CALÉDONIE : UNE PAUVRETÉ À NUANCER

L’Isee  vient de publier une synthèse de l’enquête du budget des familles 2019-2020, dont le titre « En 2019, le taux de pauvreté reste stable en Calédonie ». Ce type de publication, dont se saisissent immédiatement certains mouvements politiques et diverses associations, et qui ne fait référence qu’aux revenus monétaires des ménages, mériterait d’être explicité en introduction. La conclusion immédiate, -49.700 personnes vivent sous le seuil de pauvreté en 2019- est ainsi livrée « brute de décoffrage », et l’on pourrait imaginer que près de 50.000 personnes, en Calédonie, sont plongées dans la misère. Or, la réalité est bien éloignée de cette possible appréciation, car le système de redistribution et de solidarité est ici, exceptionnel. La « pauvreté », en Nouvelle-Calédonie, n’est pas la même qu’au Vanuatu, à Fidji, au Congo ou au Tchad.

UN SYSTÈME DE SOLIDARITÉ UNIQUE DANS LE PACIFIQUE
Le Vulgum Pecus retiendra que « une personne seule sera considérée comme pauvre en 2019, lorsqu’elle dispose d’un revenu mensuel inférieur à 86.100 F.CFP« . Il serait indispensable de comparer cette mesure avec l’équivalent au Vanuatu, à Fidji, au Congo et au Tchad.

Pour éclairer le lecteur, il serait également indispensable d’indiquer ce dont dispose cette personne au titre de la solidarité et de la redistribution. Une comparaison à effectuer également avec le Vanuatu, Fidji, le Congo et le Tchad.

Ainsi, cette personne, catégorisée pauvre, va disposer, en Nouvelle Calédonie, des soins et médicaments gratuits pour elle. En cas de maladie grave, elle pourrait être évacuée dans les meilleurs hôpitaux de Sydney gratuitement. L’aide médicale calédonienne a-t-elle en équivalent au Vanuatu, à Fidji, au Congo ou au Tchad ?

Les enfants d’un ménage classé « pauvre » dispose en Calédonie de l’école gratuite, ainsi que de bourses scolaires, d’aides à la rentrée scolaire, de prises en charge de vacances. Ce dispositif peut les suivre au niveau des études supérieures, assurant ainsi un contrepoids solidaire à l’insuffisance de revenus monétaires.

Les exemples pourraient ainsi être multipliés, non pas pour contester les chiffres exacts de l’Isee, mais pour les contextualiser. En quelque sorte pour ne pas occulter une réalité quotidienne selon laquelle tout doit être fait pour réduire la pauvreté, mais également qu’en comparaison avec des dizaines de pays, il vaut mieux … être pauvre en Calédonie.