2020 : CE QUI VA SE PASSER EN CALÉDONIE … ET CE QUI RISQUE DE SE PASSER

L’année 2019 n’a pas été avare d’événements et de changements en Nouvelle-Calédonie. On peut même parler de changement d’époque. L’économie, le social et le politique se sont répartis les rôles.

La vie économique a été fertile en constats et en événements. La SLN a poursuivi son redressement avec deux faits nouveaux : une autorisation d’exporter des minerais pauvres, puis un accord avec Enercal sur le prix de l’électricité. Plusieurs coups de théâtre ont marqué les décisions de Vale. Le géant brésilien avait d’abord fermé le robinet des financements, et notamment pour l’aménagement de Lucy à 70 milliards. Puis il l’a rouvert, à la faveur des perspectives du développement des batteries électriques gourmandes en nickel. Puis cela a été l’annonce de son retrait de Calédonie, de changement de stratégie industrielle, et de négociations avec un repreneur.

Autre secteur d’importance : le tourisme qui est toujours à la peine. Dans les entreprises, un léger regain d’optimisme s’est fait jour après les premières mesures prises par le nouveau gouvernement : une loi de relance dynamique et innovante, une sortie en douceur du contrôle des marges des entreprises, un budget terriblement contraint mais qui préserve des investissements publics importants.

En matière sociale, les limites ont été atteintes par le déficit du Ruamm, -une affaire que les responsables traînent depuis 10 ans-, avec la cessation de paiement annoncée des professions de santé. Mais une lueur d’espoir s’est allumée avec la présentation par le gouvernement d’un plan de redressement, d’un calendrier, et des moyens à mettre en oeuvre.

Dans le domaine politique, exit la toute puissance de Calédonie Ensemble. Le regroupement Avenir en Confiance a ramassé l’essentiel de la mise, tandis qu’une partie de la communauté wallisienne et futunienne a joué le remake de l’Union Océanienne de 1989. Pourtant, l’absence de majorité au gouvernement et au congrès, le jeu permanent des partis et l’instabilité potentielle qu’il génère, montre les limites du fonctionnement démocratiquement rationnel de nos Institutions.

Le reste de l’actualité quotidienne en 2019 a surtout été marqué par l’incapacité des responsables de l’Etat et locaux à maîtriser la dérive toujours croissante de l’insécurité routière autant que de la délinquance.

Coup de chapeau, en revanche, pour l’ensemble des pompiers et la pour la Sécurité Civile, tous sur le difficile front du feu. Avec succès.

Autre bonne note, celle que l’on peut attribuer au sport. Succès individuels pour les nageurs, les tennismen, les véliplanchistes, les rugbymen, les athlètes du handisport, ou encore collectifs à l’image de l’AS Hienghène.

C’est sous les auspices du changement que s’ouvre l’année 2020. Ou de promesses de changement. Dans ce paysage contrasté, le regroupement des Républicains Calédoniens, du Rassemblement et du MPC s’est engagé à restaurer la confiance. Que va-t-il se passer en 2020, et que peut-il se passer ?

Au plan électoral, deux échéances s’imposent aux Calédoniens : les élections municipales en mars, et le référendum en septembre. Tous les électeurs français aux municipales, les électeurs français citoyens de Nouvelle-Calédonie au référendum.

Commentaires sur ces deux scrutins : le focus sur Paita, où un désaccord s’est fait jour au sein de l’Avenir en Confiance, et l’inconnue de l’Eveil Océanien, d’une part, sur La Foa où Muriel Keletoana joue la survie de Calédonie Ensemble, d’autre part, sur le résultat du match entre Jerôme Siret et Pascal Vittori à Boulouparis enfin, pour la succession d’Alain Lazare. Qui va sortir victorieux (se) de ces compétitions entre loyalistes ?

