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DATE DU RÉFÉRENDUM : LA BATAILLE PSYCHOLOGIQUE

Avec l’annonce de sa non-participation au scrutin du 12 novembre prochain, le FLNKS a ouvert une confrontation psychologique avec le gouvernement français et les non-indépendantistes. Pour l’instant. Avec des arguments avancés quelque peu dans le désordre, et d’une importance inégale. Revue.

DÉLAIS TROP COURTS POUR UNE CAMPAGNE ET DEUILS
En annonçant publiquement sa position, le FLNKS n’a parlé que du délai « trop court » de campagne, et accessoirement, « la sérénité nécessaire pour la poursuite de discussions consensuelles sur l’avenir institutionnel du Pays. » Pas de référence à la situation sanitaire pour le Front qui justifie sa décision pour ne pas « priver les calédoniens d’une consultation qui devrait se dérouler avec au préalable une campagne électorale équitable, dans des conditions acceptées par tous les groupes politiques habilités.« 
Argument peu crédible au regard de l’histoire de la revendication d’indépendance et l’antériorité des deux premiers scrutins. Rien de nouveau, en effet, pour la campagne électorale du troisième : la problématique est la même que depuis 2018, la question est la même, les réponses possibles sont les mêmes, et les conséquences sont les mêmes ! On pourrait même rappeler que la demande d’indépendance ayant été faite il y a 46 ans, les indépendantistes ont eu ainsi 46 ans pour l’expliquer …
Le Palika, et butte avec ses relations coutumières dans le district de Guahma, à Maré, a lui, choisi d’invoquer les rites des deuils. Un peu plus d’une centaine de décès depuis le début de la pandémie dans le monde Kanak si l’on se fie aux statistiques fournies il y a quelques semaines par le gouvernement. Le deuil est, en effet, soumis à un rite particulier dans toutes les populations en même temps qu’une douleur humaine pour tous. Les Kanak, eux, suivent une procédure qui leur est propre. Cette procédure culturelle interdit-elle le vote ? L’examen de ce qui s’est passé pour les deuils ayant précédé les deux premiers scrutins devraient éclairer cet aspect des choses. L’argutie politique semble cependant prendre le pas.

LES NON-INDÉPENDANTISTES ONT LANCÉ LEUR CAMPAGNE
De leur côté, les Loyalistes comme Calédonie Ensemble considèrent que, hors les conditions sanitaires, rien ne justifie le report du scrutin. Les Loyalistes ont annoncé qu’ils reprenaient les réunions « dans le respect des règlementations sanitaires« , ainsi que la publication des premières vidéos de campagne.

POUR LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS, SEULE LA SITUATION SANITAIRE PEUT JUSTIFIER UN REPORT
Sébastien Lecornu a d’abord rappelé que le scrutin avait été demandé par les indépendantistes. Il aussi souligné que ceux-ci avaient enjoints l’Etat à préciser sa position en cas, notamment, de victoire du Oui, ce que le gouvernement français a fait. Pour le reste, « en démocratie, les élections doivent se dérouler à l’heure« , indique le ministre.
La position du gouvernement français est, dans cette circonstance, rationnelle : seule une aggravation significative de la situation sanitaire de la Nouvelle Calédonie, serait de nature à reporter le scrutin en septembre 2022. Avec, dans cette hypothèse, une nouvelle interrogation : n’y aurait-il pas, à cette date, une autre circonstance pouvant suggérer un nouveau report ?

DAVANTAGE UN PROCESSUS QU’UNE DATE

Sous l’éclairage du « Mom », la date du 12 décembre n’est d’ailleurs pas une fin en soi. Elle vient s’ajouter au processus de « consultations » entrepris en 2018, et aboutit en juin 2023 comme proposé par lui, pour acter, soit l’indépendance de la Nouvelle Calédonie, soit une nouvelle configuration institutionnelle à l’intérieur de la République.
Dans ces conditions, la seule obligation inscrite dans l’Accord de Nouméa est de consulter le corps électoral calédonien prévu. A chacun de se déterminer pour répondre à cette consultation : la loi prévoit que les électeurs peuvent voter ou s’abstenir …

RÉACTIONS ET PATAQUÈS APRÈS LES INTERDICTIONS DE SÉJOUR À MARÉ

Après l’interdiction de séjour prononcée par la grande chefferie de Guahma -et prétendument par celle de Penelo- à l’encontre d’Isabelle Bearune et de Charles Washetine, le Palika et l’Union Calédonienne ont réagi au travers de communiqués. Réaction ferme de l’Uni/Palika qui « dénonce » la dite interdiction de séjour, plus molle de l’Union Calédonienne qui « désapprouve totalement les chefferies de Maré dans leur décision d’interdire sur l’île des responsables politiques« .

