POURQUOI LA CRÉDIBILITÉ DU FLNKS À L’ONU RISQUE DE S’EFFONDRER

Le siège de l’ONU à New York

Les atermoiements des indépendantistes depuis un an et leur décision de « non participation », c’est à dire en termes électoraux, de s’abstenir, risque d’altérer sérieusement leur crédibilité auprès des membres de l’Onu. Certes, ils auront toujours le soutien des « décoloniaux ». Mais les circonstances objectives et l’action diplomatique de la France et de ses alliés du monde libre risquent, cette fois, de peser lourd. Décryptage.

TOUTES LES CIRCONSTANCES POLITIQUES SONT FAVORABLES AUX INDÉPENDANTISTES
Première interrogation majeure pour un observateur onusien : les conditions du troisième référendum sont elles favorables aux indépendantistes : la réponse est oui.
Les conditions d’information des électeurs sont optimales, car la crise du Covid n’enlève en rien à des constatations … incontestables.
Un : la revendication d’indépendance, dont l’Onu avait immédiatement été saisie, date de 1975, c’est à dire de 46 ans. Les observateurs de l’Onu, associés au processus de l’Accord de Nouméa et présents lors de deux premières consultations de sortie, peuvent témoigner de la totale liberté des composants du FLNKS, de s’exprimer et donc d’expliquer à tout un chacun, les vertus de l’indépendance. En quelque sorte, une campagne électorale permanente depuis 46 ans !
Deux : la troisième consultation est la copie conforme des deux premières. Les membres de l’Onu doivent déjà être quelque peu ébahis par le fait que la question de l’indépendance soit posée aux Calédoniens par trois fois, en consécutivement ! Il va de soi que la campagne électorale propre à ces consultations a commencé en 2018, et dure depuis 3 ans. C’est à dire qu’en réalité, il n’existe pas de campagne spécifique pour le 12 décembre prochain.
Trois : les indépendantistes ont tous les leviers de pouvoir en Nouvelle-Calédonie. Le peuple Kanak est-il opprimé ? Difficile d’expliquer alors aux honorables délégués de l’Onu que le FLNKS occupe tous les postes de responsabilité sur le territoire. Il dirige le gouvernement, le Congrès, parlement local, et la majorité des communes ! Comment, dans ces conditions, serait-il défavorisé pour affronter la dernière consultation d’autodétermination ?
Quatre : ils ont eux-mêmes demandé l’organisation de la dernière consultation de sortie. Avec de tels atouts, les membres des Nations Unies, et plus particulièrement, du comité dit de « décolonisation », auront du mal à comprendre la « non-participation » du FLNKS à un scrutin par eux demandé …

LE SEUL ARGUMENT DE REPORT DÉVELOPPÉ DEVANT L’ONU A ÉTÉ LA SITUATION SANITAIRE
C’est par la voix de l’ambassadeur de Papouasie auprès des Nations Unies que s’est exprimée la demande de report du scrutin formulée par la FLNKS. Mais l’argument invoqué par l’honorable Max Hufanen Rai a été la crise du Covid en Nouvelle Calédonie. Il parlait d’ailleurs d’expérience, car comme chacun sait, le coronavirus fait, au delà des chiffres officiels, des ravages en Papouasie, dépourvue de vaccins et de dispositif médical d’envergure. Or, Sébastien Lecornu ne dit pas autre chose que Max Hufanen Rai : seule la situation sanitaire de la Nouvelle Calédonie présidera au maintien de la date du scrutin ou à son report. Si cette situation sanitaire est satisfaisante, le nouvel argument des deuils invoqués par des responsables du FLNKS -plusieurs dizaines d’un côté, 180.000 électeurs, de l’autre- n’aura pas l’impact escompté par les indépendantistes auprès de l’Onu.

LES MOYENS DU FLNKS ET DE LA FRANCE AUPRÈS DE L’ONU
Depuis l’origine de la revendication d’indépendance, le FLNKS s’est appuyé sur les Etats du Pacifique représentés à l’Onu. Mais la France est également présente dans l’Organisation internationale ainsi qu’au Conseil de Sécurité dont elle est l’un des membres permanents. C’est dire que si le FLNKS possède des réseaux, la diplomatie française n’en manque pas.
En particulier, pour ce qui concerne les Etats du Pacifique, on peut distinguer, d’une part, les Etats insulaires, -dont certains sous influence chinoise, et d’autres, sous influence australo-néo zélandaise et américaine-, et d’autre part, l’Australie et la Nouvelle Zélande.
Question : qui aurait intérêt à voir se créer en Nouvelle-Calédonie une situation d’instabilité, propice à une éventuelle entrée chinoise ?
La réponse donne la répartition des nouveaux équilibres à l’Onu, face au problème calédonien, et compte tenu des orientations stratégiques dans le bassin Asie-Pacifique. De nouveaux équilibres largement favorables à la France, élève exemplaire dans le processus de décolonisation auquel elle a, en permanence, informé et associé l’Onu.