Chez les indépendantistes, deux grandes régions : les Iles et la Grande Terre. Le Palika voudra conserver Ouvéa, et confirmer sa poussée à Lifou et Maré. Et pourquoi pas une nouvelle coalition à Lifou, fief de l’Union Calédonienne qui a cédé la tête de liste provinciale à un ancien adversaire de Neko Hnepeune, et qui semble en recul ?

Sur la Grande Terre, c’est le scrutin de Hienghène qui retiendra l’attention : retour de la commune dans le giron de l’UC ou confirmation du basculement au Palika ?

Quant au référendum, c’est la constitution du Front Loyaliste qui apporte une dynamique nouvelle au scrutin d’autodétermination. La première édition, en novembre 2018, avait été marquée par un forme d’arrogance victorieuse des loyalistes accompagnée d’une campagne assez calamiteuse, et par une réponse cinglante des indépendantistes, sérieux sur le terrain, et gratifiés d’une … défaite en forme de victoire.

Tout laisse à penser que, du côté loyaliste, la leçon a porté quelques fruits, en dépit de la bouderie de Calédonie Ensemble. Paradoxalement, c’est le mouvement indépendandiste qui paraît à la fois uni sur l’objectif, mais au sein d’une union nuancée par les différences de conception de l’indépendance, et qui portera peut être les stigmates des municipales.

Chaque camp tentera donc de mobiliser les abstentionnistes de novembre 2018. La progression, la stagnation ou la régression se jugeront peut être à quelques dixièmes de point. Mais des dixièmes ou des points qui pèseront lourd sur l’avenir politique de la Nouvelle-Calédonie.

Ce sont les comptes sociaux qui font peser la menace la plus lourde sur les finances publiques, les professions médicales, les fournisseurs et le quotidien de santé des Calédoniens. Un véritable enjeu de Société.

Inspiré par le rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales dont les spécialistes vont revenir sur le territoire, et cette fois inscrivant sa démarche dans la concertation avec les partenaires sociaux, le gouvernement devrait marquer des points décisifs en 2020, sur le retour à l’équilibre des régimes et la pérennisation du système de protection sociale et de santé des Calédoniens. L’un des meilleurs au monde. Restauration de la trésorerie, mesures de redressement dans la gestion, mise en oeuvre d’une gouvernance et d’un pilotage plus vertueux du système sont inscrits dans un calendrier désormais connu.

Les services publics, les établissements publics, les bénéficiaires de subventions publiques vont connaître une année financièrement difficile. Mais comme aimait à le rappeler un ancien membre du gouvernement à propos des crédits, « quand y’a pas, y’a pas ! » Sûrement l’occasion de rationnaliser la performance du fonctionnement en généralisant la dématérialisation, et par de meilleurs contrôles de gestion.

Le monde économique devrait reprendre son souffle, grâce notamment à la concrétisation des mesures inscrites dans le Plan de Relance et les mesures de stabilisation -et de sécurisation- fiscale promises en début 2020. En dépit de l’hypothèque que fait toujours peser le cycle des référendums, la confiance devrait lentement se développer, avec pour effet un mieux dans la consommation des ménages. Le remboursement promis de 4 milliards d’avances imposées aux entreprises sur les droits et taxes à l’importation lors de la création de la TGC, devrait provoquer un effet sensible, à la fois sur la confiance, sur la dépense et l’investissement.

Le coût de la vie restera l’une des préoccupations des consommateurs calédoniens. Une nouvelle stratégie va être mise place par le gouvernement, basée sur le développement de la concurrence d’une part, et sur celui du Bouclier Qualité/Prix d’autre part. Fondée sur la concertation et l’attention portée aux recommandations de l’Autorité calédonienne de la Concurrence, sera-t-elle plus efficace que les théories précédentes de blocage des prix et des marges ? L’année 2020 sera un test significatif à cette thèse du libéralisme encadré. Tout de même plus moderne.

