tous ceux qui ont suivi les déclarations du Président de Vale à propos de Vale NC : une réduction drastique de l’hémorragie financière que représente l’unité calédonienne et qui devrait se traduire par une compression massive de la charge la plus importante : la masse salariale.

LES CONSÉQUENCES SALARIALES, ÉCONOMIQUES ET SOCIALES
L’Usoenc, à juste titre, a exprimé sa vive inquiétude. Mais tout comme pour KNS, le centre de décision n’est ni en Nouvelle-Calédonie, ni en métropole …

Selon les chiffres habituellement admis, les emplois directs en jeu sont au nombre de 1350 pour la mine et l’usine. S’ajoute à ce chiffre les salariés des sous-traitants évalués à 3000.

En cas de quasi-fermeture des installations –la « mise sous cocon-, le scenario catastrophe pourrait donc concerner entre 2500 et 4000 emplois, selon la position du curseur de mise en sommeil !

Jamais la Calédonie n’a subi une telle réduction d’emploi. Même au plus fort de la crise de « l’après boom », entre 1973 et 1976, et alors que la SLN était au bord de la faillite. Pour tout dire, les conséquences d’une telle catastrophe seraient incalculables, et n’ont probablement pas fait l’objet d’une quelconque simulation.

La première incidence serait la perte de revenus pour les salariés touchés. Dans le même temps, le régime d’assurance chômage de la Cafat exploserait car il serait dans l’incapacité financière de répondre à sa vocation.

Autres impacts immédiats : les encours bancaires aussi bien pour les logements que pour les véhicules, les charges familiales, eau, électricité, frais de scolarité.

LES CONSÉQUENCES POUR LA CAFAT
Mais c’est à l’évidence la Cafat, déjà en situation délicate, qui sonnerait l’urgence. Tous ses régimes sont en déficit, à l’exception de celui des retraites. D’un seul coup d’un seul, la Caisse subirait la rupture de cotisations salariales et patronales pour plusieurs milliers d’ayants-droit, et devrait en revanche assurer l’ensemble des prestations. Des pertes de recettes qui se chiffreraient annuellement par milliards.

Tout aussi grave serait l’absence de perspectives pour une reprise éventuelle d’activité de l’usine, qui s’ajouterait … à l’absence de perspectives actuelles de la Caisse si ce n’est la certitude qu’aujourd’hui, en l’absence de réformes structurelles urgentissimes, elle court à l’effondrement.

L’impact serait rude, également, au titre des finances publiques dont les universitaires de Nouville évoquaient récemment la « crise ».

Pour le gouvernement, l’équilibre des régimes sociaux tout comme les équilibres budgétaires se rapprocheraient de la quadrature du cercle. Ce serait, dans le cas évoqué, un exercice de haute voltige.

ENTRÉE DANS LA CRISE AVANT LA SORTIE DES ACCORDS ?
La question qui se pose alors, dans ces sinistres éventualités : quels recours pour les personnes touchées ?

Une seule réponse en deux chapitres : la solidarité locale, et la solidarité nationale.

Au titre de la solidarité locale, outre les actions citoyennes, ce serait aux élus de la Province sud et du gouvernement qu’il appartiendrait de prendre les mesures possibles. Quant à la solidarité nationale, la question peut être posée –dans son principe, puisque la catastrophe n’est est qu’au stade de risque …- à la ministre des Outre-mer justement présente sur le territoire.

Nul doute, bien sûr, qu’une anticipation de ces mesures se prépare « au cas où », compte tenu du sérieux de la déclaration récente de Fabio Schvartsman. Pour l’heure, l’autre géant, dans le nord, est bien silencieux. Mais il perd, lui aussi, des sommes colossales.

A l’occasion du passage d’Annick Girardin, et parce qu’en dépit de son autonomie extrême, la Nouvelle-Calédonie fait partie intégrante de la République, il serait prudent d’évoquer, en sus de la « sortie des Accords », une possible « entrée dans la crise » avec court préavis …

CONSEIL DE VALE EN AOÛT : 4500 EMPLOIS MENACÉS – C’est le risque maximal de la mise en sommeil de Vale-NC

Fabio Schvartsman, PDG de Vale

« Crise des finances publiques », « Procédure d’alerte possible sur la situation de la Cafat », « augmentation exponentielle des aides au logement », cette évaluation partielle de la situation calédonienne pourrait virer à la catastrophe avec la mise en sommeil de Vale-NC. C’est malheureusement l’orientation globale qui sera sur le bureau des décideurs du géant brésilien lors du conseil d’administration du mois d’août.

