QUI VA REMPLACER VALE DANS LE SUD ? Fin d’une aventure industrielle de 30 ans

L’usine du Sud nous a habitué à un fonctionnement et une exploitation qui ne sont pas un long fleuve tranquille. Arrêts de chantier, recherche d’une partenaire, fin de la recherche d’un partenaire et annonce d’un investissement colossal sur fonds propres, report de cet investissement, et finalement, annonce hier de la mise en vente de ses parts en vue d’un retrait total.

La dépréciation de la valeur de l’investissement -gigantesque- était, à dire vrai, un signe avant-coureur de cette décision. Vale jette l’éponge et va ainsi mettre fin à une vraie aventure industrielle qui dure depuis près de 30 ans. Et qui remonte à plus longtemps encore.

DU TEMPS D’EDOUARD PENTECOST
La fameuse « usine du sud », bien avant « l’usine du nord », avait déjà été évoquée dans les années 50. Puis ce fut l’époque du « Boom » avec, il est vrai, des usines « un peu partout », et plus sérieusement, dans le nord et dans le sud de la Grande Terre.

L’homme d’affaires Edouard Pentecost avait défendu depuis l’après guerre la venue d’International Nickel Company, la société canadienne alors premier producteur mondial.

LE PDG D’INCO VIENT RENCONTRER JACQUES LAFLEUR
A partir de 1992, l’affaire avait pris corps avec l’achat des titres miniers. Le canadien travaillait sur un procédé innovant consistant à raffiner le minerai de nickel non pas en le chauffant dans des fours, mais par attaque et séparation au moyen d’acides. Une économie d’énergie de taille, et une qualité de raffinage très grande.

En fin des années 90, Inco a mis au point une usine pilote au 1000e de la future unité. Le procédé fonctionne en modèle réduit. Scott Hand, le PDG d’Inco se rend en Nouvelle-Calédonie pour visiter les installations et rencontrer le président de la province Sud, l’homme fort du moment, Jacques Lafleur.

«C’est un projet d’exception, qui sera la pièce maîtresse de notre stratégie de croissance à faibles coûts» déclare alors le patron du leader mondial de nickel.

LA CROISSANCE DIFFICILE DU PROJET
Depuis quelques soucis, quelques désillusions ont marqué ce projet, devenu réalité en fin des années 2000. Après des arrêts, des conflits, des changements d’actionnariat.

Depuis sa mise en service, l’usine du sud peine a trouver son équilibre. Les déficits importants s’accumulent, tandis que la nouvelle maison mère, Vale, connaît des déboires industriels et écologiques gigantesques au Brésil. Vale NC se trouve en outre face à la nécessité de mettre en place un site de stockage des résidus coûteux.

Alors que le plus grand pessimisme s’abat sur l’entreprise, la demande nouvelle de nickel pour le marché croissant des batteries de voitures électrique « sauve » l’usine.

Le marché existe toujours. Mais Vale a décidé de jeter l’éponge.

PLAN SOCIAL ET REPRENEUR
Dans la perspective de revente de 95% des parts de la société, les 5% représentant la participation des provinces locales, Vale va rendre la mariée attirante. Qui voudrait, en effet, d’une affaire qui perd des sommes considérables, sans perspectives de profit ? Et le monde industriel et financier est parfaitement au courant de l’histoire de l’usine, et du contexte calédonien …

C’est la raison pour laquelle les comptes doivent d’urgence revenir au moins à l’équilibre. Fermeture d’une partie de l’usine, la raffinerie, développement de la production de NHC commercialisable pour la fabrication de batterie, et, tout comme la SLN, exportation de minerais de basse teneur  non traitables.

Pour ce qui concerne les améliorations industrielles, Vale financera le site de stockage Lucy, et construira une ferme solaire pour diminuer encore les coûts énergétiques.

Quant aux perspectives, ce sont l’immense développement de la voiture électrique et corrélativement, le marché des batteries dont la fabrication nécessite nickel, cobalt et manganèse.

Cette mutation ne se fera évidemment pas sans quelques dommages. La fermeture de la raffinerie va toucher une centaine d’emplois ainsi que des sous-traitants. Le président de la société indique cependant que l’exportation de minerai, notamment, va nécessiter du personnel supplémentaire.

L’ARRIVÉE D’UN GROUPE CHINOIS ?
Autour de l’usine du Sud, de grandes manoeuvres vont s’effectuer. Du moins, il faut l’espérer …

Deux grands enjeux sont évidents.

Il y a d’une part l’unité de traitement dont la performance peut devenir intéressante pour un groupe industriel concerné par le nickel. Mais si le procédé semble désormais fiable, reste à savoir si les installations le demeurent.

Il y a d’autre part le gisement. Colossal.

C’est la Chine qui est en pointe sur la production et l’utilisation de la voiture électrique. L’économie hybride chinoise donne l’image qu’elle peut tout s’offrir dans le monde. C’est elle, qui en tout premier lieu, pourrait être intéressée par l’opération à double impact : acquérir un producteur utile à la fabrication des batteries, prendre pied dans cette région du Pacifique.

La Chine ou d’autres, bien entendu. Des Coréens ?