RÉFÉRENDUM : LE RAPPORT QUI CHANGE LA DONNE

Le Centre de Recherches Politiques de Sciences Po (Cevipof) a publié un rapport analysant la progression du « oui » lors du dernier référendum. Cette étude est riche d’enseignement sur l’évolution des expressions du corps électoral admis à voter aux consultations sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, et notamment sur le basculement, ou non, d’électeurs non-indépendantistes vers le « oui ». Elle constitue également une donnée importante des enjeux électoraux et sociétaux dans la perspective éventuelle d’un troisième  référendum.

RAPPEL DES ANALYSES DU CEVIPOF
1) Le « non » est resté stable au regard des inscrits. Le « oui » a progressé au regard des inscrits.

2) Le « oui » augmente lorsque l’abstention recule.

3) L’augmentation du nombre des inscrits n’entraîne pas une augmentation corrélative du « oui ». L’évolution du rapport de forces au référendum ne semble pas trouver sa cause dans la modification des caractéristiques entre les deux référendums.

4) Plus l’électorat kanak est nombreux dans une commune, plus l’abstention a reculé.

5) Plus la proportion d’électeurs de statut coutumier sur la liste électorale spéciale est élevée, plus la progression du oui entre 2018 et 2020 est forte.

6) La participation du Parti Travailliste au scrutin de 2020 est corrélée avec l’augmentation du « oui », particulièrement aux Iles Loyauté, mais pas que.

7) Les analyses montrent un affaiblissement du « non » au sein de l’électorat kanak, à l’exception d’Ouvéa et de Maré où Dynamique Autochtone avait appelé à voter « non ».

En conclusion, selon l’étude Cevipof,

– La progression du « oui » ne résulte pas d’un basculement des non-indépendantistes vers les indépendantistes, mais à la fois, d’une plus grande mobilisation des électeurs kanak, de la participation du Parti Travailliste, et du recul du « non » au sein de cet électorat.

– Le vote en faveur du « non » se renforce au sein de l’électorat non-mélanésien.

Le second référendum a renforcé la bi-polarisation de l’électorat référendaire sur des bases communautaires.

« À ce stade, les conditions ne sont donc pas réunies pour que la solution référendaire imaginée dans le cadre des accords de Matignon et de Nouméa permette de résoudre le conflit néo-calédonien sur la souveraineté. »

 » Rien ne serait pire, écrit Cevipof,  pour un avenir durablement pacifique en Nouvelle-Calédonie qu’une victoire étriquée, pour un camp ou pour l’autre, sur des bases communautaires, lors d’un troisième référendum dans deux ans, susceptible de ne pas être acceptée par les soutiens du camp perdant. Ainsi, les indépendantistes comme les non-indépendantistes se trouvent confrontés désormais au même problème : comment obtenir le soutien à leurs propositions d’une partie substantielle des citoyens au-delà de leur base électorale ? La stratégie identitaire de mobilisation autour du drapeau adoptée de manière prédominante par chacun des camps n’apparaît pas la plus efficace dans ce cadre. À ce stade, les conditions ne sont donc pas réunies pour que la solution référendaire imaginée dans le cadre des accords de Matignon et de Nouméa permette de résoudre le conflit néo-calédonien sur la souveraineté. »

L’IMPASSE …
Si, comme le prévoit l’Accord de Nouméa et la Loi Organique rectifiée, la Nouvelle-Calédonie se dirige vers la tenue d’un troisième référendum, des indications claires résultent de l’étude Cevipof pour les arguments de campagne dans chacun des deux camps.

Les indépendantistes n’ont pas réussi à convaincre significativement les non-kanak à voter pour le « oui » à l’indépendance. Les loyalistes n’ont pas réussi à convaincre significativement les Mélanésiens à choisir le maintien de la Calédonie au sein de la République française.

Clairement, chaque camp devra faire évoluer son argumentation. Le plus convaincant -c’est une lapalissade- gagnera. Une chose est sûre : pendant les deux ans à venir, il faudra « rentrer à l’intérieur des mots », exercice plus ardu pour les indépendantistes. Ceux-ci se sont en effet consacrés aux aspects « libératoires » de l’indépendance, dans la pure tradition des décolonisations des années 60. Il leur faudra, à présent, dire à leur électeurs quelle forme … d’aliénation provoquerait, dans la vie quotidienne, comme dans l’organisation de la société, le manque de ressources financières nécessaires pour maintenir les acquis économiques, éducatifs et sociaux enregistrés ces 30 dernières années.

D’un autre côté, et comme le souligne l’étude du Cevipof, le résultat probablement étriqué de cet éventuel troisième référendum aboutirait à une situation potentiellement conflictuelle entre les deux camps, et sans doute totalement ingérable.

OU LA SOLUTION NÉGOCIÉE ?
Pour éviter cette impasse, seule une solution négociée, fortement appuyée par la France, permettrait de trouver une issue paisible, sans vainqueurs ni vaincus. Cette solution passe-t-elle par la constitution d’un Etat, fédéral ou associé ? Pourrait-elle jaillir d’une novation institutionnelle et constitutionnelle comme ce fut le cas en 1988 ?

Maintenir le statu quo paraît, en tout cas, exclu. Reste l’intelligence des décideurs calédoniens, la volonté d’éviter le pire, et le poids considérable -et déterminant- de l’Etat.

Pour Sébastien Lecornu, mais également pour le Premier ministre, avec en arrière-plan la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, la Nouvelle-Calédonie est redevenue un dossier de tous les dangers.