VENTE OU RÉDUCTION MAXIMALE D’ACTIVITÉ
Dans les milieux « autorisés », la déclaration du Président de Vale à la banque Citi suscite toutes les spéculations sur l’avenir de l’usine du sud. L’établissement minier et métallurgique, source de pertes jugées désormais insupportables, est dans le collimateur des « cost killer » brésiliens. Clairement, quelque chose va se passer dans les prochaines semaines, et en tout cas, pour l’exercice 2018.

Certes, la situation du groupe brésilien s’est améliorée en 2016 : 420 milliards FCFP de résultat contre 1.260 milliards FCFP de pertes en 2015 ! Mais le nouveau PDG âgé de 63 ans, Fabio Schvartsman, nommé le 28 mars dernier, est résolu à consolider l’entreprise pour la mettre à l’abri des aléas dangereux du cours des matières premières. D’ailleurs, se nomination avait provoqué une hausse des actions de Vale à la bourse de Sao Paulo.

Parmi les options les plus probables, 2 se détachent : la vente de l’usine et du domaine minier, et la seconde plus crédible, la réduction drastique d’activité en vue de réduire les pertes au strict minimum.

1300 EMPLOIS DIRECTS ET 3000 CHEZ LES SOUS-TRAITANTS
Dans la situation mondiale actuelle du nickel et l’absence de perspective de remontée significative des cours, le rachat serait plutôt hasardeux, sauf pour un géant capable de faire l’impasse sur quelques années de mauvaise conjoncture et d’acquérir une usine à la technologie performante et un des plus beaux domaines miniers au monde. Fond de pension ? Géant d’Etat chinois ?

Dans l’immédiat, en tout cas, la décision à laquelle la Calédonie peut s’attendre devrait viser à supprimer la majeure partie des charges d’exploitation. Cela devrait concerner la production –extraction et traitement – puisque chaque tonne de nickel vendue –à perte, comme pour les autres usines- ne fait que creuser le déficit. Dans ce schéma, la maintenance pour une production minimale serait également maintenue.

C’est dire que la majorité des emplois directs -1200 emplois au total- et 3000 emplois chez les sous-traitants seraient impactée. Une catastrophe quasiment annoncée qui risque de provoquer des conséquences incalculables.

CRISE DES FINANCES PUBLIQUES : RÉGIMES SOCIAUX ET CAFAT AU BORD DE L’EXPLOSION

Le Médipôle sera suivi de l’Hôpital de Koné

« Tout va très bien, Madame la Marquise, l’écurie brûle, le château est en feu … ». La Nouvelle-Calédonie ne se lasse pas de vanter son régime de santé et de protection sociale, l’un des plus généreux au monde. Mais il s’agit peut être d’un château de cartes qui menace d’entraîner les Calédoniens dans une spirale insoutenable de prélèvements fiscaux et sociaux. Dans l’immédiat, des « pansements » sont recherchés. Mais les fondements sont menacés. Gouffre.

UNIQUE DANS LES ÎLES DU PACIFIQUE
On a coutume de réduire les régimes sociaux à la Cafat. Ce n’est, malheureusement, pas tout !

Aux déficits des régimes de la Caisse –à l’exception du régime de retraite-, il faut en effet ajouter les dépenses et les engagements de dépenses accumulées ces dernières années dans les autres régimes sociaux : prestations sociales de solidarité, minimum retraite, minimum vieillesse, aides au handicap, aides à la mobilité réduite.

Bien entendu, personne ne pourrait s’en plaindre. Ainsi, lorsqu’une personne âgée n’ayant jamais travaillé ou cotisé, en milieu urbain comme en tribu, perçoit désormais une allocation d’un million par an, la Calédonie affiche une solidarité unique dans les îles du Pacifique.

Simplement, les dépenses globales doublent tous les 7 ans. Pas les ressources !

400 MILLIARDS EN 2021 !
Le Ruamm a accumulé 15 milliards de dettes, le paiement des prestataires est différé par manque de trésorerie,  les dépenses réelles de santé du Médipôle et du prochain hôpital de Koné viendront s’ajouter à celle de l’hôpital de Koumac et de Poindimié. Les équilibres, pour l’heure, ne sont pas trouvés.

Pourront-ils l’être, d’ailleurs, en envisageant simplement une augmentation des cotisations sociales et une nouvelle hausse des impôts ?

L’impasse de trésorerie du Ruamm est, semble-t-il, de 2 milliards. Qu’à cela ne tienne, il suffira de prélever cette somme dans un des « réservoirs », en se fondant sur le précédent du Port Autonome et de l’Office des Postes. Mais rien ne sera réglé au fond, et le trou des régimes sociaux continuera à se creuser.

