LA SUCCESSION D’ÉCHECS EXPLIQUE LA RADICALITÉ DU DISCOURS INDÉPENDANTISTE

Quand dans l’action, vous avez échoué, il ne reste plus que la parole. Celle-ci, utilisée par un certain nombre de responsables indépendantistes, devient plus radicale, et parfois sombre dans l’outrance. L’explication : le verbe devient peu à peu le seul outil pour combler la désillusion d’une base électorale lassée des promesses non tenues, et confrontée à la réalité quotidienne.

Comparer la Nouvelle Calédonie à l’Ukraine et la France à la Russie de Poutine, ou affirmer à un Calédonien qu’il n’est pas chez lui … en Calédonie, ce sont des exemples saillants de paroles radicale ou outrancière qui sont suscité bien des commentaires ces dernières semaines. Cette surenchère dans la radicalité traduit en réalité un constat de faiblesse, généré par des échecs ou des déconvenues qui se sont succédés depuis deux ans pour les indépendantistes.

Cela a commencé avec l’appel à la violence pour contester la reprise de l’usine du sud par un groupe d’investisseurs comprenant notamment Trafigura. Dans cette affaire, les indépendantistes, arguant d’une prétendue « doctrine nickel » développée par la province Nord, ont juré à leurs militants que jamais cette reprise ne se ferait en dehors d’une prise de contrôle par la Sofinor et un partenaire coréen. Echec. Est ensuite survenue la chute du gouvernement Santa, provoquée par la démission des élus indépendantistes du gouvernement. Résultat : une lutte fratricide entre l’UC et le Palika pour obtenir la présidence, et 6 mois de vide institutionnel.

La suite a été apportée par le Covid. Contraints et forcés, les indépendantistes ont du solliciter le soutien de la France, pour les vaccins, les personnels médicaux, et les finances publiques. Un cruel aveu de dépendance pour ceux qui claironnent que la Calédonie peut se passer de « la puissance coloniale ».

S’ajoute à cela l’échec aux trois référendums. Une progression, un résultat meilleur qu’espéré, ne font pas une victoire. Par trois fois, et dans le cadre d’une consultation régulière et démocratique surveillée et validée, non seulement par des magistrats français, mais également par des observateurs de l’Onu, les électeurs de Nouvelle Calédonie ont affirmé leur choix de maintenir la Nouvelle Calédonie dans la République.

Les affirmations des leaders indépendantistes sur l’illégalité du troisième scrutin réputé nul et non avenu n’ont guère connu de suite. Le « deuil kanak » d’une année, annoncé par eux, a provoqué des interrogations sur leur respect de la coutume, et pris l’aspect d’une pantomine quand récemment, et à l’occasion des élections législatives, il a été « levé », démontrant une opération de manipulation médiatico-politique.

Enfin, last but not least, participant aux élections législatives, les indépendantistes ont présenté cette élection comme un 4e tour de la série des référendums. Or, dans un scrutin régulier et transparent, les chiffres globaux ont confirmé que le nombre l’électeurs indépendantistes est inférieur au nombre d’électeurs non-indépendantistes.

Que reste-t-il alors ? Réponse : la radicalité de la parole, voire de la posture.

La vraie question qui se pose à des leaders vieillissants, en place depuis plusieurs décennies, réside dans le nombre considérable d’abstentionnistes séparatistes enregistrés le 19 juin, lors du second tour des législatives. Les indépendantistes de la génération des 45 ans, qui n’a connu ni les événements, ni les premiers accords, n’aspire-t-elle pas à un renouvellement des cadres pour que la politique s’ajuste aux vrais combats d’aujourd’hui ? Au delà des slogans qui deviennent de plus en plus creux, l’emploi, la santé, l’avenir des enfants, la lutte contre les inégalités ont envahi le quotidien des familles pour lesquelles l’indépendance n’est peut-être plus vraiment la solution miracle.