Le rédacteur de ce dernier communiqué énonce d’ailleurs deux faits inexacts. D’une part, « les » chefferies de Maré sont sont au nombre de 8, alors qu’une seule chefferie, celle de Guahma, a décidé l’interdiction de séjour en cause. D’autre part, l’interdiction ne s’applique pas sur « l’île« , mais sur la seule aire correspondant au district coutumier.

Autre élément : le pataquès entre les deux grandes chefferies : celle de Penelo, dont Isabelle Bearune et Charles Washetine sont les sujets, dément toute prise d’interdiction de séjour à leur encontre, contrairement à ce qui était affirmé.

Ultime complication : le responsable de Dynamique Autochtone dont la lettre a rendu publique l’interdiction prononcée par le Grand Chef de Guahma, et prétendument par celui de Penelo, est lui même … un sujet de la grande chefferie de Penelo !

Il s’ensuit une mise en garde de cette dernière : « la chefferie de Penelo dénonce et condamne fermement l’attitude incongrue du président de Dynamique Autochtone (lui même membre du district de Pénelo) dans ses prises de position à vouloir instrumentaliser nos structures coutumières à des fins politico-politiciennes. » En revanche, elle apporte son soutien aux deux élus.

A ce stade, la grande chefferie de Penelo se montre ferme, mais tolérante : aucune interdiction de séjour n’a été décidée …

LE PORTE PAROLE DU PALIKA INTERDIT DE SÉJOUR DANS LE GUAHMA/MARÉ

Voilà une belle illustration de ce que deviendrait toute la Calédonie sous Kanaky : le retour aux féodalités et la mise entre parenthèses des principes de liberté que garantit la République. La liberté d’aller et venir est considérée comme l’un des droits fondamentaux des Français et des êtres humains. Pour avoir critiqué la décision de la grande chefferie de Guahma d’interdire les campagnes de vaccination sur son aire … au nom du respect de la liberté, Charles Washetine, leader du Palika aux Iles Loyauté et porte parole du parti, ainsi que Isabelle Bearune, Vice-présidente de la province viennent d’être interdits de séjour coutumièrement dans ce district. Les réactions du Palika/Uni, du président du gouvernement, du président de la province des Iles et de la Ligue des Droits de l’Homme sont attendues …

UNE PRIVATION DE DROITS EXCEPTIONNELLE POUR LA JUSTICE

L’interdiction de séjour est une peine exceptionnellement prononcée par la Justice française. Au grand dam, parfois, des victimes de multirécidivistes voleurs, violents et cambrioleurs en tout genre.
Ce n’est pas le cas, dans les aires où la coutume est encore prégnante, et notamment aux Iles Loyauté.
Pendant les événements, Dick Ukeiwe, leader anti-indépendantiste ainsi qu’un certain nombre de ses proches pourtant d’un rang coutumier élevé, en avaient fait les frais. Plus récemment, ces oukases avaient été prononcés à Belep contre des « fauteurs de troubles » et dans ce même district de Guahma, à l’encontre des habitants de Roh.
Sur la Grande Terre, ces sanctions coutumières sont plus rares. Mais il est vrai que d’une manière générale, et sur la plupart des territoires, la coutume est plus discrète, et souvent battue en brèche par la délinquance.

