HIENGHÈNE NE SAIT PAS POURQUOI LA NON-PARTICIPATION

« Que ce soit le oui ou le non, il faut y aller« , déclare un électeur indépendantiste de Hienghène qui déclare néanmoins suivre les consignes « d’en haut ». Mais tout ne semble pas clair sur la décision de non-participation. Le maire, lui même, indique que  » la population s’interroge beaucoup sur la non-participation au vote du référendum » et précise que cette décision est connue … grâce aux médias. « Au niveau du FLNKS, on n’a pas beaucoup d’information sur la non-participation« .

Bien sûr, la quasi totalité des électeurs de la commune, favorable au « oui », va sans aucun doute, suivre les consignes de leurs partis, majoritairement l’Union Calédonienne et le Palika. Bien sûr, également, samedi doit enfin se tenir au marché du village, une réunion d’information. Le communiqué du FLNKS appelant à la non-participation date tout de même du 20 octobre …

Pour autant, les bureaux de vote seront ouverts pour les électeurs souhaitant exprimer leur choix. Ils avaient choisi l’indépendance à plus de 90% lors de la dernière consultation de 2020.

Mais ce manque d’information des militants et de la population acquise au « oui », de la part des responsables du FLNKS pose question. Que s’est-il passé depuis le 20 octobre ? Aujourd’hui, bien des moyens sont la disposition des indépendantistes pour délivrer cette information. Le téléphone, internet, les visio-conférences, ou tout simplement la voiture pour se déplacer et se rendre sur place.

Le refus d’utiliser le bulletin de vote sera une autre explication à apporter. Visiblement, à Hienghène, commune emblématique dont Jean Marie Tjibaou fut maire, tous les électeurs demeuraient « mobilisés », selon les propres termes du premier magistrat de la municipalité. Alors pourquoi ne pas voter ?

C’est que le droit de vote, chez les Kanak, n’a pas la caractère lointain et banal de 1848, date à laquelle les Français, – à l’exception des femmes -, ont accédé au suffrage universel. En Calédonie, ce droit a été chèrement acquis. Par les anciens combattants Kanak, après la seconde guerre mondiale, mais seulement pour eux, les hommes d’Église et des coutumiers. Il a fallu attendre 1958, il y a à peine 63 ans, pour que cette immense liberté démocratique soit enfin accordée aux « premiers occupants ».

Mieux même, le vote Kanak a été « protégé » par les récents accords passés, par une restriction du corps électoral touchant ceux qui ne sont pas Kanak.

Ainsi, renoncer à cet acquis « des Vieux » n’est pas chose aisée, pour des électeurs comme ceux de Hienghène. D’autant que les bureaux de vote seront ouverts.

En février dernier, la décision de faire tomber le gouvernement Santa a été prise par quelques responsables, dans une certaine précipitation. Aujourd’hui, le pouvoir Exécutif est comme un piège pour les indépendantistes. La décision de « non participation » va-t-elle s’inscrire dans une semblable démarche ?