ET MAINTENANT ?

Les dés ont été jetés. Ce matin, la Nouvelle-Calédonie s’est réveillée au sein de la République française. Les indépendantistes qui pensaient que l’aube de ce lundi se lèverait sur Kanaky-Nouvelle Calédonie sont déçus. Les loyalistes qui ne s’attendaient pas à une progression de 3 points du « oui » le sont également. Les Calédoniens, eux, sont soulagés de ne pas avoir plongé brutalement dans l’aventure d’une indépendance hasardeuse. Et maintenant, que va-t-il se passer ?

Il faudra d’abord reprendre les dossiers pendants : préparer tant bien que mal le budget 2021, éviter la faillite des régimes sociaux, régler la reprise de Vale NC. Des sujets, serait-on tentés de dire, bien plus prosaïques qu’un second référendum. Mais tout le monde devra se remettre au travail car c’est du quotidien des Calédoniens dont il s’agit, pas d’une lune à saisir, ou d’un sujet renvoyable aux calendes.

Le gouvernement devra  instruire la proposition de loi réduisant la liberté d’acheter du foncier et de l’immobilier. Les auteurs ont-ils anticipé en confondant citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie et nationalité, par avance, de Kanaky-Nouvelle-Calédonie ? Le Conseil d’Etat, obligatoirement saisi de l’initiative législative, devra dire -ou rappeler- les règles de Droit.

Le référendum désormais passé, la menace plane à nouveau sur le gouvernement Santa. Va-t-il tomber ? Et dans cette hypothèse, qui prendrait les rênes de l’Exécutif, et dans quelle perspective ? Les rumeurs les plus hasardeuses circulent sur le sujet. Une chose est probable : les tensions nées du référendum, éventuellement exacerbées par un nouveau pouvoir qui se montrerait arrogant, pourraient mettre le feu au poudres.

Certains politiques perdent en effet de vue le pays réel. Celui-ci comprend non seulement les électeurs au référendum, mais les « exclus » dont le poids démographique avoisine les 40.000 habitants. En clair, et plus que surtout tout autre territoire de la République, il faut distinguer le nombre d’électeurs du nombre d’habitants. Ce n’est pas anodin. Au total, et en raison d’un régime électoral démocratiquement anormal, est-il possible qu’une minorité impose, sans dommages, des décisions refusées par une majorité d’habitants de la Nouvelle-Calédonie ?

Les équilibres vont être impossibles à conserver si le gouvernement central et le Parlement français demeurent inertes. C’est qu’à l’issue de deux référendums, les deux blocs sont encore davantage figés. C’est l’inévitable prélude à des tensions croissantes. En annonçant que la France dira clairement ce qu’elle ferait si la Nouvelle-Calédonie accédait à l’indépendance, l’Etat va, sans aucun doute, faciliter la recherche d’une solution globale commune, acceptable pour les deux blocs inconciliables. On serait tenté de dire : enfin !