FAUSSES PROMESSES OU REDITES : LES MARRONNIERS DE LA POLITIQUE

Dans la presse, un « marronnier » est un sujet qui revient chaque année ou presque. On peut également dire que c’est « un serpent de mer » : les anglo-saxons utilisent le mot « evergreen », ce qui peut se traduire par « à feuilles persistantes ». Les marronniers existent aussi en politique ou, régulièrement, des sujets maintes fois débattus reviennent au goût du jour dans des séquences parfois générationnelles.

Il en va ainsi, par exemple, de « l’autosuffisance alimentaire », vieux marronnier de la politique utilisé pour sembler donner de nouvelles perspectives à l’agriculture calédonienne. Et gagner quelques électeurs. « L’autosuffisance alimentaire » est présentée comme la capacité de la Nouvelle-Calédonie de se suffire à elle-même en matière de productions alimentaires essentielles. Vaste programme, dirait le général de Gaulle ! Il suffit d’observer les chiffres depuis 50 ans pour constater l’incantation marronnière. Quelques exemples simples sont parlants. Ainsi la café calédonien était considéré, dans les années 60, comme un améliorateur en raison de sa qualité. On indiquait sa cotation de café vert, et sa production annuelle, dans les années 70, était de l’ordre de 1.200 tonnes. Aujourd’hui, elle est inférieure à … 100 tonnes.

Pour être honnête, il faut reconnaître que grâce aux efforts des agriculteurs professionnels, certaines filières ont été créées depuis ces temps lointains, comme celle de la squash qui est même exportée. Mais à part quelques exceptions notables, il faut avoir une foi bien supérieure à la moyenne, ou être bien … suffisant,  pour croire un instant à l’avènement de notre autosuffisance alimentaire.

Certains, d’ailleurs utilisent le mot de « souveraineté alimentaire » pour consigner un objectif. Mais la « souveraineté alimentaire » n’a rien à voir avec l’autosuffisance alimentaire. La « souveraineté alimentaire », c’est disposer de l’arsenal de décisions en matière de production alimentaire. De ce point de vue, point de quête nécessaire : la Calédonie est totalement compétence dans ce domaine, et possède la « souveraineté alimentaire » !

Un autre marronnier est le « Fonds pour les générations futures ». L’idée est généreuse et date d’une bonne vingtaine d’années. Après de multiples réflexions sur sa mécanique économique et fiscale à mettre en place, revient régulièrement le débat sur un « fonds souverain » calédonien. Sur le sujet, études, exposés, conférences ont déjà été proposées. Des spécialistes extérieurs y ont même apporté leur contribution. Et puis le sujet s’estompe. Il reparaît en général en période de crise. Une dotation avait même été actée, conjuguée avec le « Fonds nickel ». Las, en période de vaches maigres, les ponctions diverses ont asséché cette tentative de « fonds pour les générations futures ».

Les autres marronniers de la politique ne manquent pas. Sans entrer dans le détail, on peut citer « la nécessité d’une réforme globale de la fiscalité », les « modèles économiques », ou encore « la diversification de notre économie ». Certes, ce ne sont pas toujours des engagements électoraux. Mais les commentateurs les plus perfides rappellent que les promesses rendent toujours les couillons joyeux.