VALE DIFFÈRE LUCY : QUELLES CONSÉQUENCES POUR LA CALÉDONIE ?

L’usine calédonienne a-t-elle été victime de ses mauvais résultats ? Certes, l’énorme investissement visant à construire une nouvelle installation de stockage des résidus n’est pas officiellement remis en cause, mais dans une contexte boursier favorable au nickel, la décision de « lever le pied » sur la construction de Lucy pose quelques interrogations. Commentaires.

COMMUNIQUÉ LACONIQUE : PRODUCTION INSUFFISAMMENT PERFORMANTE
Dans son communiqué, Vale place d’abord sa décision sous l’éclairage des « volumes de production moins élevés« . En clair, les performances de l’usine n’ont pas été à la hauteur des objectifs « planifiés ».

« Avec des volumes de production moins élevés en 2019 et 2020 qu’initialement planifiés lors du lancement du projet Lucy, VNC a décidé de saisir l’opportunité de décaler d’environ deux années l’érection de l’usine de filtrage-pressage des résidus, appelée DWP2. Ce décalage permet de lisser la séquence d’investissement sur 5 années au lieu de 2,5, en utilisant pour au moins trois années encore la solution actuelle de stockage, dite KO2. Les contrats locaux en cours pour 2019 sont confirmés (route d’accès, terrassements), mais certains seront ajustés pour prendre en compte le nouveau contours du projet ; En revanche, la mobilisation de la société Mota Engil est annulée. Les équipements de l’usine DWP2 vont être livrés et préservés à l’abri sur le site de VNC. VNC travaille sur une solution pérenne d’optimisation technique et économique du placement des résidus secs dans le futur hors KO2, préservant ainsi la forêt humide S2 (habitat d’intérêt patrimonial).»

CONSTRUCTION DE L’USINE DE CONDITIONNEMENT DES RÉSIDUS RENVOYÉE À 2 ANS
Première conséquence concrète sur les travaux prévus : l’usine de traitement des déchets avant stockage est reportée à 2 ans. Les matériels seront stockés sur place, mais la société titulaire du contrat voit « sa mobilisation annulée ».

Le chantier et ses impacts -venue de cadres, personnels de construction, nourriture et dépenses locales- sont donc renvoyés au moins à fin 2021/2022.

LES CONTRATS LOCAUX « AJUSTÉS »
Pour ce qui relève directement des travaux confiés à des entreprises locales, Vale annonce tout de même la poursuite des chantiers ouverts sur le site de stockage concernant les routes et les terrassements. « Les contrats locaux sont confirmés », mais le rythme et l’ampleur vont sans aucune doute souffrir de la décision de report. « Certains seront ajustés pour prendre en compte le nouveau contours du projet ».

On saura rapidement l’identité des contrats visés et la nature des « ajustements ».

LES COÛTS DE PRODUCTION NON COMPÉTITIFS
Certes, les travaux de maintenance de l’usine ont quelque peu « plombé » les résultats 2019. Mais l’usine calédonienne se distingue tout de même en matière de compétitivité au sein du géant international : 27 000 dollars la tonne contre … 5000 dollars au Canada et 8000 dollars en Indonésie !

La compétitivité est décidément une vertu rare en Calédonie.

DES PERTES IMPORTANTES
Au second trimestre 2019, Vale NC enregistrerait un montant total de pertes  3 milliards XPF. Le résultat brut d’exploitation (EBITDA) est dans le rouge à hauteur de 87 millions de dollars, contre 64 millions de dollars au premier trimestre.

… « il faut comprendre qu’ils n’ont pas produit ni commercialisé suffisamment de nickel calédonien pour faire baisser les coûts unitaires de l’usine. En résumé, le volume des ventes n’a pas permis d’amortir les coûts de production de l’usine du Sud », explique un consultant, expert en matières premières.

« DOPER » LE REDRESSEMENT DE LA SLN
Cette décision est venue incontestablement refroidir l’optimisme renaissant en matière de nickel. Elle n’aura pas de conséquences budgétaires directes pour la Nouvelle-Calédonie et la province Sud. Mais la consommation ainsi que des décisions d’investissements anticipés sont liés au « contexte » minier et métallurgique.

Hors les emplois dont la création sera différée et les contrats retardés ou annulés, les effets du report de Lucy seront essentiellement indirects et induits. Ils se traduiront donc notamment dans les domaines de la consommation et de cotisations sociales. Et peut être, par une frilosité accentuée en matière d’investissement et d’immobilier.

Dans cette conjoncture, les efforts de redressement de la SLN prennent évidemment un sens particulier. En clair, tout ce qui pourrait les contrarier porterait directement atteinte au redressement économique tenté par la Nouvelle-Calédonie.