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EN CAS DE VICTOIRE DU « OUI », LES CALÉDONIENS D’ORIGINE POLYNÉSIENNE SERAIENT … DES ÉTRANGERS À TAHITI !

Les précisions apportées par l’Etat en matière de nationalité au cas où la Nouvelle-Calédonie deviendrait indépendante, consécutivement à l’hypothèse d’une victoire du « Oui » le 12 décembre prochain font couler encre et salive. S’il est beaucoup question du statut des Wallisiens et des Futuniens, ainsi que des Calédoniens d’origine wallisienne et futunienne dans cette hypothèse, les Océaniens de Polynésie ou originaires de Polynésie seraient également inscrits dans un statut personnel « d’étrangers réciproques ». Explications.

LES CALÉDONIENS D’ORIGINE POLYNÉSIENNE DEVIENDRAIENT DES CITOYENS KANAK, ÉTRANGERS EN POLYNÉSIE FRANÇAISE
Comme tous les autres citoyens de Nouvelle Calédonie, votant aux élections provinciales, les Calédoniens d’origine polynésienne accèderaient à la nationalité kanak en cas de victoire du « Oui » au référendum. Par conséquent, lorsqu’ils se rendraient en Polynésie française, ils auraient le statut d’étrangers.

En tant que tels, ils seraient soumis à un visa d’entrée, et en cas de résidence, à un permis de séjour.

Pour travailler en Polynésie, ils devraient obtenir une autorisation de travail ainsi qu’un permis de séjour.

Le résidence de longue durée ne leur serait accordée que sous la réserve d’obtention d’une autorisation des autorités françaises et polynésiennes.

LES POLYNÉSIENS DEVIENDRAIENT DES ÉTRANGERS EN KANAKY-NOUVELLE CALÉDONIE
A l’inverse, les Polynésiens qui sont eux, de nationalité française, seraient des étrangers en Kanaky-Nouvelle Calédonie. Pour y venir, y séjourner, y travailler, ils seraient soumis au régime des étrangers qui requiert visa, permis de travail et permis de séjour.

Au total, les familles ayant conservé des liens étroits, mais nationaux dans chacun des pays, deviendraient des étrangers les uns par rapport aux autres, en terme de nationalité, s’entend.

Il va de soi, en revanche, que les avantages liés à leurs passeports respectifs, seraient profondément différents.

Les citoyens de Polynésie française conserveraient leurs avantages, en termes de voyages et de séjours en France et en Europe notamment. Ce ne serait plus de cas des Calédoniens d’origine polynésienne, de nationalité kanak.

UN DÉCALAGE CONSIDÉRABLE ENTRE LES NIVEAUX DE VIE DE POLYNÉSIE FRANÇAISE ET KANAKY-NOUVELLE CALÉDONIE
Les Calédoniens d’origine polynésienne et de nationalité kanak auraient alors toutes les raisons d’envier les Polynésiens. Ces derniers conserveraient leur niveau de vie, l’accès actuel à l’enseignement, à la santé, à la protection sociale. Il n’en serait sûrement pas de même pour les citoyens de Kanaky-Nouvelle Calédonie, privés des 180 milliards de transferts annuel de la France, ainsi que des fonds européens.

Des services comme le SMA, qui quitteraient Kanaky-Nouvelle Calédonie, seraient probablement transférés à Tahiti.

Mais, comme le professait récemment un élu indépendantiste, « l’indépendance ne peut se résumer à une question d’argent »…

QUE VA-T-IL SE PASSER CETTE ANNÉE ET JUSQU’AU 30 JUIN 2023 ?

Après les décisions prises officiellement à Paris sur la date de l’ultime consultation, et sur l’après 12 décembre de cette année, à quel régime seront soumis les habitants de la Nouvelle-Calédonie ? La réponse est désormais claire dans les principes. Mais passé la date fixée, tout restera à faire. Retour sur Terre.

Une certitude, d’abord : la campagne électorale a démarré.

Une autre certitude : les délégations, au retour sur le Caillou, vont retrouver les problèmes du quotidien des Calédoniens, et ceux-ci ne sont pas minces. Le gouvernement nouvellement élu est toujours sans président. Il faudra bien en sortir. Le budget général et celui de répartition est arrêté, mais il demeure provisoire. La préparation du budget 2022 devra être mise en œuvre, quel que soit le résultat escompté du scrutin. Sur quelles bases et avec quelles ressources, alors que les finances publiques sont exsangues et endettées ? Les comptes sociaux devront d’urgence être redressés, alors que les dépenses de santé ne pourront plus être assurées dans quelques semaines, et que des personnels du Médipôle quittent le territoire. La crise sanitaire devra être gérée. Avec quels vaccins, quelles règles de circulation alors que le régime d’urgence sanitaire va tomber le 30 septembre ? Et combien d’autres questions auxquelles, scrutin ou non, il faudra apporter une réponse aux Calédoniens en général, et aux électeurs en particulier …

Le scrutin, ensuite. Il se tiendra le 12 décembre. Les communes seront sollicitées pour sa mise en place matérielle. Les magistrats arriveront peu avant, le temps de se soumettre aux règles sanitaires du moment. Idem pour les observateurs de l’Onu et les journalistes extérieurs qui ne manqueront pas d’observer cette ultime consultation.

Et puis après ?

L’Etat l’a exposé clairement, du moins pour ce qui concerne le calendrier.

En cas de victoire du « Oui », l’indépendance de Kanaky-Nouvelle Calédonie sera préparée jusqu’au 30 juin 2023. La première initiative majeure sera l’adoption de la Constitution du nouvel Etat par voie référendaire.

En cas de victoire du « Non », pas de vide juridique. Le territoire fonctionne comme aujourd’hui. Mais deux chantiers seront ouverts.

Le premier concernera le corps électoral. Le gel ne tombera pas automatiquement, mais ne pourra pas s’appliquer aux élections provinciales. Il faudra donc déterminer le nouveau corps électoral pour que celles-ci puissent se dérouler paisiblement.

Le second concerne la rénovation des institutions calédoniennes. Contrairement aux idées fréquemment diffusées, la Nouvelle-Calédonie est un territoire fédéral depuis les Accords de Matignon en 1988, et il a été partagé en 3 provinces disposant de la compétence générale. Ces provinces pourraient donc être dotées de compétences renforcées, et le statut pourrait sans problème évoluer en ce sens.

Dans un cas comme dans l’autre, si le calendrier a été fixé, tout le reste est encore à écrire.

SÉBASTIEN LECORNU, FUTUR DIRECTEUR DE CAMPAGNE DE MACRON ?

Sébastien Lecornu dispose d’une cote certaine dans la Macronie. Après un parcours régional sans faute, il a intégré facilement le Sénat où ses ambitions pour une future présidence post-l’indéboulonnable Larcher, sont connues.

Son parcours ministériel ne connaît pas d’accroc. Pour l’instant. Mais la situation calédonienne constitue son gros problème. Pourtant, il semble vouloir le prendre à bras-le-corps, et la question, au delà de la réunion parisienne prévue fin mai, est de savoir jusqu’où ira ce jeune ministre dont le talent émerge au sein de l’équipe rapprochée du Président de la République.

Dans les médias hexagonaux, en tout cas, son nom apparaît de plus en plus fréquemment comme possible directeur de la future campagne présidentielle d’Emmanuel Macron. Qui lui fait toute confiance.

UN « CHIRAC JEUNE »
« Sébastien Lecornu, futur directeur de campagne d’Emmanuel Macron pour 2022 ? » sous-titre Closer Magazine qui poursuit, « Le premier est Stéphane Séjourné, l’actuel conseiller politique qui a déjà coordonné la campagne de 2017. Le secrétaire d’Etat et ex-conseiller du président, Clément Beaune, est également un nom qui revient souvent. Mais celui qui aurait, pour le moment, la préférence des macronistes, est Sébastien Lecornu. Âgé de 34 ans, le ministre des Outre-mer, qui vient de chez les Républicains, est « rompu aux compromis » et disposerait de toute « la confiance du chef de l’Etat ». Ce dernier a demandé à un habitué du monde politique ce qu’il pensait de son ministre des Outre-mer qui lui aurait répondu : « C’est un Chirac jeune, il est sous-utilisé ».

PRESSENTI
Le Point y va également de ses supputations. Sous le titre « Ils se bousculent pour faire la campagne de Macron« , le grand hebdomadaire affirme que pour assurer la direction de cette campagne, « le ministre des Outre-mer est pressenti« .

La direction de campagne d’un président de la République sortant est également l’un des postes les plus stratégiques … pour le futur. Certes, la candidature d’Emmanuel Macron pour un second mandat demeure un sujet réputé tabou à l’Elysée. Mais peu de commentateurs doutent de cette candidature.

