SLN : LE COUP DE POIGNARD DE LA CALÉDONIE

Le minerai de nickel de la Nouvelle-Calédonie est sa principale richesse. Les plus importantes réserves de la planète se situent en Indonésie et en Australie. On en trouve en Russie, au Brésil, au Canada, aux Philippines, à Cuba, en Chine, et même en Finlande. Les ressources géologiques de la Nouvelle-Calédonie représentent quelques 20% du total mondial connu. La demande actuelle est boostée par celle des batteries électriques, mais la technologie évolue et déjà pointent des batteries sans nickel. Avec une production à la peine, loin des valeurs nominales à Koniambo et Vale NC, seule la SLN pourrait tourner à plein régime. Pour l’entreprise au bord de la faillite, le dernier coup de poignard vient … de la Calédonie elle-même ! Hallucinant …

La SLN a besoin de cash, un cash assuré par un prêt de 63 milliards obtenu en 2016, et nécessaire en raison des pertes annuelles de la société. Ce cash est à épuisement après les exactions incessantes de Kouaoua, et les blocages de l’approvisionnement de l’usine de Doniambo.

Des efforts ont été menés au sein de l’entreprise pour réduire les coût de production. En externe, Enercal a mis en place un système de tarification permettant un avantage à la SLN quand les cours sont bas. La construction d’une centrale électrique produisant à moindre coût est sur le point d’être réglée. Il y a un an et demi, une autorisation d’exportation de 4 millions de tonnes de minerai a été accordée. Mais pour disposer à nouveau de cash, et financer de nouveaux investissements indispensables, la SLN appelle à l’aide.

Cette aide, dans l’immédiat, complétée dans un second temps par de nouvelles garanties et un nouveau prêt, est la plus simple à lui apporter : l’exportation de minerai non traitable localement, et dont regorge le sous-sol calédonien. La SLN a obtenu une autorisation de 4 millions de tonnes. Pour anticiper les conditions de son redressement, elle sollicitait une rallonge de 2 millions de tonnes.

« Niet », a dit le gouvernement calédonien mardi, les 5 voix de l’Avenir en Confiance et celle de l’Eveil Océanien ne suffisant pas pour atteindre la majorité. Opposition du Palika pour qui les seules exportations doivent être cantonnées à l’usine offshore de la province Nord. Abstention de l’Union Calédonienne et abstention de Philippe Germain.

Cette affaire, qui va affaiblir un peu plus la plus importante société métallurgique du territoire, suscite 3 réflexions.

La première, c’est l’image que les Calédoniens, actionnaires à 34% de la SLN joue contre leur propre société ! La Société Calédonienne de Participation Industrielle (STCPI) porte en effet, pour le compte des Calédoniens, cette part du capital. Certes, on pourrait ergoter et rappeler que la STCPI est composée des 3 provinces. Mais les ressources fiscales et la situation de la Cafat ne sont-elles pas des ressources et des outils de la Nouvelle-Calédonie, alimentés par les impôts et les cotisations de ceux qui produisent et travaillent ?

La seconde, c’est que l’Etat, déjà appelé à la rescousse financière une première fois, et dont tous les regards se tournent vers lui, doit être ébahi devant tant d’incohérence. Et surtout se dire qu’on fait appel au contribuable métropolitain, … quand les Calédoniens eux-mêmes ne veulent pas faire cet effort de soutien à « leur » usine.

La troisième est le message à l’égard des personnels de la SLN et de leurs familles. Quelle considération, pour eux, d’un pouvoir politique qui ne daigne même pas venir en soutien de leurs emplois. Comment leur expliquer les subtilités mortifères des positions de leurs élus, alors qu’ils vont peut être perdre leurs revenus ?

Pour eux, le gouvernement a failli. Mais n’est-ce pas, globalement, l’illustration de l’échec et des obsèques de l’Accord de Nouméa ?