REPRISE DE L’USINE DU SUD : C’EST SIGNÉ, C’EST PAYÉ

Après des mois de conflits, d’inquiétude, de désespoir pour certains, l’affaire de la reprise de l’usine du Sud s’est achevée par un « happy end ». Dans la nuit de mercredi à jeudi, Vale a cédé l’établissement du sud calédonien en y laissant un très gros chèque, et l’ensemble des partenaires de Prony Resources ont acté la vente par visioconférence, après avoir déposé les fonds requis. De son côté, la France a confirmé les prêt et garantie apportés pour un montant de 60 milliards. Une opération qui relance l’activité pour 3000 salariés directs et sous-traitants, maintient les recettes sociales de la Cafat, et provoque un investissement nouveau de quelques 50 milliards générant 600 emplois nouveaux dans le chantier de stockage des déchets « Lucy ». De quoi redonner du moral aux Calédoniens.

UNE USINE CALÉDONIENNE
Dans la transaction, les intérêts locaux, portés à 30% par la SPMSC, entité majoritairement détenue par la province Sud qui en assure la gouvernance, et à 21% par une entité représentant les salariés et les populations du sud, font de l’usine un ensemble minier et métallurgique pleinement calédonien.

Le géant du négoce, également propriétaire minier et métallurgiste Trafigura, et désormais actionnaire à 19% de Prony Resources, s’est félicité d’apporter son « expertise commerciale pour sécuriser l’accès aux marchés internationaux du nickel de Goro Resources, un composant essentiel des batteries lithium-ion nécessaire aux véhicules électriques ».

Agio Global, société d’investissement australienne, se réjouit également d’apporter son « expertise commerciale pour aider à assurer l’avenir à long terme et la rentabilité de l’exploitation en Nouvelle-Calédonie ».

Manifestation de satisfaction de l’Etat, également, de différentes sources. Bruno Lemaire, le ministre des Finances et Sébastien Lecornu saluent l’accord, rappelant « la mobilisation constante de l’Etat pour trouver un repreneur respectant les meilleurs standards en matière de responsabilité sociale et environnementale, et son soutien financier majeur de près de 500 millions d’euros (60 milliards FCFP-ndlr) ».

De son côté, Sébastien Lecornu a rendu hommage à Sonia Backes, présidente de la province Sud, à Roch Wamytan, président du Congrès, ainsi qu’aux négociateurs de l’accord. Il s’est également adressé aux salariés de l’usine et aux sous-traitants pour leur exprimer « respect, solidarité et encouragement« .

UN ULTIME ACCORD DE DERNIÈRE MINUTE SUR LE SORT DE 34 SALARIÉS
Une ultime épine subsistait, après les violences perpétrées contre l’usine du Sud : le sort de 34 salariés licenciés pour blocages et exactions.

Un accord a été signé par les parties. Il prévoit la réintégration, avec des conditions imposées et acceptées, de 26 salariés. Les 8 autres, dont les motifs de licenciement sont plus graves, verront leurs cas traités par une commission ad hoc, constituée d’accord parties.

ANTONIN BEURRIER POUR LA TRANSITION
Antonin Beurrier a été l’un des artisans de la reprise de l’usine par Prony Resources, ce que n’a pas manqué de faire valoir le gouvernement français. En particulier, il s’était rendu personnellement aux Etats Unis pour convaincre Elon Musk d’acheter le NHC produit en devenant un partenaire commercial de l’usine.

Il ne figure pas au rang des actionnaires, mais dans un souci pragmatique de redémarrage d’une usine dont il connaît comme personne le fonctionnement technique et commercial, Antonin Beurrier demeurera à ses commandes pour la période de transition.

UNE OPÉRATION NOVATRICE
Au total, avec la détention des titres par Sud Nickel et une majorité calédonienne « non diluable », les partenaires internationaux de dimension mondiale ont validé le montage capitalistique original de Prony Resources. La province Sud, sous la houlette de Sonia Backes, a ainsi créé, à côté des montages de SLN et Koniambo, un nouveau modèle industriel et minier.

Mais surtout, et c’est une première fois depuis la signature de l’Accord de Nouméa, l’accord du 4 mars a montré que sur un sujet totalement clivant entre indépendantistes et loyalistes, ayant entraîné un conflit aux accents de révolte civil, un accord avait pu être trouvé entre les parties antagonistes.

Nul doute que Sébastien Lecornu y trouve quelque espoir de faire avancer une solution consensuelle pour le futur institutionnel de la Nouvelle-Calédonie.