Or, en cas de victoire, le poste de futur Premier ministre pour l’acte II de la Macronie sera ouvert.  Une perspective pour l’ancien étudiant d’Assas, ancien cadre de l’UMP puis des Républicains, colonel de réserve de la gendarmerie et au parcours politique local et national déjà impressionnant ?

BUDGET : LA CALÉDONIE NE VA PAS ÊTRE PLACÉE SOUS TUTELLE DE L’ÉTAT !

Que de grands mots pour désigner des procédures techniques prévues dans la loi organique. A partir du 1er avril, et conformément au Code des juridictions financières, la Nouvelle-Calédonie, en l’absence d’un budget voté dans les formes normalement requises, ne va pas être bloquée budgétairement.

L’article LO263-3 du Code dispose ainsi que « si le congrès n’a pas voté le budget avant le 31 mars et sous réserve des dispositions de l’article L.O. 263-4, le haut-commissaire, après avis de la chambre territoriale des comptes et du gouvernement établit sur la base des recettes de l’exercice précédent un budget pour l’année en cours ».

Cet exercice s’effectuera en liaison avec les services de la Nouvelle-Calédonie lesquels, une fois le budget arrêté et promulgué par le Haut-Commissaire, l’exécuteront comme tout budget.

Lorsque le gouvernement nouveau aura été constitué, il pourra alors établir un nouveau projet de budget et le faire adopter par le Congrès.

Dans cette procédure, ni la Nouvelle-Calédonie sera placée sous la tutelle de l’Etat pour son fonctionnement interne, ni elle redeviendra une colonie de l’Empire français.

« TUTELLE DE L’ÉTAT », « ADMINISTRATION DIRECTE », « DOUZIÈMES PROVISOIRES » : DÉCRYPTAGE

Dans la période de crise que traverse la Nouvelle-Calédonie, plusieurs expressions sont utilisée, dont le sens donné par certains interlocuteurs peut prêter à confusion. Parmi ces expressions, on peut relever : « mise sous tutelle de l’Etat si le budget n’est pas voté avant le 31 mars », « administration directe si le budget n’est pas voté », ou encore « recours aux douzièmes provisoires ». Décryptage.

La loi organique qui fixe le statut de la Nouvelle-Calédonie dispose, dans son article 208, que le code des juridictions financières est applicable localement dans ses articles L.0.263-4 à L.0.263-7. Ainsi, sous le chapitre du contrôle budgétaire, les éventualités d’une absence de vote du budget par la Congrès, soit avant le 31 décembre de l’année qui précède l’Exercice en cause, soit avant le 31 mars, sont expressément prévues.

Dans le cas actuel, si le vote du budget -sincère et en équilibre réel- des collectivités calédoniennes n’était pas formalisé le 31 mars au plus tard, que se passerait-il donc ?

D’abord, la Nouvelle-Calédonie ne serait pas mise sous tutelle de l’Etat ! L’Etat continuerait à exercer ses compétences prévues par la loi organique de 1999 modifiée, et le code des juridictions financières s’appliquerait. Voici d’ailleurs ce que ce dernier prévoit à propos des délais budgétaires de la Calédonie.

Article LO263-3                      
Le budget du territoire est voté en équilibre réel dans les formes et conditions prévues à l’article L.O. 263-1.                  

Le gouvernement dépose le projet de budget du territoire sur le bureau du congrès, au plus tard le 15 novembre.                      

Si le budget n’est pas exécutoire avant le 1er janvier de l’exercice auquel il s’applique, le président du gouvernement peut mettre en recouvrement les recettes et engager, liquider et mandater par douzièmes les dépenses de la section de fonctionnement dans la limite de celles inscrites au budget de l’année précédente. Il est en droit de mandater les dépenses afférentes au remboursement en capital des annuités de la dette venant à échéance avant le vote du budget.           

Si le congrès n’a pas voté le budget avant le 31 mars et sous réserve des dispositions de l’article L.O. 263-4, le haut-commissaire, après avis de la chambre territoriale des comptes et du gouvernement établit sur la base des recettes de l’exercice précédent un budget pour l’année en cours.

Au delà du 31 mars, en l’absence de vote du budget par le Congrès, et pour faire simple, selon la procédure prévue ci-dessus, le Haut Commissaire établira le budget 2021 sur la base du budget 2020 exécuté. Il le rendra exécutoire, et ce budget s’appliquera jusqu’à la reprise normale du fonctionnement institutionnel calédonien.

