TROISIÈME CONSULTATION : ET SI LES INDÉPENDANTISTES AVAIENT FAIT UNE ERREUR STRATÉGIQUE ?

En donnant comme mot d’ordre la « non participation » au scrutin du 12 décembre prochain, le FLNKS demande ainsi aux partis qui le composent d’inviter leurs militants à ne pas donner leur avis. Politiquement, ce sera un refus de participer à cette consultation. Juridiquement, ces absences seront comptabilisées au titre des absentions. Quant au résultat, ainsi que le rappelait le président de la Commission de Contrôle, toutes les jurisprudences électorales convergent vers sa validation, même avec une faible participation. Le 13 décembre, donc, la troisième consultation prévue par l’Accord de Nouméa, et demandée expressément par les indépendantistes, se sera déroulée. L’Accord de Nouméa sera clos. La Nouvelle Calédonie et la France devront passer la phase suivante dont l’Accord stipule simplement que les partenaires doivent se réunir pour envisager la suite.

QUELLE STRATÉGIE INDÉPENDANTISTE ?
La situation politique présente est de nature à s’interroger sur la stratégie des indépendantistes. Et éventuellement à se demander s’il possèdent réellement une stratégie. Les événements qui se sont succédés depuis un an plaident en effet pour une telle interrogation.
Cela a été d’abord les mots d’ordre pour la contestation de la reprise de l’usine du Sud. Le FLNKS a voulu imposer Sofinor et Korea Zinc, au prix même d’actions violentes et d’exposition à des risques graves de ses militants. Le résultat a été un échec, d’abord parce que la Sofinor a été incapable de valider un partenaire crédible, ensuite parce qu’à l’évidence, aucun schéma de sortie n’avait été pensé. Résultat : un repli en rase campagne, et un accord sous l’égide de la présidente de la province Sud.
Cela a été ensuite la chute de gouvernement Santa. Les indépendantistes ont démissionné avec fracas, mais sans vraiment avoir préparé la situation. Résultat : 6 mois de tergiversations amères entre l’UC et le Palika.
Cela a été, dans la foulée, le déplacement en ordre dispersé, à Paris, sur l’invitation du Premier ministre, pour consulter sur la date du troisième référendum. L’UC et ses alliés s’y sont rendus, le Palika a refusé le déplacement.
Cela a été aussi l’élection du président du gouvernement. En finale, le candidat de l’UC, réputé favori, a du s’incliner devant celui du Palika, promu par le Parti Travailliste lors de l’élection des membres du gouvernement. Dans les jours qui ont suivi, Samuel Hnepeune a démissionné de l’institution.
Cela a été enfin la décision de non participation à la troisième consultation, avec des motivations qui ont varié au fil du temps. Manque de temps pour la campagne électorale dans un premier temps, situation sanitaire dans un autre, et processus de deuil dans le milieu Kanak dans un troisième temps.
Dans cette succession de phases depuis un an, il est bien difficile d’en extraire un fil conducteur et une stratégie cohérente.

APRÈS LE 12 DÉCEMBRE, L’UNION CALÉDONIENNE …. VA PRÉPARER LE TROISIÈME RÉFÉRENDUM
Une récente interview d’Elisabeh Nouar du président de l’Union Calédonienne sur RRB livre des éléments qui sont, pour le moins, étonnants. Pour l’UC, le 12 décembre n’est pas la troisième consultation, qui aura lieu ultérieurement … Extrait.
(…)
Daniel GoaOn y va avec espoir en espérant gagner
Elisabeth NouarMais vous n’y allez pas ! Vous ne pouvez pas gagner !!
DGOui au troisième … Ben pour le moment, c’est pas un troisième qui vient, et donc, nous irons au troisième et il y a de fortes chances qu’on gagne
EL C’est quoi ce troisième que vous voulez, c’est un troisième bis ? Parce que pour l’instant, il y a trois référendums prévus par l’Accord de Nouméa. Celui du 12 décembre va être organisé, va être validé. Vous en voulez un quatrième qui soit encore un référendum binaire ?
DGMais c’est pas le quatrième. Pour nous c’est le troisième.
ENEt celui du 12 décembre, c’est quoi ?
DGBen nous, ça ne vous concerne pas. La France se parle à elle même !
(…)

POUR LOUIS MAPOU, LE 12 DÉCEMBRE, C’EST BIEN LA TROISIÈME CONSULTATION
Les choses sont plus claires du côté du Palika, si l’on considère que la parole de ce parti peut être portée par Louis Mapou.
Dans sa déclaration de politique générale, le président du gouvernement livre une analyse qui, à l’évidence, est hors du contexte gouvernemental, et davantage politique. Il déclare ainsi : « S’agissant de la troisième consultation, nous en connaissons par avance l’issue et les implications. Pour autant, nous refusons de verser dans le pessimisme, car notre pays a en son sein un potentiel extraordinaire d’hommes et de femmes avec des histoires, des identités et des ambitions qui ne demandent qu’à se transcender dans une nouvelle Nouvelle-Calédonie« .
Pour lui, donc, la troisième consultation prévue par l’Accord de Nouméa aura bien lieu le 12 décembre prochain, créant ainsi un « pays » nouveau : la « nouvelle » Nouvelle Calédonie.
Depuis, le Palika n’a pas démenti, ni d’ailleurs aucun autre parti indépendantiste.
Mais il est vrai aussi que dans la perspective du maintien de la date du 12 décembre, le FLNKS avait immédiatement annoncé son absence de participation au scrutin, et également, son absence à toute discussion post référendaire. Changement de pied : désormais, il faudra compter avec les indépendantistes pour les négociations qui suivront un éventuelle victoire du « non ». Mais peut être pas dans un groupe de discussions rassemblant les partenaires calédoniens et l’Etat, et peut être uniquement au travers de « bilatérales » en direct avec la puissance colonisatrice. Advienne et comprenne que pourra.