DES TENSIONS AVEC LA REPRÉSENTATION POLITIQUE
Aux Iles, illustration de l’ambivalence des pouvoirs politiques et des pouvoirs coutumiers, les responsables politiques sont … prudents. Déjà, au début de la crise Covid, ce sont les coutumiers qui avaient décidé l’interdiction d’atterrir aux avions d’Aircal. Cet épisode, d’ailleurs, perdure. En tout cas, le président de la province des Iles a toujours fait preuve de précautions oratoires lorsqu’il s’est agi, notamment, de décisions liées à la crise du Covid, aussi bien pour ce qui concerne la vaccination que les ouvertures des écoles.
Cette fois, il s’agit d’un choc frontal entre un parti politique indépendantiste, et une autorité coutumière. Ironie de l’histoire, le père du grand chef de Guahma fut un des fondateurs du Palika, puis le quitta pour créer le LKS devenu Dynamique Autochtone ! Il se dit, d’ailleurs, que le président du Palika n’est pas un grand adepte du Sénat coutumier. Ce conflit, dont est victime l’un des principaux responsables du parti, ne va pas arranger les choses.
Pour le président du gouvernement, également, la situation est délicate, compte tenu de la personnalité de Charles Washetine, ancien membre du gouvernement. Tous deux appartiennent au même parti politique, mais Louis Mapou est de la Grande Terre. Il sera donc plus libre d’exprimer sa solidarité à son ex-collègue. S’il le fait.

KANAKY ET LA COUTUME
Le respect de la coutume est pris en compte dans les Accords de Matignon et de Nouméa. Mais pas ses éventuels excès. La question est plus délicate pour les indépendantistes.
Dans son document : »Kanaky-Nouvelle Calédonie Un Etat souverain en Océanie« , l’Uni Palika auquel appartient Charles Washetine, consacre quelques chapitres importants sur la place de la coutume dans le nouvel Etat espéré.
Dans celui intitulé « la place de la coutume et des autres cultures dans l’Etat pluriculturel« , le document indique ainsi que « c’est un société Kanak moderne qui doit donc rééquilibrer le balancier entre l’individu et son groupe pour reformuler ce lien en milieu coutumier« .
« Vaste programme » comme aurait dit le Général de Gaulle qui entretenait un lieu historique et particulier avec l’arrière grand-père du grand chef de Guahma.

VERS UN SYSTEME ALIMENTAIRE DURABLE EN NOUVELLE-CALEDONIE

Ce lundi 25 octobre à 9h s’est tenue à l’Université de la Nouvelle-Calédonie la cérémonie de signature de la convention de partenariat entre la Banque des Territoires et l’Université de la Nouvelle-Calédonie, convention relative au lancement de la phase d’ingénierie du projet TRIAD « Trajectoire d’innovation pour une alimentation durable en Nouvelle-Calédonie ».

TRIAD est lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt du Plan Innovation Outre-mer, action de l’État lancée dans le cadre du Programme Investissements d’avenir (PIA) au bénéfice des territoires ultramarins. À cet évènement étaient présents les représentants du Haut-Commissariat de la République française, du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie (notamment le cabinet du président Louis Mapou et le cabinet du membre du gouvernement en charge du développement durable Joseph Manaute).

Participaient également les acteurs de l’écosystème calédonien de recherche et d’innovation impliqués directement dans cette phase de conception du projet : des organismes de formation et de recherche du CRESICA (notamment l’IRD, l’IFREMER, l’IAC, l’IPNC et le CIRAD), l’ADECAL-TECHNOPOLE, le cluster Pacific Food Lab, la French Tech NC et la chambre d’agriculture de la Nouvelle-Calédonie.

Un financement de près de 12 millions CFP de l’État via la Caisse des dépôts et consignations

Au terme d’une première phase d’appel à manifestation d’intérêt, le projet TRIAD est un des 13 projets lauréats de la première phase d’appel à manifestation d’intérêt du Plan innovation Outre-Mer. Un financement de 11,450 millions CFP (96 000 €) a été obtenu de l’État pour conduire la phase d’ingénierie qui démarre avec la signature de cette convention.

Au travers du projet TRIAD, l’ensemble de l’écosystème calédonien de recherche et d’innovation s’est saisit collectivement de l’appel à manifestation d’intérêt « Plan d’innovation Outre-Mer » pour engager l’ensemble des acteurs académiques, économiques, de la société civile et les décideurs publics dans une trajectoire recherche-innovation pour une alimentation durable en Nouvelle-Calédonie (TRIAD).

