LES OUI ET LES NON À M. GERMAIN

Philippe Germain, qui a présidé aux destinées du gouvernement pendant près de 5 ans, a récemment annoncé la création d’une instance de réflexion sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Hors les commentaires partisans naturels pour  cette initiative qui s’ajoute à celles des partis politiques comme de la société civile, plusieurs points méritent commentaires.

AU NOM DE QUI ?
La première question qui vient à l’esprit concerne le paradoxe de la situation. Il y a quelques mois, l’élu, encore président du gouvernement, expliquait qu’il allait prendre du recul, notamment pour se consacrer davantage à sa famille. Bref, un retrait annoncé après 4 longues années sous le feu des critiques, et des résultats en forme d’échec. Le verdict des élections provinciales a été, de ce point de vue, sans appel.

Et puis, contrairement à toute attente, il est le candidat de Calédonie Ensemble au gouvernement. Une institution dans laquelle il prend le parti d’éviter le blocage en décidant de voter pour la candidature de Thierry Santa à la présidence.

Sa dernière initiative est frappée du sceau de la démarche individuelle. On aurait pu croire que le débat sur l’avenir du territoire relevait, pour ce qui le concerne, de Calédonie Ensemble et de son président Philippe Gomes. Nullement. L’intéressé, interviewé par tous les médias, n’a cité aucune autre référence que la sienne. Conclusion : il a pris sa liberté …

OUI : LES CALÉDONIENS SONT PRÉOCCUPÉS PAR LEUR QUOTIDIEN
Lorsqu’il pointe les priorités économiques et sociales du territoire,  sujets prégnants au quotidien pour tous les Calédoniens, Philippe Germain n’a pas tort mais c’est un peu une lapalissade.

Le Premier ministre Edouard Philippe, lui même, ne disait pas autre chose en inaugurant l’antenne de l’Université à Koné, quand il soulignait que les referendum étaient importants, mais qu’au delà des scrutins, la vie continuerait.

En revanche, ce que ne dit pas l’ancien président de l’Exécutif, c’est quel modèle économique et social il veut instaurer pour la Nouvelle-Calédonie. Le modèle qu’il a lui même voulu imposer, fondé sur l’interventionnisme économique des pouvoirs publics à tous les échelons, et contesté par les partenaires sociaux  qui en dénonçaient l’autoritarisme ?

OUI : IL FAUDRA DONNER DU TEMPS AU TEMPS, MAIS DE TOUTE FAÇON, IL Y A FORT À PARIER QUE LES POLITIQUES N’AURONT PAS D’AUTRE CHOIX
« Rien ne nous empêche de le (le statut ndlr) faire durer en procédant à quelques ajustements juridiques« , a déclaré Philippe Germain aux Nouvelles Calédoniennes. Jacques Lafleur, bien avant lui, ne disait pas autre chose en préconisant un « pacte cinquantenaire » après avoir imaginé, dès 1992, la « solution consensuelle » appliquée en 1998.

Mais tout bien pesé, et sauf si au second ou au troisième referendum, le « Oui » à l’indépendance l’emportait, les partis politiques, à l’issue, n’auront guère le choix. Il faudra bien faire durer le régime institutionnel encore quelques temps, avant de mettre en place les ajustements juridiques les plus évidents. Et encore davantage pour parvenir à un accord sur un éventuel nouveau statut.

NON : LA QUESTION STATUTAIRE N’EST PAS NÉE DANS LES ANNÉES 70, c’est la revendication d’indépendance qui a été formulée en 1975, d’abord par le Fulk de Yann Celene Uregei, puis par un collectif réuni à La Conception sous l’égide du député d’alors Roch Pidjot, également président de l’Union Calédonienne.

Le statut de la Nouvelle-Calédonie a été une problématique récurrente depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la suppression de l’indigénat, et l’accession progressive des kanak à la pleine citoyenneté française.

Le statut de territoire fut choisi en 1958, suite à l’application de la Loi-Cadre Deferre. Il fut modifié considérablement en 1962, après l’attentat ou le prétendu attentat contre le siège de l’UC, restreint de manière substantielle en 1969 par le « lois Billotte », remodifié sous l’égide d’Olivier Stirn, ministre de l’Outre Mer en 1975, re-remodifié par Georges Lemoine en 1984, puis par Bernard Pons, puis par les Accords de Matignon, puis par …

NON : LE STATUT DEMEURERA UN SUJET MAJEUR
« Mais il ne faut pas aborder l’avenir sous l’angle du statut. C’est le projet de pays qui est important, le statut n’est que son support juridique« . Le statut n’est pas un simple support juridique : avec son exposé des motifs -le Préambule- il dessine le projet de pays dans ses fondements. Ainsi par exemple, en 1988, la création des provinces et le principe du rééquilibrage ont bouleversé le développement économique et social de la Nouvelle-Calédonie. Qui, dans chacune des provinces, pourrait prétendre le contraire, même si la province Sud demeure celle qui paie beaucoup pour les autres ?

Et quid des sujets comme le corps électoral, l’équité électorale pour l’élection des membres du Congrès, le statut même du Congrès, institution formée par des élus … d’autres collectivités et qui échappe virtuellement au principe de libre administration des collectivités ? Et quid du devenir de l’expression de la revendication d’indépendance si le territoire demeure au sein de la République ?

OUI : IL FAUDRA CHANGER DE LOGICIEL si le « pays » ne devient pas indépendant. Les Accords de Matignon et de Nouméa ont été une réussite sur l’objectif essentiel du retour à la paix, après 6 mois de guerre civile en 1984-85 et plus de 3 ans de troubles aboutissant au drame d’Ouvéa. Ils ont constitué également une réussite sur le retour à un développement économique, avec une période plus nettement construite de 1990 à 2005.

En revanche, les clivages se sont accentués, aussi bien au plan politique -indépendantistes, non indépendantistes- que communautaires. Enfin, les institutions et les règles mises en place en 1988, et modifiées en 1998 ont atteint leur limites, aussi bien en ce qui concerne le gouvernement et le Congrès, que pour ce qui est du droit de vote ou encore de l’équité électorale pour la désignation des membres du Congrès

Les contextes nationaux et internationaux ont par ailleurs considérablement évolué. Globalisation économique, difficultés économiques de la France, émergence de la Chine, première puissance économique mondiale dont les appétits territoriaux concernent désormais le Pacifique, et révolution économique et culturelle avec le numérique, internet, et bientôt, avec les ordinateurs quantiques, doivent être pris en compte pour réajuster le débat interne et externe sur la Nouvelle-Calédonie, son devenir, et la forme de Société qu’elle ambitionne de créer.