LE PALIKA ENTRE INCANTATION ET PRAGMATISME

En annonçant sa décision de rencontrer le ministre de l’Intérieur accompagné du ministre délégué pour l’Outremer à la fin du mois, le Palika fait preuve de pragmatisme. En réaffirmant qu’il ne peut y avoir de statut définitif pour la Nouvelle Calédonie que celui d’un État indépendant, il campe dans l’incantation.

Le président du gouvernement actuel est un membre du parti. Il porte la responsabilité de la crédibilité, déjà fort entamée, de la capacité des indépendantistes à gérer un pays. Cet exercice, aujourd’hui marqué par l’immobilisme et l’émergence de notables insuffisances, ne peut progresser qu’avec l’aide de l’État.

Par ailleurs, le Palika, mais avec lui l’ensemble des forces indépendantistes, devra progressivement rendre compte à la jeunesse Kanak des perspectives matérielles qu’ils leur offrent. Il est un fait que l’idéologie, l’affichage d’un drapeau, les slogans lancés à tours de bras, ne résolvent ni les problèmes d’éducation, ni ceux des inégalités, et encore moins les problèmes d’emploi, de logement, de scolarisation des enfants, de consommation auxquels les familles, même Kanak, sont confrontés.

En revanche, le Palika et les autres indépendantistes, savent qu’ils ne peuvent afficher un renoncement à l’indépendance. Pour avoir signé un accord excluant l’accession automatique à la pleine souveraineté, Jean-Marie Tjibaou et Yeiwene Yeiwene l’ont payé de leur vie.

Le parti de Paul Néoutyne ira donc aux discussions en clamant haut et fort que seule l’indépendance-association sera un statut acceptable pour lui. Imaginer que celle-ci pourrait être accordée par la France sans autre forme de procès, et aux mépris du principe onusien de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes est un fantasme. Mais le Palika, politiquement, n’a pas le choix.