Pour Vale, 2020 devrait voir son départ et son remplacement, dans l’usine du Sud reconfigurée, par un nouvel actionnaire. L’année va cependant connaître sa crise sociale, avec les suppressions, et d’emplois dans l’usine de raffinage, et de contrats pour des sous-traitants. L’enjeu sera donc le reclassement des personnels touchés par les suppressions de postes, un reclassement pour lequel Vale mettra la main à la poche pour financer le dispositif déjà utilisé par la province Sud.

Quelques points demeurent encore imprécis, notamment celui concernant l’engagement du géant brésilien à achever la construction de la zone de stockage de déchets « Lucy ». Dans quelles conditions, et dans quels délais ?

Une perspective : après les mesures douloureuses de spécialisation de la production vers le NHC destiné aux batteries et les équipements d’accompagnement annoncés, l’usine du Sud devrait enfin trouver les chemins de l’équilibre ou des bénéfices, gages de pérennité. En l’espèce, la prudence est tout de même de mise.

La SLN devrait franchir une étape significative de son redressement. Au coeur des discussions futures figurera la nouvelle centrale énergétique avec quelques sujets qui restent tout de même à préciser : les besoins confirmés de l’usine Doniambo et donc le dimensionnement définitif de la centrale, c’est à dire son coût réel.

Glencore est silencieux. L’usine du Nord est encore loin, et de son équilibre financier, et de sa production nominale. Une certitude : l’endettement des partenaires calédoniens et colossal.

En matière de production d’énergie propre, la Nouvelle-Calédonie est exemplaire. En 2019 a été inaugurée la plus importante centrale avec batterie de France. Les équipements, notamment en solaire, se poursuivent. Le territoire va probablement atteindre ses objectifs en matière d’énergies renouvelables dès 2023, c’est à dire avec plusieurs années d’avances sur sa feuille de route.

C’est une société calédonienne plus clivée qui devrait se développer en 2020. Le fédéralisme du territoire, créé par les Accords de Matignon, a conduit au clivage provincial porté par les compétences importantes de ces collectivités en matière économique, sociale, culturelle et d’enseignement. Le référendum de novembre 2018 a, quant à lui, confirmé un clivage politique entre deux grands blocs : le Nord et les Iles d’une part, le Sud d’autre part. L’ensemble de ces clivages devrait s’accentuer au cours de cette année.

C’est évidemment le référendum de septembre 2020 qui devrait accroître le clivage de la société calédonienne. Les Accords de Matignon, puis de Nouméa, avaient laissé espérer que deux positions inconciliables -la revendication d’indépendance, celle du maintien dans l’ensemble français- pourraient finalement se fondre dans un désir réciproque de « destin commun ». On sait, à présent, que pour les générations actuelles, cette vision est une vue de l’esprit.

A côté de la campagne référendaire qui a déjà été lancée, et qui va durer 9 longs mois, d’autres théories de « coexistence » sur un même archipel commencent à prendre corps, en plus, évidemment de celles de l’indépendance.

L’indépendance, d’abord, est vue différemment selon que l’ont soit à l’Union Calédonienne ou à l’Uni. Souveraineté pleine et entière sans partage, sous-entendu « on verra ensuite« , d’un côté, souveraineté en partenariat avec la France de l’autre.

Le maintien du territoire dans la République commence, lui aussi, à prendre des formes totalement nouvelles. Elles vont de l’hyper-provincialisation à la capacité, pour chaque province, de choisir la nature de ses liens avec la France, en passant par la résurgence du fédéralisme de feu la Communauté française, avec la coexistence, au sein d’une nouvelle entité fédérale inscrite dans la Constitution, d’une collectivité de la République -l’actuelle province Sud- et d’un Etat associé avec la France constitué par les actuelles provinces Nord et Iles.

Comment ces théories vont-elles prospérer ?

C’est en réalité la suite postérieure au troisième référendum qui s’ébauche. A moins que l’accession de la Nouvelle-Calédonie à l’indépendance -tout de même peu probable-, vienne couper court à ce qui ressort, pour l’instant, de spéculations.