NICKEL : LA DERNIÈRE CHANCE POUR LES CALÉDONIENS

Le ministre de l’Intérieur et de l’Outre-mer s’est aperçu d’une chose : partout dans le monde, les acteurs du nickel gagnent de l’argent … sauf en Nouvelle Calédonie. Les pertes cumulées dans le secteur métallurgique se chiffrent par centaines de milliards et, en désespoir de cause, c’est l’État et le contribuable français qui sont appelés à la rescousse.

Dans une situation ubuesque où depuis des années, par exemple, des sites miniers sont bloqués, leurs installations incendiées, des permis d’exploitation refusés, ce qui devrait constituer une richesse exceptionnelle du territoire est aujourd’hui dans le rouge. La compétitivité de la production est-elle étroitement dépendante du coût de l’énergie ? La réponse calédonienne aboutit à un cul-de-sac conduisant un opérateur à faire venir … une centrale flottante de Turquie ! Quant à l’actionnaire local de la SLN et d’Eramet qui a déjà empoché plusieurs milliards CFP de dividendes, il n’a toujours pas levé le petit doigt pour aider sa plus ancienne usine de nickel au bord du précipice.

Comble fiscal du comique : alors même que l’État et le contribuable français sont appelés au chevet de la SLN, une majorité du Congrès vient aggraver le mois dernier les charges de la société calédonienne moribonde !

Au bout du bout, Darmanin donne peut être une ultime chance au territoire en proposant un contrat gagnant-gagnant. D’un coté, la France développe une filière de construction de batteries pour véhicules électriques pour laquelle le nickel constitue un élément vital. De l’autre, la Nouvelle-Calédonie dispose des réserves de nickel parmi les plus importantes au monde, et trois usines de transformation du minerai. Il convient enfin de s’entendre localement pour rationnaliser toute la filière et la rendre bénéficiaire, plaide le ministre qui réclame, depuis plusieurs mois, « un nouveau projet industriel pour le nickel« .

L’État, depuis 1975, ne cesse d’apporter son aide financière au secteur métallurgique du nickel. Près de 250 milliards de francs CFP en 10 ans … alors qu’il s’agit de compétences exclusivement calédoniennes ! Par la voix du ministre d’État, il se dit prêt à y ajouter « son soutien sur l’énergie, sur l’exportation, sur la transformation des procédés et sur l’avenir des trois usines« . L’Inspection générale des finances et le Conseil général de l’économie doivent établir un diagnostic de la filière nickel sur le territoire, mission qui démarrera dans les prochains jours. Un groupe de travail annoncé par la Première ministre devrait ensuite plancher sur le sujet.

Reste aux Calédoniens à se mettre au travail, par une réflexion dépassant les querelles de clocher, et à s’entendre sur l’essentiel pour mettre en place rapidement la vision cohérente de l’avenir du nickel. Gérald Darmanin a compris que ce n’était pas le plus facile pour ceux dont beaucoup de Français pensent qu’ils sont parmi les enfants gâtés de la République. Une « danseuse », disaient autrefois les élus de l’hexagone. Alors il manifeste, en matière de nickel, son intérêt et sa bienveillance … sous la forme d’un ultimatum.