En ce qui concerne le régime des « douzièmes provisoires », il s’agit de la reconduction des crédits budgétaires accordés au titre de l’année précédente, sur la base mensuelle d’un douzième par mois. Ce régime est évidemment exceptionnel et ne dure que le temps pendant lequel le budget n’est pas voté, d’où son nom de « provisoire ».

En ce qui concerne l’administration directe, il s’agit d’un rappel de la situation institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie à l’issue des Accords de Matignon.

Compte tenu de la situation de tensions extrêmes qui affectait alors le territoire, les signataires avaient, d’un commun accord, accepté que les institutions soient mises en place au 1er janvier 1990, et que dans l’intervalle, soit pendant près d’une année, les institutions territoriales soient mises « entre parenthèses ». Ainsi, la totalité des compétences qui devaient leur être dévolues fut exercée par le Haut-Commissaire et son administration.

Là aussi, le non-vote du budget au 31 mars n’entraînerait pas le retour d’un tel régime d’exception.

USINE DU SUD : LE SILENCE DES AGNEAUX

Les observateurs extérieurs doivent finalement penser que la fameuse (fausse) phrase, « une bande de terre, … » ne doit pas être si fausse. D’un côté, une usine promise à la rentabilité, générant 3000 emplois, doit être reprise par un groupe jugé crédible par une des plus prestigieuses banques internationales. Avec, en prime, une moitié du capital réservée aux intérêts locaux, parmi lesquels, les salariés de l’usine. Exemplaire. De l’autre, des contestataires qui veulent imposer un repreneur fantôme, dont l’offre, incomplète, a déjà été rejetée. Incompréhensible pour un esprit doté de la moindre rationalité.

L’attitude des Coréens est pour le moins ambigüe. Déjà présents dans le Nord, avec des partenaires facialement majoritaires dans le business commun, mais en réalité débiteurs et totalement dépendants du point de vue technique, marketing et vente, on leur prête donc l’intention de gagner le sud. Une nouvelle colonisation ?

Les indépendantistes veulent-ils appliquer le régime d’indépendance dès à présent ? Ils sont minoritaires dans le sud, et veulent y imposer leur loi. La province Sud, loyaliste, est la seule autorité compétente dans ce dossier. Alors ils proposent de l’en dessaisir au profit du « pays », représenté par le Congrès où une coalition indépendantistes/Eveil Océanien détient la majorité. L’indépendance à marche forcée fut la tentative de 1984.

Pourtant, en province Sud, 80% de la population souhaite que l’usine de Prony poursuive son activité. Dans cette collectivité, les loyalistes possèdent un écrasante majorité, et des tenants du « oui » à l’indépendance risquent, eux aussi, de perdre leur emploi. Cette majorité est pour l’heure, respectueuse de la légalité et plutôt réservée. Mais le silence des agneaux pourrait-il cesser si le loup montre ses crocs avec trop d’excès ?

L’ÉTAT A DÉPENSÉ 172 MILLIARDS EN CALÉDONIE ET RÉMUNÈRÉ 10.000 PERSONNELS EN 2019 !

La Nouvelle-Calédonie, en devenant Kanaky indépendante, pourrait-elle rompre sans dommages avec la France ? La réponse est non, si l’on y observe le contenu du dernier rapport sur les activités de l’Etat qui, à cet égard, est à nouveau édifiant. 172 milliards FCFP injectés dans le territoire, 10.000 emplois rémunérés. Quasiment autant que les ressources propres de la Calédonie … qui ne permettent pas, aujourd’hui, d’équilibrer son propre budget ! La France finance directement l’Enseignement secondaire public, l’enseignement privé, l’enseignement supérieur, la Justice, la police, la gendarmerie ou encore les douanes. Amputée de ces 172 milliards, le territoire deviendrait un « pays en voie de Pauvreté ».

10.000 EMPLOIS
Pour faire simple, disons d’abord que le France pourvoit directement à 10.000 emplois. 9.915,5 très exactement. Ces personnels, majoritairement Calédoniens dans les services civils, sont 5.522 dans les enseignements, 2.009 dans les forces armées, 1.629 dans les forces de police et de gendarmerie, 724 dans les services administratifs, 188,5 dans la Justice, 143 dans divers établissements comme la Météo, l’IEOM ou l’AFD.

