SALUT L’AMI

« Salut l’Ami », c’était un bonjour convenu que nous échangions lors de nos rencontres, inspiré d’une anecdote plutôt drôle faisant partie de  notre amicale complicité. « Salut l’Ami ». C’est avec une très grande tristesse que je t’adresse, cette fois, en guise d’au revoir, deux mots qui ne ponctuerons plus jamais nos entretiens toujours passionnants.

Ta grande culture en était souvent le ferment. Ton esprit critique était aiguisé, mais tu étais devenu plus philosophe avec l’âge.

Ton goût de l’écriture bien construite complétait bien un talent oratoire qui tu as si bien consacré à la défense de tes convictions. Ces mots ciselés, ces percussions orales, tu en jouais comme seul sait le faire un artiste.

La politique était en toi. Question d’engagement, forgé au cours d’une jeunesse tourmentée par un déchirant déracinement. Pourtant, l’amour de la France t’habitait constamment, nullement contrarié par les ingratitudes infligées aux rapatriés.

A Poya, dans une petite école, avec des enfants de toutes les couleurs, avait commencé ta reconstruction. Elle fut totale, par l’enracinement profond que tu avais entrepris, offert dans ta terre d’accueil, la Nouvelle-Calédonie. Tu lui en as toujours été reconnaissant.

Tous les hommages qui te seront rendus égrèneront les multiples facettes de ton riche parcours politique. Il est vrai que tu as côtoyé de grands personnages, de l’Etat, de Calédonie. Il est vrai aussi que tu as occupé presque toutes les fonctions que nos institutions peuvent proposer. Je retiendrai simplement, de cette vie là, que tes adversaires te respectaient. C’est dire beaucoup.

Tu n’aimerais certainement pas qu’on dise de toi que tu étais, localement, un personnage illustre. La notoriété, tu la tournais en auto-dérision tant elle est souvent le fruit de l’illusion. Pourtant, ton départ, je te l’assure, est ressenti avec tristesse par beaucoup, et beaucoup plus que tu ne crois. Par des Calédoniens qui pleurent la disparition d’un des leurs.

Salut l’Ami.

Gaby Briault