LA CALÉDONIE AU BORD DE LA RUPTURE POLITIQUE, ÉCONOMIQUE ET SOCIALE

L’île la plus proche du Paradis préfèrerait-elle les tourments de l’enfer ? C’est la question que doivent se poser nombre d’observateurs qui pourraient s’étonner de l’apparente schizophrénie d’une collectivité choyée par la France à qui est proposé le choix de sortir de la République, d’une terre exceptionnellement riche de son nickel qui est tentée de remettre en cause cette prospérité, d’une société ouverte à la mondialisation qui est tentée de se replier sur elle-même. L’idéologie, l’inculture économique et politique, les ambitions et les rancoeurs politiques en seraient-elles responsables ? En tout cas, la Nouvelle-Calédonie est au bord de la rupture.

Que le territoire soit aujourd’hui indemne du Covid reflète l’évidence que la crise sanitaire a été bien gérée. Chance, bonnes décisions ? Probablement les deux, mon capitaine. La Chine, l’Italie, et quelques autres pays ayant été les premiers sur la ligne du front Coronavirus, les autorités calédoniennes et le Haut-Commissaire ont pu prendre, de concert, les mesures qui se sont avérées efficaces. Quoi qu’il en soit, le résultat est là.

Que l’économie calédonienne ne se soit pas effondrée reflète une autre évidence : la pertinence des mesures de soutien et d’accompagnement, la rapidité avec laquelle elles ont été adoptées ont été la clé de cette situation. Prétendre le contraire est un déni. Certes, il reste les secteurs en danger du transport aérien international et du tourisme. La Polynésie a fait un choix de stratégie, la Calédonie devra opérer le sien. Rien d’anormal à cela.

L’argent proposé par l’Etat a seul, permis ces prises de décisions. La Calédonie, déjà en crise budgétaire pour des prévisions de  recettes fiscales erronées, n’avait ni les moyens de se payer une quarantaine « safe » en hôtels, ni les moyens d’offrir un chômage partiel à des milliers de salariés, ni les moyens d’éviter l’effondrement de centaines d’entreprises. Quelle banque aurait prêté 28 milliards rapidement, à un taux d’intérêt de 1,48%, avec des conditions de différé et d’amortissement laissant entrevoir, à terme, … l’espoir d’un effacement de la dette ?

Pourtant, la Calédonie est au bord d’une déstabilisation politique, économique et sociale avec des courants contraires qui s’affrontent sur un océan de difficultés. Pour ce qui est de l’héritage, le régime de protection sociale est toujours en quasi faillite. Le gouvernement local unanime pour adopter une décision, mais qu’une majorité de « parlementaires » remet en cause, est virtuellement censuré. L’économie locale tient par l’activité de 3 usines de traitement de nickel : or, la SLN a déclenché une procédure qui s’apparente à la sauvegarde, Vale NC négocie avec un repreneur fiable, mais localement contesté par quelques uns au profit d’une société locale surendettée, et Glencore, propriétaire de fait de Koniambo vient, dans ses comptes intermédiaires de juillet, de séparer les résultats de l’unité calédonienne de ceux de son pôle nickel. Pour quelle suite ?

Et pour corser le tout, un référendum mortifère va se dérouler dans 4 semaines, dans un climat de conflit ouvert entre les partisans affichés du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la République. Hier, en effet, Calédonie Ensemble a mis en cause la décision du gouvernement local présidé par une personnalité de l’Avenir en Confiance, sur le sujet du prêt « Covid » de 28 milliards, et particulièrement sur le taux prétendument « usuraire » de 1,48% garanti par la France. Résultat : le budget supplémentaire intégrant la recette du prêt pour équilibrer les comptes calédoniens a été renvoyé. Ce retard, et peut être, cette contestation, ne peut être sans conséquence.

Entre le camp indépendantiste, et le camp loyaliste, lequel des deux en est affaibli ?

La Calédonie aurait pourtant besoin de sérénité pour surmonter les affres sanitaires et économiques du Covid, pour sauver ses comptes sociaux, pour sauvegarder sa richesse nickel, et pour préparer son retour à meilleure fortune économique et budgétaire. Le spectacle donné au Congrès ne va guère dans ce sens, c’est peu de le dire.

Roger Brissaud, l’un des fondateurs des Nouvelles Calédoniennes et qui tenait la plume de l’Affreux Jojo avait coutume de parler du « Théâtre Vauban ». Il reste aux Calédoniens à espérer que la pièce jouée actuellement n’est pas un drame …