46 MILLIARDS POUR L’ÉDUCATION
C’est que, contrairement à ce qu’expliquent, en quelque sorte, certains théoriciens, l’argent ne pousse pas dans les arbres, pas plus en Nouvelle-Calédonie qu’au Vanuatu ou dans n’importe quel pays dans le monde ! La rémunération des personnels, le fonctionnement de leurs administrations, les équipements et les investissements nécessaires ont besoin de financements.

La seule éducation coûte 46 milliards FCFP, payés rubis sur l’ongle et sans retard par la France. Comment, sur un budget local de moins de 200 milliards, trouver les ressources supplémentaires pour simplement poursuivre l’éducation des enfants calédoniens ? Et ne parlons pas des 126 milliards restants à trouver …

30 MILLIARDS POUR LES COLLECTIVITÉS
Une personnalité avait doctement déclaré que les dotations de l’Etat aux collectivités calédoniennes étaient négligeables. Tout réside, évidemment, dans ce que l’on entend par « négligeables ».

En 2019, les dotations aux communes se sont élevées à 12 milliards, aux provinces, à 11 milliards, à la Nouvelle-Calédonie, à 7 milliards.

Ces seules dotations ne sont pas très éloignées du budget total du Vanuatu.

UN « PAYS EN VOIE DE PAUVRETÉ »
Impossible, évidemment, pour une Calédonie indépendante, de compenser cette perte de 172 milliards. Les détracteurs auraient beau nourrir de mensonges un tel débat, il faut être idiot pour le nier.

Par ailleurs, l’affirmation selon laquelle, bloquer les « remontées » financières de certaines entreprises vers la métropole suffiraient à compenser la perte des dotations de la France, relève du même mensonge. On assimile, dans cette affirmation, des fonds publics et des finances privées. La suppression des remontées de frais de sièges des banques locales, par exemple, ne financerait pas l’enseignement primaire privé !

Au total, la publication, normale, des activités de l’Etat montre que son retrait aurait des conséquences funestes pour le fonctionnement d’une Calédonie indépendante : quasi anéantissement des écoles, collèges et lycées actuels. Disparition de l’Université. Suppression de 10.000 emplois -10 fois les emplois de l’usine Doniambo !- avec un impact direct sur la consommation, les transactions, le commerce, l’industrie locale, et surtout, les prestations sociales et la Santé.

Le territoire deviendrait alors un « pays en voie de pauvreté ».

UC : 3e référendum, Constitution, monnaie, usine du Sud, Banque centrale

Lors de son 51e congrès de Touho, l’Union Calédonienne a adopté 6 motions et publié un communiqué de presse sur la reprise de Vale NC. Présentation et décryptage.

La 1ère motion contient plusieurs affirmations. Celle que la « souveraineté » n’est pas négociable ; le terme indépendance ne figure pas dans le texte. Celle que la tenue du 3e référendum est confirmée. Celle qui engage « ses responsables » à préparer l’assemblée constituante « qui intégrera tous les élus dans la discussion« .

La 2e motion évoque le développement économique en affirmant, à propos du nickel, que ce sujet ne doit plus être un « motif d’affrontement et de division entre Calédoniens« .

La 3e motion, dénommée « motion stratégie », est un appel à la mobilisation et cible notamment « le peuple qui doute« .

La 4e motion concerne l’organisation et la tenue d’une assemblée constituante « préfigurant le Congrès du pays », et chargé d’élaborer le projet de Constitution. Elle vise, dans les « considérant », le socle commun des Valeurs Kanak du Sénat Coutumier, ainsi que la Charte des Valeurs Calédoniennes. L’UC confirme ainsi que ce dernier texte participait bien à la rédaction de la Constitution de Kanaky.

La 5e motion concerne le FLNKS, avec un point saillant sur un voeu : celui que le Front élise un président.

La 6e motion est relative au drapeau « de Kanaky », et vise à le faire flotter officiellement partout.

Enfin, le communiqué sur Vale NC exprime les regrets de l’UC sur la négociation actuelle « batie autour de Trafigura« , affirme que la proposition SMSP-Korea Zinc « s’inscrit clairement dans la préservation des intérêts du pays« , et appelle à « faire émerger l’usine du Sud-usine pays« .

