DATE DU RÉFÉRENDUM : LA BATAILLE PSYCHOLOGIQUE

Avec l’annonce de sa non-participation au scrutin du 12 novembre prochain, le FLNKS a ouvert une confrontation psychologique avec le gouvernement français et les non-indépendantistes. Pour l’instant. Avec des arguments avancés quelque peu dans le désordre, et d’une importance inégale. Revue.

DÉLAIS TROP COURTS POUR UNE CAMPAGNE ET DEUILS
En annonçant publiquement sa position, le FLNKS n’a parlé que du délai « trop court » de campagne, et accessoirement, « la sérénité nécessaire pour la poursuite de discussions consensuelles sur l’avenir institutionnel du Pays. » Pas de référence à la situation sanitaire pour le Front qui justifie sa décision pour ne pas « priver les calédoniens d’une consultation qui devrait se dérouler avec au préalable une campagne électorale équitable, dans des conditions acceptées par tous les groupes politiques habilités.« 
Argument peu crédible au regard de l’histoire de la revendication d’indépendance et l’antériorité des deux premiers scrutins. Rien de nouveau, en effet, pour la campagne électorale du troisième : la problématique est la même que depuis 2018, la question est la même, les réponses possibles sont les mêmes, et les conséquences sont les mêmes ! On pourrait même rappeler que la demande d’indépendance ayant été faite il y a 46 ans, les indépendantistes ont eu ainsi 46 ans pour l’expliquer …
Le Palika, et butte avec ses relations coutumières dans le district de Guahma, à Maré, a lui, choisi d’invoquer les rites des deuils. Un peu plus d’une centaine de décès depuis le début de la pandémie dans le monde Kanak si l’on se fie aux statistiques fournies il y a quelques semaines par le gouvernement. Le deuil est, en effet, soumis à un rite particulier dans toutes les populations en même temps qu’une douleur humaine pour tous. Les Kanak, eux, suivent une procédure qui leur est propre. Cette procédure culturelle interdit-elle le vote ? L’examen de ce qui s’est passé pour les deuils ayant précédé les deux premiers scrutins devraient éclairer cet aspect des choses. L’argutie politique semble cependant prendre le pas.

LES NON-INDÉPENDANTISTES ONT LANCÉ LEUR CAMPAGNE
De leur côté, les Loyalistes comme Calédonie Ensemble considèrent que, hors les conditions sanitaires, rien ne justifie le report du scrutin. Les Loyalistes ont annoncé qu’ils reprenaient les réunions « dans le respect des règlementations sanitaires« , ainsi que la publication des premières vidéos de campagne.

POUR LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS, SEULE LA SITUATION SANITAIRE PEUT JUSTIFIER UN REPORT
Sébastien Lecornu a d’abord rappelé que le scrutin avait été demandé par les indépendantistes. Il aussi souligné que ceux-ci avaient enjoints l’Etat à préciser sa position en cas, notamment, de victoire du Oui, ce que le gouvernement français a fait. Pour le reste, « en démocratie, les élections doivent se dérouler à l’heure« , indique le ministre.
La position du gouvernement français est, dans cette circonstance, rationnelle : seule une aggravation significative de la situation sanitaire de la Nouvelle Calédonie, serait de nature à reporter le scrutin en septembre 2022. Avec, dans cette hypothèse, une nouvelle interrogation : n’y aurait-il pas, à cette date, une autre circonstance pouvant suggérer un nouveau report ?

DAVANTAGE UN PROCESSUS QU’UNE DATE

Sous l’éclairage du « Mom », la date du 12 décembre n’est d’ailleurs pas une fin en soi. Elle vient s’ajouter au processus de « consultations » entrepris en 2018, et aboutit en juin 2023 comme proposé par lui, pour acter, soit l’indépendance de la Nouvelle Calédonie, soit une nouvelle configuration institutionnelle à l’intérieur de la République.
Dans ces conditions, la seule obligation inscrite dans l’Accord de Nouméa est de consulter le corps électoral calédonien prévu. A chacun de se déterminer pour répondre à cette consultation : la loi prévoit que les électeurs peuvent voter ou s’abstenir …