ACCORD SLN-GOUVERNEMENT : LES CERTITUDES ET LES INTERROGATIONS

La demande d’autorisation d’export supplémentaire de deux millions de tonnes de minerai à basse teneur accordée à la SLN attendait depuis des mois sur le bureau du gouvernement. Elle a finalement été accordée, permettant à la société en grave difficulté de bénéficier d’un ballon d’oxygène dans une conjoncture favorable comme elle ne l’a pas été depuis 2O11. Le nickel demeure actuellement largement au dessus des 20.000 dollars la tonne, et malgré une légère baisse, cote à 23.500 dollars aujourd’hui.

Ces conditions sont une aubaine pour tous les producteurs calédoniens. Dans le sud, Prony Resources dépasse ses objectifs, et dans le nord, KNS a relancé sa production.

S’agit-il, pour autant, de nouvelles perspectives engagées par le territoire et la SLN justifiant quelques commentaires plutôt euphoriques ? Il faut distinguer ce qui relève du volet purement économique de celui de la communication …

Il a, par exemple, été question de la conformité de l’accord à la « doctrine nickel ». On se souvient que la Chambre Territoriale avait été sévère sur ce concept développé par la province Nord, et n’y avait trouvé aucun corpus sérieux. Si la doctrine nickel consiste désormais à autoriser l’exportation des minerais non traitables en Nouvelle Calédonie et à accompagner les entreprises industrielles dans la modernisation et la rationalisation de leurs outils, il s’agit davantage de bon sens économique que d’une vague « doctrine nickel ». Mais en Calédonie, pays de l’incantation, on aime bien se gargariser de mots.

Or derrière les mots se cachent des problématiques non encore résolues. Que la SLN investisse pour amener son outil de production minière au niveau de ses exportations, cela semble couler de source. Que dans la conjoncture favorable, après les efforts de productivité consentis par les personnels, la société parvienne à l’équilibre en fin d’année, cela ne semble pas anormal en raison du cash que les exportations vont procurer. Et que le SLN renouvelle ses équipements industriels vieillissants, en traçant une perspective à 2040, tout le monde doit s’en réjouir. Affirmer que « le système économique » a été « reposé » relève plus probablement du discours.

Depuis longtemps, Eramet et SLN ont indiqué les facteur à traiter pour simplement éviter la faillite de l’entreprise : une amélioration de la productivité, une autorisation d’exporter davantage de minerais basse teneur, et un remplacement de la centrale électrique dit « B », conjugué avec un coût de l’électricité aux alentours de 8 francs le KW/h.

Or ce dernier point, essentiel, reste à mettre en œuvre. Il est donc question d’une solution temporaire avant la solution définitive pour laquelle la Nouvelle Calédonie a décidé de prendre la main avec la fameuse nouvelle « centrale pays ». Sans cette évolution majeure pour la rentabilité de l’entreprise, le « contrat à long terme » ne sera qu’un vœu pieux. Il suffit d’imaginer un retour des cours à la baisse pour se rendre compte de la relative fragilité de ce « contrat ».

Accorder une autorisation d’export supplémentaire n’est pas le plus ardu, dans ce partenariat. Il reste maintenant à résoudre le plus difficile : la problématique énergétique. Celle-ci relève de la responsabilité du gouvernement. Ainsi, pour l’heure, on peut dire, au delà des grandes phrases, que la SLN … a tout simplement obtenu son autorisation d’exportation supplémentaire.