Favoriser la durabilité et la résilience des systèmes alimentaires 
À ce titre, ce projet TRIAD vient directement servir la politique de développement durable de la Nouvelle-Calédonie, et les politiques publiques en matière d’agriculture et d’alimentation durable. Le projet TRIAD, dans sa globalité, vise à permettre une transition active vers un système alimentaire durable en Nouvelle-Calédonie au travers d’une coopération renforcée du collectif d’acteurs de l’écosystème calédonien d’innovation (académiques, économiques et institutionnels) se mettant en capacité de générer sur la thématique de l’innovation économique et sociétale de rupture.

Du fait des capacités académiques, institutionnelles et économiques qu’il mobilise, et de l’ambition économique et sociétale qu’il porte sur des enjeux majeurs de santé publique d’autosuffisance alimentaire et de valorisation de la biodiversité, le projet TRIAD est de nature à modifier en profondeur les modes d’intervention des acteurs néo-calédoniens de l’innovation, leur permettant de dépasser leur dispersion actuelle et, ce faisant, de permettre un indispensable changement d’échelle en terme de création locale de valeur. Profondément fédérateur et inclusif, le projet est notamment de nature à associer et stimuler le développement de l’entrepreneuriat océanien.

L’UNC déjà en action sur le sujet

L’université, représentée par sa présidente Catherine Ris pour cette signature officielle, est déjà actrice sur le thème de la convention, notamment au travers de 2 actions emblématiques. D’une part, le projet Falah, lauréat d’un financement de l’Union européenne (Programme RISE H2020) de 154 millions CFP, et qui vise à promouvoir et redynamiser l’agriculture familiale afin d’améliorer la santé des populations dans le Pacifique et d’assurer la sécurité alimentaire dans un contexte de transformations sociales et économiques rapides et de changements climatiques. 

D’autre part, l’UNC vient d’ouvrir un master en sciences de la durabilité – Sustainability science, l’un des deux seuls masters portant cette mention dans l’enseignement supérieur français. Il vise à former à niveau bac+5 les étudiants pour en faire des experts ou ingénieurs dans les domaines du développement durable et du changement climatique. 

Une ambition pour les Outre-mer portée par l’État et des acteurs locaux motivés 
Le Plan innovation Outre-Mer est la suite logique des assises de l’Outre-mer et de la mise en œuvre de la stratégie « Trajectoire outre-mer 5.0 ». Cette action, mise en œuvre par la Banque des territoires pour le compte de l’État a pour ambition d’accompagner le développement de l’innovation outremer en phase avec les spécificités locales.

Une fois la convention signée, le cluster Pacific Food Lab n’a pas caché son enthousiasme à participer à cette initiative d’envergure pour une transition alimentaire : « une meilleure alimentation pour la santé des populations, nous en avons rêvé, et c’est en train de devenir réalité avec tous les acteurs autour de la table ». Le CIRAD et l’IRD ont également salué le lancement du projet et assuré de leur participation active avec leurs forces de recherche. Même satisfaction côté Adecal Technopole et Chambre d’agriculture qui ont remercié les acteurs et financeurs du projet et assuré de leur pleine participation à la réussite de TRIAD. Les représentants du gouvernement ont également assuré du soutien de l’institution.

Enfin, le représentant du Haut-Commissariat a transmis les félicitations du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation pour cette réussite exemplaire. Il a rappelé l’engagement de l’État dans les secteurs de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation en Nouvelle-Calédonie avec notamment les financements PIA déjà décrochés (projets TREC, PHARE, CROSS, UnWF pour un total de près de 1,4 milliards CFP) ainsi que le financement annuel de la recherche d’environ 5 milliards CFP par an.

GOUVERNEMENT : BIENTÔT LA DÉCLARATION DE POLITIQUE GÉNÉRALE ?

La crise sanitaire semble sous contrôle. Tout le monde s’y est mis : le gouvernement, les provinces, les communes, la Sécurité Civile, des associations, des bénévoles, le corps médical, les pharmaciens, des entreprises. L’Etat a été omniprésent. Il a fourni les vaccins, les tests, des spécialistes et des renforts sanitaires venus de métropole, des moyens militaires, le service de santé des Armées dont des personnels médicaux qui viendront de métropole. Au total, le gouvernement de Louis Mapou donne le sentiment de ne pas trop mal s’en sortir. Mais les devoirs institutionnels commencent à se rappeler à son bon souvenir.

