QUAND L’ETAT ÉCRIT LA VÉRITÉ, LES INDÉPENDANTISTES LE JUGENT « PARTIAL » !

A l’évidence, les précisions que l’Etat a officiellement apportées aux électeurs calédoniens du référendum du 4 octobre, ne conviennent pas aux indépendantistes. Ces derniers estiment, une nième fois, que le gouvernement français est partial. Ce n’est pas nouveau : au début de la crise sanitaire, l’Union Calédonienne avait même demandé le départ du Haut-Commissaire et du Général Commandant Supérieur des Forces Armées. Pourtant, la note de deux pages sur les conséquences du « Oui » et celles du « Non » ne fait que rappeler quelques réalités. Ne dit-on pas que c’est la vérité qui fâche ?

LA PÉRIODE DE TRANSITION, en cas de victoire du « Oui », est l’un des quelques points sur lesquels les indépendantistes auraient souhaité obtenir une réponse plus complaisante. Quelques années, par exemple, histoire de ne pas effrayer les Calédoniens par un passage trop brutal dans Kanaky, avec tout son cortège de ruptures.

Las, comment la France pourrait-elle prendre des engagements avec un Etat … qui n’existe pas ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : en cas de victoire du « Oui » le 4 octobre au soir, Kanaky serait dotée d’une souveraineté pleine et entière, et devrait s’organiser selon les décisions de ses nouveaux dirigeants.

Le France serait donc bien imprudente de s’engager, dès à présent, sur des questions qui échapperaient totalement à sa compétence, et pour lesquelles elle pourrait être désavoué de manière cinglante !

POUR L’INDÉPENDANCE DE DJIBOUTI, LA PÉRIODE DE « TRANSITION » A DURÉ UN MOIS !
C’est le 27 juin 1977 que le Territoire des Affars et des Issas a proclamé son indépendance. Or le référendum d’autodétermination avait eu lieu le 8 mai 1977.

La période de « transition » s’est donc résumée à … 1 mois.

On peut supposer que celle supposée de Kanaky, toujours en cas de victoire du « Oui », durerait quelques mois de plus. Le délai concernerait surtout l’éventuel nouvel Etat, la France pouvant rapidement rapatrier ses personnels, ses intérêts, et le cas échéant, ses militaires.

KANAKY DEVRAIT S’ORGANISER RAPIDEMENT, même si à l’évidence à part quelques incantations, un brouillon de Constitution et d’institutions a déjà été avancé. La réalité serait plus complexe. Constituante, détermination de la nouvelle citoyenneté, mise en place des nouvelles institutions et nouvelles élections, précèderaient le vote de tous les budgets de Kanaky.

LE CASSE TÊTE BUDGÉTAIRE
Mais surtout, un point dérange considérablement les indépendantistes : la précision selon laquelle les accords de financement contenus dans l’Accord de Nouméa seraient « caducs ». C’est qu’il faudrait, pour le nouvel Etat, procéder le plus rapidement possible à l’établissement des budgets 2021.

Or, la caducité des engagements financiers de la France toucherait, non seulement les compétences régaliennes, mais également l’enseignement primaire et secondaire privé, l’enseignement secondaire public, l’enseignement supérieur et l’Université, ainsi que toutes les subventions accordées au territoire, aux provinces et aux communes.

Au delà des belles déclarations, il faudrait, pour Kanaky, « faire » avec 170 milliards CFP de moins, et probablement, avec également une fiscalité locale en chute libre. Autrement, contrairement aux déclarations indépendantistes lénifiantes, surviendrait une catastrophe financière et budgétaire, qui plongerait sans délai la population de Kanaky dans la tourmente.

UNE DOUBLE NATIONALITÉ ILLUSOIRE – Pour rassurer les incrédules, les indépendantistes auraient probablement souhaité que la double nationalité, française et de Kanaky, soit facilitée en cas d’accession à l’indépendance. Ce n’est pas ce qu’indique le document de l’Etat. Car le sujet n’est pas simple, et ce serait d’abord au nouvel Etat d’organiser la protection de ses ressortissants porteurs du passeport de Kanaky, considérés immédiatement comme des étrangers par la France. Contrariant, mais c’est la règle.

Quant à la double nationalité pour « certains », c’est le Parlement français qui en déciderait ultérieurement, et non préalablement. Une double nationalité éventuelle qui serait, comme dans toutes les accessions à l’indépendance passées, distribuée au compte goutte.

Adieu alors le libre accès à l’ancienne métropole comme à l’Europe, et bienvenue dans une situation analogue à celle notamment des pays africains, pourvoyeurs d’immigrés et de sans papiers sur le sol français.

C’EST TOUT CE QUE NE DISENT PAS LES RÊVEURS qui prêchent la « libération » de la Nouvelle-Calédonie. Tout comme ce professeur d’une Université qui le nourrit, rabâche une rhétorique des années 60 et 80 qui fleure bon la décolonisation de ces époques.

Mais aujourd’hui, dans un monde globalisé et impitoyable, les petits Etats « libérés » quémandent quelques aides, et s’en sortent difficilement. La preuve : comment Kanaky qui naîtrait le 5 octobre pourrait-elle simplement maintenir le système de soins et de protection sociale actuel, et encore plus simplement, le système éducatif ?

Le tort du document de l’Etat vertement critiqué par les indépendantistes, c’est probablement de ne pas garantir que tout se passerait un peu comme avant … au cas où la Nouvelle-Calédonie accèderait à l’indépendance. En français, cela se dit « vouloir le beurre, l’argent du beurre, et la crémière avec » !