Un dialogue entre les partenaires des Accords s’est ouvert

Beaucoup de commentaires sur la réunion « secrète » du ministre des Outre mer et des représentants des partis indépendantistes et non-indépendantistes calédoniens à l’îlot Leprédour. En fait, elle n’était guère secrète, puisque dans la seconde, tous les médias en faisaient état. Ce qui était inattendu, en revanche, a été la décision de Sébastien Lecornu de prolonger sa visite. Quant à ce qui a été dit, sur le principe, ce fut un échange entre les 3 partenaires des Accords. Pas encore une négociation, mais déjà un dialogue.

UNE HEUREUX DÉCLENCHEUR : LA PLACE DE LA PAIX
Ce sont 3 femmes qui, dans les faits, ont instillé un esprit positif préalablement à la démarche : la maire de Nouméa, Sonia Lagarde, Isabelle Lafleur, la fille de feu Jacques Lafleur, et Marie Claude Tjibaou, la veuve de Jean Marie Tijibaou.

Hier matin, en effet, la préfiguration de la Place de la Paix au milieu de laquelle sera érigée une statue représentant la poignée de main en Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, avait suscité un écho favorable. A l’entrée de la Mairie se tenaient notamment beaucoup de ceux qui ne s’étaient plus parlés autrement que sur fond de confrontation référendaire. Se saluaient et bavardaient Sonia Backes, Paul Néaoutyne, Pierre Frogier, Daniel Goa, Victor Tugoro, Christopher Gyges ou encore Caroline Machoro. Climat détendu, même si les uns et autres n’en pensaient pas moins sur l’avenir institutionnel.

Mais il y avait pourtant un air de consensus : tout ce monde était d’accord pour rendre hommage à deux hommes qui avaient rétabli la paix en Nouvelle-Calédonie : Jacques Lafleur, le loyaliste -un terme qu’il n’aimait pas-, et Jean Marie Tjibaou, l’indépendantiste.

Sébastien Lecornu, qui présidait la cérémonie, n’en demandait pas tant ! Surtout après les appels à la concorde et à la solution pacifique lancés par Marie Claude Tjibaou et Isabelle Lafleur devant un parterre de responsables en conflit politique.

UNE OUVERTURE DE DIALOGUE
Ils ne se parlaient plus depuis plusieurs semaines, ils se sont de nouveau parlé : cela s’appelle une reprise du dialogue. Hier, dans une séance à huis clos sur l’ilot Leprédour, le ministre et dix représentants des partis politiques locaux se sont retrouvés en réunion. Etaient présents Sonia Backes, Paul Néaoutyne, Daniel Goa, Pierre Frogier, Therry Santa, Victor Tutugoro, Philippe Gomès, Philippe Dunoyer, Roch Wamytan et Jacques Lalié.

QUE SE SONT-ILS DITS ?
A ce stade, il est évident que le début d’une négociation est à exclure. Une chose est certaine : par cette initiative, précédée d’une cérémonie très consensuelle sur la Place de la Paix, Sébastien Lecornu, et donc le gouvernement, s’implique résolument dans le dossier calédonien.

Pas encore de négociations, mais probablement l’examen de ce qui pourrait s’assimiler à des « prérequis ». Des précisions pour ce qui concerne la volonté de l’Etat à indiquer de manière aussi précise que possible ce qui se passerait en cas d’indépendance, et ce qu’il serait disposer à accepter en cas de non-indépendance, au sens de non-rupture avec la France.

Il a probablement été question de calendrier. Le Premier ministre a récemment rappelé que le dossier était géré directement par Matignon, et qu’il ne dérogerait pas à la règle. Alors, un déplacement de Jean Castex n’étant pas envisageable pour cause de délai lié à la quatorzaine, seul un voyage à Paris pourrait être arrêté.

Dans l’intervalle, une mission plus spécifique pourrait être confiée au Haut-Commissaire ou à un responsable désigné, et accepté par toutes les parties.

Il est vital, en effet, que le dialogue ayant été noué, son fil ne se casse pas.

Au total, la Calédonie n’est pas encore sortie de l’impasse, mais une petite lumière s’est allumée. Il ne faudrait pas que les agitations indépendantistes autour de la reprise espérée de Vale NC, l’éteigne et rompt le fil …