Le programme d’abord. C’est en février dernier que les indépendantistes font tomber le gouvernement Santa. Motif avancé, un manque de collégialité, et une absence de traitement de dossiers jugés importants par la coalition séparatiste. La suite immédiate est un gros trou d’air. Pendant 6 mois, les deux formations indépendantistes sont incapables de s’entendre sur la personnalité qui présidera l’Exécutif. Entre Samuel Hnépeune et Louis Mapou, c’est finalement l’Uni et l’ancien responsable de la Sofinor qui l’emporte. Et c’est alors le variant Delta qui s’invite.

Tandis que s’approche la fin de l’année, et la fatidique date de la consultation sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle Calédonie, les impératifs de la vie de la collectivité demeurent.

Le Ruamm, dont la gouvernance réformée, proposée par l’Igas il y a plus de deux ans est toujours lettre morte, se meurt obstinément. Le budget, mis en place d’autorité par le représentant de l’Etat, n’a toujours pas été révisé par le Congrès. Et l’action du nouveau gouvernement doit officiellement débuter en s’inscrivant dans le traditionnel discours-programme, dit de « politique générale ».

C’est que la crise sanitaire, en dépit de sa prégnance, n’empêche pas le fonctionnement des services administratifs et l’exécution du contrôle et de l’animation des secteurs dont sont chargés les membres du 17e gouvernement calédonien.

Rien, donc, ne peut s’opposer à la délivrance de la fameuse déclaration de politique générale de Louis Mapou.

Il serait en effet temps, alors que la loi organique prévoit que le délai normal pour le dépôt du projet de budget 2022 s’achève au 15 novembre.

Au préalable, le gouvernement devra présenter sa stratégie devant la représentation « parlementaire » du Congrès. Puis, s’inscrivant dans les grandes lignes tracées par le « DPG », le gouvernement devra proposer ses orientations budgétaires pour les trois ans à venir, une présentation permettant des échanges sans autre vote que celui du constat que le débat requis a eu lieu.

La difficulté, pour la majorité indépendantiste du gouvernement, sera cependant d’inscrire les orientations du budget de la Nouvelle Calédonie dans le sillon de l’indépendance, espérée par elle le 12 décembre au soir, et effective, dans cette hypothèse, dès la mi-2023.

Ainsi, tout ce processus se tient : déclaration de politique générale, puis débat d’orientation budgétaire, puis dépôt du projet de budget. C’est la raison pour laquelle, la « DPG », dont la date a plusieurs fois été repoussée, devrait être imminente. A moins que …

RÉFÉRENDUM : UN DISPOSITIF DE SÉCURITÉ SANS PRÉCÉDENT

Rien à voir, évidemment, avec le dispositif Barkhane au Mali où 5000 militaires sont déployés. Les renforts d’appui aux effectifs et équipements en Calédonie visent à garantir la sérénité du scrutin du 12 décembre, tout en apportant un supplément de sécurité aux populations calédoniennes. Mais en faisant monter à près de 5000 personnels les forces de sécurité intérieure et extérieures en Nouvelle Calédonie, la France montre aussi ses capacités de projection à l’autre bout du monde, dans un espace géopolitique devenu l’enjeu du troisième millénaire.

2000 PERSONNELS ET DE NOUVEAUX ÉQUIPEMENTS EN RENFORT
Ce sont donc 1200 gendarmes, 250 militaires et une centaine de policiers qui vont venir renforcer leurs collègues de Nouvelle Calédonie, avant, pendant et après la troisième consultation des Calédoniens le 12 décembre prochain.
Ils seront appuyés par l’arrivée de 30 blindés, de deux hélicoptères Puma, d’un Casa et du patrouilleur Le Bougainville en provenance de Polynésie.
130 véhicules seront acquis pour développer la mobilité des forces de sécurité intérieure. Un cellule de cyber-sécurité, baptisée Viginum, entrera en activité pour surveiller et intervenir en cas d’activités délictuelles sur les réseaux sociaux.
Ces effectifs viendront donc renforcer ceux déjà en place, soit, selon le rapport de l’Etat en 2019, quelques 1690 militaires, 885 gendarmes, et 580 personnels de la Police Nationale.

