MUNICIPALES À PAITA : WILLY GATUHAU PEUT-IL ÊTRE BATTU ?

Successeur d’Harold Martin qui, en 1995, avait pourfendu le RPCR et obtenu son indépendance du parti de Jacques Lafleur, Willy Gatuhau rassemble aujourd’hui très largement. Il a, de ce point de vue, bénéficié des nombreuses évolutions de l’ancien maire, ancien du RPCR, président de l’Avenir Ensemble en 2004, puis participant à un rapprochement avec Pierre Frogier à l’issue de l’intermède du « sandwich » en 2007, en guerre, depuis, avec Philippe Gomes, et enfin alliés des composantes du Front pour l’Unité, et enfin, de l’Avenir en Confiance.

La vie politique de Paita a été marquée par la disparition progressive du Rassemblement, puis enfin de l’émergence de l’Eveil Océanien largement opérée au détriment de Calédonie Ensemble.

Les prochaines municipales paraissent donc très ouvertes. Pourtant, quelques points saillants méritent d’être rappelés pour se forger une opinion.

UNE POPULATION SANS MAJORITÉ D’APPARTENANCE ETHNIQUE
Au terme du recensement de 2014, la population de Paita (20616 habitants) se répartissait ainsi par appartenance communautaire :

– 4915 européens

– 4143 kanak

– 4218 wallisiens et futuniens

– 2782 « mixtes »

– 4618 autres

En clair, aucune ethnie n’est dominante. Depuis, la population a augmenté de 5000 habitants environ en 5 ans, sans que les équilibres existants n’aient été sensiblement modifiés, en raison du tassement général de la croissance démographique.

L’Eveil Océanien est un parti communautaire. Il ne peut cependant prétendre rassembler la totalité des électeurs d’origine wallisienne et futunienne, une communauté qui, de toute façon, ne représente que 20% de la population municipale.

LISTE « PAITA POUR TOUS » : LES POINTS FORTS ET LES POINTS FAIBLES
La liste emmenée par Willy Gatuhau affiche peu de points faibles. Le maire sortant bénéficie naturellement d’une prime de confiance commune à tous les sortants. Il peut revendiquer un bilan et une expérience de la gestion communale.

La composition de la liste est également très intéressante. Elle reflète la sociologie de la commune : des européens, des métis, des kanak (toutes les tribus sont représentées, et la présence de Marcel Paita ne passe pas inaperçue), des wallisiens et des futuniens. Une liste complète et solide, qui bénéficie du soutien du grand Chef Paita, des partis de l’Avenir en Confiance à l’exception du Rassemblement.  Et même d’Eric Gay, personnalité du Rassemblement visiblement en rupture avec son parti.

Autre avantage pour Willy Gatuhau : il n’est pas le représentant d’une communauté. Ce Calédonien, d’origine wallisienne, a fait toute ses classes au service de la commune, et s’était totalement intégré dans l’équipe pluriraciale d’Harold Martin. Il a su, au travers d’un parcours atypique et sans faute, gagner l’estime de toutes les communautés.

C’est pourtant lui qui peut présenter un point faible en raison de ses démêlées judiciaires. Mais les électeurs, essentiellement intéressés par la vie de leur commune, ne lui en tiendront probablement pas rigueur. Pour beaucoup, « toutes ethnies confondues » comme le veut la formule, « Willy », avec son caractère bien trempé, mais également une naturelle bienveillance, fait partie de la famille communale.

LISTE ÉVEIL OCÉANIEN : LES POINTS FORTS ET LES POINTS FAIBLES
La liste de l’Eveil Océanien, emmenée par de président de ce nouveau parti, possède des points forts qui sont, en même temps, ses points faibles.

Parti communautaire, il propose d’abord aux ressortissants calédoniens d’origine wallisienne et futunienne, une sorte de reconnaissance et de renouveau tels que l’avait fait l’Union Océanienne en 1989. Il a bénéficié de nombreuses voix de cette communauté à Paita. Mais cette caractéristique peut générer des réticences de la part des autres communautés, pour qui cette forte empreinte identitaire peut apparaître hégémonique.

L’aspect communautaire est, de surcroît,  électoralement limitant, même si, à l’évidence, la liste tentera de s’ouvrir à d’autres communautés.

Dernier point : la dite communauté est divisée. Car si en effet, Willy Gatuhau ne se revendique pas représentant communautaire, il peut tout de même se targuer d’être le premier maire calédonien d’origine wallisienne, ce qui, historiquement est d’autant plus fort qu’il est soutenu -et accepté- par un groupe social pluriracial.

LES AUTRES LISTES risquent de faire tapisserie dans ce duel au sommet. Compte tenu de la nature du scrutin, il leur faudra dépasser les 10% des suffrages exprimés, ce qui n’est pas rien …

Au total, impossible de pronostiquer un passage de la liste Paita pour Tous au premier Tour. En jeu, la participation, les scores, les choix de dernière minute. Mais on voit mal comment la victoire pourrait lui échapper.