KANAKY : LES ILES LOYAUTÉ DÉFIENT MAPOU

Pour ceux qui en doutaient, les Iles loyauté ont sauté un pas : la décolonisation virtuelle est actée. Avant la colonisation régnaient les chefs, sans partage. La démocratie n’avait pas encore apporté son lot de Lumières. Aujourd’hui, c’est une forme de retour au sources : les chefs autorisent les vols d’Aircal ou non, expulsent des citoyens, interdisent les campagnes contre le coronavirus mortel, et montrent clairement qu’au dessus des représentants de la Démocratie que sont les élus, il y a l’autorité coutumière. Mais le caractère virtuel de cette décolonisation, c’est tout le reste : oui au transport aérien s’il s’agit d’évacuer un malade mis en péril par ces décisions, et oui à la démocratie pour tout ce qui correspond aux services financés par les autres contribuables locaux ou métropolitains ! Et surtout, le président du gouvernement avec sa majorité, tuteur d’Aircal, organisateur des campagnes de vaccination anti-covid, est Louis Mapou, indépendantiste pur jus, à la tête d’une coalition indépendantiste reflétant Kanaky. Défi.

LA GRANDE TERRE ET LES ILES
Autrefois, les premières associations religieuses catholiques et protestantes, crées pour faire obstacle à la menace communiste, avaient porté dans leur nom, une distinction : dans UICALO, il y a « indigènes calédoniens et loyaltiens », et dans AICLF, il y a « indigènes calédoniens et loyaltiens ». C’est dire si la singularité des Iles était prise en compte par les Kanak eux-mêmes, alors que les dites associations allaient porter sur les fonts baptismaux l’Union Calédonienne.

Cette singularité est toujours vivace. Les Evangélistes protestant avaient débarqué pour la première fois à Roh-Maré, dont une partie de la population a été coutumièrement expulsée. Ils ont diffusé ensuite leur parole sur la Grande Terre. Quant aux « Loyaltiens », installés en grand nombre sur la Grande Terre, ils ont connu de belles réussites, parfois en pied de nez à leur rang coutumier. Préfet, magistrat, ingénieurs, juristes, journalistes, originaires des Iles, ont ainsi apporté une forme de reconnaissance à la capacité des Kanak à parvenir aux plus hauts sommets.

AUTORITÉ POLITIQUE ET AUTORITÉ COUTUMIÈRE
La coutume et la démocratie peuvent-elles faire bon ménage ? Voilà un sujet passionnant auquel peuvent à nouveau s’atteler sociologues et politologues. La question n’est pas nouvelle. Déjà, parmi les grands élus de l’Union Calédonienne siégeaient des autorités coutumières véritables. Dans la génération suivante, Nidoish Naisseline a constitué l’archétype d’une autorité coutumière installée en politique.

Il est arrivé à de nombreuses reprises qu’émergent des conflits où le coutumier prenait le pas sur le politique, et parfois avec des victimes. Dans chaque cas, pourtant, la démocratie s’est exprimée aux travers des actes de la Justice.

Dans le cas particulier des Iles Loyauté, il s’agit, à présent, d’un enjeu de pouvoir. Original. C’est qu’en effet, le pouvoir démocratique a été conquis, au gouvernement, par les tenants de Kanaky. Quant au pouvoir provincial, également indépendantiste, plusieurs épisodes ont montré qu’il ne pouvait s’exercer que si les coutumiers donnaient tacitement ou expressément leur accord …

Ainsi la situation est à « double détente ». En décidant des interdictions de services à caractère public, et dépendant directement ou indirectement du gouvernement, les coutumiers loyaltiens se dressent contre Louis Mapou qui incarne la légitimité de l’Exécutif calédonien.

Au delà, ils posent une question directe au projet de Constitution de Kanaky : quelles seraient les vraies relations entre autorités politiques et autorités coutumières, et surtout, quelles sanctions éventuellement réciproques en cas de conflits ?