Jusqu’à quand ? En 2021, le coût de ces régimes sociaux au rythme actuel sera de 400 milliards !

En 2030, si rien n’est fait, la totalité des recettes fiscales … sera consacrée à maintenir les dits régimes sociaux !

PROCÉDURE D’ALERTE
A la Cafat, en tout cas, les commissaires aux comptes ne sont pas à l’aise. Ils se retrouvent face à un situation dans laquelle les déficits comptables s’inscrivent dans une courbe de croissance sans que rien n’annonce un quelconque retournement de tendance. Dans une société privée, elle reflèterait clairement une position latente de faillite.

Dans ces conditions, l’énoncé d’une procédure d’alerte semble inévitable au regard des règles strictes de la profession.

Si l’absence de solution est parfois considérée comme une solution, dans le domaine social, ce ne sera pas le cas. La rupture serait le chaos. Peut-on imaginer un seul instant ce qui se passerait si les professions de santé n’étaient plus remboursées, et si les dotations aux hôpitaux n’étaient plus assurées ?

Inenvisageable, dira-t-on.

Mais alors, les réformes nécessaires –et forcément douloureuses- doivent être mises en œuvre d’urgence et avant qu’il ne soit trop tard.

Du pain sur la planche et un sacré défi pour le prochain gouvernement.

NICKEL : LE TAPIS ROULANT DE KOUAOUA INCENDIÉ – Difficultés d’approvisionnement pour Doniambo ?

« Serpentine » brûlée – Photo Facebook Alcide Ponga

 

 

Pour la seconde fois, le tapis roulant de la mine SLN de Kouaoua -Serpentine- , a été incendié. Cette fois, les dégâts sont plus graves qu’en 2016 où un incendie probablement criminel avait déjà été à déplorer.

C’est dans la nuit de samedi à dimanche que le délit a été commis. Les agents de la SLN ont eux-mêmes maîtrisé l’incendie dimanche matin, et constaté l’étendue du sinistre.

PRISON À PERPÉTUITÉ
Cet acte criminel est passible d’une peine de prison à perpétuité. Récemment, à la Réunion, un incendiaire a été condamné à 20 ans de réclusion. Il faut donc espérer que les criminels seront identifiés par la gendarmerie et que la Justice passera.

Le ralentissement des opérations à Kouaoua ne fera pas l’affaire de la SLN, c’est le moins que l’on puisse dire. Depuis le début de l’année, l’usine tourne à plein « comme une horloge », mais ce sont les approvisionnements qui sont insuffisants. « Intempéries, ennuis techniques », a-t-il été précisé.

Cette fois, le coup est rude. La crainte plusieurs fois exprimée est qu’en raison d’un approvisionnement défaillant, l’activité d’un four au moins soit réduite.

PAYS À RISQUE
Au siège parisien, la Nouvelle-Calédonie va continuer « à donner des boutons ». Pertes colossales en raison d’une chute des cours, plan de réduction des coûts plutôt en panne depuis le début de l’année, vandalisme à Thio, la facture est salée.

Surtout, des tentatives de sabotage ont déjà eu lieu, notamment au camp des sapins, à Thio. Avec l’incendie de « Serpentine », celà fait beaucoup.

La Nouvelle-Calédonie est déjà classée par les grandes entreprises métallurgiques, comme un pays risqué. Avec la dégradation de la sécurité tous azimuts, elle pourrait devenir, pour les investisseurs du monde entier, un pays à risque.

RÉELLE MENACE DE FERMETURE DE L’USINE DU SUD ? La déclaration rapportée du PDG de Vale met le feu aux poudres

Fermeture, en mai dernier, de la mine de Manitoba

C’est le très sérieux Metal Bulletin, magazine numérique londonien d’information sur les métaux et l’industrie, qui a mis le feu aux poudres. Il fait état de la déclaration du Président Directeur Général de Vale incluse dans une note de Citi Research, banque d’investissement dont la vocation est d’identifier les opportunités et les risques relatifs aux investissements, selon les pays. Concernant la Nouvelle-Calédonie, il ne s’agit ni plus ni moins que de la fermeture de l’usine Vale du sud. Commentaires.

« HAS TO BE SHUT DOWN »
Titrant « Vale’s ceo says New Caledonia nickel operation has to be shut down, according to Citi » ( Le « Chief Executive Officer » de Vale déclare que les activités nickel en Nouvelle-Calédonie doivent fermer, selon Citi), le Metal Bulletin, rapportant la note de Citi, écrit que Fabio Schvartsman, PDG de la compagnie brésilienne aurait déclaré sèchement le 28 juin dernier lors de la conférence annuelle de Citi au Brésil : « Vale Nouvelle-Calédonie a perdu 1,3 milliards de dollars au cours des 3 dernières années, et doit être fermé ».

