DATE DU REFERENDUM AU COMITÉ DES SIGNATAIRES : POURQUOI « LE PLUS TARD » V/S « LE PLUS TÔT »

« C’est donc avec le souci du dialogue et de la recherche de consensus que je veux que nous abordions la question de la fixation de la date de la prochaine consultation » – Edouard Philippe.

Parmi les thèmes qui seront évoqués au Comité des Signataires, la date sera un enjeu majeur. Pour la majorité des loyalistes, le mieux est de sortir le plus tôt possible de la séquence « referendum ». A cela, des raisons évidentes de lisibilité de l’avenir, de clarification politique, attendues notamment par tout le secteur économique calédonien. C’est en tout cas la position de l’Avenir en Confiance. Pour les indépendantistes, le referendum doit être organisé « le plus tard possible dans le cadre réglementaire ». 

La réalité, c’est que la loi prévoit des délais, mais pas de « calendrier ». La date doit, soit être fixée d’accord partie par les Calédoniens et l’Etat, soit, en cas de désaccord de la partie locale, par l’Etat qui a seul, d’ailleurs, le pouvoir réglementaire de convoquer les électeurs. Intérêts divergents.

POURQUOI « LE PLUS TARD POSSIBLE »
Pour les indépendantistes, « la montre » joue en leur faveur. Ils sont persuadés qu’au fil des mois, ils peuvent à la fois, exiger l’inscription d’électeurs qui leurs sont favorables, contester l’inscription d’électeurs réputés loyalistes, et convaincre, notamment, les (encore) loyalistes de la province Nord, de voter « Oui » à l’indépendance.

Déjà, leur demande d’inscription de 2008 électeurs réputés non-inscrits, et de facilitation du vote des détenus va dans ce sens. Cela fait partie de ce qu’ils nomment « dysfonctionnements ».

Ils vont ensuite tenter de convaincre, sur le terrain, les loyalistes hésitants. Et pour cela, disposer de temps leur sera utile.

LES TENTATIONS DU NORD
Depuis 30 ans, la province Nord est administrée par les indépendantistes. Et cela n’est pas près de changer. Plusieurs anciens loyalistes de la province ont déjà basculé dans le camp, soit de l’Uni de Paul Néaoutyne, soit de l’Union Calédonienne de Daniel Goa. Pour eux, prendre position pour l’indépendance, vue de la province Nord, c’est régler leur problème d’incertitudes face aux dirigeants indépendantistes.

Paul Néaoutyne a déjà eu la subtilité de nommer, dans l’Exécutif de la province, 2 non Kanak. Administrant ainsi la preuve que le travail en commun est possible, et en particulier, au sein de la mouvance indépendantiste. Séduisant.

Parce que dans le Nord, tous les rouages, économiques, notamment avec KNS, sociaux et fonciers sont aux mains des indépendantistes. Dur dur, dans ces conditions, de défendre des arguments de finance, d’économie, d’appartenance nationale, davantage identifiés comme des enjeux « du Sud ».

Il n’est donc pas illogique que pour des raisons -compréhensibles- de contexte local, plus nombreux seront les électeurs du Nord à s’afficher partisans du « Oui ».

POURQUOI « LE PLUS TÔT POSSIBLE » : LES ENJEUX DE 2/3 DE LA POPULATION
Bien évidemment, la situation est fondamentalement différente en province Sud pour la simple raison que les 2/3 de la population calédonienne y résident, et que les enjeux, raisonnés, du devenir économique, financier, social, éducatif et identitaire y sont très prégnants.

Pour la population du Sud, l’indépendance est perçue majoritairement comme une régression dans tous ces domaines, y compris dans celui des libertés et de la perte des avantages considérables de la nationalité française.

Sans faire injure aux habitants du Nord et des Iles, ceux du Sud sont, par exemple, plus inquiets de la perte de financement -près de 70 milliards FCFP- de tout l’enseignement, ou encore par la « nationalisation » de la SLN et du domaine minier. Sous-entendu, au profit de la province Nord.

L’ENJEU DU REDRESSEMENT ÉCONOMIQUE
Le marasme économique, le départ d’habitants, d’entrepreneurs, d’investisseurs ne jouent pas en faveur des loyalistes. Bien au contraire. L’enjeu économique, dans la situation présente, constitue un élément essentiel du retour à la confiance, et donc du maintien des équilibres actuels, largement en faveur des loyalistes.

Or, l’économie ne peut se nourrir d’incertitudes : ce sont elles, au contraire, qui peuvent l’anéantir. « Nous voulons de la lisibilité dans l’avenir » clament les acteurs de l’économie. Normal : eux ne se nourrissent pas des impôts des contribuables, et leurs investissements s’amortissent à moyen ou à long terme.

Sortir des incertitudes : le plus tôt sera donc le mieux.

L’ENJEU DU RETOUR À LA DÉMOCRATIE APRÈS L’ACCORD DE NOUMÉA
Autre enjeu considérable pour les loyalistes : mettre un terme à l’Accord de Nouméa, et d’une manière générale, aux « Accords » passés. Et donc, organiser les referendum dans les meilleurs délais.

Non pas que ces accords aient complètement failli, mais surtout que, dans la précipitation, ou par la volonté de feu Jacques Chirac, deux édifices démocratiques ont été bafoués : le droit de vote, et l’équité en matière de représentativité électorale au Congrès.

Le gel du corps électoral, dont les indépendantistes souhaitent la pérennisation, est une sorte de monstruosité démocratique. Le régime tombera après le troisième referendum. La seule voie d’accord possible est un nouveau régime « glissant », comme celui adopté en 1998, puis aboli.

L’inéquité, en matière de représentativité électorale, est également une absurdité politique. Mortifère pour les loyalistes, pain-béni pour les indépendantistes ! Il faut en effet aujourd’hui moins de voix à un élu du Nord ou des Iles pour siéger au Congrès. Résultat : on pourrait imaginer qu’un tiers de la population domine le « Parlement » local, au détriment des deux autres tiers restants !

Si rien n’était changé, mécaniquement, les indépendantistes seraient quasiment assurés d’être majoritaires au Congrès tout en étant … minoritaires dans la population.

BATAILLE POLITIQUE ET JURIDIQUE
Le Comité qui va s’ouvrir va-t-il aboutir à un consensus sur les questions de la date du second referendum et sur les conditions d’inscription des électeurs ?

Compte tenu des enjeux radicalement divergents, on peut raisonnablement en douter. Les participants vont probablement s’affronter aussi bien sur le plan politique que politique.

Dans ces conditions, une fois encore, le rôle de l’Etat sera  donc déterminant. Alors que le temps nous rapproche inexorablement vers l’échéance de l’élection présidentielle, quel calendrier référendaire va-t-il décider ?

Consensus ? En matière économique, on a déjà une réponse : le niet des indépendantistes et de Calédonie Ensemble à la réunion programmée à Paris.

Pour le reste, il vaut mieux croire aux miracles.