DES MISSIONS DE SÉCURITÉ ET DE SERVICE PUBLIC
Ces renforts vont également permettre des opérations plus intenses pour lutter contre la délinquance. Ce sont deux types de délinquance qui sont visés : celle apportant des risques sur les routes calédoniennes, et la délinquance au quotidien comprenant aussi bien les vols, les cambriolages que les différentes formes de violence.

UNE CAPACITÉ DE PROJECTION UNIQUE EN EUROPE
En projetant ces forces à 22.000 kilomètres, la France souligne dans les faits qu’elle est le seul des pays de l’Europe à détenir cette capacité. Elle utilise les moyens civils existants, lesquels constituent en l’espèce, des moyens stratégiques pour la réalisation de telles opérations.
Les renforts venus de Polynésie soulignent que des capacités sont mobilisables dans la zone, qu’il s’agisse de l’Ouest du Pacifique ou de l’Est.
Alors que l’affaire des sous-marins a mis en lumière le transfert des enjeux majeurs géopolitiques dans la région Asie-Pacifique pour ce début du troisième millénaire, la France montre opportunément que, tout en respectant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, elle est un acteur important et présent dans cette zone.

LE FLNKS PRÔNE LA « NON PARTICIPATION » AU SCRUTIN DU 12 DÉCEMBRE

Après l’avoir demandé en début d’année, et dès l’ouverture de cette possibilité, le FLNKS a décidé de prôner la « non participation » au référendum s’il se déroule le 12 décembre prochain. Dans un communiqué daté du 20 octobre et signé par Jean Creugnet, secrétaire général de l’UPM, le Front « demande au camp du Oui de s’inscrire dans une démarche de non-participation à la campagne électorale de la consultation dont la date serait maintenue au 12 décembre 2021 ». Très logiquement, après cet appel, il demande, comme en juin dernier, que ce scrutin soit reporté après les élections nationales.

Le FLNKS, dans cette prise de position, n’évoque nullement la situation sanitaire de la Nouvelle Calédonie. Il met en avant la privation des Calédoniens « d’une consultation qui devrait de dérouler avec au préalable une campagne électorale équitable« . Bizarre.

C’est qu’en effet, s’agissant de la campagne électorale, l’argument est bancal : cette troisième consultation se déroule dans les mêmes conditions que les deux précédentes, avec la même question posée aux électeurs, et les mêmes possibilités de réponses. Rien n’a changé, à part les précisions apportées par l’Etat dans son document sur les conséquences du Oui et du Non. Des conséquences qui ne devraient pas être surprenantes pour le FLNKS qui prépare son projet d’indépendance depuis … 1975 ! C’est en effet, à cette date, que l’Union Multiraciale, d’abord, puis un collectif regroupant l’Union Calédonienne, l’Union Multiraciale, et les groupes de pression dont certains ont donné naissance au Palika, ont officiellement proclamé la demande d’indépendance de la Nouvelle Calédonie.

L’argument, à l’évidence, ne tient guère. De surcroît, la campagne électorale pour les référendums dure depuis 3 ans, et celle du FLNKS, depuis … 46 ans.

Quant aux conditions sanitaires, le Front ne les évoque pas. Il est vrai que les indicateurs sont à la baisse, et il est probable que le Covid ne sera plus, le 12 décembre, de nature à empêcher le déroulement quasi normal des opérations électorales.

Autre intervention : celle de l’ambassadeur de Papouasie à l’Onu, qui, lui, met en avant les contraintes sanitaires en Nouvelle Calédonie, et demande « respectueusement à la France » de reporter le référendum. Mais il est vrai que la Papouasie, en matière de démocratie, comme dans celle de la transparence sur sa lutte contre la pandémie, n’est guère en mesure de donner de leçons qu’à elle-même …


QUELS CONTRIBUABLES PAIENT LES INCARTADES DES ILES LOYAUTÉ ?

