« COVID FREE » DÉPASSÉ : QUELLES PERSPECTIVES POUR LA CALÉDONIE

La Nouvelle-Calédonie était l’un des rares pays au monde à vivre, quasiment depuis 2 ans, sans circulation intérieure du coronavirus. Résultat : une enviable vie normale, sans masque, sans gestes barrières, sans crainte de contamination. En revanche, l’entrée sur le territoire a fait  l’objet d’un contrôle sévère avec le passage obligatoire par un sas sanitaire dont la durée est calibrée sur la période de déclenchement de symptômes : 7 jours pour les personnes vaccinées, 14 jours pour les non vaccinés. Le test PCR de sortie permet, le cas échéant, de détecter les porteurs asymptomatiques. Le sas qui consiste en un hébergement en hôtel ayant une capacité limitée, il a donc été nécessaire de limiter le nombre de voyages. Les « motifs impérieux » sont donc exigés. Avec le variant Delta à l’intérieur de nos frontières, toute cette stratégie est aujourd’hui dépassée.

LE VARIANT DELTA A TOUT CHAMBOULÉ
C’est le variant indien, baptisé Delta, qui a bouleversé cette stratégie, également adoptée par l’Australie et la Nouvelle Zélande. Avec une charge virale 1200 fois supérieure au virus originel, le Delta a acquis une contagiosité effrayante, se déjouant des barrières classiques, avec une vitesse de contamination de quelques secondes, suffisantes lors d’un bref croisement, ou d’une proximité de quelques instants. Sa transmissibilité est 60% supérieure au variant Alpha, et il entre plus facilement dans les cellules de l’organisme.

Le corps médical calédonien avait prévenu depuis plusieurs semaines : le Delta entrerait, quoi qu’il soit fait, en Calédonie. Depuis des semaines, le corps médical appelait à la vaccination massive.

LE STATUT DE COVID FREE A ENDORMI LES CALÉDONIENS
Incontestablement, le statut de « covid free » a donné, aux Calédoniens, le sentiment qu’avec le sas sanitaire rigoureux, jamais le virus n’entrerait sur le territoire. Dans ces conditions, pourquoi se faire vacciner ?

C’est ainsi que les doses disponibles se sont écoulées faiblement, surtout sollicitées par celles et ceux qui avaient un voyage dans les projets immédiats ou futurs.

De leur côté, les autorités ont facilité la vaccination en tout point. Mais jamais, une campagne massive d’incitation à la vaccination n’a été lancée, contrairement à ce qu’avaient fait et que continuent à faire, les autorités en métropole.

Résultat : depuis plusieurs semaines, le virus circule, et la population est insuffisamment vaccinée.

UNE SITUATION QUI VA RAPIDEMENT S’AGGRAVER
La situation actuelle va considérablement s’aggraver, jusqu’à ce qu’un taux de vaccination suffisant permette de stabiliser le nombre de cas graves, et même d’hospitalisations.

Dans l’intervalle, il se produira ce que décrivent les médecins du Médipôle depuis plusieurs semaines : accueil croissant des malades, notamment en réanimation, avec malheureusement, la probabilité de connaître une situation analogue à celle de la Polynésie française.

C’est pour cette raison que l’appel à la réserve sanitaire française est lancé. Facteur aggravant : les médecins du Médipôle avaient également pointé du doigt le manque d’effectif hospitalier, sujet pourtant sur la table des gouvernements depuis plusieurs années …

COVID FREE DÉPASSÉ : VIVRE AVEC LE VIRUS COMME LA MÉTROPOLE OU LE DANEMARK
Motivé naturellement par la crainte, des milliers de Calédoniens se précipitent à présent vers les centres de vaccination, alors que plus de 60.000 doses étaient menacées de péremption ! C’est tout de même heureux. La vaccination est la seule issue à cette crise sanitaire sans précédent qui nous affecte.

Comment ensuite entrevoir « la vie avec le virus » ?

Il suffit, pour cela, d’observer ce qui se passe en métropole, ou dans un pays comme le Danemark.

La métropole a favorisé la vaccination, avec succès. Elle enregistre un taux de plus de 62% de personnes totalement vaccinées, et devrait rapidement dépasser les 70%. La vie y est relativement « normale », contrainte par le port du masque en certains espaces et le pass sanitaire pour accéder aux lieux fréquentés par le public.

Le Danemark, avec plus de 70% de la population vaccinée, va lever toutes les contraintes dès demain, le 10 septembre. Il a été le premier à imposer un pass sanitaire en mars dernier. Il est le premier à abandonner toutes les restrictions. 76% des Danois ont au moins reçu une première dose.

Pour la Calédonie, ces exemples montrent la route. Atteindre le plus rapidement possible les 60% de vaccination complète, avec un objectif tendant vers les 80%, instaurer un pass sanitaire, à la fois incitatif de la vaccination, mais aussi garant de la survie économique. Et un jour, lever ces contraintes.

MÉDICAMENTS ET VOYAGES
D’autres facteurs vont faciliter cette transition. Avant la fin de l’année, de nouveaux médicaments seront mis sur le marché pour soigner les malades et leur éviter les formes graves du Covid. Leur introduction va faire évoluer considérablement les traitements, et réduire les terribles passages en réanimation.

Quant aux voyages, si l’obligation de vaccination est tout à fait pertinente, le maintien des contraintes fortes actuelles deviendra inutile et coûteux. A l’instar de l’Australie et de la Nouvelle Zélande, le ciel aérien pourrait s’ouvrir dès 2022, si le rythme de vaccinations se poursuit avec plus de 3.000 dans la journée d’hier.