JACQUES CHIRAC S’EST ÉTEINT

Jacques Chirac s’est éteint jeudi matin à l’âge de 86 ans. Les Calédoniens retiendront de lui deux facettes de son action. L’une est l’exceptionnelle solidarité dont il a fait preuve à l’égard des partisans du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France. L’autre, le tristement célèbre Congrès de Versailles qui a scellé le gel du corps électoral provincial local alors qu’il était président de la République.

L’HOMME D’ÉTAT QUI CONNAISSAIT LE MIEUX LA CALÉDONIE
Aucun responsable politique métropolitain, homme d’Etat, Président de la République ne connaissait notre territoire comme Jacques Chirac. Physiquement, d’abord. Nul autre que lui ne s’est rendu autant de fois en Nouvelle-Calédonie. Politiquement, ensuite. Il était issu de la tradition gaullienne, héritière d’une vision de la France bien au delà de l’hexagone.

Jacques Chirac aimait les Outre-mer, et dans le Pacifique, les territoires français. Ami de Gaston Flosse et de Jacques Lafleur, il s’était brouillé avec le député calédonien notamment à l’époque de la nomination de son « rival » polynésien au Secrétariat d’Etat du Pacifique.

LE SOUTIEN PENDANT LES ÉVÉNEMENTS
Ils ne furent pas si nombreux, les leaders politiques métropolitains à soutenir les partisans de la Calédonie dans la France lors des événements. Le Maire de Paris, lui, avait répondu immédiatement à leur appel au secours.

Jacques Chirac, alors, n’avait pas hésité. En métropole, il portait leur message. Certains de ses collaborateurs, des proches, avaient débarqué à Nouméa pour se mettre à la disposition de Jacques Lafleur et aux côtés de Dick Ukeiwe.

Puis, il y a 32 ans, presque jour pour jour, en septembre 1987, il avait, en qualité de Premier ministre, prononcé un important discours Place de Cocotiers. Un lieu chargé de symboles qu’il retrouvera en 2003, mais cette fois, comme Chef de l’Etat.

Formidablement attachant, jusqu’au gel …

ENTRETEMPS, LA BROUILLE
En 1995, Jacques Lafleur avait choisi de soutenir Edouard Balladur. J’avais été « volontaire » pour être le mandataire de Jacques Chirac qui, contre tous les sondages, avait été élu à la présidence de la République.

Cette époque a scellé la brouille entre les deux hommes politiques.

LE GEL DU CORPS ÉLECTORAL
Le terme de l’organisation du referendum d’autodétermination arrivant à échéance, en 1998, la « solution consensuelle » proposée dès 1991 par Jacques Lafleur a pu trouver un aboutissement par l’Accord de Nouméa. En pleine cohabitation, Lionel Jospin était alors le Premier ministre de Jacques Chirac …

La Loi Organique résultant de l’Accord de Nouméa stipulait que le corps électoral pour les élections provinciales était « glissant ». Le service officiel de communication du Premier ministre avait même publié une brochure explicative indiquant qu’au bout de 10 ans de résidence continue, un citoyen français pouvait participer aux scrutins provinciaux.

Mais ce principe, contesté ensuite par les indépendantistes, allait trouver l’oreille du Président Chirac. Les deux chambres parlementaires réunies en congrès à Versailles adoptèrent le gel du corps électoral provincial calédonien. Parmi les rares parlementaires de l’UMP refusant ce vote figurait un certain Nicolas Sarkozy.

ADULÉ, JUSQU’À …
Jacques Chirac fut adulé par les « loyalistes » calédoniens. Jusqu’en 2006 où la question du corps électoral a introduit un contentieux qui restera à régler entre les deux grandes mouvances calédoniennes à l’issu de l’Accord de Nouméa.

Jacques Chirac, doté d’une exceptionnelle énergie, était formidablement attachant pour sa proximité avec les Français, formidablement attachant pour avoir été à nos côtés pendant ces longues et difficiles années de la décennie 80.

L’affaire du corps électoral avait, malheureusement, dissipé la magie.

Pourquoi a-t-il accepté « le gel » ?

Nul ne le saura. L’homme d’Etat a emporté avec lui sa conviction intime.

GB