VALE NC : DEUX IDÉOLOGIES QUI S’AFFRONTENT

Qu’on ne s’y trompe pas : au travers de la reprise de Vale NC, ce sont deux conceptions de la société calédonienne, et donc, deux idéologies qui s’affrontent. Un genre de deuxième tour du récent référendum, et ce ne sera pas le dernier. Décryptage.

LIBÉRALISME ENCADRÉ CONTRE MARXISME
La position de la Sofinor, et donc de la province Nord à propos de la reprise de l’usine du Sud relève de la dite « doctrine nickel », selon laquelle la mine et la métallurgie doivent être totalement contrôlées par les pouvoirs publics. C’est, en réalité, un des aspects de l’idéologie selon laquelle le « pays » doit s’approprier tous les moyens de production. Une doctrine pensée par Karl Marx, et reprise par des pays comme Cuba et le Venezuela, avec le succès que l’on sait.

De l’autre côté, la proposition formulée dans le cadre de « Prony Resources New Caledonia » répond à une idéologie de libéralisme encadré, mêlant la liberté du commerce et de l’industrie, et respect des intérêts collectifs. Ainsi, l’ouverture à un actionnariat international est équilibré par un actionnariat, à 50%, dans lequel figurent des participations publiques et privées de Nouvelle-Calédonie.

Cet « affrontement » n’est pas nouveau. Depuis le début de la provincialisation, Sofinor et Promosud s’inscrivent dans ces doctrines. Jacques Lafleur avait même entrepris la cession au secteur privé de la majorité de la SHN-Méridien devenue rentable, une opération interrompue en 2004 par l’Avenir Ensemble.

SOCIÉTÉ DE LIBERTÉ CONTRE SOCIÉTÉ DIRIGÉE
En ce qui concerne les moyens pour faire valoir chacune de ces idéologies, nous voyons se développer, sur le terrain et sous nos yeux, le modèle de société indépendantiste.

Tandis que le sauvetage de l’usine du Sud et ses milliers d’emplois font l’objet d’une négociation dans laquelle la viabilité économique et financière, ainsi que l’aspect humain des emplois, sont essentiels, du côté des opposants à « Prony Resources NC » s’affiche la seule volonté de l’appropriation du moyen de production. C’est, en quelque sorte, la priorité idéologique à une forme de rationalisme moderne

Ce dirigisme, appliqué à l’économie, est révélateur de la conception sociétale dans une Calédonie qui serait totalement souveraine. Ce serait davantage Cuba et le Venezuela que la France …

UNE LOGIQUE DE PARTITION ?
Puisque l’usine, dite du Sud, est située en province Sud, il apparaît clairement la volonté de son appropriation par une société de la province Nord, au nom d’une doctrine qui serait imposée par la province Nord.

Or, les compétences essentielles en matière économique, et notamment en matière minière, échoient aux provinces.

A-t-on vu la province Sud protester et organiser des manifestations lorsque la province Nord a refusé des permis miniers à Kouaoua, permettant à la SLN -dont l’usine est dans le Sud- de conforter sa survie ?

La création de 3 provinces, dotées de la compétence générale, contrairement à la Nouvelle-Calédonie et à l’Etat dont les compétences sont attribuées, répondait, en 1988, à une notion forte de solidarité entre les 3 collectivités.

C’est ainsi que fut institué une novation appelée le rééquilibrage, par lequel la province Sud partage -et aujourd’hui plus qu’il ne faut- ses richesses avec les deux autres provinces.

Cette solidarité a été ébranlée par le refus de revoir la clé de répartition des impôts … générés en province Sud, et alors que celle-ci accueille désormais les trois quarts de la population calédonienne. Et même les récents réfugiés de Maré !

Elle est désormais agressée par la volonté d’imposer, à la province Sud, une sorte de diktat issu de la province Nord.

La rupture de ces solidarités, consacrée en 1988 par la création du Congrès garant de l’unité du territoire, est porteuse de risque. Le « chacun pour soi », et la tentative de mainmise d’une collectivité sur une autre s’inscrit, en effet, dans les critères favorables au concept de partition, un concept pourtant rejeté par le plus grand nombre des Calédoniens.