COVID-19 : UNE PREMIÈRE FRANÇAISE POUR LA CALÉDONIE – Telle serait « l’adaptation des mesures de confinement »

Ce sera une première en France. La Nouvelle-Calédonie a annoncé sa décision de « commencer à adapter les mesures de confinement de la population dans une semaine, à partir du lundi 20 avril. » En clair, au début de semaine prochaine, les règles de confinement strictes pour l’heure en vigueur, seront partiellement levées, mais pas dans n’importe quelles conditions.

Le communiqué officiel précise que des adaptations, qui seront précisées avant la fin de la semaine, tiendront compte de la « situation épidémique en Nouvelle-Calédonie, d’un point de vue géographique, économique et sanitaire ».

Autre indication du communiqué : « Il faut également s’assurer que le virus ne circule pas en Nouvelle-Calédonie, alors que le reste du monde est en situation épidémique. » Autrement dit, un ou plusieurs cas nouveaux seraient probablement de nature à remettre en cause la décision.

D’UN POINT DE VUE GÉOGRAPHIQUE
La Nouvelle-Calédonie est un archipel, constitué de la Grande Terre et d’îles. Parmi les îles peuplées, on trouve notamment les Iles Loyauté, l’île des Pins et Belep. On se souvient que, déjà, Jacques Lalié, président de la province des Iles indemne de cas de Covid-19, avait demandé que le confinement soit levé dans sa province qui comprend Lifou, Ouvéa, Maré et Tiga.

Que dit le Conseil Scientifique français ? « Dans les territoires n’ayant aucun cas de Covid-19 et pratiquant une quatorzaine préventive rigoureuse, avec dépistage systématique du Covid-19 en fin de quatorzaine pour toutes les personnes arrivant sur le territoire, et un suivi des contacts rapproché, la question d’un déconfinement prudent, progressif, peut se discuter tant qu’aucun cas positif de Covid-19 n’est identifié, hors quatorzaine. L’idée est alors d’isoler sanitairement les territoires plutôt que leurs habitants.« 

Pour la Grande Terre, en revanche, des cas ont été détectés. Plusieurs personnes sont hospitalisées. La situation, d’un point de vue géographique, est différente. Il faut également souligner que même s’il s’agit de cas « importés », seule la province Sud a été touchée. La province Nord est, pour l’instant, indemne.

D’UN POINT DE VUE ÉCONOMIQUE
La pression économique est très forte partout dans le monde, y compris en Nouvelle-Calédonie, bien entendu.

Compte tenu du constat fait qu’aucun nouveau cas ne serait détecté d’ici le 20 avril, dans quelle mesure la reprise économique pourrait-elle fait l’objet « d’adaptations » ?

On peut d’abord supposer que la condition première sera la garantie que dans chaque activité, du respect des garanties de distanciation sociale et des gestes barrière. L’exigence du port du masque devrait également émerger.

Dans un pays comme l’Autriche, le calendrier et le séquencement seront les suivants :

  • Réouverture des petits commerces le 14 avril.
  • Début mai, ce sera au tour de tous les autres magasins.
  • Les restaurants doivent rouvrir mi-mai. Des aménagements seront nécessaires pour respecter les distances de précaution.
  • Les écoles restent fermées jusqu’à la mi-mai.
  • L’enseignement supérieur va poursuivre les cours en ligne jusqu’à la fin de l’année universitaire.
  • Les Autrichiens devront continuer à limiter leurs déplacements à l’essentiel jusqu’à la fin du mois d’avril.
  • Les manifestations culturelles, sportives, ainsi que tout autre rassemblement public, ne seront pas autorisés avant le mois de juillet, au plus tôt.
  • Le port du masque est généralisé. Il est obligatoire depuis lundi dans les supermarchés. Il le sera bientôt dans les transports publics, avec une amende de 50 euros pour les contrevenants.
  • Les déplacements internationaux continuent à être entravés. « Tant qu’il n’y aura pas de vaccination ou de médicament efficace, cette maladie nous accompagnera et il n’y aura pas de liberté de voyager telle que nous la connaissions« , a indiqué le chancelier Sebastian Kurz.

D’UN POINT DE VUE SANITAIRE
Les mesures de quatorzaine pour tous les arrivants, de respect des gestes barrière et de la distanciation sociale sont dejà appliquées. Elles correspondent à toutes les recommandations notamment pour les îles ou les archipels comme la Nouvelle-Calédonie.

L’ouverture « adaptée » du déconfinement exige évidemment d’autres précautions. Le port du masque pour tous est désormais recommandé par l’Académie de médecine. Dans cette matière, la décision de Castaner de contester les arrêtés des maires rendant, dans certaines communes, obligatoire le port du masque, est incompréhensible. Elle fait partie des errances et des contradictions gouvernementales malheureusement constatées depuis le début de la crise sur ce sujet.

Il est désormais communément admis que le port du masque permet de « protéger les autres », notamment des gouttelettes respiratoires éventuellement infectieuses, et surtout, du fameux aérosol respiratoire.

Autre élément déterminant : le dépistage à grande échelle, y compris avec des tests sérologiques, et non pas seulement, pour les cas présentant des soupçons de symptômes. Cela est d’autant plus important que les scientifiques asiatiques, sud-coréens notamment, estiment d’une part, que les malades asymptomatiques potentiellement contagieux seraient bien plus nombreux que ce qui était initialement imaginé, et que d’autre part, des cas de plus en plus nombreux de rechutes ont été constatés parmi des personnes réputées guéries.

LA SOLUTION DU « STOP AND GO »
On le voit : la décision d’ouvrir le confinement, quelle que soit la forme de cette libéralisation, est à la fois difficile, complexe, et risquée.

Pour la Nouvelle-Calédonie, cependant, si aucun nouveau cas n’est constaté d’ici le 20 avril, et si les « pré-requis » -disponibilité des masques, lancement d’un campagne très large de tests, disponibilité de premiers tests sérologiques- peuvent être respectés, l’ouverture très partielle du déconfinement ne peut être exclue.

D’abord, pour être juste il faut constater que nombre d’activités se sont poursuivies depuis le mois de mars. Le secteur minier et métallurgique tourne, même s’il est au ralenti. Une partie du commerce et du secteur artisanal fonctionne, tout comme des entreprises publiques ou privées nécessaires pour la fourniture d’électricité, d’eau ou encore le ramassage des ordures ménagères. Une ouverture partielle ne serait donc pas une révolution, dans une économie qui se trouve déjà en partie ouverte.

Ensuite, si par malheur, des cas de Covid-19 apparaissaient, il serait possible d’appliquer la stratégie du « stop and go » : retour au confinement strict, puis à nouveau, levée partielle dès que la situation sanitaire redevient satisfaisante.

D’ailleurs, dans tous les pays, la question est la même : peut-on tout mettre en hibernation jusqu’à l’arrivée du vaccin ? Impossible, d’autant qu’il est de plus en plus question des morts provoquées par l’arrêt des économies, l’absence de revenus, l’isolement des personnes.

Tous les gouvernements seront, à un moment, amenés à décider du redémarrage adapté de l’économie. Et à pratiquer, en tant que de besoin, la stratégie du « stop and go ».

Seule lueur d’espoir dans cette perspective bardée d’incertitudes : l’arrivée d’un ou de plusieurs médicaments, dans l’attente d’un vaccin. Il n’est pas impossible, d’ailleurs, que la France intéressée par plusieurs essais cliniques, en fasse une sorte de préalable.

Emmanuel Macron, dans son discours attendu de lundi soir 20 heures, heure de Paris, lèvera peut être une partie du voile.