DES MÉDECINS ÉTRANGERS ATTIRÉS PAR LA CALÉDONIE ? Réflexions …

Le texte arrêté en gouvernement a au moins le mérite de tenter d’esquisser une réponse à la véritable crise médicale qui touche la Nouvelle-Calédonie. Le communiqué de l’Exécutif indique cependant que « en assouplissant le recrutement des professionnels de santé, ce projet doit permettre de résorber la pénurie de ressources médicales en Nouvelle-Calédonie. »

Cette affirmation prend-elle en compte tous les éléments ayant conduit à la désertification médicale du territoire ?

Le premier de ces éléments est de s’interroger sur le départ des médecins qui ont exercé en Calédonie. Ils n’avaient pas besoin de reconnaissance de diplômes, et pourtant ils sont partis. Le territoire si riche en enquêtes et études en tout genre serait bien inspiré de s’en informer, tant auprès des médecins libéraux qui ne restent pas, qu’auprès des médecins hospitaliers qui s’en vont ! Il en va de même pour les autres personnels de santé comme des paramédicaux.

Deuxième élément de réflexion : s’est-on interrogé également sur les raisons pour lesquelles 18.000 personnes ont littéralement fui la Nouvelle-Calédonie ? Parce que leurs diplômes n’étaient pas reconnus ?

La réalité, peut être difficile à admettre pour un certain nombre d’élus, est que la Nouvelle Calédonie a perdu de son attractivité. Pire, elle figure pour certains pays, et pour certains établissements, bancaires, notamment, comme une zone à risque. Notre territoire a mauvaise réputation : la fiscalité devenue lourde, les tracas administratifs, une absence de lisibilité de l’avenir, un fond de sentiment « anti-zoreille » qui s’est développé, une délinquance visible sur les murs tagués. Quant aux médecins, des honoraires non réévalués depuis des années, de conditions de travail de rémunération et de retraite dans les hôpitaux publics dépassées,  voire pénalisantes, voilà ce qui se dit dans les couloirs, loin des déclarations officielles et de la doxa ambiante.

Il faut y ajouter les excès de la « protection de l’emploi local ». De promotion au départ, les prescriptions de la loi organique ont été progressivement interprétées pour conduire une véritable ségrégation. Les Calédoniens s’imaginent peut-être que les conjoints de personnels nouvellement installés ou expatriés ne doivent pas travailler ! C’est une vue de l’esprit. Les freins, annoncés ou mis en œuvre pour le travail du conjoint font préférer d’autres destinations plus accueillantes. Comme la Polynésie.

Il faut pourtant espérer que des médecins seront tentés par la Nouvelle-Calédonie grâce à la reconnaissance projetée. Mais c’est probablement un bilan, un véritable examen de conscience sur l’emploi, qu’il soit « local » ou pas, sur l’attractivité du territoire, sur les conditions de vie qu’il offre aujourd’hui, qu’il est nécessaire de conduire. Dans quelle société veulent vivre les Calédoniens ? That is the question …