Nous l’avons plusieurs fois écrit : contrairement à certaines croyances en Calédonie, l’argent ne pousse pas sur des arbres. Alors, s’il ne pousse pas sur les arbres, d’où vient-il ? « Y’a qu’à la prendre là où qu’elle est », avait déclaré en son temps un élu … Les contribuables, eux, connaissent la réponse : qu’ils soient ici, ou qu’ils soient en métropole, ils savent que c’est dans leur poche !
LES ILES LOYAUTÉ ONT BIEN DE LA CHANCE
Selon une étude sur la localisation des contributions fiscales aux budgets publics, laquelle semble toujours d’actualité, ce sont les contribuables de la province sud qui sont en tête. Pratiquement 90% des impôts alimentant les dépenses publiques viendraient de leur poche, célibataires, ménages, travailleurs indépendants, libéraux et entrepreneurs. Ce chiffre serait de 6 à 8% % pour le Nord, et de l’ordre de 2% pour les Iles. En clair, louable effort de solidarité, ce sont essentiellement les contribuables de la Grande Terre qui financeraient les dépenses des Loyauté.

Ils ne sont pas les seuls. Les contribuables métropolitains y apportent une part importante, tant il est vrai que si la chanson dit « c’est la France qui paie« , la réalité est que ce sont les contribuables français qui le font. Les zoreilles, comme disent … affectueusement de nombreux Calédoniens. Hé oui : les aides aux communes et aux provinces, les gendarmeries, les collèges, les lycées, les défiscalisations -en réalité des subventions- ou encore certaines bourses sont des dépenses qui viennent de la poche des Parisiens, des Bordelais, des Marseillais et autres « cochons de payants » de l’hexagone.

Au total, les Loyaltiens ont bien de la chance de recevoir autant de subsides des contribuables extérieurs aux Iles. Solidarité.

TOUT A UN COÛT
Lorsqu’il s’agit d’argent public, il se produit, en général, une sorte de déconnexion entre l’origine de ces fonds, et le caractère impersonnel de la dépense public. En clair, on oublie, en général, que les budgets de la Nouvelle Calédonie, des provinces, des communes, des établissements publics viennent de la poche des contribuables, et à une moindre échelle, de celle des usagers.

Mais ce sentiment est pire dans le cas de services publics. Or, tout à un prix, et tout a un coût. Un avion qui ne décolle pas avec des passagers, cela à un coût, celui d’une recette annulée. Une personne non vaccinée, qui, malade du Covid, va se trouver en réanimation, est une situation dramatique. Mais la journée de réanimation, avec l’intervention des soignants, l’administration de médicaments et d’oxygène, a également un coût : aux alentours de … 400.000 FCFP par jour. Un coût auquel il faut ajouter celui des transports, parfois aériens, et souvent avec des conséquences de santé qui provoqueront des prises en charge pendant tout ou partie de leur vie. Des personnes expulsées, comme à Roh, et pour la plupart hébergées à Nouméa génèrent des coûts qui devront être assurés. Celui des transports, des hébergements, des aides sociales, des éventuelles réinsertions.

Derrière tous ces coûts, il y a le contribuable, son travail, ses revenus amputés de l’impôt. Lui aussi mériterait un minimum de respect.

SANTÉ DOKAMO … LE PLANPLAN

La Nouvelle Calédonie est souvent le pays des choses à moitié faites. Ou encore moins … Les « Plans », les « Assises » ou encore les « Etats Généraux » ont plutôt rarement dépassé le stade de la communication. Au mieux, ils ont constitué une référence de bonne conscience. Au pire, ce sont des exercices d’incantation, particulièrement prônés selon le principe que la parole … est action.

Dans les temps récents, il y a eu ainsi le vaste plan anti-délinquance dont les dizaines d’items sont demeurés des vœux pieux, seulement utiles à être une décoration de vitrine.

Il y a eu un vaste plan contre les abus d’alcool. Même le grand hebdomadaire « l’Express » titrait, en 2017, admiratif de cette volonté venue de 22.000 kilomètres, « La Nouvelle Calédonie s’attaque aux abus d’alcool« , avec un commentaire ronflant : « Nouméa – Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a adopté mardi « un plan de bataille » contre la consommation excessive d’alcool, face à ses conséquences de plus en plus inquiétantes sur la société, a-t-il indiqué. » Qui, depuis, a constaté une baisse des abus d’alcool, et d’autres mesures que des hausses de prix visant à renflouer les caisses du territoire ?