LE DÉCRYPTAGE

Le 51e congrès est d’abord celui de la continuité. D’une manière générale, les motions tendent à confirmer, par le Bureau nouvellement élu, les orientations déjà annoncées par la président de l’Union Calédonienne.

Il veut également « avancer » dans les items de la « souveraineté ». Le thème est « Lève toi et avance » (référence à « Lève toi et marche » cf Lazare ?). Il s’agit, pour l’UC, de tenter d’anticiper en ébauchant, avant le 3e référendum, et peut être au fil des discussions éventuelles, ce que sera Kanaky.

Il est notable que, pas une seule fois, le mot « indépendance » n’est utilisé. Dans la motion politique, il est question de « négocier nos interdépendances« , et dans l’ensemble des motions, l’UC fait référence à la « souveraineté« , et une fois, à la « nation souveraine« .

La notion d’indépendance avait été introduite dans la question posée aux référendums par les partis non-indépendantistes. S’agit-il de sémantique ou d’une « différenciation politique » ? La rédaction des motions répond à cette question. Sébastien Lecornu a donc raison de vouloir aller « à l’intérieur » de la notion de souveraineté.

Le fait que la motion 2 soit consacrée à l’économie répond à ce qui peut être perçu comme le maillon faible de la thèse de la souveraineté. Beaucoup de « appelle » et « incite » révèlent la réalité souvent incantatoire de ce que le FLNKS présente comme le projet économique de Kanaky. Les seuls items précis sont la « banque centrale » et la création d’une compagnie maritime internationale. La réalité, incontournable, réside aussi dans cette analyse qui sera difficile, pour l’UC, à mettre au grand jour : l’impossibilité, pour une Kanaky indépendante, de maintenir le niveau actuel de revenus et d’emplois, de santé et de couverture sociale, d’enseignement, d’équipements, de résultats des entreprises industrielles, artisanales et commerciales.

Mais cette réalité est celle résultant de l’analyse rationnelle d’une Nouvelle-Calédonie « indépendante ». Existe-t-il des différences à apporter dans une Nouvelle-Calédonie « souveraine » ?

L’approche du thème « nickel » est plutôt modérée. Elle contraste avec la réalité du terrain, mais l’Union Calédonienne est coutumière de ce double langage. Le tout est de discerner le bon ! En tout cas, la motion affirme que « l’Union Calédonienne mettra tout en œuvre pour que le nickel ne soit plus un motif d’affrontement et de division entre Calédoniens« .

Sur la reprise de Vale NC, le parti soutient évidemment l’offre « SMSP-Korea Zinc », mais se borne à « regretter » la négociation intégrant Trafigura. Pas d’appel aux barrages, à la contestation sur le terrain, pas de genre de « fatwas ». La préoccupation affichée est celle de la ressource de Kanaky, et de la préservation du patrimoine minier au sein de ressources, nationales dans l’esprit de l’UC. Double langage ? Réponse dans les semaines à venir.

Pour le reste, il s’agit des thèmes habituels, mis davantage en mouvement, et d’un appel à la mobilisation pour préparer le troisième référendum. Mais le ton général des motions diffère de celui des discours. Il est plutôt modéré dans un contexte qui, évidemment, n’est pas perçu comme tel par les non-indépendantistes. Peut être, un trou de souris vers la salle des discussions. Celles-ci faisant l’objet d’une méthode et d’un calendrier proposé par le ministre des Outre mer, on sera rapidement fixé.

VALE NC : DEUX IDÉOLOGIES QUI S’AFFRONTENT

Qu’on ne s’y trompe pas : au travers de la reprise de Vale NC, ce sont deux conceptions de la société calédonienne, et donc, deux idéologies qui s’affrontent. Un genre de deuxième tour du récent référendum, et ce ne sera pas le dernier. Décryptage.

LIBÉRALISME ENCADRÉ CONTRE MARXISME
La position de la Sofinor, et donc de la province Nord à propos de la reprise de l’usine du Sud relève de la dite « doctrine nickel », selon laquelle la mine et la métallurgie doivent être totalement contrôlées par les pouvoirs publics. C’est, en réalité, un des aspects de l’idéologie selon laquelle le « pays » doit s’approprier tous les moyens de production. Une doctrine pensée par Karl Marx, et reprise par des pays comme Cuba et le Venezuela, avec le succès que l’on sait.

