INDÉPENDANTISTES vs AUTONOMISTES : LA RUPTURE

C’est un paradoxe : les indépendantistes avaient fait tomber le gouvernement Santa en février 2021 sous le prétexte d’une absence de collégialité. Mais depuis la désignation de Louis Mapou à la tête de l’institution, l’exercice du pouvoir exécutif calédonien a connu une dérive autoritaire et sectaire dans laquelle la concertation a fait place aux décisions unilatérales.

Depuis plusieurs jours, il apparaissait que la préparation du projet de budget 2022, et surtout le choix des dépenses, avaient été effectués par les seuls élus du camp indépendantistes et leur allié, l’Eveil Océanien.

Ce sectarisme s’est déplacé du gouvernement au congrès lors du vote du budget. Aucune recherche de compromis, et surtout, une arrogance affichée des indépendantistes à l’égard des loyalistes qui a achevé de mettre le feu aux poudres.

DE QUEL DROIT UN ÉLU DU CONGRÈS POSE UNE QUESTION AU GOUVERNEMENT ?!!!
De mémoire d’élu, on n’avait jamais vu ça. Non pas qu’une partie de l’assemblée quitte l’hémicycle du Boulevard Vauban – les indépendantistes l’avait fait par exemple lors d’une séance le 21 août 2020 – mais qu’un membre du gouvernement dénie le droit d’un élu du congrès à poser des questions à l’Exécutif, fussent-elles dérangeantes !

C’est pourtant ce qu’a subi Philippe Blaise, recevant une réponse ahurissante de Gilbert Tyuienon. Le ministre Union Calédonienne a, en gros, toisé l’élu autonomiste en l’accusant de débattre dans le seul but d’alimenter les réseaux sociaux, refusant de répondre à la question posée. Une telle réponse, digne d’une conversation du café du commerce, n’avait jamais été produit par un membre du gouvernement à l’égard d’un représentant de la plus haute chambre :

  • Vous demandez des renseignements sur une réforme fiscale pour laquelle vous n’êtes pas d’accord. A quoi vous jouez, là ? Moi je ne joue pas, moi. C’est pour faire l’intéressant, après, sur les réseaux sociaux ?
  • Ici monsieur le membre du gouvernement, vous êtes devant la représentation du peuple. Alors quand on pose des questions, je vous demanderais d’avoir la politesse de ne pas le prendre de haut (…) Je représente des gens (…) C’est nous qui sommes chargés ici de poser des questions pour éclairer la décision du vote.

Une telle dérive n’est évidemment plus conforme à ce que les nostalgiques nomment « l’esprit de l’Accord de Nouméa », c’est-à-dire un débat concerté à la recherche d’un consensus lorsque celui-ci est possible.

Mais il est vrai que depuis le 12 décembre 2021, l’Accord de Nouméa a vécu …

UN HÉMICYCLE A MOITIÉ VIDE POUR VOTER LES BUDGETS
Conséquence de cette absence de dialogue au Congrès, faisant suite à une évidente absence de collégialité au gouvernement, tous les élus autonomistes ont quitté l’hémicycle. Dans une salle étrangement à moitié vide, les élus indépendantistes ont voté les budgets proposés par l’Exécutif. Sur le texte concernant le budget propre de la Nouvelle Calédonie, l’Eveil Océanien s’est abstenu.

Cet épisode révélateur d’une pratique du pouvoir exercé par ceux qui voulaient construire Kanaky confirme que les institutions calédoniennes ont montré leurs limites. Elles apparaissent à bout de souffle, et peuvent désormais laisser place à des dérives dangereuses pour une démocratie paisible. Une fois encore, le gouvernement et le congrès sont la source d’un conflit, lequel marquera une rupture dans la pratique démocratique pour les mois à venir. Un beau sujet de réflexion pour le futur statut, et le cas échéant, pour la chute du gouvernement Mapou.