L’information, reprise par Alain Jeannin de NC1ère et Les Nouvelles, constitue-t-elle le lancement d’un processus interne aboutissant à la fermeture de l’usine de Goro ?

SOUS LA BARRE DES 4 DOLLARS !
C’est le marché qui continue à inquiéter l’ensemble des opérateurs. On croyait avoir touché le fond avec un cours de 5 dollars ; or celui-ci est descendu sous la barre des 4 dollars en juin ! Conséquence : des pertes encore plus grandes pour les producteurs calédoniens, et surtout, l’absence de visibilité des perspectives de redressement.

Vale-NC a produit en début d’année à 11.232 dollars alors que le cours du nickel au MLE est descendu à 8890 dollars. Dans la compétition mondiale, les usines de Nouvelle-Calédonie figurent parmi celles dont les coûts de production sont les plus élevés sur la planète. Cette situation les met évidemment en danger permanent. La réflexion est la même à la SLN qui s’est exprimée récemment par la voix de la nouvelle Présidente Christelle Bories.

Selon la direction des opérations nickel de Vale basée au Canada, à Toronto, l’absence de perspective de reprise du marché à court terme conduit le géant brésilien à passer en revue « avec attention » tous « les actifs à faible rendement » en vue d’une « réévaluation ». Il faut comprendre au travers du vocabulaire polissé que des décisions se préparent en vue d’affronter les pertes de Vale consécutives à la situation catastrophique du marché.

Cela signifie-t-il pour autant la fermeture du site de Goro ?

MISE SOUS COCON ?
En mai dernier, les employés de la mine de Birchtree dans le Manitoba/Canada ont reçu une lettre les informant de la fermeture de l’exploitation, Vale réduisant de 6000 tonnes sa production de métal dans la province.

Pour Goro comme, pour l’instant, la SLN, il semble que de toute façon, des mesures devront être prises pour réduire ou stopper l’hémorragie financière qui a repris de plus belle avec la baisse dramatique des cours, et l’absence de perspective rapide de reprise.

Le PDG de Vale aurait, selon Metal Bulletin et Citi, « tranché dans le vif ». Deux solutions s’offrent alors pour le court terme, c’est à dire pour 2018 dont le budget est en cours d’élaboration : la mise sous cocon, mesure radicale, d’une part, ou un nouveau plan de réduction des coûts et d’amélioration de la productivité, d’autre part.

Il faut espérer que la deuxième hypothèse sera celle choisie.

MALGRÉ SES PERTES, LA SLN POURRAIT « TENIR » GRÂCE AU SOLDE DES FINANCEMENTS ACCORDÉS EN 2016 – MAIS APRÈS ?

En dépit de ses pertes mensuelles inquiétantes qui excèdent le milliard FCFP, la SLN devrait éviter la catastrophe financière grâce à la mobilisation du solde des financements consentis en 2016. Mais il demeure que la survie de l’entreprise dépend des actions de gestion actuelles. 

Plus que jamais, l’objectif de réduction des coûts de production à 4,5 dollars la livre de nickel pour fin 2018 constitue une partie de la condition de la pérennité de la société.  Et encore, sera-ce suffisant ?

C’est qu’en effet, le marché impose cet effort collectif drastique, pour réduire et à terme, éviter les ventes à perte. Mais la production mondiale a changé de visage. Les pays où le coût du travail est infiniment moindre qu’en Nouvelle-Calédonie, comme l’Indonésie, la Chine ou encore Madagascar produisent de manière plus compétitive.

Cette exigence concerne d’ailleurs l’ensemble des unités métallurgiques présentes sur le territoire. Dans un contexte de concurrence féroce, aucun opérateur ne pourra se maintenir avec des perspectives de pertes colossales à long terme.

Ainsi, la « vieille dame » pourra poursuivre ses opérations en « tirant » sur cette ligne financière encore disponible. Son personnel devra tout entier être mobilisé sur le retour à une courbe de baisse des coûts de production conforme au « plan performance », une courbe qui a notamment pâti des grosses intempéries de ce premier semestre 2017.

Mais tout indique que la société, pour survivre, devrait mettre en place un nouveau plan au delà de 2018  et dans tous les cas, réduire ses effectifs. Les résultats du premier semestre, l’évolution des cours, l’agressivité de la concurrence apporteront une partie de la réponse à cette inévitable question.