De l’autre côté, la proposition formulée dans le cadre de « Prony Resources New Caledonia » répond à une idéologie de libéralisme encadré, mêlant la liberté du commerce et de l’industrie, et respect des intérêts collectifs. Ainsi, l’ouverture à un actionnariat international est équilibré par un actionnariat, à 50%, dans lequel figurent des participations publiques et privées de Nouvelle-Calédonie.

Cet « affrontement » n’est pas nouveau. Depuis le début de la provincialisation, Sofinor et Promosud s’inscrivent dans ces doctrines. Jacques Lafleur avait même entrepris la cession au secteur privé de la majorité de la SHN-Méridien devenue rentable, une opération interrompue en 2004 par l’Avenir Ensemble.

SOCIÉTÉ DE LIBERTÉ CONTRE SOCIÉTÉ DIRIGÉE
En ce qui concerne les moyens pour faire valoir chacune de ces idéologies, nous voyons se développer, sur le terrain et sous nos yeux, le modèle de société indépendantiste.

Tandis que le sauvetage de l’usine du Sud et ses milliers d’emplois font l’objet d’une négociation dans laquelle la viabilité économique et financière, ainsi que l’aspect humain des emplois, sont essentiels, du côté des opposants à « Prony Resources NC » s’affiche la seule volonté de l’appropriation du moyen de production. C’est, en quelque sorte, la priorité idéologique à une forme de rationalisme moderne

Ce dirigisme, appliqué à l’économie, est révélateur de la conception sociétale dans une Calédonie qui serait totalement souveraine. Ce serait davantage Cuba et le Venezuela que la France …

UNE LOGIQUE DE PARTITION ?
Puisque l’usine, dite du Sud, est située en province Sud, il apparaît clairement la volonté de son appropriation par une société de la province Nord, au nom d’une doctrine qui serait imposée par la province Nord.

Or, les compétences essentielles en matière économique, et notamment en matière minière, échoient aux provinces.

A-t-on vu la province Sud protester et organiser des manifestations lorsque la province Nord a refusé des permis miniers à Kouaoua, permettant à la SLN -dont l’usine est dans le Sud- de conforter sa survie ?

La création de 3 provinces, dotées de la compétence générale, contrairement à la Nouvelle-Calédonie et à l’Etat dont les compétences sont attribuées, répondait, en 1988, à une notion forte de solidarité entre les 3 collectivités.

C’est ainsi que fut institué une novation appelée le rééquilibrage, par lequel la province Sud partage -et aujourd’hui plus qu’il ne faut- ses richesses avec les deux autres provinces.

Cette solidarité a été ébranlée par le refus de revoir la clé de répartition des impôts … générés en province Sud, et alors que celle-ci accueille désormais les trois quarts de la population calédonienne. Et même les récents réfugiés de Maré !

Elle est désormais agressée par la volonté d’imposer, à la province Sud, une sorte de diktat issu de la province Nord.

La rupture de ces solidarités, consacrée en 1988 par la création du Congrès garant de l’unité du territoire, est porteuse de risque. Le « chacun pour soi », et la tentative de mainmise d’une collectivité sur une autre s’inscrit, en effet, dans les critères favorables au concept de partition, un concept pourtant rejeté par le plus grand nombre des Calédoniens.

17 300 PERSONNES SONT ARRIVÉES EN CALÉDONIE entre 2014 et 2019

Beaucoup de personnes confondent, dans les résultats diffusés à l’occasion du dernier recensement, le solde migratoire et le nombre de départs. Ce dernier est souvent mis en exergue seul : « Entre 2014 et 2019, 27 600 personnes qui vivaient en Nouvelle-Calédonie en 2014 ont quitté l’archipel, soit un habitant sur dix », est-il indiqué dans la synthèse de l’Isee publiée ces jours derniers. « … 17 300 personnes qui ne vivaient pas sur le Caillou en 2014 sont arrivées depuis « …, précise la même note.

Si donc, au total, le chiffre -déjà annoncé- du solde déficitaire migratoire est de 10 000 personnes, il n’est pas de 27 000 comme certains le pensent.

En contrepartie de ces départs, 17 300 personnes se sont, en effet, installées en Nouvelle-Calédonie pendant la même période.

LA POLYNÉSIE AUSSI
Le solde migratoire est-il négatif pour la seule Calédonie au cours de ces années ?

Non. En Polynésie, le solde est également négatif, légèrement moins qu’en Calédonie ( – 2000 par an localement, contre – 1600 en Polynésie). Ce solde est également négatif à Wallis et Futuna.