En 2006, l’Inserm a publié une étude accablante sur les comportements à risque en matière d’addictions, de suicide, de conduite et de sexualité. Un plan repris quelques années plus tard par les autorités locales avec force tambours et trompettes. Et puis, la musique s’est éteinte …

Le pompon est probablement le Plan DoKamo, devenu l’alpha et l’oméga des progrès de la Santé en Calédonie, la référence en matière de prévention comme de curatif, en passant par la protection sociale.

Sa fiche officielle indique, sans rire :
« Adopté par le Congrès en mars 2016, le plan Do Kamo est le plan de santé calédonien pour la période 2018-2022.
Il traduit l’urgence à réformer, restructurer, piloter, maîtriser et évaluer notre système de santé, et de protection sociale dans sa globalité mais aussi à développer une véritable offre de prévention, accessible à tous les Calédoniens, tout au long de leur parcours de vie.
Il propose une approche intégrée de la politique de santé autour de trois axes stratégiques :  
-construire un nouveau modèle économique du système de santé calédonien,
-construire une nouvelle gouvernance du système de santé calédonien,
-assurer une offre de santé efficiente grâce à une offre de prévention renforcée et coordonnée avec l’offre de soin. »


2022 arrive dans 2 mois. Les hôpitaux manquent de moyens et de personnels, le redressement de la Cafat est toujours en attente, la prévention à grande échelle n’est qu’un mirage. Inutile d’évoquer, bien sûr, l’avènement du « nouveau modèle économique du système de santé« , de la « nouvelle gouvernance du système de santé » et de « l’offre de prévention renforcée« : on nagerait dans le comique.

Pourtant, à travers les effets dramatiques du Covid, un constat a éclairé le pays tout entier : l’obésité, le diabète, les maladies cardio-vasculaires sont des maladies présentes, inquiétantes, et qu’il faut combattre … d’urgence.

Encore un effort, et l’on s’apercevra aussi qu’on le sait depuis quelques dizaines d’années, et que Do Kamo en faisait une urgence … en 2016

L’ÉTAT N’ENVISAGE PAS LE REPORT DE LA DATE DU RÉFÉRENDUM

Des différentes interventions de Sébastien Lecornu, il apparaît que l’Etat n’envisage pas pour l’heure le report de la date du référendum. Et même, face à Lorelei Aubry , le ministre déclare : « la vérité, c’est que la campagne, elle peut démarrer maintenant. Il ne faut pas non plus qu’on mente au corps électoral. Certes avec les mesures barrières, certes en faisant attention, mais 8 demandes de manifestation déposées par des formations politiques, des associations, des syndicats pour la semaine prochaine auprès du Haut Commissaire. Je sais que c’est le temps du deuil, mais je vois bien quand même que certains la reprennent, la vie politique ou la vie syndicale« .

Bien entendu, comme tout un chacun, il prend la précaution de préciser qu’une situation épidémique de nouveau grave, serait évidemment de nature à revoir le calendrier.

Mais pour l’heure, l’Etat et son représentant sur place, mettent en œuvre la préparation du scrutin. L’ultime révision des listes électorales s’est effectuée. Les renforts de forces de sécurité commencent à arriver. Rien ne manquera pour cette troisième et dernière consultation pour se réaliser avec le même sérieux que les deux précédentes.

Quant à la campagne, elle a en réalité commencé avec le premier scrutin et dure depuis 3 ans ! Seul élément nouveau : le document de l’Etat, qui ne fait qu’apporter des précisions notamment juridiques et financières au débat. En revanche, sur de nombreux points, les indépendantistes n’ont guère précisé leur vision concrète des réponses qu’ils sont censés donner aux électeurs. Mais cette question relève de leur propre responsabilité sur des sujets qu’ils portent depuis 1975 …

Ainsi,seul, le Covid pourrait mettre à mal la date du rendez-vous des Calédoniens prévu par l’Accord de Nouméa.

Selon le tableau du gouvernement, 1 seul décès était à déplorer au cours des dernières 24 heures, 35 patients se trouvaient en réanimation. La vaccination va bon train, et il faut ajouter au nombre des vaccinés, celui des malades guéris et eux mêmes immunisés bien que non vaccinés. Une tendance qui semble donner raison à Sébastien Lecornu.