ENTRE PROTECTION DU CONSOMMATEUR ET SOUTIEN À L’INDUSTRIE LOCALE – Un enjeu économique et social délicat

Est-il possible de faire évoluer le système de protection des productions locales en soutenant les entreprises locales qui le méritent, en évitant la constitution de rentes de situation et en protégeant le consommateur calédonien de prix déraisonnables qui figurent désormais dans les barèmes internationaux ? En vertu de la liberté de commerce, tout le monde peut exercer une activité économique et commerciale en Calédonie. Mais est-ce à dire que tous doivent être protégés par des mesures de contingentement, ou pire, d’interdiction d’importation de produits concurrents ? Certainement pas.

UN MARCHÉ DE PETITE TAILLE
C’est évidemment la taille du marché intérieur qui constitue le principal handicap à l’industrie locale. Dans des pays de plusieurs dizaines de millions de consommateurs et soumis aux règles du commerce international et donc directement à la concurrence mondiale, bien des productions locales sont vouées à l’échec. Que dire d’un marché de 270 000 consommateurs !

Encore faut-il rappeler que certaines règles de protections, appliquées depuis des années en Calédonie, se situent à la marge de ce qui est normalement autorisé.

POUR QUELLES ENTREPRISES LA PROTECTION EST-ELLE JUSTIFIÉE ?
Mais au delà de considérations qui relèvent de l’OMC, qu’une entreprise fabrique des produits localement, crée des emplois apporte de la ressource fiscale et sociale, quoi de plus vertueux si le prix à payer par le consommateur et par le territoire est raisonnable. Mais il est important que cette règle soit quantifiée, validée et suivie pour que le résultat demeure positif pour la collectivité toute entière.

Qu’une autre entreprise fabrique des produits localement, mais que son apport en emplois, en ressources fiscales et sociales soit d’une valeur bien inférieure à ce que son activité et ses produits vont coûter aux consommateurs et au territoire, alors, il est pertinent de se poser la question de la protection de cette entreprise. De la protection uniquement, s’entend, puisque l’entreprise peut exercer librement ses activités, quoi qu’il en soit.

PAS AU DÉTRIMENT DE L’ÉCONOMIE ET DU CONSOMMATEUR
La question de la cherté de vie est l’un des sujets majeurs de la Nouvelle-Calédonie. Les prix, ici, sont devenus, pour beaucoup d’entre eux, déraisonnables. Les mécanismes autoritaires mis en place – contrôle des marges et des prix – se sont globalement soldés par un échec.

On sait, pourtant, quels autres mécanismes génèrent ces coûts exorbitants, et ils ne sont pas tous liés au bouc émissaire que constitue au sens large, l’importation.

Il y a une trentaine d’années, la Nouvelle-Zélande a conduit une véritable révolution économique notamment à l’initiative d’un député, Roger Douglas. Dans ce cadre, certaines productions locales, comme la fabrication de télévisions, furent jugées économiquement inappropriées, car en plus du défi technologique qu’elle représentaient, leur apport économique globale était négatif au regard du coût engendré par ces productions. Le pays mit fin à ces fabrications et consacra des budgets importants à la reconversion des personnels concernés.

COMMENT FAIRE BAISSER L’INCROYABLE COÛT DE LA VIE ?
La Nouvelle-Calédonie importe la plus grande partie de ses équipements et de ses produits de consommation. Elle fabrique le reste. Comment, dans ces conditions, faire évoluer à la baisse le coût de la vie ?

En matière d’importation, après l’échec des contrôles des marges, plusieurs pistes demeurent. Du point de vue social, les produits de première nécessité doivent être réglementés et rendus accessibles au même prix en tout point du territoire grâce à un fonds de péréquation.

LES VERTUS DE LA CONCURRENCE
Dans le monde entier, la réponse s’appelle la libre concurrence. La Calédonie, évidemment, n’échappe pas à cette règle. Prenez le cas des pièces automobiles. Certains concessionnaires sont-ils taxés de prix trop élevés ? C’est la concurrence de revendeurs spécialisés dans les pièces détachées qui fera baisser les prix. Ou encore les commandes par Internet … Chacun en a déjà fait l’expérience.

S’APPROVISIONNER EN AUSTRALIE ET EN NOUVELLE-ZÉLANDE À DE MEILLEURS CONDITIONS
Certains marchés d’approvisionnement doivent par ailleurs être libérés. Nous sommes à deux pas de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. Taxer durement à l’entrée un certain nombre de produits accessibles plus facilement et moins chers à partir de ces marchés est stupide. Cela consiste en général à protéger une exportation marginale de quelques fournisseurs métropolitains et européens, avec une rentrée fiscale négligeable pour le territoire. Mais à un coût qui ne l’est pas pour le consommateur calédonien.

UNE PROTECTION CLAIRVOYANTE À METTRE EN PLACE
Reste la production locale. Celle qui relève du secteur agricole doit évidemment être traitée sous un double regard : l’activité économique, et l’occupation des espaces ruraux. Mais il n’empêche.

Que le consommateur calédonien doive payer les bananes et les pommes de terre à un prix qui se situe vers les sommets mondiaux impose réflexion.

Quant à l’activité industrielle, il est évident que certaines activités méritent d’être protégées. Mais cette protection doit être justifiée par un panel de paramètres prouvant l’intérêt économique général, et l’impact modéré sur le coût au consommateur. Ce dernier, d’ailleurs, ne doit pas être privé de choix. Les interdictions d’importations doivent être l’exception, la taxation protectrice, la règle. Et si le consommateur préfère acheter plus cher un produit qui lui convient davantage que celui fabriqué localement, libre à lui.

La liberté est comme la santé : elle n’a pas de prix, mais elle a un coût. C’est l’équation délicate que les élus auront à résoudre, entre soutenir l’industrie locale, éviter les rentes de situation et protéger le consommateur.