RÉFÉRENDUM : L’HISTOIRE A DES HOQUETS. JUSQU’À QUAND ?

Début des années 80. Le RPCR, parti anti-indépendantiste, allié à la FNSC, gère le Conseil de gouvernement présidé par Dick Ukeiwé, avec en appui, une majorité à l’Assemblée territoriale.

C’est en mi-2019. L’Avenir en Confiance, regroupement anti-indépendantiste, accède à la présidence du gouvernement avec l’appui des représentants de l’Eveil Océanien et de Calédonie Ensemble.

15 juin 1982. La FNSC, parti né de la scission du RPCR, prend l’initiative d’un renversement d’alliances et l’Assemblée Territoriale censure le gouvernement Ukeiwe qui tombe. Le nouveau Conseil de gouvernement, présidé par un indépendantiste, Jean-Marie Tjbaou, est composé du Front indépendantiste et de la FNSC.

25 juillet 2020. L’Eveil Océanien rejoint le groupe UC-FLNKS-Nationalistes, et par ce renversement d’alliances, donne une majorité aux indépendantistes lors du renouvellement du Bureau du Congrès.

8 juillet 1983. Une « table-ronde » organisée à l’initiative de Georges Lemoine, Secrétaire d’Etat à l’Outre mer, et rassemblant des représentants du Front indépendantiste, de la FNSC et du RPCR, se solde par un échec. La déclaration finale n’est pas signée par le RPCR, et seule la FNSC reconnaît au « peuple kanak » un « droit inné et actif à l’indépendance » exigé par les indépendantistes. Le RPCR refuse, en outre, que soient écartés de la reconnaissance calédonienne tous ceux dont la légitimité n’est pas « reconnue par les représentants du peuple kanak« .

18 novembre 1984. L’application d’un nouveau statut d’autonomie interne refusé par le Front indépendantiste devenu le FLNKS, fait l’objet d’une élection territoriale. A l’issue du scrutin, qui marque le début de 4 années de violences, la FNSC disparaît de la vie politique.

20 mai 1988. Après les événements sanglants de la grotte d’Ouvéa et la nomination de Michel Rocard comme Premier ministre par François Mitterrand, réélu président de la République, une « mission du dialogue » arrive à Nouméa. Elle est composée du pasteur Jacques Stewart, protestant, du Chanoine Paul Guiberteau, catholique, de Roger Leray, franc-maçon et ancien Grand Maître du Grand Orient de France, de Jean-Claude Périer, spécialiste du droit, et deux anciens préfets connaissant la Nouvelle-Calédonie, Christian Blanc et Pierre Steinmetz. Le 26 juin, les Accords de Matignon seront signés.

4 octobre 2020 – Le second référendum d’autodétermination se solde par une victoire du « non », mais la réalité politique est que la Nouvelle-Calédonie est coupée en deux blocs d’importance électorale équivalente. Une situation qui ressemble à une impasse et qui annonce un troisième référendum de tous les dangers.

5 octobre 2020. Alors que le jeune ministre des Outre mer, Sébastien Lecornu, s’apprête à prendre l’avion pour Nouméa, Dominique Bussereau, ancien ministre et grand connaisseur de la Nouvelle-Calédonie depuis les « événements », propose au Premier ministre la formation d’une mission du dialogue pour tenter de trouver, avec les partenaires calédoniens, une issue pacifique et acceptée à la situation créée par ce que Jacques Lafleur définissait comme « un référendum couperet ».

L’Histoire va-t-elle connaître ces hoquets qui abondent dans ses durées ? La Nouvelle-Calédonie semble partie pour l’organisation d’un troisième référendum. Roch Wamytan a indiqué que ce serait la demande des indépendantistes. Hier, cette position a été confirmée. Les loyalistes dont les interprétations sémantiques diffèrent, sont au moins d’accord pour qu’une solution « consensuelle » soit trouvée et se substitue à la question déjà posée par deux fois aux « populations intéressées ». Mais les indépendantistes veulent bien dialoguer … sur la base de l’indépendance.

Impasse.

A bien des égards, la Nouvelle-Calédonie se trouve dans une situation politique rappelant -la violence en moins- celle de 1988. Certes, nous sommes loin des confrontations qui ont conduit au drame d’Ouvéa. Mais, à moitié de la population calédonienne contre l’autre moitié, qui peut dire les conséquences d’une frustration des indépendantistes si le « non » l’emportait une nouvelle fois en 2022, et qui peut dire la réaction des non-indépendantistes s’ils avaient le sentiment que la victoire du « oui » leur ferait tout perdre ?

A nouveau, la France se retrouve dans une sorte de bourbier calédonien. Le Premier ministre comme le ministre des Outre mer ne connaissent pas grand chose aux réalités historique et actuelle locales, en dépit de leurs grandes capacités intellectuelles. Mais Michel Rocard en savait-il davantage ?

Quant à l’éventuel troisième référendum, il devrait se situer, comme en 1988, juste après les prochaines élections présidentielle et législatives. Pur hasard du calendrier mais peut être hoquet de l’Histoire.

Dans ce cas, l’éventuelle « mission du dialogue », version 2020 et les protagonistes-partenaires sauront-ils trouver une solution « consensuelle » aussi intelligente que ces illustres prédécesseurs que furent Michel Rocard, Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur ?